LA DISSERTATION, UNE DÉMONSTRATION [1]

Publié le par alain laurent-faucon



Quel que soit le concours préparé, la dissertation de culture générale est une démonstration qui exige une réflexion personnelle et qui s’appuie sur des exemples précis, en rapport direct avec le sujet. Toute dissertation est également un savoir-faire qui obéit à quelques grands principes et qui s’acquiert par la pratique.

Le sujet, qui vous est proposé, ne se prête jamais à la récitation d’une question de cours ou d’une fiche de lecture. Il exige toujours une réflexion personnelle faisant appel à vos capacités d’analyse et de synthèse. Pour intéresser et convaincre, vous devez également avoir recours à des exemples qui viennent à l’appui de votre démonstration, mais attention : les faits cités n’ont de raison d’être que s’ils sont analysés et intégrés dans le raisonnement. Il est donc nécessaire de toujours bien marquer le lien entre le fait choisi et l’affirmation qu’il vient conforter. Car une dissertation est une démonstration. Il s’agit de traiter le sujet – et rien que le sujet – en faisant preuve de rigueur dans l’argumentation et de cohérence. Une bonne dissertation est donc l’expression d’une réponse personnelle à un problème posé, formulée avec rigueur et clarté, et se référant constamment au réel. Pour ce faire, il s’agit de construire sa démonstration en ordonnant ses idées, - d’où la nécessité de faire un plan avant de passer à la rédaction proprement dite.

Mais vous ne pouvez construire votre plan que si, au préalable, vous avez questionné le sujet soumis à votre réflexion. Et c'est cette étape-là qui est essentielle, fondamentale, vitale ; cette étape-là qui fait la différence entre telle et telle copie, lors des correctionss. Ce ne sont jamais, en premier lieu, les connaissances ; c'est toujours la façon dont le sujet est traité, c'est-à-dire la façon dont vous avez questionné tous les mots du sujet, y compris tout ce qui paraît souvent anecdotique comme la ponctuation, les conjonctions de coordination, etc. Or, que se passe-t-il en général ? Les candidates et les candidats, le sujet à peine lu, cherchent tout de suite à faire « monter » leurs connaissances, au risque de passer à côté du sujet, de faire du hors-sujet.

Questionner le sujet implique un réel apprentissage, car cela exige que vous appreniez à penser. Or, l'université ne nous apprend pas à penser, ou très rarement. Ce qui est généralement demandé à la fac, c'est d'accumuler des connaissances, même dans des disciplines comme la philosophie ! Et là, brusquement, il est exigé de vous, si vous voulez être parmi les meilleurs et réussir, que vous fassiez appel à la technique du questionnement, en utilisant les clés et grilles de lecture de l'herméneutique, des sciences du langage, de la philosophie analytique, et, surtout, en osant une « lecture aux éclats » selon l'heureuse formule de Ouaknin. Et ce travail-là ne peut se faire qu'en cours ... Toutefois, je tâcherai de vous donner, ici-même, sur ce blog, divers modes opératoires pour apprendre à questionner le sujet.


Conseils méthodologiques


Tous les mots utilisés pour expliquer ce qu’est une dissertation importent : ils définissent les grands principes de la dissertation – intéresser et convaincre – et rassemblent les exigences fondamentales : une réflexion personnelle qui doit s’appuyer sur des exemples précis et sur une argumentation à la fois rigoureuse, claire et cohérente, en rapport direct, immédiat et logique avec le sujet et rien que le sujet.

Pour réussir ce genre d’épreuve, il convient de respecter quelques règles fondamentales et de ne pas brûler les étapes.


Deux questions essentielles
Avant toute chose, se poser deux questions essentielles afin de mieux cerner le sujet soumis à votre réflexion

Le premier travail – absolument essentiel – est de réfléchir sur le sujet proposé. Une mauvaise réflexion de départ, la moindre précipitation, l’envie de raccrocher le sujet à une question de cours plus ou moins proche, sont autant de fautes majeures risquant de vous faire déraper dans le hors sujet.


de quoi s’agit-il ?
qu’est-ce que je dois démontrer ?


L’expérience montre qu’un problème mal posé, ou insuffisamment posé, ou pas posé du tout, ne sera jamais correctement résolu - car aucun problème ne va de soi. Avant de le résoudre, il importe de le définir.

Mais, pour le définir, encore faut-il cerner le sens des mots ou des termes utilisés dans le libellé du sujet. Par exemple, pour le sujet intitulé « Langue et pouvoirs », sujet donné à un concours, il faut d’abord poser la question : de quoi s’agit-il ? – c’est-à-dire : qu’entend-on par langue ? avant même de répondre à la question : que dois-je démontrer ? Car c’est bien le mot langue qu’il convient de définir, qui peut poser problème.


de quoi s’agit-il ?
c’est-à-dire quels sont les mots-clés et que signifient-ils ?
c’est-à-dire qu’entend-on par langue pour le sujet « Langue et pouvoirs » ?

Concernant le sujet « Langue et pouvoirs », définir tout de suite ce qu’est la langue, même de façon très succincte, évite de faire un certain nombre de confusions entre langue et langage, langue [1]  et signes. Par exemple : la censure concerne la pensée d’un auteur à travers ses dires ou ses écrits, mais pas la langue en tant que telle. En revanche, toute action politique cherchant à protéger une langue des influences étrangères ou visant à interdire l’emploi de certains mots relève bien du sujet « Langue et pouvoirs ». De même, s’attarder sur le rôle de la presse et des médias risque de vous éloigner très vite du sujet. En revanche, dire que le pouvoir d’une langue passe éventuellement par l’utilisation de certains supports et leur contrôle relève du sujet « Langue et pouvoirs ».

Réfléchir sur le sens des mots utilisés dans le libellé du sujet est donc primordial. Si le sujet est une longue citation, il faut impérativement repérer les mots-clés, les définir et les cadrer. Tant que ce premier travail n’est pas effectué, il est inutile – dangereux - de passer à l’étape suivante.

Par exemple, le sujet proposé au concours EDH de 1994 était : « La ville remplace-t-elle l’entreprise comme principal théâtre de conflit social ? » Le premier mot-clef, celui qui devait d’entrée retenir toute votre attention était ville. En effet, le danger – surtout quand on parle de conflit social – était de confondre les mots ville et banlieues. En ce qui concerne le sujet du concours blanc de janvier 2001 – « Certains disent volontiers aujourd’hui que la France s’ennuie. Qu’en pensez-vous ? » -, l’un des mots-clés qui devait immédiatement être pris en compte était aujourd’hui. Les autres étant : disent volontiers (c’est un sentiment, une impression, un ressenti, non une affirmation étayée par des faits, etc.), la France (ce n’est pas telle ou telle personne, telle classe sociale, mais la France), s’ennuie (quels sont les sens possibles du terme ennui, quel est celui qu’il convient de privilégier quand certains disent que la France s’ennuie, etc.).

Mais revenons au sujet « Langue et pouvoirs ». Après avoir répondu à cette première question et défini les notions de langue et de pouvoir, d’une façon très générale, très « grand public » pourrait-on dire (vous n’avez pas à faire œuvre de linguiste), vous devez ensuite vous poser la seconde question essentielle : qu’est-ce que je dois démontrer ?


Qu’est-ce que je dois démontrer ?

La direction des enseignements de l’Ecole Nationale de la Santé Publique rappelle qu’un « devoir doit être conduit comme une démonstration : il doit amener progressivement le lecteur à comprendre de mieux en mieux le sujet, à en voir les principaux aspects et à admettre la thèse défendue. C’est un travail personnel de raisonnement et de synthèse. » Il est également rappelé que ce genre d’exercice permet de voir si le candidat est « mûr, calme, posé, capable de prendre de la distance sans se laisser déborder par son affectivité ». Autant de conseils qu’il convient de garder à l’esprit.

Qu’est-ce que je dois démontrer ? La réponse est à chercher dans le sujet et rien que le sujet. Cela paraît évident. Il arrive pourtant que certains oublient cette évidence. S’il s’agit du sujet « langue et pouvoirs », il faut rechercher les rapports, les interférences, les connexions, les tensions et les oppositions existant entre langue « et » pouvoirs. C’est la conjonction de coordination elle-même qui va servir de guide dans le cas présent.

Dans son ouvrage Halte à la mort des langues, Claude Hagège rappelle que les langues sont en elles-mêmes des faits sociaux, car elles « accompagnent les groupes humains. Elles disparaissent avec eux ; ou au contraire, s’ils sont nombreux et prompts à se répandre au-delà de leur milieu d’origine, elles se diffusent, dans leur sillage, sur de vastes territoires. C’est donc de ceux qui les parlent qu’elles tirent leurs principes de vie et leur aptitude à accroître leur champ d’usage. » Voilà pourquoi les langues sont tributaires du pouvoir politique, culturel, économique du groupe, et dépendent aussi des relations de pouvoir entre groupes ou des relations de pouvoir au sein d’un même groupe.


La recherche des idées et des faits
En rapport direct et précis avec le sujet, rien que le sujet, tout le sujet


Ce n’est qu’après avoir répondu aux questions primordiales de quoi s’agit-il ? et qu’est-ce que je dois démontrer ? que vous pouvez faire votre recherche d’idées.

Dans un premier temps, il faut noter toutes les idées et tous les exemples concrets, précis, qui vous viennent à l’esprit sans jamais oublier le sujet. C’est-à-dire qu’il faut noter votre idée ou votre exemple en indiquant tout de suite le rapport étroit qui peut exister entre cette idée ou cet exemple et le sujet. Le fait de sans cesse vous recentrer sur le sujet, rien que le sujet, vous évitera tout risque de dérapage.

Par exemple, concernant les rapports entre langue et pouvoirs, vous songez à l’enseignement des langues. L’idée est bonne si, aussitôt, vous vous dites : je dois montrer en quoi l’enseignement peut être, pour une langue, un facteur de pouvoir ou un instrument de pouvoir au service d’une communauté, d’une région, d’un Etat… En agissant ainsi, vous vous recentrez immédiatement sur le sujet et vous évitez toutes les considérations qui n’ont rien à voir avec le sujet « Langue et pouvoirs ».

Vous songez aux rapports de force pouvant exister entre deux grands pôles linguistiques – pays anglophones, pays francophones ? Là aussi, l’idée est excellente si, aussitôt, vous recentrez le problème sur le sujet lui-même en montrant en quoi, pourquoi et comment la francophonie est un instrument de pouvoir, et en montrant également l’importance du facteur économique pour affirmer la suprématie d’une langue dans les relations de pouvoir à l’échelle internationale.


Un chemin étroit, délimité par le sujet

Vous l’avez compris : toutes les idées sont bonnes si toutes se rapportent directement au sujet. Il faut être monomaniaque – le sujet, rien que le sujet -, et ne jamais s’éloigner du problème à résoudre. Tout ce qui ne se rapporte pas au sujet est à proscrire. Le sujet, rien que le sujet, tout le sujet. Sans cesse, au cours de la recherche d’idées, vous devez vous répéter cela. Une dissertation est une démonstration, mais cette démonstration est un chemin étroit, borné de chaque côté par le sujet. Le moindre écart et vous êtes hors sujet. Voilà bien la plus grande difficulté de la dissertation : ne jamais emprunter des chemins de traverse, des voies parallèles, afin de toujours rester dans l’étroit chemin délimité par le sujet. C’est cette qualité là que le correcteur juge en premier.


Nécessité de faire un plan
Une dissertation est une construction ; ce n’est pas une collection de remarques présentées en vrac

Après avoir noté vos idées et les exemples qui viennent les conforter ou les expliciter, il vous faut les ordonner et les classer par regroupement d’idées voisines. Ce premier tri effectué – cette étape est nécessaire, car elle permet d’avoir une vision d’ensemble et donne déjà les grandes divisions -, le plus délicat reste néanmoins à faire : le plan.


Un plan en deux parties

Il n’y a pas de bon plan en soi. La seule règle à retenir : il faut trouver un plan qui donne du sujet la vue la plus large, la plus nette, la plus vraie.

Généralement, dans les concours, le plan qui prédomine et qui est conseillé est un plan en deux parties - chaque partie étant elle-même subdivisée en deux ou le plus souvent en trois sous-parties. Respectez donc ce type de plan.


Des phrases de liaison

Par ailleurs, il est impérativement demandé, après l’annonce du plan en fin d’introduction, de rédiger une ou deux phrases de liaison entre chaque partie et chaque sous-partie. Leur fonction est double : elles résument ce que vous venez de dire et annoncent ce que vous allez dire. Elles rappellent à la fois votre problématique et indiquent votre progression dans l’argumentation.

Les « candidats ne doivent pas compter sur la science et la patience de l’examinateur pour débrouiller les fils de leur pensée. Ce dernier est censé tout ignorer du sujet et son rôle est d’apprécier les qualités d’exposition de l’auteur, non de les deviner », est-il rappelé dans les recommandations générales données par la direction des enseignements et de la recherche de l’E.N.S.P. pour la préparation de l’épreuve écrite de dissertation.


Je dis ce que je vais dire, je le dis, je dis que je l’ai dit

Du point de vue pratique, ces phrases-liaisons – qui renvoient à l’adage : je dis ce que je vais dire, je le dis, je dis que je l’ai dit - doivent se détacher du corps du texte afin d’être parfaitement visibles et directement perceptibles. Elles constituent autant d’étapes, de jalons, dans votre démonstration. Elles en sont l’ossature, un peu comme les intertitres dans un article de presse.

En lisant l’introduction, les phrases de liaison et la conclusion, le lecteur doit déjà avoir une bonne vue d’ensemble du sujet traité, le corps du devoir n’étant là que pour apporter des précisions ou expliciter la démonstration. Si l’on reprend l’exemple d’un article de presse, le titre – qui est la conclusion générale -, le chapeau – qui est l’introduction – ainsi que les intertitres – qui sont les phrases de liaison – vous permettent, avant d’entrer dans l’article, d’avoir une première approche du thème abordé.


Une idée par paragraphe, un paragraphe par idée afin de mettre en place des circuits de lecture tout en aérant votre texte

Non seulement les phrases de liaison entre chaque partie et chaque sous-partie doivent se détacher afin d’être immédiatement visibles et perceptibles, mais toute idée nouvelle doit faire également l’objet d’un retour à la ligne, c’est-à-dire constituer un nouveau paragraphe. Ces conventions dans la présentation formelle sont, en fait, autant de repères – ou de circuits de lecture - qui facilitent l’accès au texte.

Pour faciliter l’accès au texte, il vous faut en outre surveiller votre style et le rendre le plus agréable possible en évitant les phrases trop longues, les formules familières, les répétitions ou les termes inutiles. « Le je est à proscrire absolument, le nous et le on sont également à éviter. […] Les exclamations doivent aussi être proscrites absolument, la forme interrogative doit être employée avec précaution. Il est difficile de soutenir longuement l’emploi du futur », note la direction des enseignements et de la recherche de l’E.N.S.P.


L’introduction

L’introduction doit rapidement situer et poser le problème avant d’indiquer comment vous allez le résoudre

L’image de l’entonnoir est trop souvent employée pour définir une bonne introduction. Acceptons cette métaphore avec une extrême réserve, car elle est source de bien des erreurs. L’introduction n’est pas un fourre-tout. Elle pose d’abord le sujet, c’est-à-dire elle explique où se trouve le problème, puis indique comment vous allez le résoudre – c’est l’énoncé du plan.

L’introduction doit, sans longueur excessive, et par étapes successives :

a) d’abord justifier le sujet (par son actualité, son originalité...), puis le situer dans le temps et l’espace (auteur, circonstances, etc.). C’est là qu’un exemple précis, pris dans l’actualité et directement lié au sujet, est le bienvenu. Il faut donc éviter de commencer l’introduction par des platitudes. Il suffit de se référer à la technique utilisée par les journalistes : pour amener rapidement le sujet qu’ils désirent traiter, ils partent d’un cas précis, concret, d’un fait frappant, caractéristique, et qui, à lui seul, pose le problème.

b) ensuite le délimiter en définissant les termes polysémiques [2] , les mots-clés, les expressions ambiguës, et donner votre point de vue, l’idée générale que vous allez défendre.

c) enfin, annoncer votre plan, sans lourdeur ni maladresse. Il faut éviter d’annoncer votre plan en utilisant ce genre de formules plutôt maladroites : « Dans une première partie voyons comment… Puis, en seconde partie, analysons…  »

Faut-il recopier le sujet dans l’introduction ?

Si le texte est court, il faut l’intégrer dans votre introduction ; s’il s’agit d’une longue citation, il faut dégager le problème qu’elle contient et ne reproduire que les passages essentiels.

Imaginons que vous ayez à commenter cette réflexion de Jean Fourastié (in Machinisme et Bien-être) proposée aux candidats du concours d’entrée à l’E.N.S.P. : « Il faut comprendre que […] le progrès scientifique et le progrès technique n’impliquent pas nécessairement un progrès humain. C’est une erreur aussi dangereuse de dénigrer le progrès technique en dénonçant la stagnation morale de l’Humanité que d’attendre de ce même progrès technique la solution de tous les problèmes humains. »

La citation est trop longue pour être recopiée. Il vous faut donc la résumer. Après avoir posé le sujet en vous appuyant sur un exemple pris dans l’actualité, vous continuez ainsi :

Face à l’extraordinaire développement des sciences et des techniques, Jean Fourastié, économiste et sociologue, nous conseille de ne pas « attendre du progrès technique la solution de tous les problèmes humains » et nous met aussi en garde contre tout rejet systématique de ce même progrès.

Où définir le vocabulaire employé dans le sujet ?

Lorsque certains mots du sujet peuvent prêter à confusion ou exigent une précision – le mot langue par exemple dans le sujet « Langue et pouvoirs » -, il est nécessaire de les définir avant d’aborder la discussion. Si les définitions exigent une longue explication, il est préférable de ne pas les mettre dans l’introduction. Dans un cas pareil, il est nécessaire, dès le début du devoir, de préciser dans quel sens on prend le ou les mots-clés du sujet – sauf si l’objet du devoir est de parvenir, à son terme, à produire une définition [3] ; ou si la définition d’un mot-clé peut constituer une véritable partie du devoir.

Dans le sujet « Langue et pouvoirs », il suffit simplement de définir le mot langue dans l’introduction. Car seul ce mot-clé peut prêter à confusion entre langue et langage, langue et signes, langue et écriture, etc. Une confusion qui peut provoquer des hors sujets. Si la langue est un système de pensée, la parole et l’écriture sont les instruments et le produit de la langue. Une fois cela posé, tout devient clair et bien cadré. Vous reviendrez toujours au cœur du sujet, même si vous entendez montrer que le pouvoir, pour agir sur la langue, passe par les instruments de la langue, les mots notamment.

Quand rédiger l’introduction ?

C’est dans l’introduction que vous allez donner votre point de vue, l’idée générale que vous développerez. Il n’est donc pas possible de la concevoir avant d’avoir tout mis en place : le plan et la conclusion.

Après avoir élaboré le plan, vous devez rédiger - au brouillon - la conclusion puis l’introduction. En effet, pour des raisons d’efficacité, seules l’introduction et la conclusion – sans oublier les phrases de liaison qui sont tout aussi vitales - doivent être rédigées au brouillon.


La conclusion est un verrouillage

Arrivant au terme d’une démonstration, elle fait le point avec concision et rigueur. Accessoirement elle peut situer le bilan dans une perspective plus générale, qui est directement et étroitement en rapport avec le sujet.

Toute conclusion est un verrouillage : l’image donnée par certains auteurs d’un entonnoir à l’envers est à proscrire. Car cette image conduit certains candidats à placer dans leur conclusion une idée nouvelle, soi-disant pour élargir le débat. C’est là une erreur grave, impardonnable, car si cette idée s’inscrit dans le sujet soumis à votre réflexion, elle n’a pas sa place dans la conclusion ; elle aurait dû être développée dans le corps du devoir… Et si cette idée n’a aucun lien direct, précis, logique, avec le sujet à traiter, elle est alors hors sujet !

Dans une conclusion, vous ne devez jamais introduire de nouveaux termes, lancer de nouvelles idées, remettre brusquement en question les idées supposées acquises dans le développement. Vous ne devez pas non plus transformer une conclusion en post-scriptum, addenda ou, pire encore, en erratum.

Toute conclusion est donc un verrouillage

Cette métaphore est claire, précise, concrète, sans la moindre ambiguïté. Gardez la toujours à l’esprit. Elle permet de bien conclure, car elle vous rappelle que la conclusion est le point final de votre démonstration.

Toute conclusion est un bilan

Toute conclusion doit être étroitement liée du point de vue logique à ce qui précède. Elle apparaît comme le terme inéluctable de votre démonstration. Elle est un bilan qui s’exprime en quelques phrases bien senties.

Accessoirement – mais attention vous devez être très prudents pour éviter le moindre hors sujet - une ultime phrase peut dégager une conclusion pratique ou des perspectives d’avenir. Par exemple, dans Qu’est-ce qu’une nation ?, Renan, à la fin de son travail de réflexion, résume sa pensée en rappelant d’abord que « l’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion », puis termine en rappelant l’idée qui lui tient tant à cœur et qu’il a longuement développée : « Une grande agrégation d’hommes […] crée une conscience morale qui s’appelle une nation ». A la fin de sa conclusion-bilan, Renan fait encore une remarque : « le moyen d’avoir raison dans l’avenir est, à certaines heures, de savoir se résigner à être démodé ». Cette phrase, la dernière, se veut une réponse à d’éventuels détracteurs. Même si elle situe la conclusion dans une perspective plus générale, elle n’est pas essentielle.

Alain Laurent-Faucon


NOTES :

 

[1] Il existe des langues vivantes (le français, l’anglais, etc.) et des langues mortes parce qu’elles ne se parlent plus de nos jours (le latin) ; certaines ne s’écrivent pas, elles sont uniquement parlées (en Afrique par exemple) ; d’autres utilisent la parole et l’écriture, deux façons de communiquer qui sont l’instrument et le produit d’une langue. Dans son ouvrage Halte à la mort des langues, Claude Hagège explique que les langues sont des « structures cognitives complexes, qui reflètent la façon dont l’esprit fonctionne quand il produit et interprète des énoncés ». Dernière mise au point : s’il existe une interdépendance entre langue et langage – que celui-ci soit des mots parlés, écrits, ou une gestuelle (le langage des sourds-muets) -, le langage n’est que l’instrument et le produit de la langue (Ferdinand de Saussure, in Cours de linguistique générale).

[2] C’est-à-dire qui peuvent avoir plusieurs sens.

[3] Si vous avez un sujet comme « L’homme providentiel » (E.N.A. 1988), il vous est tout à fait possible d’envisager une telle approche.


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kena 28/08/2015 17:49

j'aimerai avoir les sujets à disserter, pour améliorer ma capacité.

alain laurent-faucon - alf - andéol 29/08/2015 11:17

Bonjour ?! Et merci ?! La politesse ?! Mais je vous réponds : en général pour les concours il existe des annales, je vous invite donc à les consulter. Cordialement.