« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît
car tu ne pourras pas t'égarer ... »

 

Nahman de Braslav



 

 

Pour réussir une DISSERTATION, il faut avoir l'audace d'inventer son propre chemin afin de proposer un plan personnel. C'est cette audace-là que les correcteurs attendent des candidat(e)s. Qui peut apprécier ces plans tout faits et passe-partout ? Alors, apprenez à questionner le sujet avant de faire monter vos connaissances - ces connaissances que le jury attend mais que vous devez formuler à travers un plan personnel. 


 

« [...] le jury apprécie les candidats qui savent s’évader des fiches stéréotypées [...] qui acceptent, fût-ce au prix de maladresses pardonnables, de réfléchir en direct ».


 

« Réfléchir en direct », voilà ce qui vous est instamment demandé – et, pour réfléchir en direct, encore faut-il apprendre à questionner le sujet et les mots du sujet, tous les mots du sujet, y compris « les pauvres de la grammaire » ; et il convient également de ne jamais oublier que tout sujet est une énigme à déplier, un fragment-hérisson comme dirait Schlegel. Avec, bien sûr, tout ce que cela ouvre comme champs de possible du point de vue heuristique - car il s'agit de faire appel à tous les savoirs qui relèvent de l'herméneutique et des techniques du questionnement. D'où la raison d'être de ce blog :  apprendre à QUESTIONNER LE SUJET et LES MOTS DU SUJET.  Sans oublier qu'il faut aussi connaître l'esprit du concours - UN CONCOURS SE QUESTIONNE - et les attentes de l'administration : QUESTIONNER L'ADMINISTRATION 

 

 




Centres d'intérêts : puisqu'il faut un peu se dévoiler, je dirai qu'à côté des conférences de méthode et de sciences politiques (sic), c'est-à-dire, en des termes moins pédants, qu'à côté de la "culture générale" et des enseignements que je donne à l'université (comme chargé de cours), mes centres d'intérêts sont : le langage et ses enjeux herméneutiques, l'épistémologie des sciences humaines, économiques et sociales – de l'invention du fait social à l'invention des marchés -, et le monde sémitique, aussi bien arabe, histoire et civilisation du monde arabo-musulman, que juif : pensée et herméneutique juives. En tant qu'auteur, j'ai participé à la réalisation de cédéroms édités par ADM Communication et l'Institut du Monde Arabe (IMA). Parallèlement à mes activités comme chargé de cours, j'ai longtemps été journaliste indépendant et j'ai même été concepteur-rédacteur en agences de pub, et directeur artistique dans un studio d'enregistrement d'oeuvres musicales.



Parchemins et expertise : cela dit, comme dans le microcosme universitaire il est de bon ton d'étaler ses titres, je vais me prendre au jeu car, sans diplômes, pas de gloire ni de crédit ! Seuls les parchemins justifient l'expertise. Alors que les étudiant(e)s qui ne me connaissent pas et qui consultent le blog, se rassurent ! Je suis docteur en histoire contemporaine et diplomé de sciences politiques, je possède un troisième cycle (DESS) en gestion et administration des entreprises, une maîtrise de droit privé, un certificat d'études supérieures en droit du travail, et j'ai également fait des études (licence) de philosophie et de théologie.


Par ailleurs, j'essaye de mettre en pratique ce que j'enseigne : cette nécessité d'être toujours attentif aux frémissements du monde et de la pensée, et aujourd'hui encore je suis des cours, passe des examens, une façon de me remettre sans cesse en question, de connaître le stress de la page blanche - votre stress ! -, et je fais une nouvelle thèse, en philo cette fois, avec l'un de mes maîtres, mon maître, le philosophe Pierre Gire, spécialiste du premier matin grec, de Plotin, de Maître Eckhart et des mystiques rhénans. Quand la forme en une autre s'en va, telle est ma thèse, avec comme sous-titre : Processus et métamorphoses.


Voilà, j'ai sombré dans la pire des bêtises, celle qui relève de la suffisance, mais, pour être crédible, il faut assumer cette bêtise purement mondaine : les diplômes et les titres doivent, hélas, s'exhiber comme autant de hochets - au moins, lui, il est expert ! se dit-on rassuré. Cela dit, j'espère que vous ne serez pas rassuré(e)s, car la seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien. Seul l'imbécile a réponse à tout, disait déjà Voltaire.



La
« culture gé » méprisée : dans tout cursus universitaire, la culture générale est la matière la moins considérée ; pire que ça, elle est même l'objet d'un réel et profond mépris. Du coup, ce sont les jeunes doctorants, les apprentis profs, ou les ratés du système qui enseignent cette matière chargée d'un si fort coefficient dans les concours de la fonction publique. Et c'est pour cela que la plupart des préparations à l'épreuve de culture générale sont si mauvaises ou si peu efficaces. Celles et ceux qui l'enseignent ne savent pas, eux-mêmes, questionner le sujet, alors ils se contentent de proposer des types de plans que l'on trouve dans les livres consacrés à la « culture gé », de recopier des fiches de lecture – totalement calibrées, formatées, stéréotypées - sur les thèmes qui sont « dans l'air du temps », et de donner des citations fourre-tout qu'il faut apprendre par coeur, histoire de faire croire aux candidat(e)s qu'ils paraîtront intelligent(e)s en les recasant dans leurs copies.



Dans les marges, la pensée : de toute façon, pourquoi se fatiguer ? Car tout le monde en convient : il est impossible de faire carrière dans cette matière. Pourtant, ce pourrait être la « mère de toutes les disciplines », tant elle oblige à sortir des chemins balisés, des idées toutes faites, des poncifs de la pensée dominante, cette pensée du sens commun, affligeante et paresseuse. Elle oblige d'abord et avant tout à réfléchir, à penser par soi-même, avant de faire « monter » les connaissances. Elle oblige aussi à rester sans cesse éveillé – ne pas être un « dormeur » comme dit Héraclite – et à s'ouvrir en permanence sur le monde, sur tout ce qui fait sens, tout ce qui fait l'humain. Voilà pourquoi j'enseigne cette matière, même si elle est celle des apprentis profs, ou des incompétents et des ratés – ce qui est souvent le cas et certains universitaires ne se privent pas de me le rappeler. Qu'importe leur mal-dire ! c'est dans les marges, dans les sentiers non encore explorés, qu'éclôt la pensée – ce tout premier émerveillement du premier matin grec. Et tout sujet questionné, chaque mot exploré, ouvre l'esprit sur le vaste champ des possibles.

 


La philosophie, comme le dissertation de culture générale, « consiste à penser tout ce qui dans une question est pensable, et ceci à fond, quoi qu'il en coûte. Il s'agit de démêler l'inextricable et de ne s'arrêter qu'à partir du moment où il devient impossible d'aller au-delà ; en vue de cette recherche rigoureuse, les mots qui servent de support à la pensée doivent être employés dans toutes les positions possibles, dans les locutions les plus variées ; il faut les tourner, les retourner sous toutes leurs faces, dans l'espoir qu'une lueur en jaillira, les palper et ausculter leurs sonorités pour percevoir le secret de leur sens, les assonances et résonances des mots n'ont-elles pas une vertu inspiratrice ? 


W. Jankélévitch, Quelque part dans l'inachevé, Gallimard, 1978, p. 18.



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Quel que soit le concours préparé, la dissertation de culture générale est une démonstration qui exige une réflexion personnelle et qui s’appuie sur des exemples précis, en rapport direct avec le sujet. Toute dissertation est également un savoir-faire qui obéit à quelques grands principes et qui s’acquiert par la pratique.

Le sujet, qui vous est proposé, ne se prête jamais à la récitation d’une question de cours ou d’une fiche de lecture. Il exige toujours une réflexion personnelle faisant appel à vos capacités d’analyse et de synthèse. Pour intéresser et convaincre, vous devez également avoir recours à des exemples qui viennent à l’appui de votre démonstration, mais attention : les faits cités n’ont de raison d’être que s’ils sont analysés et intégrés dans le raisonnement. Il est donc nécessaire de toujours bien marquer le lien entre le fait choisi et l’affirmation qu’il vient conforter. Car une dissertation est une démonstration. Il s’agit de traiter le sujet – et rien que le sujet – en faisant preuve de rigueur dans l’argumentation et de cohérence. Une bonne dissertation est donc l’expression d’une réponse personnelle à un problème posé, formulée avec rigueur et clarté, et se référant constamment au réel. Pour ce faire, il s’agit de construire sa démonstration en ordonnant ses idées, - d’où la nécessité de faire un plan avant de passer à la rédaction proprement dite.

Mais vous ne pouvez construire votre plan que si, au préalable, vous avez questionné le sujet soumis à votre réflexion. Et c'est cette étape-là qui est essentielle, fondamentale, vitale ; cette étape-là qui fait la différence entre telle et telle copie, lors des correctionss. Ce ne sont jamais, en premier lieu, les connaissances ; c'est toujours la façon dont le sujet est traité, c'est-à-dire la façon dont vous avez questionné tous les mots du sujet, y compris tout ce qui paraît souvent anecdotique comme la ponctuation, les conjonctions de coordination, etc. Or, que se passe-t-il en général ? Les candidates et les candidats, le sujet à peine lu, cherchent tout de suite à faire « monter » leurs connaissances, au risque de passer à côté du sujet, de faire du hors-sujet.

Questionner le sujet implique un réel apprentissage, car cela exige que vous appreniez à penser. Or, l'université ne nous apprend pas à penser, ou très rarement. Ce qui est généralement demandé à la fac, c'est d'accumuler des connaissances, même dans des disciplines comme la philosophie ! Et là, brusquement, il est exigé de vous, si vous voulez être parmi les meilleurs et réussir, que vous fassiez appel à la technique du questionnement, en utilisant les clés et grilles de lecture de l'herméneutique, des sciences du langage, de la philosophie analytique, et, surtout, en osant une « lecture aux éclats » selon l'heureuse formule de Ouaknin. Et ce travail-là ne peut se faire qu'en cours ... Toutefois, je tâcherai de vous donner, ici-même, sur ce blog, divers modes opératoires pour apprendre à questionner le sujet.


Conseils méthodologiques


Tous les mots utilisés pour expliquer ce qu’est une dissertation importent : ils définissent les grands principes de la dissertation – intéresser et convaincre – et rassemblent les exigences fondamentales : une réflexion personnelle qui doit s’appuyer sur des exemples précis et sur une argumentation à la fois rigoureuse, claire et cohérente, en rapport direct, immédiat et logique avec le sujet et rien que le sujet.

Pour réussir ce genre d’épreuve, il convient de respecter quelques règles fondamentales et de ne pas brûler les étapes.


Deux questions essentielles
Avant toute chose, se poser deux questions essentielles afin de mieux cerner le sujet soumis à votre réflexion

Le premier travail – absolument essentiel – est de réfléchir sur le sujet proposé. Une mauvaise réflexion de départ, la moindre précipitation, l’envie de raccrocher le sujet à une question de cours plus ou moins proche, sont autant de fautes majeures risquant de vous faire déraper dans le hors sujet.


de quoi s’agit-il ?
qu’est-ce que je dois démontrer ?


L’expérience montre qu’un problème mal posé, ou insuffisamment posé, ou pas posé du tout, ne sera jamais correctement résolu - car aucun problème ne va de soi. Avant de le résoudre, il importe de le définir.

Mais, pour le définir, encore faut-il cerner le sens des mots ou des termes utilisés dans le libellé du sujet. Par exemple, pour le sujet intitulé « Langue et pouvoirs », sujet donné à un concours, il faut d’abord poser la question : de quoi s’agit-il ? – c’est-à-dire : qu’entend-on par langue ? avant même de répondre à la question : que dois-je démontrer ? Car c’est bien le mot langue qu’il convient de définir, qui peut poser problème.


de quoi s’agit-il ?
c’est-à-dire quels sont les mots-clés et que signifient-ils ?
c’est-à-dire qu’entend-on par langue pour le sujet « Langue et pouvoirs » ?

Concernant le sujet « Langue et pouvoirs », définir tout de suite ce qu’est la langue, même de façon très succincte, évite de faire un certain nombre de confusions entre langue et langage, langue [1]  et signes. Par exemple : la censure concerne la pensée d’un auteur à travers ses dires ou ses écrits, mais pas la langue en tant que telle. En revanche, toute action politique cherchant à protéger une langue des influences étrangères ou visant à interdire l’emploi de certains mots relève bien du sujet « Langue et pouvoirs ». De même, s’attarder sur le rôle de la presse et des médias risque de vous éloigner très vite du sujet. En revanche, dire que le pouvoir d’une langue passe éventuellement par l’utilisation de certains supports et leur contrôle relève du sujet « Langue et pouvoirs ».

Réfléchir sur le sens des mots utilisés dans le libellé du sujet est donc primordial. Si le sujet est une longue citation, il faut impérativement repérer les mots-clés, les définir et les cadrer. Tant que ce premier travail n’est pas effectué, il est inutile – dangereux - de passer à l’étape suivante.

Par exemple, le sujet proposé au concours EDH de 1994 était : « La ville remplace-t-elle l’entreprise comme principal théâtre de conflit social ? » Le premier mot-clef, celui qui devait d’entrée retenir toute votre attention était ville. En effet, le danger – surtout quand on parle de conflit social – était de confondre les mots ville et banlieues. En ce qui concerne le sujet du concours blanc de janvier 2001 – « Certains disent volontiers aujourd’hui que la France s’ennuie. Qu’en pensez-vous ? » -, l’un des mots-clés qui devait immédiatement être pris en compte était aujourd’hui. Les autres étant : disent volontiers (c’est un sentiment, une impression, un ressenti, non une affirmation étayée par des faits, etc.), la France (ce n’est pas telle ou telle personne, telle classe sociale, mais la France), s’ennuie (quels sont les sens possibles du terme ennui, quel est celui qu’il convient de privilégier quand certains disent que la France s’ennuie, etc.).

Mais revenons au sujet « Langue et pouvoirs ». Après avoir répondu à cette première question et défini les notions de langue et de pouvoir, d’une façon très générale, très « grand public » pourrait-on dire (vous n’avez pas à faire œuvre de linguiste), vous devez ensuite vous poser la seconde question essentielle : qu’est-ce que je dois démontrer ?


Qu’est-ce que je dois démontrer ?

La direction des enseignements de l’Ecole Nationale de la Santé Publique rappelle qu’un « devoir doit être conduit comme une démonstration : il doit amener progressivement le lecteur à comprendre de mieux en mieux le sujet, à en voir les principaux aspects et à admettre la thèse défendue. C’est un travail personnel de raisonnement et de synthèse. » Il est également rappelé que ce genre d’exercice permet de voir si le candidat est « mûr, calme, posé, capable de prendre de la distance sans se laisser déborder par son affectivité ». Autant de conseils qu’il convient de garder à l’esprit.

Qu’est-ce que je dois démontrer ? La réponse est à chercher dans le sujet et rien que le sujet. Cela paraît évident. Il arrive pourtant que certains oublient cette évidence. S’il s’agit du sujet « langue et pouvoirs », il faut rechercher les rapports, les interférences, les connexions, les tensions et les oppositions existant entre langue « et » pouvoirs. C’est la conjonction de coordination elle-même qui va servir de guide dans le cas présent.

Dans son ouvrage Halte à la mort des langues, Claude Hagège rappelle que les langues sont en elles-mêmes des faits sociaux, car elles « accompagnent les groupes humains. Elles disparaissent avec eux ; ou au contraire, s’ils sont nombreux et prompts à se répandre au-delà de leur milieu d’origine, elles se diffusent, dans leur sillage, sur de vastes territoires. C’est donc de ceux qui les parlent qu’elles tirent leurs principes de vie et leur aptitude à accroître leur champ d’usage. » Voilà pourquoi les langues sont tributaires du pouvoir politique, culturel, économique du groupe, et dépendent aussi des relations de pouvoir entre groupes ou des relations de pouvoir au sein d’un même groupe.


La recherche des idées et des faits
En rapport direct et précis avec le sujet, rien que le sujet, tout le sujet


Ce n’est qu’après avoir répondu aux questions primordiales de quoi s’agit-il ? et qu’est-ce que je dois démontrer ? que vous pouvez faire votre recherche d’idées.

Dans un premier temps, il faut noter toutes les idées et tous les exemples concrets, précis, qui vous viennent à l’esprit sans jamais oublier le sujet. C’est-à-dire qu’il faut noter votre idée ou votre exemple en indiquant tout de suite le rapport étroit qui peut exister entre cette idée ou cet exemple et le sujet. Le fait de sans cesse vous recentrer sur le sujet, rien que le sujet, vous évitera tout risque de dérapage.

Par exemple, concernant les rapports entre langue et pouvoirs, vous songez à l’enseignement des langues. L’idée est bonne si, aussitôt, vous vous dites : je dois montrer en quoi l’enseignement peut être, pour une langue, un facteur de pouvoir ou un instrument de pouvoir au service d’une communauté, d’une région, d’un Etat… En agissant ainsi, vous vous recentrez immédiatement sur le sujet et vous évitez toutes les considérations qui n’ont rien à voir avec le sujet « Langue et pouvoirs ».

Vous songez aux rapports de force pouvant exister entre deux grands pôles linguistiques – pays anglophones, pays francophones ? Là aussi, l’idée est excellente si, aussitôt, vous recentrez le problème sur le sujet lui-même en montrant en quoi, pourquoi et comment la francophonie est un instrument de pouvoir, et en montrant également l’importance du facteur économique pour affirmer la suprématie d’une langue dans les relations de pouvoir à l’échelle internationale.


Un chemin étroit, délimité par le sujet

Vous l’avez compris : toutes les idées sont bonnes si toutes se rapportent directement au sujet. Il faut être monomaniaque – le sujet, rien que le sujet -, et ne jamais s’éloigner du problème à résoudre. Tout ce qui ne se rapporte pas au sujet est à proscrire. Le sujet, rien que le sujet, tout le sujet. Sans cesse, au cours de la recherche d’idées, vous devez vous répéter cela. Une dissertation est une démonstration, mais cette démonstration est un chemin étroit, borné de chaque côté par le sujet. Le moindre écart et vous êtes hors sujet. Voilà bien la plus grande difficulté de la dissertation : ne jamais emprunter des chemins de traverse, des voies parallèles, afin de toujours rester dans l’étroit chemin délimité par le sujet. C’est cette qualité là que le correcteur juge en premier.


Nécessité de faire un plan
Une dissertation est une construction ; ce n’est pas une collection de remarques présentées en vrac

Après avoir noté vos idées et les exemples qui viennent les conforter ou les expliciter, il vous faut les ordonner et les classer par regroupement d’idées voisines. Ce premier tri effectué – cette étape est nécessaire, car elle permet d’avoir une vision d’ensemble et donne déjà les grandes divisions -, le plus délicat reste néanmoins à faire : le plan.


Un plan en deux parties

Il n’y a pas de bon plan en soi. La seule règle à retenir : il faut trouver un plan qui donne du sujet la vue la plus large, la plus nette, la plus vraie.

Généralement, dans les concours, le plan qui prédomine et qui est conseillé est un plan en deux parties - chaque partie étant elle-même subdivisée en deux ou le plus souvent en trois sous-parties. Respectez donc ce type de plan.


Des phrases de liaison

Par ailleurs, il est impérativement demandé, après l’annonce du plan en fin d’introduction, de rédiger une ou deux phrases de liaison entre chaque partie et chaque sous-partie. Leur fonction est double : elles résument ce que vous venez de dire et annoncent ce que vous allez dire. Elles rappellent à la fois votre problématique et indiquent votre progression dans l’argumentation.

Les « candidats ne doivent pas compter sur la science et la patience de l’examinateur pour débrouiller les fils de leur pensée. Ce dernier est censé tout ignorer du sujet et son rôle est d’apprécier les qualités d’exposition de l’auteur, non de les deviner », est-il rappelé dans les recommandations générales données par la direction des enseignements et de la recherche de l’E.N.S.P. pour la préparation de l’épreuve écrite de dissertation.


Je dis ce que je vais dire, je le dis, je dis que je l’ai dit

Du point de vue pratique, ces phrases-liaisons – qui renvoient à l’adage : je dis ce que je vais dire, je le dis, je dis que je l’ai dit - doivent se détacher du corps du texte afin d’être parfaitement visibles et directement perceptibles. Elles constituent autant d’étapes, de jalons, dans votre démonstration. Elles en sont l’ossature, un peu comme les intertitres dans un article de presse.

En lisant l’introduction, les phrases de liaison et la conclusion, le lecteur doit déjà avoir une bonne vue d’ensemble du sujet traité, le corps du devoir n’étant là que pour apporter des précisions ou expliciter la démonstration. Si l’on reprend l’exemple d’un article de presse, le titre – qui est la conclusion générale -, le chapeau – qui est l’introduction – ainsi que les intertitres – qui sont les phrases de liaison – vous permettent, avant d’entrer dans l’article, d’avoir une première approche du thème abordé.


Une idée par paragraphe, un paragraphe par idée afin de mettre en place des circuits de lecture tout en aérant votre texte

Non seulement les phrases de liaison entre chaque partie et chaque sous-partie doivent se détacher afin d’être immédiatement visibles et perceptibles, mais toute idée nouvelle doit faire également l’objet d’un retour à la ligne, c’est-à-dire constituer un nouveau paragraphe. Ces conventions dans la présentation formelle sont, en fait, autant de repères – ou de circuits de lecture - qui facilitent l’accès au texte.

Pour faciliter l’accès au texte, il vous faut en outre surveiller votre style et le rendre le plus agréable possible en évitant les phrases trop longues, les formules familières, les répétitions ou les termes inutiles. « Le je est à proscrire absolument, le nous et le on sont également à éviter. […] Les exclamations doivent aussi être proscrites absolument, la forme interrogative doit être employée avec précaution. Il est difficile de soutenir longuement l’emploi du futur », note la direction des enseignements et de la recherche de l’E.N.S.P.


L’introduction

L’introduction doit rapidement situer et poser le problème avant d’indiquer comment vous allez le résoudre

L’image de l’entonnoir est trop souvent employée pour définir une bonne introduction. Acceptons cette métaphore avec une extrême réserve, car elle est source de bien des erreurs. L’introduction n’est pas un fourre-tout. Elle pose d’abord le sujet, c’est-à-dire elle explique où se trouve le problème, puis indique comment vous allez le résoudre – c’est l’énoncé du plan.

L’introduction doit, sans longueur excessive, et par étapes successives :

a) d’abord justifier le sujet (par son actualité, son originalité...), puis le situer dans le temps et l’espace (auteur, circonstances, etc.). C’est là qu’un exemple précis, pris dans l’actualité et directement lié au sujet, est le bienvenu. Il faut donc éviter de commencer l’introduction par des platitudes. Il suffit de se référer à la technique utilisée par les journalistes : pour amener rapidement le sujet qu’ils désirent traiter, ils partent d’un cas précis, concret, d’un fait frappant, caractéristique, et qui, à lui seul, pose le problème.

b) ensuite le délimiter en définissant les termes polysémiques [2] , les mots-clés, les expressions ambiguës, et donner votre point de vue, l’idée générale que vous allez défendre.

c) enfin, annoncer votre plan, sans lourdeur ni maladresse. Il faut éviter d’annoncer votre plan en utilisant ce genre de formules plutôt maladroites : « Dans une première partie voyons comment… Puis, en seconde partie, analysons…  »

Faut-il recopier le sujet dans l’introduction ?

Si le texte est court, il faut l’intégrer dans votre introduction ; s’il s’agit d’une longue citation, il faut dégager le problème qu’elle contient et ne reproduire que les passages essentiels.

Imaginons que vous ayez à commenter cette réflexion de Jean Fourastié (in Machinisme et Bien-être) proposée aux candidats du concours d’entrée à l’E.N.S.P. : « Il faut comprendre que […] le progrès scientifique et le progrès technique n’impliquent pas nécessairement un progrès humain. C’est une erreur aussi dangereuse de dénigrer le progrès technique en dénonçant la stagnation morale de l’Humanité que d’attendre de ce même progrès technique la solution de tous les problèmes humains. »

La citation est trop longue pour être recopiée. Il vous faut donc la résumer. Après avoir posé le sujet en vous appuyant sur un exemple pris dans l’actualité, vous continuez ainsi :

Face à l’extraordinaire développement des sciences et des techniques, Jean Fourastié, économiste et sociologue, nous conseille de ne pas « attendre du progrès technique la solution de tous les problèmes humains » et nous met aussi en garde contre tout rejet systématique de ce même progrès.

Où définir le vocabulaire employé dans le sujet ?

Lorsque certains mots du sujet peuvent prêter à confusion ou exigent une précision – le mot langue par exemple dans le sujet « Langue et pouvoirs » -, il est nécessaire de les définir avant d’aborder la discussion. Si les définitions exigent une longue explication, il est préférable de ne pas les mettre dans l’introduction. Dans un cas pareil, il est nécessaire, dès le début du devoir, de préciser dans quel sens on prend le ou les mots-clés du sujet – sauf si l’objet du devoir est de parvenir, à son terme, à produire une définition [3] ; ou si la définition d’un mot-clé peut constituer une véritable partie du devoir.

Dans le sujet « Langue et pouvoirs », il suffit simplement de définir le mot langue dans l’introduction. Car seul ce mot-clé peut prêter à confusion entre langue et langage, langue et signes, langue et écriture, etc. Une confusion qui peut provoquer des hors sujets. Si la langue est un système de pensée, la parole et l’écriture sont les instruments et le produit de la langue. Une fois cela posé, tout devient clair et bien cadré. Vous reviendrez toujours au cœur du sujet, même si vous entendez montrer que le pouvoir, pour agir sur la langue, passe par les instruments de la langue, les mots notamment.

Quand rédiger l’introduction ?

C’est dans l’introduction que vous allez donner votre point de vue, l’idée générale que vous développerez. Il n’est donc pas possible de la concevoir avant d’avoir tout mis en place : le plan et la conclusion.

Après avoir élaboré le plan, vous devez rédiger - au brouillon - la conclusion puis l’introduction. En effet, pour des raisons d’efficacité, seules l’introduction et la conclusion – sans oublier les phrases de liaison qui sont tout aussi vitales - doivent être rédigées au brouillon.


La conclusion est un verrouillage

Arrivant au terme d’une démonstration, elle fait le point avec concision et rigueur. Accessoirement elle peut situer le bilan dans une perspective plus générale, qui est directement et étroitement en rapport avec le sujet.

Toute conclusion est un verrouillage : l’image donnée par certains auteurs d’un entonnoir à l’envers est à proscrire. Car cette image conduit certains candidats à placer dans leur conclusion une idée nouvelle, soi-disant pour élargir le débat. C’est là une erreur grave, impardonnable, car si cette idée s’inscrit dans le sujet soumis à votre réflexion, elle n’a pas sa place dans la conclusion ; elle aurait dû être développée dans le corps du devoir… Et si cette idée n’a aucun lien direct, précis, logique, avec le sujet à traiter, elle est alors hors sujet !

Dans une conclusion, vous ne devez jamais introduire de nouveaux termes, lancer de nouvelles idées, remettre brusquement en question les idées supposées acquises dans le développement. Vous ne devez pas non plus transformer une conclusion en post-scriptum, addenda ou, pire encore, en erratum.

Toute conclusion est donc un verrouillage

Cette métaphore est claire, précise, concrète, sans la moindre ambiguïté. Gardez la toujours à l’esprit. Elle permet de bien conclure, car elle vous rappelle que la conclusion est le point final de votre démonstration.

Toute conclusion est un bilan

Toute conclusion doit être étroitement liée du point de vue logique à ce qui précède. Elle apparaît comme le terme inéluctable de votre démonstration. Elle est un bilan qui s’exprime en quelques phrases bien senties.

Accessoirement – mais attention vous devez être très prudents pour éviter le moindre hors sujet - une ultime phrase peut dégager une conclusion pratique ou des perspectives d’avenir. Par exemple, dans Qu’est-ce qu’une nation ?, Renan, à la fin de son travail de réflexion, résume sa pensée en rappelant d’abord que « l’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion », puis termine en rappelant l’idée qui lui tient tant à cœur et qu’il a longuement développée : « Une grande agrégation d’hommes […] crée une conscience morale qui s’appelle une nation ». A la fin de sa conclusion-bilan, Renan fait encore une remarque : « le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ». Cette phrase, la dernière, se veut une réponse à d’éventuels détracteurs. Même si elle situe la conclusion dans une perspective plus générale, elle n’est pas essentielle.

Alain Laurent-Faucon


NOTES :

 

[1] Il existe des langues vivantes (le français, l’anglais, etc.) et des langues mortes parce qu’elles ne se parlent plus de nos jours (le latin) ; certaines ne s’écrivent pas, elles sont uniquement parlées (en Afrique par exemple) ; d’autres utilisent la parole et l’écriture, deux façons de communiquer qui sont l’instrument et le produit d’une langue. Dans son ouvrage Halte à la mort des langues, Claude Hagège explique que les langues sont des « structures cognitives complexes, qui reflètent la façon dont l’esprit fonctionne quand il produit et interprète des énoncés ». Dernière mise au point : s’il existe une interdépendance entre langue et langage – que celui-ci soit des mots parlés, écrits, ou une gestuelle (le langage des sourds-muets) -, le langage n’est que l’instrument et le produit de la langue (Ferdinand de Saussure, in Cours de linguistique générale).

[2] C’est-à-dire qui peuvent avoir plusieurs sens.

[3] Si vous avez un sujet comme « L’homme providentiel » (E.N.A. 1988), il vous est tout à fait possible d’envisager une telle approche.


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Voici un florilège de réflexions pas très sympathiques concernant les copies : « un vrai torchon », « écriture illisible », « on étouffe dans votre copie », « laissez des marges, de l'espace », « revenez à la ligne », « soignez l'orthographe » ... Et voici ce qu'aucun professeur ne vous dira, tant ce n'est pas politiquement correct : personne n'attend votre copie pour avoir une idée sur le sujet, pire que cela, personne n'a vraiment envie de vous lire, car corriger est un pensum, c'est l'enfer ou un cauchemar selon les cas, et en plus, c'est sans fin, tellement il y en a ... Alors, les correcteurs ont tendance à faire des tas, un premier tri en somme « à la gueule de la copie » : propre, lisible, agréable à lire, pas trop longue – c'est fou ce que cela rend dingue quand on découvre des copies avec plein d'intercalaires. Alors, de grâce, faites court, soyez concis, précis, évitez le blablabla, on ne corrige pas au poids, à l'épaisseur, ce serait même le contraire : plus c'est long, moins on a envie de lire – un peu comme les articles des magazines, et pourtant, eux, sont bien présentés, avec des titres, des intertitres, des accroches, des visuels, des circuits de lecture ... Mais s'ils sont trop longs, on décroche ou on lit en diagonale.

 

Tous les mots importent et ils renvoient tous au même constat : l'aspect visuel. Exprimé de façon plus directe et pragmatique : tous renvoient au B-A BA de la communication et de la publicité, c'est-à-dire à l'apparence, à l'accroche, au « look ». La présentation purement formelle est, en effet, le premier contact du correcteur avec la copie et ce qu'il y a à l'intérieur : le texte. Une présentation déplorable disqualifie la copie, provoque chez le correcteur de l'agacement et de l'ennui, ne l'incite pas à lire le texte, à faire preuve de compréhension et d'attention. Nombreux sont celles et ceux qui perçoivent même une copie mal écrite, sans espaces, sans circuits de lecture, comme un manque de respect à leur égard. Un peu comme quelqu'un qui se présenterait le jour de l'oral sans s'être lavé ni correctement habillé ! Cela fait sourire et pourtant il en va ainsi de beaucoup de copies ...

 

Une copie doit d'abord séduire et attirer le lecteur par sa présentation, puis, bien sûr, par sa démonstration. Mais le premier contact, la présentation, est essentiel – surtout quand on sait que les notes en culture générale peuvent vraiment varier d'un correcteur à l'autre. Entre les dommages immédiats - le peu d'empressement - et les dommages collatéraux - l'agacement -, l'écart entre la note que vous auriez pu avoir et celle que vous obtiendrez peut être de plusieurs points. Même si le contenu est bon !

 

En résumé, il faut que le correcteur, en voyant votre copie, aie envie de lire le contenu, parce qu'il se sent bien : l'écriture est plaisante, soignée, il y a de nombreux paragraphes, des espaces blancs entre les différentes parties, des circuits de lecture qui permettent de visualiser tout de suite les phrases de liaison, l'intro, la conclusion, etc. Il faut que le correcteur puisse avoir une vision d'ensemble - l'annonce du plan, les phrases de liaison, la conclusion - avant d'entrer plus précisément dans le texte. Comme dans les rapports humains, la première impression est toujours très importante. Alors séduisez d'abord le correcteur par la qualité formelle de votre copie - le plaisir que procure quelque chose de bien présenté, agréable à regarder -, avant de le séduire par la qualité de votre démonstration. Oui ! j'ai bien écrit : de votre démonstration - et non : de vos connaissances étalées pêle mêle comme de la confiture sur une tartine ... dans le monde de la presse et de la pub, on appelle ça : "beurrer du papier" ! et ce travers-là est détestable.


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Les "circuits" de lecture




INTRODUCTION

Quatre paragraphes

 

 

1°) Une mise en perspective …
2°) … qui permet d’introduire et d’annoncer (obligatoire) le sujet que vous devez traiter.
3°) Une problématique - la vôtre -
4°) … qui permet d’introduire et d’annoncer le plan que vous allez suivre scrupuleusement.


DÉVELOPPEMENT

Deux parties et deux sous-parties


Une phrase introduisant la première partie et annonçant les sous-parties A-B.

[Titre ou non de la 1er partie]

La phrase qui introduit A  - puis, éventuellement, intertitre A

§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe


Une phrase qui conclut A – conclusion partielle - et qui introduit B - puis, éventuellement, intertitre B


§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe


Une phrase faisant la conclusion de la première partie – conclusion partielle – puis introduisant la deuxième partie et annonçant les sous-parties A’- B’.

[Titre ou non de la 2ème partie]

La phrase qui introduit A’ - puis, éventuellement, intertitre A'

§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe


Une phrase qui conclut A’ – conclusion partielle - et qui introduit B’ - puis, éventuellement, intertitre B' 



§ Une idée par paragraphe

§ Une idée par paragraphe
§ Une idée par paragraphe

 


CONCLUSION

Deux, trois phrases bien senties

C'est un bilan, c’est-à-dire la somme – la synthèse - de toutes les conclusions partielles. Jamais d’idées nouvelles dans une conclusion ! Jamais … et c’est une faute impardonnable : vous ne savez pas mener une démonstration et la conclure avec brio.


Dans l’introduction : on expose le problème que l’on doit résoudre et on dit comment on va s’y prendre pour le résoudre. Dans la conclusion : le problème est résolu, on le dit, et on dit comment on l’a résolu.

LA CONCLUSION : UN VERROUILLAGE. « Par son étymologie latine, conclusion (cum-cludere) signifie rassembler et fermer. Dire verrouillage c'est dire la même chose, mais de manière plus dynamique et plus imagée. C'est affirmer que plus un texte est long, complexe, difficile, plus il est nécessaire de tout rassembler à la fin pour tirer la conclusion. Il ne faut pas que le lecteur referme le texte en se demandant : "Finalement, qu'est-ce qu'il a voulu dire ?", "Où veut-il en venir?". Il faut qu'il trouve la conclusion écrite noir sur blanc. » - Louis Timbal-Duclaux, in L'expression écrite – écrire pour communiquer, éditions ESF, Paris, 1983.

 

  

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Des « News » aux copies


quelques règles à respecter


Tout le monde, un jour ou l'autre, a feuilleté des magazines, notamment des « News ». Je vais donc partir de cette expérience, fort banale en soi, pour découvrir avec vous un certain nombre de règles qui, transposées et adaptées, pourraient améliorer la présentation de votre copie.

Vous l'avez constaté, généralement les « News » offrent une parfaite maîtrise de la mise en page. Leurs concepteurs ont, en effet, compris qu’une page se regarde d’abord et se lit ensuite. Il en va de même d'une copie : on la regarde d'abord et on la lit ensuite. Et si le premier regard donne de la copie une image négative – illisible, brouillonne, mal présentée, pas de marge ni d'espaces, etc. -, alors, instinctivement, on n'a pas envie d'aller plus loin, on n'a pas envie de lire le texte. Et vous imaginez la suite, l'état d'esprit du correcteur et les conséquences que cela peut avoir sur la note finale.

Étant à la fois une image (un visuel) et un écrit, toute page de « News » est, de ce fait, soumise à une double contrainte : respecter le langage de l’image – l'accroche et les circuits de lecture - tout en observant les règles fondamentales de l’écrit.

Toute présentation, que ce soit une page magazine ou une copie, est une mise en forme, mise en scène du contenu, c'est-à-dire du texte, afin justement d'inciter le lecteur à entrer dans le texte. Avant d'être une pensée en train de se faire, une démonstration, le texte – votre copie – est d'abord un objet. Que l'on regarde, que l'on trouve beau ou laid, etc. 

Pour comprendre cela, il faut toujours se mettre à la place d’un lecteur qui feuillette une revue ou un livre : il regarde d’abord, puis se décide ou non à lire le texte ou l’article. La forme avant le fond. Car la forme est déjà signe et langage.
 

L’accroche et les circuits de lecture

Le circuit de lecture c’est tout ce qui se regarde et se lit avant qu’on ne prenne connaissance du texte lui-même. C'est donc les diverses accroches qui suscitent l’intérêt, attirent l’attention, donnent envie d’en savoir plus et d’entrer dans le texte. Pour Louis Timbal-Duclaux (in op.cit.), le « circuit de lecture du texte comporte paradoxalement tout ce qui se lit sans qu'on aille au texte lui-même ». Adaptons cela au cas particulier de la copie, de votre copie.

Accroche générale : la présentation générale : claire, aérée, agréable à regarder, etc. Et les titres.

Accroches latérales : la marge de gauche qui est respectée, les fréquents retours à la ligne, les phrases de liaison très visibles et directement perceptibles, les espaces (les blancs du texte) qui permettent d'aérer la copie et surtout de délimiter les différentes parties, sous-parties, etc. Et les intertitres.

Ces accroches doivent faire ressortir l’essentiel, c'est-à-dire l'ossature du texte, pour permettre au correcteur d'avoir, dès le premier regard, une vue d’ensemble.

Titres et intertitres

Aujourd'hui, dans tous les concours, vous avez le choix : soit mettre des titres et des intertitres, soit ne pas en mettre comme dirait Monsieur de La Palice ! Mais ATTENTION : dans les deux cas de figure, vous devez absolument rédiger des phrases de liaison et d'annonce – ce qui explique pourquoi, de nos jours encore, certains profs refusent titres et intertitres lors des prépas, car ils ont trop peur que les étudiant(e)s ne fassent l'impasse sur toutes ces phrases.

En effet, ces phrases de liaison, d'annonce, de conclusion partielle sont obligatoires. Ce sont elles qui permettent à votre pensée de se développer en suivant une progression logique ; ce sont elles qui montrent également aux correcteurs votre agilité intellectuelle et vos capacités rédactionnelles – maîtrise et fluidité.

Ce rappel effectué et cette mise en garde faite, je vous conseille de mettre des titres et des intertitres, car cela participe de la mise en forme, mise en scène de la copie, et permet à la fois une meilleure accroche générale et de meilleures accroches latérales. D'un seul coup d'oeil, le correcteur peut saisir l'ensemble de votre démonstration, puisque ses articulations sont directement perceptibles. Et cette possiblité-là est fort appréciable. Mais ATTENTION : non seulement il ne faut pas faire l'impasse sur toutes les phrases de liaison et d'annonce, mais il faut aussi que les titres et intertitres soient pertinents et en rapport direct avec le sujet et votre démonstration.

En conséquence de quoi, vous l'avez compris, les titres et intertitres exigent un réel travail rédactionnel. Ou ils apportent quelque chose d'essentiel, ou ils sont inutiles, voire nuisibles !

Pour vous convaincre de l'importance des titres et des intertitres dans l'économie générale d'un texte, de leur rôle majeur même, je vous invite à méditer les deux exemples proposés par Louis Timbal-Duclaux, dans son ouvrage L'expression écrite – écrire pour communiquer (aux éditions ESF, Paris, 1983). Prenons, écrit l'auteur, deux types de compte rendu du salon Batimat :

Premier compte rendu :

TITRE : « Batimat 1980 » [information intéressante fournie au lecteur : zéro]

INTERS : a) les bétonnières ; b) les grues ; c) les bulldozers [information intéressante : zéro]

Deuxième compte rendu :

TITRE : « Photo Kina 70 : la percée japonaise »

INTERS : a) les Allemands battus sur leur propre terrain ; b) des prix cassés ; c) vers des mesures protectionnistes ?

Sans avoir lu l'article proprement dit, nous savons déjà l'essentiel de ce qu'il renferme : la percée japonaise sur un marché dominé jusqu'ici par les Allemands ; une percée d'autant plus inquiétante que les prix sont cassés, d'où la question de savoir s'il ne faut pas revenir à un certain protectionnisme.

Je crois que la démonstration est suffisamment convaincante : titres et intertitres doivent apporter une réelle information et doivent éveiller l'intérêt personnel du lecteur ou sa curiosité. Et, ultime rappel, titres et intertitres ne vous dispensent pas des phrases de liaison et d'annonce qui sont obligatoires ! 


Les blancs du texte

Pour une lecture agréable et une plus grand lisibilité, il faut éviter les longs paragraphes qui ressemblent à autant de masses compactes et indigestes – ce que les maquettistes et les secrétaires de rédaction, SR, appellent, dans leur jargon imagée, la « grisaille ». D'où la nécessité de couper, fractionner, décomposer un texte trop long (un pavé !) en plusieurs alinéas ou paragraphes. Comme le fait remarquer Louis Guéry, in Le Secrétariat de Rédaction – De la copie à la maquette de mise en page (Éditions du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, Paris, 1995) :

« Le blanc n'est pas de la place perdue, bien au contraire. Il contribue à l'équilibre d'une page ; il a un rôle de mise en valeur. [...] Le blanc contribue aussi à une meilleure lisibilité ; il attire l'attention sur la ligne, le titre, le passage qu'il isole. [...] Enfin, le blanc constitue pour l'oeil un délassement, un moment de repos qui lui permet de ne pas chercher une détente » en dehos du journal ou de la revue ou de la copie !

 

La façon d'écrire

« Être, c’est être perçu » - disait George Berkeley, évêque et philosophe irlandais (1685-1753). Alors si votre écriture est relâchée, bâclée, illisible, « pattes de mouche », si vos lettres sont cahotiques, partent dans tous les sens, si vous ne savez pas écrire de façon rectiligne et si vos plages d'écriture montent et descendent, zigzaguent, je n'ai qu'un conseil à vous donner : entraînez-vous à bien écrire.

Surtout n'haussez pas les épaules en disant « pfffou-ou ! », - le jour des épreuves vous payerez très cher cette désinvolture. Voilà pourquoi, durant la Prépa', je refuse de corriger les copies qui ne respectent pas toutes les consignes. J'entends d'ici et très fort vos murmures de réprobation et de révolte, mais cette attitude absolument « terroriste » vous oblige à progresser (le « marche ou crève », n'est-ce pas?). In fine, ma seule ambition est que vous réussissiez ! Toute prépa' est un drill !


L’ « écriture efficace »

Les seules techniques de l’écrit qui nous intéresse ici sont celles qui relèvent de « l’écriture efficace » - cette écriture qui permet de mieux communiquer et d’être lu.

Les deux archétypes de ce genre d’écriture sont le journalisme et la publicité. De ces écrits utilitaires nous ne garderons que les grands principes et éviterons leurs travers : les jargons, les mots à la mode, le laisser aller de certaines tournures, les effets de styles et autres clichés, etc.

Dans son étude sur « L’écriture journalistique » (in Le savoir écrire moderne, éd. Retz, Paris, 1980), Olivier Todd note que l’on trouve dans l’article de presse « une aisance à se faire lire, la manière dont on prend le lecteur, la façon dont on l’accroche, le ton et la rapidité ».

Le bon journaliste sait en effet choisir son « angle d’attaque », met en place des circuits de lecture, fait preuve d’un style direct, vivant, incisif, rapide ; il sait donc plaire, attirer le lecteur, le séduire, le convaincre. Et il sait également faire court.

trouver l'« angle d'attaque » ;

avoir un style direct, vivant, incisif, rapide ;

savoir faire court ! [1]

Le bon publicitaire, quant à lui, sait qu’il doit « forcer » les gens à lire le texte d’une annonce, d’un dépliant, d’une lettre de vente, etc. Il doit donc « accrocher » en un minimum de temps un destinataire peu ou pas du tout intéressé. Voilà pourquoi l’écrivain Aldous Huxley estime qu’écrire de la publicité est un art plus difficile que le roman !

Dans son étude sur « L’écriture publicitaire » (in Le savoir écrire moderne), Claude Vielfaure rappelle qu’ « écrire de la publicité c’est d’abord forcer le destin ». Le publicitaire écrit en effet pour déclencher l’action, le désir d’achat. Il doit se mettre à la place du lecteur, comprendre ses motivations, satisfaire ses attentes (cf. les travaux de Dichter ou de Joannis : De l’étude de motivation à la création publicitaire). La rédaction publicitaire est avant tout une affaire « d’accroche ».

Par exemple, l’annonce texte, l’argumentaire, la lettre de vente, qui s’appuient sur la force de la rédaction, exigent une bonne connaissance des méthodes d’argumentation du type AIDA :

A : éveiller l’Attention ;

: susciter l’Intérêt ;

D : éveiller le Désir ;

A : provoquer l’Action.

D'où l'importance, en ce qui nous concerne, de l'introduction. C'est elle qui va impulser l'ensemble du devoir, donner le ton, ouvrir les perspectives, montrer si vous êtes capables d'avoir des idées originales, de trouver un « angle d'attaque » personnel. Votre introduction doit répondre aux critères de type AIDA ! Comme l'ensemble de votre démonstration.

Et je le répète encore et encore, on ne vous demande pas de réciter un cours, de reproduire des fiches de lecture, de soûler le correcteur de citations hors contexte et non référencées : auteur, ouvrage, etc. On ne vous demande pas de « recracher » (le mot convient parfaitement) un savoir, des connaissances, mais de penser ! Et en agissant ainsi, vous répondez aux attentes des jurys des concours. Souvenez-vous :

 

« le jury apprécie toujours les candidats qui savent s'évader des fiches stéréotypées délivrées lors des préparations et qui acceptent, fût-ce au prix de maladresses aisément pardonnables, de réfléchir en direct ».

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Est-ce clair ? D'où l'impérieuse nécessité d'apprendre à questionner le sujet ! Pour trouver son « accroche » personnelle et développer sa propre réflexion étayée, bien sûr, par les lectures et les connaissances. Mais ces lectures et ces connaissances ne sont là que pour soutenir, conforter une pensée en train de se faire en direct.

En aucun cas, ces savoirs livresques ne doivent se substituer à la réflexion personnelle. Voilà pourquoi il est inutile et stupide de vouloir lire et lire pour gaver sa mémoire comme l'on gave une oie. Lisez peu, mais lisez bien, lisez quelques livres essentiels pour ensuite développer votre propre réflexion.


Alain Laurent-Faucon


NOTES :

[1] En la matière il n'y a "rien de nouveau sous le soleil" !  « Faites court, je vous prie », disait déjà Henri IV à l'un de ses envoyés de retour d'Italie. Et Boileau de rappeler : « Fuyez de ces auteurs l'abondance stérile / Et ne vous chargez pas d'un détail inutile ». Et cette mise en garde de Voltaire : « Le secret d'ennuyer est celui de tout dire ». Et la fameuse question de Foch : en bref, « de quoi s'agit-il ? »


Références bibliographiques :

Guéry Louis, Le Secrétariat de Rédaction – De la copie à la maquette de mise en page, éditions du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes, Paris, 1995.

Richaudeau François, La lisibilité, éd. du C.E.P.L. et Denoël, Paris, 1968.

Richaudeau François, Le langage efficace, éd. Denoël et C.E.P.L., Paris, 1973.

Timbal-Duclaux Louis, L'expression écrite - écrire pour communiquer, Les éditions ESF, Paris, 1983.

 

Publié dans : CULTURE GÉNÉRALE : LA DISSERTATION - Par alain laurent-faucon
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Écrire pour être lu ! Cela pourrait sembler paradoxal ou saugrenu d'avancer une telle idée, dans la mesure où les correcteurs sont bien obligés de lire votre copie. Mais la phrase fatidique est prononcée : sont bien obligés de lire votre copie ! Et c'est justement cela qu'il convient d'éviter. Qu'ils se sentent obligés ! D'où cette nécessaire ambition : écrire pour être lu !

Pour y parvenir, il faut absolument respecter les règles de la communication « efficace », celle des circuits de lecture et de la mise en page / mise en scène ; il faut absolument apprendre à questionner le sujet afin de pouvoir dégager les idées-clefs qui permettront de structurer la démonstration et, par là-même, d'élaborer le plan.

Ce sont, en effet, ces idées-clefs qui, une fois mises en ordre, vont induire à la fois la logique de la démonstration et du plan. Comme l'écrit fort justement Louis Timbal-Duclaux [1] :

« l'ordre du discours, c'est le discours même ».

Dit d'une autre façon : c'est la démonstration elle-même et sa propre logique, construite à partir des idées-clefs, qui fait le plan, qui « est » le plan. Le seul travail efficace est donc bien celui qui consiste à penser par soi-même, en questionnant le sujet pour trouver quelques idées-clefs. Et c'est à partir de ces idées-clefs que se met en place la démonstration et, par là-même, le plan.

Écrire pour être lu ! Cela signifie : 1°) qu'il est nécessaire de développer « en direct » une pensée personnelle ; 2°) qu'il importe de respecter certaines règles de la « communication efficace » ; 3°) qu'il convient d'emprunter à la dialectique platonicienne et aux techniques du journalisme et de la publicité des façons de faire, des savoir-faire, susceptibles d'améliorer la composition / rédaction / expression - c'est-à-dire : le style !


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L'intro ? un résumé !



 

Le
« chapeau » d'un bon article de presse est :

 


un résumé de la démonstration qui va suivre ;

ou, formulé autrement : un « voilà ce que je vais dire »

La seule différence entre le « chapeau » d'un article de presse et l'introduction d'une dissertation de culture générale réside dans le fait que l'introduction de culture générale doit intégrer dans son « voilà ce que je vais dire » (résumé de la démonstration) le libellé du sujet à traiter, et doit, également, intégrer le « comment je vais le dire » (l'annonce du plan).


L'introduction de la dissertation de culture générale est donc un résumé de la démonstration qui va suivre ;

ou, formulé autrement : un « voilà ce que je vais dire » qui intègre le libellé du sujet à traiter et qui est suivi d'un « comment je vais le dire » (annonce du plan).

L'introduction répond expressément à la question de Foch : « en résumé, de quoi s'agit-il ? » Elle est ce « chapeau-appel-accroche » des revues et magazines "grand public" et de très bonne tenue intellectuelle comme, par exemple, L'Histoire, ou Le Monde de la Bible ... pour ne citer que ces deux titres.

Pris dans un numéro hors-série, automne-hiver 2003, du Monde de la Bible consacré à « Constantinople, capitale d'Orient », voici trois exemples fort intéressants et instructifs.

Premier exemple

Titre - La nouvelle Rome, par Adelo Cilento, chercheur en histoire médiévale

Chapeau-accroche-appel - « Ville Lumière », « Reine des Villes », « Belle Cité ». Les habitants de Constantinople ne manquent pas de superlatifs pour qualifier leur ville, à laquelle ils vouent un attachement passionné. En effet, sur l'ancienne Byzance, Constantin bâtit une ville où chaque pierre, chaque édifice, chaque rue doit témoigner de la fonction politique de l'empire d'Orient, grec et chrétien. Ainsi naît Constantinople, la « Nouvelle Rome » qui surpasse peu à peu toutes les autres cités de l'Empire.

I .La ville de Constantin doit être une seconde Rome, une capitale politique et religieuse

A) La « fondation » de Constantinople

B) Du forum au Capitole

II. Sous l'empereur Justinien, les constructions connaissent une sorte d'âge d'or

A') Palais, hôpitaux et eau potable

B') Sainte-Sophie, la « Grande »


Deuxième exemple

Titre – Quand l'empereur allait au stade, par Claudio Azzara, enseignant d'histoire médiévale à l'université de salerne (Italie)

Chapeau-accroche-appel - Enracinées dans le quotidien de l'Antiquité tardive, surtout en Orient, les courses de chars étaient le lieu de célébration des valeurs sportives. Mais, adossé au palais, l'hippodrome de Constantinople sert aussi, dans ses mises en scène symboliques et sacrées, le dessein politique de l'empereur. C'est dans le cirque, cadre grandiose des divertissements publics, que se scelle la rencontre entre le monarque, régisseur de l'univers, et le peuple.


Remarque : tout est dit dans ce chapeau, du moins l'essentiel. Avant même de lire le texte, la démonstration, le lecteur sait de quoi il s'agit. Une bonne introduction est donc un résumé de ce que je vais démontrer. « Voilà ce que je vais dire. » Il ne manque que l'annonce du plan, obligatoire en culture gé ! Le « voilà comment je vais le dire ».


Troisième exemple

Titre – Justinien, empereur insomniaque, par Adele Cilento, chercheur en histoire médiévale

Chapeau-accroche-appel - Couronné empereur de Byzance en 527, Justinien reste au pouvoir pendant près de quarante ans. Il poursuit avec énergie un idéal ambitieux : faire renaître l'Empire romain et lui rendre sa grandeur passée, en rétablissant son unité au seins de la chrétienté. Jour et nuit, infatigable, Justinien suit en personne tous les problèmes de son vaste royaume. Un grand nombre de ses décisions portent aussi la marque de son épouse bien aimée, Théodora.

I. Les historiens décrivent Justinien comme un homme aux penchants autocratiques, mais à l'intelligence pénétrante.

A) Justin, l'oncle bienveillant

B) Théodora, actrice et impératrice

II. Avant de prendre une décision, Justinien consulte toujours « l'épouse très honorée que Dieu lui a donnée », son « très doux enchantement ».

A') La belle orientale à la poigne de fer

B') Féministe avant l'heure

Épilogue-conclusion - Du règne de Justinien et Théodora, on retiendra que cette dernière, orientale de naissance et plus perspicace que son mari, a eu la clairvoyance d'accorder davantage d'attention à l'Orient. Elle a réussi, grâce à son intelligence et à sa lucidité, à faire prévaloir une ligne politique plus conforme aux intérêtes de l'État.

Justinien, quant à lui, fasciné par la grandeur des traditions romaines et beaucoup plus attiré par l'Occident, a développé des vues à la fois magnifiques et irréalisables, rêvant de restaurer l'Empire des Césars et de fonder le règne de l'orthodoxie sur l'union avec Rome.


Remarque :
la conclusion est excellente, elle est vraiment un bilan et ramasse en deux paragraphes l'essentiel de ce qui a été dit sur l'action politique de Justinien et Théodora.

Observez la dynamique du circuit de lecture : en lisant l'accroche, les phrases-titres, les intertitres et la conclusion, le lecteur a une vision synoptique du sujet, et il sait, presque, l'essentiel ! Tout le reste, la lecture de l'article lui-même, ne constitue qu'un complément d'informations.

Notez enfin combien les trois « chapeaux » des trois exemples cités parviennent à dire l'essentiel en très peu de mots.

 

 

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Le jeu des questions




un subtil procédé

δια λεγειν

 

Il est aussi une autre technique pour présenter le « ce que je vais dire », le résumé de la dissertation, et ce procédé est dans le subtil maniement des questions / réponses. Ce procédé peut être utilisé dans le corps du devoir, le développement. Il renvoie à la dialectique platonicienne, ce chemin vers la recherche de la vérité (qui débouche, très souvent, sur une aporie) - à travers le dire - par le jeu des questions / réponses. Platon a d'ailleurs génialement démontré que toute pensée en train de se faire - "en direct" - est une mise en scène, une dramaturgie.


Tirés de la revue L'Histoire parue en septembre 2001 et intitulée « Le climat depuis 5000 ans », voici trois exemples significatifs




Premier exemple

Titre – Le climat aussi a une histoire, entretien avec Robert Delort, agrégé d'histoire et licencié ès(sciences

Chapeau-accroche-appel - La planète se réchauffe-t-elle ? Le temps se « détraque » -t-il ? L'homme est-il responsable des « catastrophes naturelles » ? Toutes ces questions suscitent peurs et fantasmes. L'histoire nous apprend cependant à relativiser tempêtes et inondations. En effet, depuis trois mille ans environ, le climat de l'Europe n'a guère changé.

Deuxième exemple

Titre - La foudre, colère de Dieu ! Par Jacques Berlioz, alors directeur de recherche au CNRS et aujourd'hui Directeur de l'Ecole nationale des chartes

Chapeau-accroche-appel - Les catastrophes climatiques ? Des châtiments divins pour les hommes du Moyen Age. Afin de s'en protéger, ces derniers multiplient les invocations à Dieu et à ses saints. Sans être totalement dupes !

Troisième exemple

Voici un bel exemple d'annonce de plan après un rappel des faits. Il s'agit d'une « Tribune » parue dans ce même numéro de la revue L'Histoire et dont l'auteur est Alain-Gérard Slama, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, auteur, essayiste et éditorialiste.

Titre – La tyrannie du droit

Chapeau-accroche-appel - Un procès pour apologie de crime de guerre est intenté contre l'ancien chef des services spéciaux en Algérie, le général Paul Aussaresses, auteur de Mémoires cyniques sur la guerre d'Algérie. Une juste sanction envers un homme qui ne regrette rien ? Ou une menace contre la liberté d'expression ?


Quatrième exemple

Il s'agit, ici, de l'introduction d'un cours d'agrégation de philosophie sur le thème de « La foule », mis en ligne par le CERPHI [1] - École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon. Ce cours a été donné par le professeur Laurent Gerbier durant l'année universitaire 1998-1999.

 

Remarque : Il est évident que cette introduction est d'une tenue intellectuelle qui va bien au-delà de ce qui est exigé des candidat(e)s présentant l'épreuve de culture générale aux concours administratifs de catégorie A ! D'abord, parce qu'il s'agit de l'introduction à un cours et que le temps de préparation n'est vraiment pas le même que pour un concours en quatre ou cinq heures ! Ensuite, parce qu'il s'agit de l'introduction à un cours de philosophie pour celles et ceux qui passent l'agrégation et que, de ce fait, le niveau de spécialisation exigé n'est pas non plus comparable.

Ces réserves faites, je vous invite à lire cette introduction et à réfléchir sur la façon dont elle est conduite, car elle a l'immense mérite de regrouper toutes les qualités exigées dans une introduction de culture générale : mise en perspective, définition des mots du sujet, problématique exposée à partir des idées-clefs et jeu des questions / réponses pour faire avancer le débat, résumé de la future démonstration, du « ce que je vais dire » ; et, in fine, l'annonce du plan. En lisant attentivement cette introduction, vous découvrez que « l'ordre du discours c'est le discours même ».

Cette lecture, même si elle s'avère un peu difficile pour des juristes et des candidat(e)s peu habitués aux discussions philosophiques, est absolument nécessaire, car elle vous montre combien les règles de la dissertation de culture générale renvoient aux modes de la pensée elle-même, du moins de la pensée occidentale.

L'épreuve de « culture gé » n'est donc pas une épreuve « en l'air », où l'on peut dire et faire n'importe quoi ; ce n'est pas un simple « baratin » ou de la pure « esbroufe ». Et il n'y a pas de recettes miracles, « à l'américaine », pour réussir l'épreuve – comme le laissent croire certaines publicités racoleuses, tant le créneau des prépas est porteur et les peurs étudiantes réelles. Mais attention : les jobards prolifèrent toujours ...

Il faut apprendre à penser, c'est-à-dire à questionner le sujet comme le fait le professeur de l'ENS, et cet apprentissage demande du temps et du travail ; et il faut assimiler toutes les techniques d'écriture, de composition, de communication, et cette assimilation exige, elle-aussi, du temps et du travail.


 

Introduction : La foule - par Laurent Gerbier


Penser la foule, c'est se heurter à la difficulté de conceptualiser un terme qui ne l'est pas spontanément. Il faut tenter de s'abstraire de l'expérience de la foule pour la saisir comme problème pour la pensée. Quel problème se donne à saisir sous le nom de foule ? Il faut pour ouvrir une piste partir de l'étymologie : le mot foule est issue du foulon (du latin fullare, fouler, presser). La foule renvoie donc à l'action de fouler : la foule écrase, presse, ou est écrasée et pressée. Mais il faut noter d'emblée que le mot ne semble apparaître qu'au XIIe (donc c'est à travers une problématisation très prudente que l'on pourra éventuellement aller chercher des éléments conceptuels chez les antiques). Que nous révèle le mot ? Que désigner la foule, c'est une façon de saisir le collectif humain dans sa figure strictement mécanique (ou physique) : la foule a rapport avec le nombre qui écrase, avec la masse des corps et des membres indifférenciés. Est-ce un mot strictement français ? On peut prendre deux exemples dans des langues proches : l'anglais dit crowd, avec la même racine (l'ancien saxon creodan, qui signifie presser). L'espagnol dit multitude (ou muchedumbre), ne relevant donc que la quantité, la cardinalité impressionnante du groupe ; ou encore el vulgo (entrant alors d'emblée dans un système de hiérarchie sociale qu'il ne faudra pas totalement perdre de vue). La différence entre ces deux pistes tient dans la question de la quantité : en visant la foule, on saisit la multitude compte non tenu de son nombre. La cardinalité précise de la foule importe peu. Elle échappe donc aux apories de la quantité « par le bas ». Cela ne signifie pas que la quantité n'y ait aucune importance, mais du moins ce n'est pas dans une quantité déterminée que se joue l'identification de la foule. Où, alors ? Dans une certaine qualité (provisoirement, disons qu'il s'agit de saisir la multitude comme non strictement nombrée, c'est-à-dire peut-être innombrable). L'enjeu est dans le substantif lui-même : le mot qui donne à la foule son unité ne confère-t-il pas trop vite une existence de sujet à un agrégat contingent ? Foule, masse, peuple, multitude, les termes sont divers mais il semble bien que l'on ait déjà deux certitudes : primo tous renvoient à un rassemblement d'individus humains (ce ne sera que par métaphore que l'on parlera d'une foule de choses). Secundo foule saisit cette multitude dans son indifférenciation qualitative et pas quantitative, et en pointant une difficulté particulière : la foule n'est pas sujet. En effet, dire foule ou crowd c'est désigner la multitude à partir de ce qu'elle fait (les mouvements qui l'agitent intérieurement ou extérieurement), mais pas à partir de ce qu'elle est. La foule est donc un certain rapport (de ses composants entre eux ou avec l'extérieur) mais pas une certaine substance. La question va être : comment la pensée fait-elle effort pour substantialiser la foule (comme objet, comme sujet) ? Il faut donc pour traiter cette question repartir de la question de la quantité et du nombre. Quand y a-t-il foule ? Qu'est-ce qui la détermine comme foule ? Quel est le rapport exact de ce concept à la quantité ? La question qui se pose derrière cette notion encore assez peu déterminée est celle de l'ordre interne de la foule : comme masse, nombre d'individus agrégés, elle pose le problème du lien qui rassemble ses composantes. Ce lien peut-il être saisi comme une structure ? Peut-on penser un ordre de la foule sans la réduire à autre chose qu'elle-même ? Cette question est essentielle : elle ouvre l'appréhension politique de la foule, au sens où cet agrégat d'individus constitue peut-être la source de toute collectivité. Mais il ne faut pas oublier ce que la pensée fait à son objet : penser la foule dans ce cadre, n'est-ce pas l'investir de formes qu'elle ne possède pas ? Et, inversement, essayer de la saisir comme informe, n'est-ce pas la restreindre à une existence primitive, ébauchée, inconsistante ? La foule semble alors être ce qui ne cesse de se désagréger, soit devant la pensée qui la renvoie toujours à une organisation qui la nie, soit devant l'expérience qui ne la rencontre que dans ses effets (mouvements de foule, effets de foule). Pourquoi cette apparente inconsistance de la foule ? Parce qu'elle ne semble pas faite pour être pensée. C'est alors la question de la pensée de la foule qu'il faut aborder en un double sens : celui de la pensée qui anime la foule « de l'intérieur » (la foule pense-t-elle ? la foule ressent-elle ? la foule agit-elle ? que veut-on dire dans ces formulations qui, grammaticalement, considèrent la foule comme un sujet ?) ; mais aussi celui de la pensée qui saisit la foule et l'objective, en l'abordant toujours depuis son extérieur, c'est-à-dire comme un fait, une chose, un bloc de consistance. N'est-ce pas au fond parce qu'elle semble se situer en-deçà de toute conceptualisation possible que la foule comme désignation doit finalement être interrogée dans sa fonction : que pense-t-on lorsque l'on saisit la multitude des individus sous le nom de foule ?


Remarque : comme vous pouvez le constater, cette introduction est, du point de vue purement visuel, trop compacte ; en effet, il n'y a pas d'alinéas, de retours à la ligne, de paragraphes, et cela renvoie à cette impression de « grisaille » déjà évoquée lors d'un article précédent. Une telle densité graphique, sans espaces, sans « blancs », n'est pas très plaisante à lire ; et ce, d'autant plus que le texte exige une attention soutenue et que son style est peut-être un peu difficile.

Ces critiques de détail émises – mais en ce qui vous concerne, de telles critiques devaient être formulées -, cette introduction est l'exemple parfait de ce qu'il convient de faire pour réussir « l'intro de culture gé » – cf. la précédente remarque à ce propos : mise en perspective, définition des mots du sujet, problématique exposée à partir des idées-clefs et jeu des questions / réponses pour faire avancer le débat, résumé de la future démonstration, du « ce que je vais dire » ; et, in fine, l'annonce du plan. Tout y est !

Que le professeur Laurent Gerbier me pardonne ces réflexions concernant le style et la présentation, mais je sais que lui-aussi peut, en parcourant le blog, trouver plein de détails critiquables. C'est justement cela le propre d'une pensée en train de se faire, en direct, et c'est ainsi que tout le monde progresse. Car, vous également, vous pouvez apercevoir bien des points qui mériteraient une juste critique ! C'est la règle du jeu et c'est cela le bien-fondé de tout enseignement. Une perpétuelle lecture et relecture. Il n'y a rien de plus redoutable qu'une pensée qui se fige dans ses certitudes.




Cinquième et dernier exemple

 

Je vous propose d'aller sur le blog d'Olivier Bouba-Olga, maître de conférences à la Faculté de Sciences économiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à l'Institut d'études politiques de Paris - http://obouba.over-blog.com/ . L'un des textes mis en ligne, du point de vue des techniques d'écriture, est fort intéressant. Il montre, par l'exemple, comment il peut être habile et pertinent de conduire sa réflexion / démonstration par le jeu des questions et des réponses - cette dialectique chère à Platon.


Voici un extrait, jugez par vous-mêmes :

"Démarche séduisante, donc, mais qui pose de sérieux problèmes : il faut imiter le meilleur pays, certes, mais lequel choisir ? Les Etats-Unis ? Le Royaume-Uni ? L’Allemagne ? Le Danemark ? Le choix n’est pas si réduit que cela… Regardons les données, me dira-t-on. Certes, mais quelles données ? Les taux de croissance ? Les niveaux de vie ? Les taux de chômage ? La proportion de travailleurs pauvres ? L’évolution du solde commercial ? En fonction de l’indicateur utilisé, les résultats risquent d’être profondément modifiés… Une combinaison de ces données, pourrait-on proposer. D’accord, mais s’il s’agit de bâtir un indicateur composite, le problème n’est que déplacé : quels indicateurs élémentaires inclut-on ? Comment peut-on les pondérer ? Là encore, diversité des choix possibles et des résultats obtenus…

"Et, en supposant que ces premiers problèmes soient réglés, il convient ensuite d’identifier les politiques explicatives de ces performances, ce qui est sans doute encore moins simple : dans l’ensemble des mesures prises, lesquelles ont été les plus déterminantes ? Quelle période d’observation faut-il couvrir ? Dans quelle mesure la reproduction de ces politiques est-elle pertinente dans un autre contexte institutionnel ? À une autre période ? etc.


 

Remarque : Appréciez la façon dont l'auteur joue sur le procédé dialectique des questions / réponses pour conduire sa réflexion / démonstration. Vous vous apercevez combien cette dialectique empruntée à Platon – dia legein, δια λεγειν, à travers le dire – est un chemin qui, par étapes successives, permet à la pensée de progresser dans la découverte de la vérité – même s'il arrive souvent que ce chemin débouche sur une aporie, sorte d'impasse qui oblige à repenser le problème autrement.

Intitulé "blog d'un économiste qui suit et commente l’actualité", le blog d'Olivier Bouba-Olga a pour objectif, comme le note avec humour son auteur, « de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles... » Non conformiste et pertinent, le blog bouscule les idées reçues et incite à poser autrement les questions qui sont "dans l'air du temps".


Alain Laurent-Faucon

NOTES :

[1] Le CERPHI (École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon) regroupe des chercheurs travaillant sur l'âge classique au sens large (de l'humanisme aux Lumières). Il s'agit moins d'étudier une œuvre ou un auteur que de situer les matériaux dans lesquels se sont formés les grands systèmes de la pensée classique : reprise des philosophies antiques, prolongation des crises de la Renaissance, de la Réforme et du bouleversement de la physique, étude des foyers nationaux d'élaboration et de circulation de ces matériaux. L'analyse de l'architectonique des systèmes philosophiques se constitue ensuite, fondée sur la conviction que la philosophie est résolument seconde, qu'elle organise ses problèmes et ses héritages à partir de ceux que lui font déchiffrer l'histoire des sciences, du droit ou de la théologie - et qu'elle les bouleverse à son tour. Après avoir mis pendant plusieurs années l'accent sur l'étude des controverses, le CERPHI a entrepris une étude sur "les passions et l'imagination à l'âge classique".

L'ensemble des textes présents sur le site du CERPHI, bien que consultables en ligne, sont la propriété intellectuelle du CERPHI et/ou de ses membres. Il est possible de les utiliser en respectant le droit de citation (art. L 122-5-3 du Code de la propriété intellectuelle) . En savoir plus sur Droit et Internet.

 

 

Publié dans : CULTURE GÉNÉRALE : LA DISSERTATION - Par alain laurent-faucon
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La dissertation de "culture gé" est une épreuve à fort coefficient dans les concours de la fonction publique d'Etat, terriroriale, hospitalière, et je me suis aperçu que rares étaient les étudiant(e)s qui savaient QUESTIONNER LE SUJET. Le réflexe est d'utiliser des plans pré-formatés et des fiches stéréotypées. D'où la raison d'être de ce blog : QUESTIONNER LE SUJET et PENSER à partir des savoirs exigés.

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