LA DISSERTATION, UNE EXPRESSION [3]

Publié le par alain laurent-faucon

 


Écrire pour être lu ! Cela pourrait sembler paradoxal ou saugrenu d'avancer une telle idée, dans la mesure où les correcteurs sont bien obligés de lire votre copie. Mais la phrase fatidique est prononcée : sont bien obligés de lire votre copie ! Et c'est justement cela qu'il convient d'éviter. Qu'ils se sentent obligés ! D'où cette nécessaire ambition : écrire pour être lu !

Pour y parvenir, il faut absolument respecter les règles de la communication « efficace », celle des circuits de lecture et de la mise en page / mise en scène ; il faut absolument apprendre à questionner le sujet afin de pouvoir dégager les idées-clefs qui permettront de structurer la démonstration et, par là-même, d'élaborer le plan.

Ce sont, en effet, ces idées-clefs qui, une fois mises en ordre, vont induire à la fois la logique de la démonstration et du plan. Comme l'écrit fort justement Louis Timbal-Duclaux [1] :

« l'ordre du discours, c'est le discours même ».

Dit d'une autre façon : c'est la démonstration elle-même et sa propre logique, construite à partir des idées-clefs, qui fait le plan, qui « est » le plan. Le seul travail efficace est donc bien celui qui consiste à penser par soi-même, en questionnant le sujet pour trouver quelques idées-clefs. Et c'est à partir de ces idées-clefs que se met en place la démonstration et, par là-même, le plan.

Écrire pour être lu ! Cela signifie : 1°) qu'il est nécessaire de développer « en direct » une pensée personnelle ; 2°) qu'il importe de respecter certaines règles de la « communication efficace » ; 3°) qu'il convient d'emprunter à la dialectique platonicienne et aux techniques du journalisme et de la publicité des façons de faire, des savoir-faire, susceptibles d'améliorer la composition / rédaction / expression - c'est-à-dire : le style !


1




L'intro ? un résumé !



 

Le
« chapeau » d'un bon article de presse est :

 


un résumé de la démonstration qui va suivre ;

ou, formulé autrement : un « voilà ce que je vais dire »

La seule différence entre le « chapeau » d'un article de presse et l'introduction d'une dissertation de culture générale réside dans le fait que l'introduction de culture générale doit intégrer dans son « voilà ce que je vais dire » (résumé de la démonstration) le libellé du sujet à traiter, et doit, également, intégrer le « comment je vais le dire » (l'annonce du plan).


L'introduction de la dissertation de culture générale est donc un résumé de la démonstration qui va suivre ;

ou, formulé autrement : un « voilà ce que je vais dire » qui intègre le libellé du sujet à traiter et qui est suivi d'un « comment je vais le dire » (annonce du plan).

L'introduction répond expressément à la question de Foch : « en résumé, de quoi s'agit-il ? » Elle est ce « chapeau-appel-accroche » des revues et magazines "grand public" et de très bonne tenue intellectuelle comme, par exemple, L'Histoire, ou Le Monde de la Bible ... pour ne citer que ces deux titres.

Pris dans un numéro hors-série, automne-hiver 2003, du Monde de la Bible consacré à « Constantinople, capitale d'Orient », voici trois exemples fort intéressants et instructifs.

Premier exemple

Titre - La nouvelle Rome, par Adelo Cilento, chercheur en histoire médiévale

Chapeau-accroche-appel - « Ville Lumière », « Reine des Villes », « Belle Cité ». Les habitants de Constantinople ne manquent pas de superlatifs pour qualifier leur ville, à laquelle ils vouent un attachement passionné. En effet, sur l'ancienne Byzance, Constantin bâtit une ville où chaque pierre, chaque édifice, chaque rue doit témoigner de la fonction politique de l'empire d'Orient, grec et chrétien. Ainsi naît Constantinople, la « Nouvelle Rome » qui surpasse peu à peu toutes les autres cités de l'Empire.

I .La ville de Constantin doit être une seconde Rome, une capitale politique et religieuse

A) La « fondation » de Constantinople

B) Du forum au Capitole

II. Sous l'empereur Justinien, les constructions connaissent une sorte d'âge d'or

A') Palais, hôpitaux et eau potable

B') Sainte-Sophie, la « Grande »


Deuxième exemple

Titre – Quand l'empereur allait au stade, par Claudio Azzara, enseignant d'histoire médiévale à l'université de salerne (Italie)

Chapeau-accroche-appel - Enracinées dans le quotidien de l'Antiquité tardive, surtout en Orient, les courses de chars étaient le lieu de célébration des valeurs sportives. Mais, adossé au palais, l'hippodrome de Constantinople sert aussi, dans ses mises en scène symboliques et sacrées, le dessein politique de l'empereur. C'est dans le cirque, cadre grandiose des divertissements publics, que se scelle la rencontre entre le monarque, régisseur de l'univers, et le peuple.


Remarque : tout est dit dans ce chapeau, du moins l'essentiel. Avant même de lire le texte, la démonstration, le lecteur sait de quoi il s'agit. Une bonne introduction est donc un résumé de ce que je vais démontrer. « Voilà ce que je vais dire. » Il ne manque que l'annonce du plan, obligatoire en culture gé ! Le « voilà comment je vais le dire ».


Troisième exemple

Titre – Justinien, empereur insomniaque, par Adele Cilento, chercheur en histoire médiévale

Chapeau-accroche-appel - Couronné empereur de Byzance en 527, Justinien reste au pouvoir pendant près de quarante ans. Il poursuit avec énergie un idéal ambitieux : faire renaître l'Empire romain et lui rendre sa grandeur passée, en rétablissant son unité au seins de la chrétienté. Jour et nuit, infatigable, Justinien suit en personne tous les problèmes de son vaste royaume. Un grand nombre de ses décisions portent aussi la marque de son épouse bien aimée, Théodora.

I. Les historiens décrivent Justinien comme un homme aux penchants autocratiques, mais à l'intelligence pénétrante.

A) Justin, l'oncle bienveillant

B) Théodora, actrice et impératrice

II. Avant de prendre une décision, Justinien consulte toujours « l'épouse très honorée que Dieu lui a donnée », son « très doux enchantement ».

A') La belle orientale à la poigne de fer

B') Féministe avant l'heure

Épilogue-conclusion - Du règne de Justinien et Théodora, on retiendra que cette dernière, orientale de naissance et plus perspicace que son mari, a eu la clairvoyance d'accorder davantage d'attention à l'Orient. Elle a réussi, grâce à son intelligence et à sa lucidité, à faire prévaloir une ligne politique plus conforme aux intérêtes de l'État.

Justinien, quant à lui, fasciné par la grandeur des traditions romaines et beaucoup plus attiré par l'Occident, a développé des vues à la fois magnifiques et irréalisables, rêvant de restaurer l'Empire des Césars et de fonder le règne de l'orthodoxie sur l'union avec Rome.


Remarque :
la conclusion est excellente, elle est vraiment un bilan et ramasse en deux paragraphes l'essentiel de ce qui a été dit sur l'action politique de Justinien et Théodora.

Observez la dynamique du circuit de lecture : en lisant l'accroche, les phrases-titres, les intertitres et la conclusion, le lecteur a une vision synoptique du sujet, et il sait, presque, l'essentiel ! Tout le reste, la lecture de l'article lui-même, ne constitue qu'un complément d'informations.

Notez enfin combien les trois « chapeaux » des trois exemples cités parviennent à dire l'essentiel en très peu de mots.

 

 

2




Le jeu des questions




un subtil procédé

δια λεγειν

 

Il est aussi une autre technique pour présenter le « ce que je vais dire », le résumé de la dissertation, et ce procédé est dans le subtil maniement des questions / réponses. Ce procédé peut être utilisé dans le corps du devoir, le développement. Il renvoie à la dialectique platonicienne, ce chemin vers la recherche de la vérité (qui débouche, très souvent, sur une aporie) - à travers le dire - par le jeu des questions / réponses. Platon a d'ailleurs génialement démontré que toute pensée en train de se faire - "en direct" - est une mise en scène, une dramaturgie.


Tirés de la revue L'Histoire parue en septembre 2001 et intitulée « Le climat depuis 5000 ans », voici trois exemples significatifs




Premier exemple

Titre – Le climat aussi a une histoire, entretien avec Robert Delort, agrégé d'histoire et licencié ès(sciences

Chapeau-accroche-appel - La planète se réchauffe-t-elle ? Le temps se « détraque » -t-il ? L'homme est-il responsable des « catastrophes naturelles » ? Toutes ces questions suscitent peurs et fantasmes. L'histoire nous apprend cependant à relativiser tempêtes et inondations. En effet, depuis trois mille ans environ, le climat de l'Europe n'a guère changé.

Deuxième exemple

Titre - La foudre, colère de Dieu ! Par Jacques Berlioz, alors directeur de recherche au CNRS et aujourd'hui Directeur de l'Ecole nationale des chartes

Chapeau-accroche-appel - Les catastrophes climatiques ? Des châtiments divins pour les hommes du Moyen Age. Afin de s'en protéger, ces derniers multiplient les invocations à Dieu et à ses saints. Sans être totalement dupes !

Troisième exemple

Voici un bel exemple d'annonce de plan après un rappel des faits. Il s'agit d'une « Tribune » parue dans ce même numéro de la revue L'Histoire et dont l'auteur est Alain-Gérard Slama, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, auteur, essayiste et éditorialiste.

Titre – La tyrannie du droit

Chapeau-accroche-appel - Un procès pour apologie de crime de guerre est intenté contre l'ancien chef des services spéciaux en Algérie, le général Paul Aussaresses, auteur de Mémoires cyniques sur la guerre d'Algérie. Une juste sanction envers un homme qui ne regrette rien ? Ou une menace contre la liberté d'expression ?


Quatrième exemple

Il s'agit, ici, de l'introduction d'un cours d'agrégation de philosophie sur le thème de « La foule », mis en ligne par le CERPHI [1] - École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon. Ce cours a été donné par le professeur Laurent Gerbier durant l'année universitaire 1998-1999.

 

Remarque : Il est évident que cette introduction est d'une tenue intellectuelle qui va bien au-delà de ce qui est exigé des candidat(e)s présentant l'épreuve de culture générale aux concours administratifs de catégorie A ! D'abord, parce qu'il s'agit de l'introduction à un cours et que le temps de préparation n'est vraiment pas le même que pour un concours en quatre ou cinq heures ! Ensuite, parce qu'il s'agit de l'introduction à un cours de philosophie pour celles et ceux qui passent l'agrégation et que, de ce fait, le niveau de spécialisation exigé n'est pas non plus comparable.

Ces réserves faites, je vous invite à lire cette introduction et à réfléchir sur la façon dont elle est conduite, car elle a l'immense mérite de regrouper toutes les qualités exigées dans une introduction de culture générale : mise en perspective, définition des mots du sujet, problématique exposée à partir des idées-clefs et jeu des questions / réponses pour faire avancer le débat, résumé de la future démonstration, du « ce que je vais dire » ; et, in fine, l'annonce du plan. En lisant attentivement cette introduction, vous découvrez que « l'ordre du discours c'est le discours même ».

Cette lecture, même si elle s'avère un peu difficile pour des juristes et des candidat(e)s peu habitués aux discussions philosophiques, est absolument nécessaire, car elle vous montre combien les règles de la dissertation de culture générale renvoient aux modes de la pensée elle-même, du moins de la pensée occidentale.

L'épreuve de « culture gé » n'est donc pas une épreuve « en l'air », où l'on peut dire et faire n'importe quoi ; ce n'est pas un simple « baratin » ou de la pure « esbroufe ». Et il n'y a pas de recettes miracles, « à l'américaine », pour réussir l'épreuve – comme le laissent croire certaines publicités racoleuses, tant le créneau des prépas est porteur et les peurs étudiantes réelles. Mais attention : les jobards prolifèrent toujours ...

Il faut apprendre à penser, c'est-à-dire à questionner le sujet comme le fait le professeur de l'ENS, et cet apprentissage demande du temps et du travail ; et il faut assimiler toutes les techniques d'écriture, de composition, de communication, et cette assimilation exige, elle-aussi, du temps et du travail.


 

Introduction : La foule - par Laurent Gerbier


Penser la foule, c'est se heurter à la difficulté de conceptualiser un terme qui ne l'est pas spontanément. Il faut tenter de s'abstraire de l'expérience de la foule pour la saisir comme problème pour la pensée. Quel problème se donne à saisir sous le nom de foule ? Il faut pour ouvrir une piste partir de l'étymologie : le mot foule est issue du foulon (du latin fullare, fouler, presser). La foule renvoie donc à l'action de fouler : la foule écrase, presse, ou est écrasée et pressée. Mais il faut noter d'emblée que le mot ne semble apparaître qu'au XIIe (donc c'est à travers une problématisation très prudente que l'on pourra éventuellement aller chercher des éléments conceptuels chez les antiques). Que nous révèle le mot ? Que désigner la foule, c'est une façon de saisir le collectif humain dans sa figure strictement mécanique (ou physique) : la foule a rapport avec le nombre qui écrase, avec la masse des corps et des membres indifférenciés. Est-ce un mot strictement français ? On peut prendre deux exemples dans des langues proches : l'anglais dit crowd, avec la même racine (l'ancien saxon creodan, qui signifie presser). L'espagnol dit multitude (ou muchedumbre), ne relevant donc que la quantité, la cardinalité impressionnante du groupe ; ou encore el vulgo (entrant alors d'emblée dans un système de hiérarchie sociale qu'il ne faudra pas totalement perdre de vue). La différence entre ces deux pistes tient dans la question de la quantité : en visant la foule, on saisit la multitude compte non tenu de son nombre. La cardinalité précise de la foule importe peu. Elle échappe donc aux apories de la quantité « par le bas ». Cela ne signifie pas que la quantité n'y ait aucune importance, mais du moins ce n'est pas dans une quantité déterminée que se joue l'identification de la foule. Où, alors ? Dans une certaine qualité (provisoirement, disons qu'il s'agit de saisir la multitude comme non strictement nombrée, c'est-à-dire peut-être innombrable). L'enjeu est dans le substantif lui-même : le mot qui donne à la foule son unité ne confère-t-il pas trop vite une existence de sujet à un agrégat contingent ? Foule, masse, peuple, multitude, les termes sont divers mais il semble bien que l'on ait déjà deux certitudes : primo tous renvoient à un rassemblement d'individus humains (ce ne sera que par métaphore que l'on parlera d'une foule de choses). Secundo foule saisit cette multitude dans son indifférenciation qualitative et pas quantitative, et en pointant une difficulté particulière : la foule n'est pas sujet. En effet, dire foule ou crowd c'est désigner la multitude à partir de ce qu'elle fait (les mouvements qui l'agitent intérieurement ou extérieurement), mais pas à partir de ce qu'elle est. La foule est donc un certain rapport (de ses composants entre eux ou avec l'extérieur) mais pas une certaine substance. La question va être : comment la pensée fait-elle effort pour substantialiser la foule (comme objet, comme sujet) ? Il faut donc pour traiter cette question repartir de la question de la quantité et du nombre. Quand y a-t-il foule ? Qu'est-ce qui la détermine comme foule ? Quel est le rapport exact de ce concept à la quantité ? La question qui se pose derrière cette notion encore assez peu déterminée est celle de l'ordre interne de la foule : comme masse, nombre d'individus agrégés, elle pose le problème du lien qui rassemble ses composantes. Ce lien peut-il être saisi comme une structure ? Peut-on penser un ordre de la foule sans la réduire à autre chose qu'elle-même ? Cette question est essentielle : elle ouvre l'appréhension politique de la foule, au sens où cet agrégat d'individus constitue peut-être la source de toute collectivité. Mais il ne faut pas oublier ce que la pensée fait à son objet : penser la foule dans ce cadre, n'est-ce pas l'investir de formes qu'elle ne possède pas ? Et, inversement, essayer de la saisir comme informe, n'est-ce pas la restreindre à une existence primitive, ébauchée, inconsistante ? La foule semble alors être ce qui ne cesse de se désagréger, soit devant la pensée qui la renvoie toujours à une organisation qui la nie, soit devant l'expérience qui ne la rencontre que dans ses effets (mouvements de foule, effets de foule). Pourquoi cette apparente inconsistance de la foule ? Parce qu'elle ne semble pas faite pour être pensée. C'est alors la question de la pensée de la foule qu'il faut aborder en un double sens : celui de la pensée qui anime la foule « de l'intérieur » (la foule pense-t-elle ? la foule ressent-elle ? la foule agit-elle ? que veut-on dire dans ces formulations qui, grammaticalement, considèrent la foule comme un sujet ?) ; mais aussi celui de la pensée qui saisit la foule et l'objective, en l'abordant toujours depuis son extérieur, c'est-à-dire comme un fait, une chose, un bloc de consistance. N'est-ce pas au fond parce qu'elle semble se situer en-deçà de toute conceptualisation possible que la foule comme désignation doit finalement être interrogée dans sa fonction : que pense-t-on lorsque l'on saisit la multitude des individus sous le nom de foule ?


Remarque : comme vous pouvez le constater, cette introduction est, du point de vue purement visuel, trop compacte ; en effet, il n'y a pas d'alinéas, de retours à la ligne, de paragraphes, et cela renvoie à cette impression de « grisaille » déjà évoquée lors d'un article précédent. Une telle densité graphique, sans espaces, sans « blancs », n'est pas très plaisante à lire ; et ce, d'autant plus que le texte exige une attention soutenue et que son style est peut-être un peu difficile.

Ces critiques de détail émises – mais en ce qui vous concerne, de telles critiques devaient être formulées -, cette introduction est l'exemple parfait de ce qu'il convient de faire pour réussir « l'intro de culture gé » – cf. la précédente remarque à ce propos : mise en perspective, définition des mots du sujet, problématique exposée à partir des idées-clefs et jeu des questions / réponses pour faire avancer le débat, résumé de la future démonstration, du « ce que je vais dire » ; et, in fine, l'annonce du plan. Tout y est !

Que le professeur Laurent Gerbier me pardonne ces réflexions concernant le style et la présentation, mais je sais que lui-aussi peut, en parcourant le blog, trouver plein de détails critiquables. C'est justement cela le propre d'une pensée en train de se faire, en direct, et c'est ainsi que tout le monde progresse. Car, vous également, vous pouvez apercevoir bien des points qui mériteraient une juste critique ! C'est la règle du jeu et c'est cela le bien-fondé de tout enseignement. Une perpétuelle lecture et relecture. Il n'y a rien de plus redoutable qu'une pensée qui se fige dans ses certitudes.




Cinquième et dernier exemple

 

Je vous propose d'aller sur le blog d'Olivier Bouba-Olga, maître de conférences à la Faculté de Sciences économiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à l'Institut d'études politiques de Paris - http://obouba.over-blog.com/ . L'un des textes mis en ligne, du point de vue des techniques d'écriture, est fort intéressant. Il montre, par l'exemple, comment il peut être habile et pertinent de conduire sa réflexion / démonstration par le jeu des questions et des réponses - cette dialectique chère à Platon.


Voici un extrait, jugez par vous-mêmes :

"Démarche séduisante, donc, mais qui pose de sérieux problèmes : il faut imiter le meilleur pays, certes, mais lequel choisir ? Les Etats-Unis ? Le Royaume-Uni ? L’Allemagne ? Le Danemark ? Le choix n’est pas si réduit que cela… Regardons les données, me dira-t-on. Certes, mais quelles données ? Les taux de croissance ? Les niveaux de vie ? Les taux de chômage ? La proportion de travailleurs pauvres ? L’évolution du solde commercial ? En fonction de l’indicateur utilisé, les résultats risquent d’être profondément modifiés… Une combinaison de ces données, pourrait-on proposer. D’accord, mais s’il s’agit de bâtir un indicateur composite, le problème n’est que déplacé : quels indicateurs élémentaires inclut-on ? Comment peut-on les pondérer ? Là encore, diversité des choix possibles et des résultats obtenus…

"Et, en supposant que ces premiers problèmes soient réglés, il convient ensuite d’identifier les politiques explicatives de ces performances, ce qui est sans doute encore moins simple : dans l’ensemble des mesures prises, lesquelles ont été les plus déterminantes ? Quelle période d’observation faut-il couvrir ? Dans quelle mesure la reproduction de ces politiques est-elle pertinente dans un autre contexte institutionnel ? À une autre période ? etc.


 

Remarque : Appréciez la façon dont l'auteur joue sur le procédé dialectique des questions / réponses pour conduire sa réflexion / démonstration. Vous vous apercevez combien cette dialectique empruntée à Platon – dia legein, δια λεγειν, à travers le dire – est un chemin qui, par étapes successives, permet à la pensée de progresser dans la découverte de la vérité – même s'il arrive souvent que ce chemin débouche sur une aporie, sorte d'impasse qui oblige à repenser le problème autrement.

Intitulé "blog d'un économiste qui suit et commente l’actualité", le blog d'Olivier Bouba-Olga a pour objectif, comme le note avec humour son auteur, « de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles... » Non conformiste et pertinent, le blog bouscule les idées reçues et incite à poser autrement les questions qui sont "dans l'air du temps".


Alain Laurent-Faucon

NOTES :

[1] Le CERPHI (École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon) regroupe des chercheurs travaillant sur l'âge classique au sens large (de l'humanisme aux Lumières). Il s'agit moins d'étudier une œuvre ou un auteur que de situer les matériaux dans lesquels se sont formés les grands systèmes de la pensée classique : reprise des philosophies antiques, prolongation des crises de la Renaissance, de la Réforme et du bouleversement de la physique, étude des foyers nationaux d'élaboration et de circulation de ces matériaux. L'analyse de l'architectonique des systèmes philosophiques se constitue ensuite, fondée sur la conviction que la philosophie est résolument seconde, qu'elle organise ses problèmes et ses héritages à partir de ceux que lui font déchiffrer l'histoire des sciences, du droit ou de la théologie - et qu'elle les bouleverse à son tour. Après avoir mis pendant plusieurs années l'accent sur l'étude des controverses, le CERPHI a entrepris une étude sur "les passions et l'imagination à l'âge classique".

L'ensemble des textes présents sur le site du CERPHI, bien que consultables en ligne, sont la propriété intellectuelle du CERPHI et/ou de ses membres. Il est possible de les utiliser en respectant le droit de citation (art. L 122-5-3 du Code de la propriété intellectuelle) . En savoir plus sur Droit et Internet.

 

 

Commenter cet article

Robin 27/09/2013 00:30

Sabah al khayr Monsieur Faucon!


Actuellement élève en Master affaire publique en IEP, j’attribue ma réussite aux concours d’entrée en grande partie à la découverte de votre blog. En effet, vous êtes le seul qui explique
réellement les enjeux de la dissertation. Vous m’avez permis de saisir cet exercice académique et d’y prendre plaisir.
Voici donc mes questions : quelles exercices conseillez vous afin d'améliorer le style et la rédaction? J'ai feuilleté les meilleures copies de l'ENA : de véritables chef d'oeuvres en somme, de
quoi en intimider plus d'un! Comme vous l'expliquez si bien, la forme semble jouer un rôle primordial si l'on souhaite gagner la sympathie du correcteur dès son premier contact avec notre travail.
De plus, sans bonne rédaction, il semble difficile de mener une réflexion pertinente.
Bien sûr, une bonne copie ne saurait se passer de connaissances diverses, variées et pointues. Partant, voici ma deuxième question : Comment mémoriser toutes les informations nécessaires aux divers
concours? Je ne me souviens à peine des livres lus en première année d'IEP, alors que j'avais rédigé des fiches de lecture... Je lis beaucoup pour nourrir ma réflexion mais me souviens peu, malgré
mes fiches.
Bref, comment apprendre sans "virer" les anciennes connaissances?
Ce n'est qu'une proposition mais un petit article sur les exercices que vous conseillez serait vraiment génial!
Je comprendrais bien sûr si vous n'avez pas le temps de me répondre, vous devez avoir beaucoup de travail. Merci néanmoins pour votre éternelle bonne humeur qui transparaît dans tous vos écrits,
votre savoir, vos conseils, votre impressionnante disponibilité ...bref pour tout!
vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point votre aide m'a été précieuse. Votre blog est le livre qu'il conviendrait de mettre entre les mains de tout élève ou étudiant désireux de réussir les
divers concours ou -tout simplement- ses études. A nous autres de faire découvrir votre blog en attendant!

Sincèrement,

Robin Hanna

Harrag 23/08/2009 12:18

Bonjour,
Votre blog est vraiment très instructif. J'ai tout particulièrement apprécié vos conseils sur la dissertation. Néanmoins, pourquoi attribuez-vous la citation de Musset : "Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre.", concernant le plagiat, à Victor Hugo dans le paragraphe ou vous évoquez votre indépendance ?

Merci encore pour votre blog

Cordialement

H. Koutchouk

alain laurent-faucon - alf - Andéol 15/09/2009 19:03



Bonjour,


Excusez-moi, cela fait exactement un mois que j'ai décroché, ce qui explique ma réponse tardive. Oui, vous avez
parfaitement raison, ce n'est pas Hugo mais Musset qui est l'auteur de cette phrase, et je ne parviens pas à savoir pourquoi j'ai commis une telle bévue. Comme quoi il faut toujours se méfier des
citations et toujours bien les référencer. Mea culpa. Car je n'ai aucune excuse ! Surtout que je n'ai de cesse de le répéter : vérifier vos sources ! et que je vérifie sans cesse mes citations en
indiquant l'auteur, l'ouvrage, l'édition et la page ! Mais là, je ne suis pas allé à la souce ... Honte à moi !


Je vous remercie de votre remarque et je vais corriger mon erreur. Cela dit, vous êtes le seul à avoir été attentif ou,
plus sûrement, à posséder une réelle culture. Des profs de fac m'ont lu, pour me critiquer d'ailleurs et ce texte était une réponse à leur mal dire, mais ils n'ont rien vu ! Et ce sont ces profs
qui corrigent ...


Encore merci pour votre commentaire si attentif et pertinent !


Très cordialement,


Alain Laurent-Faucon










Ladybird 16/07/2009 13:15

Merci beaucoup pour tous ces articles, vous avez d'un seul coup et par une grande providence, dégagé mon ciel qui était bien nuageux.
Je vais de ce pas, travailler tous les conseils que vous donnez sur la dissertation, pour mon concours d'inspecteur de police.

alain laurent-faucon 16/07/2009 18:06



Ladybird


Votre pseudo est vraiment sympathique : coccinelle ou bête à bon Dieu ! Et je suis très content de savoir que mon blog et les conseils
que je donne concernant la dissertation puissent vous aider pour votre concours d’inspecteur de police.


Si certains points vous paraissent obscurs ou si vous avez besoin de précisions, n’hésitez pas à me contacter - cela pourrait également aider
d’autres candidat(e)s. Mon blog est fait pour ça !


J’imagine que votre été va être studieux. Je vous souhaite beaucoup de courage et, surtout, beaucoup de succès pour votre concours.


Encore merci pour votre commentaire, vraiment merci !


Très cordialement à vous,


Et, bien sûr, le mot de Cambronne pour le jour « J » …


Alain Laurent-Faucon








Jean-Pascal 29/08/2008 19:35

Bonjour,
on voit aujourd'hui que nos hommes politiques, tous issus de l'Ena ou de grandes écoles diverses, se déchirent pour accéder au pouvoir en oubliant leurs idéaux.
Avez-vous deja songé a vous engager politiquement, à réfléchir sur la politique de demain?