LE PEUPLE ! QUEL PEUPLE ? [2]

Publié le par alain laurent-faucon



SYNTHÈSE : LE PEUPLE ! QUEL PEUPLE ? HISTOIRE D’UN MOT


NOTES :

 

[1] La Réponse à l’impertinente question dresse le portrait du sans-culotte : pauvre, vivant simplement, utile à la société par son travail, politiquement engagé, prêt à sacrifier pour la République « au premier son du tambour » et n’hésitant pas au besoin à « fendre les oreilles de tous les malveillants ». Cf. Dominique Godineau « De la rosière à la tricoteuse : les représentations de la femme du peuple à la fin de l’Ancien Régime et pendant la Révolution », in Sociétés et Représentations - Le Peuple en tous ses états, revue publiée par l’Université Paris I CREDHESS, numéro 8, décembre 1999.

[2] Raymonde Monnier, art. « Peuple dans le discours révolutionnaire », in Sociétés et Représentations - Le Peuple en tous ses états, revue publiée par l’Université Paris I CREDHESS, numéro 8, décembre 1999.

[3] Alain Pessin, « Le mythe du peuple au XIXe siècle », in Sociétés et Représentations - Le Peuple en tous ses états, revue publiée par l’Université Paris I CREDHESS, numéro 8, décembre 1999.

[4] De la révolution industrielle, l’on ne retient souvent que quelques symboles considérés comme les moteurs de l’industrialisation : machine à vapeur, chemin de fer, métier à tisser. Pourtant il ne faut pas oublier que s’il y a eu révolution industrielle c’est parce que les innovations techniques se sont accompagnées de l’apparition de nouvelles formes de travail, de la mobilisation de capitaux, de la mise en place de nouvelles structures commerciales, du développement des moyens de transport et des circuits de distribution, de la diffusion de nouveaux produits et de nouveaux modèles de consommation.

[5] C’est d’abord dans le textile qu’apparaît, durant la première moitié du XIXe siècle, cette grande industrie naissante.

[6] Ainsi appelait-on la frontière entre Paris et la banlieue. C’est aux barrières que l’on trouvait les cabarets rendus célèbres par les romans populaires.

[7] Recherchant les causes de la Révolution de 1848, Daniel Stern constate : « Des statistiques irrécusables, publiées en grand nombre, donnaient sur l’état des prisons, des bagnes, des maisons de prostitution et des hospices, des chiffres accablants et faisaient maudire un gouvernement inhabile à guérir de telles plaies. » L’on assiste en effet, durant toute la première moitié du XIXe siècle, à une série d’enquêtes sur l’état physique et moral des ouvriers, sur l’évolution démographique des populations urbaines et les maux dont elles souffrent, sur les problèmes d’hygiène et de salubrité publiques.

[8] Jusque vers le dernier tiers du XIXe siècle, ce sont surtout les idées de Proudhon qui animent le mouvement ouvrier. Ce qui ne sera pas du goût de Marx qui, souvent, s’opposera à lui. En 1847, celui qui écrira Le Capital, rédige, avec son ami et disciple Engels, Le Manifeste communiste dans lequel apparaît la célèbre notion de lutte des classes : « La société entière se partage en deux grands camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées l’une à l’autre : la bourgeoisie et le prolétariat… » Le Manifeste communiste paraît à Londres en février 1848.

[9] Ministre de Louis-Philippe lors de la révolution de février 1848, l’historien François Guizot reconnaît que « la lutte des diverses classes a rempli notre histoire ». Quatre ans plus tard Karl Marx écrira : « Longtemps avant moi, les historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes. »

[10] Le 3 février 1835, dans un discours à la Chambre, Lamartine déclare : « Nous nous le dissimulons en vain, nous l’écartons en vain de nos pensées, la question des prolétaires est celle qui fera l’explosion la plus terrible dans la société actuelle » - cité par Maxime Leroy, in Histoire des idées sociales en France, tome 3, D’Auguste Comte à P.-J. Proudhon.

[11] Après les journées de juin 1848, George Sand écrit : « Je ne crois plus à l’existence d’une république qui commence par tuer ses prolétaires. Voilà une étrange solution donnée au problème de la misère. »

[12] Le prolétaire est celui qui ne possède que sa force de travail pour vivre. A l’époque romaine, ce terme désignait celui dont la seule richesse était sa descendance, ses enfants - lesquels le nourrissaient. C’est d’ailleurs la situation du père Bru dans L’Assommoir qui meurt de faim parce qu’il ne peut plus travailler et que ses fils sont décédés avant lui. En 1847, la Fédération communiste, dont les maîtres à penser sont Marx et Engels, décide de prendre pour devise cette célèbre formule : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

[13] « Nous allons essayer de mettre sous les yeux du lecteur quelques épisodes de la vie d’autres barbares, aussi en dehors de la civilisation que les peuplades sauvages […]. Seulement les barbares dont nous parlons sont au milieu de nous », écrit Eugène Sue dans son introduction aux Mystères de Paris qui paraissent en feuilleton, depuis 1842, dans le Journal des Débats.

[14] « Deux choses me frappèrent surtout, écrira Tocqueville dans ses Souvenirs, au sujet de la révolution de février 1848 : la première, ce fut le caractère, je ne dirai pas principalement mais uniquement populaire de la révolution qui venait de s’accomplir, la toute-puissance qu’elle avait donnée au peuple proprement dit, c’est-à-dire aux classes qui travaillent de leurs mains, sur toutes les autres. »

[15] Cet épisode révolutionnaire, redoutable et redouté à cause des exécutions capitales et de la guillotine, dura de la chute des Girondins (31 mai 1793) à celle de Robespierre (27 juillet 1794). Dans Les Châtiments, Victor Hugo évoque à maintes reprises cette guillotine qui lui fait horreur et dont il refuse l’emploi, même pour punir un tyran. Dès 1829, dès Le Dernier jour d’un condamné, l’écrivain milite contre la peine de mort.

[16] Résumons les faits. La chute de Louis-Philippe, le 24 février 1848, laisse la place à un gouvernement provisoire dont Lamartine, pour les libéraux, et Louis Blanc, pour les socialistes, sont les personnalités les plus en vue. Toutefois, les difficultés économiques doublées d’une fuite des capitaux, les problèmes liés à l’emploi et l’augmentation des impôts directs rendent très vite impopulaire le gouvernement provisoire, puis la Constituante d’avril 1848. Surtout que cette dernière décide de mettre un terme à l’expérience des ateliers nationaux jugés improductifs, dangereux et ruineux. La classe ouvrière de Paris se soulève le 23 juin 1848 et, durant quatre jours, l’on assiste à une véritable guerre de rue. Les insurgés sont massacrés et, le 10 décembre de la même année, Louis-Napoléon Bonaparte remporte l’élection présidentielle.

[17] Dans le poème « L’homme a ri » du livre III des Châtiments, poème écrit en août 1852, Victor Hugo emploie encore le mot misérable au sens de criminel. « Ah ! tu finiras bien par hurler, misérable ! / Encor tout haletant de ton crime exécrable ».

[18] De Zola à Maupassant, de Huysmans à Daudet, les écrivains seront traumatisés par la guerre perdue de 1870. Maupassant écrira quelque dix-sept nouvelles inspirées par ce conflit et la présence des Prussiens sur le sol français - les plus connues étant Boule de Suif et Mademoiselle Fifi. Evoquant à son tour le drame et ses acteurs, Zola publiera, en 1892, La Débâcle.

[19] Dans le tome IX de leur Journal, les écrivains Edmond et Jules de Goncourt évoquent le siège de Paris par l’armée prussienne et les souffrances de la population. « Mardi 29 novembre 1870 : Aujourd’hui, il y a chez tous un recueillement concentré. Dans les voitures publiques, personne ne parle, tout le monde est enfermé en lui-même et les femmes du peuple ont comme un regard d’aveugle pour ce qui se passe autour d’elles. […] Charles Edmond raconte ce fait. Sa femme, se trouvant chez son boucher, vit une femme vêtue proprement, vêtue comme une femme de la société, entrer et demander un sou de raclures de cheval. […] On parle […] de l’affolement produit par les choses du jour, de la crainte que l’on a d’avoir à réprimer des émeutes de femmes. »

[20] Dans leur programme à l’intention du peuple français, les responsables de la Commune notent : « La Révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique. C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des privilèges auxquels le prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres. »

[21] Signes avant-coureurs, vingt ans plus tôt, dans son discours du 24 mai 1850, Thiers s’en prenait déjà à « la vile multitude qui a perdu toutes les Républiques »

[22] Zola crée dans La Débâcle un personnage de paysan illettré, Jean Macquart, qui, par son bon sens et sa sagesse sociale, s’oppose à la furie communarde.

[23] L’auteur de la trilogie de Jacques Vingtras – L’Enfant, Le Bachelier, L’Insurgé – décède en 1885, la même année que Victor Hugo. Mais, si ce dernier a des funérailles nationales, Jules Vallès obtient, en guise d’oraison funèbre, une bordée d’insultes. Par exemple, Léon Bloy, dans sa revue Le Pal, le traite de « charogne » mais pas n’importe laquelle : « l’immonde parmi les immondes ». Brunetière, dans la Revue des Deux Mondes, déclare qu’il était un « forban », un« tartuffe », chez qui l’on pouvait discerner « l’unique accent de la convoitise » ainsi que « l’envie brutale du jouisseur ».

[24] Comme l’écrit Jean Duvignaud dans son essai Pour entrer dans le XXe siècle, éd. Grasset, Paris, 1960, page 76, « la plupart de ceux qui ont pensé ou dit qu’ils étaient le peuple en 1848 ne diront plus cela devant les Communards. C’est que l’intelligentsia traverse une crise nouvelle qui correspond à l’apparition d’une autre idéologie politique – celle du socialisme et du communisme. »

[25] Dans le poème Les fusillés, Victor Hugo s’écrie : « Et n’ont-ils pas eu froid ? Et n’ont-ils pas eu faim ? / C’est pour cela qu’ils ont brûlé vos Tuileries. / Je le déclare au nom de ces âmes meurtries. »

[26] Hantée par le souvenir de la Commune de Paris, la IIIe République déclare la guerre aux « incorrigibles », vagabonds, mendiants et autres « incurables du vice ». La Chambre des députés vote même, le 27 mai 1885, la loi sur les récidivistes dont l’unique objectif, souligne Odile Krakovitch dans son livre Les Femmes bagnardes, est « l’élimination physique des indésirables » par l’entremise du bagne.

[27] L’Assommoir (1877), Germinal (1885) et La Bête humaine (1890) sont les trois principaux romans de Zola traitant de la condition ouvrière sous le Second Empire dans trois secteurs professionnels distincts - le bâtiment, la mine et le rail – et avec trois types d’ouvriers bien spécifiques : le compagnon, le prolétaire et le technicien. Rappelons, pour mémoire, que la bourgeoisie du Second Empire est décrite dans Le Ventre de Paris et Pot-Bouille ; le grand monde dans Son Excellence Eugène Rougon et Nana ; la demi-mondaine et le spéculateur dans La Curée, Nana, L’œuvre et l’Argent.

[28] Le 30 janvier 1898, L’Aurore publie une lettre ouverte d’Emile Zola, « J’accuse », dans laquelle il prend à partie les officiers de l’état-major et les juges militaires. Poursuivi pour diffamation, l’écrivain est condamné, mais son procès révèle au public les détails de ce qui devient l’Affaire. Les adversaires du capitaine Dreyfus soupçonnent les juifs de chercher à ébranler la nation et l’armée. L’antisémitisme connaît dès lors une flambée de violence, entretenue par les ligues patriotiques et un journal comme La Libre Parole fondé en 1892 par Edouard Drumont. Homme de lettres et journaliste, Drumont est l’auteur de la France Juive dans laquelle il dénonce les oligarchies financières comme l’avait fait, quarante ans plus tôt, le socialiste Alphonse Toussenel dans son essai Les Juifs, rois de l’époque : Histoire de la féodalité financière. En 1931, Bernanos publiera La Grande Peur des Bien-Pensants, un livre à la mémoire de Drumont qu’il considère alors comme son maître.

[29] Comme le rappelle fort justement Louis Chevalier dans son ouvrage déjà cité : « Il est des mots qui meurent, avec des situations qui ont cessé d’être, avec des croyances évanouies, ou parce qu’ils ne correspondent plus aux croyances et aux situations nouvelles. La vie et la mort des mots résument de lentes évolutions et ne sont pas moins significatives de ces évolutions que les plus minutieuses descriptions et les efforts les plus précis de mesure. »

ALF

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Amélie Vissol 31/07/2009 13:00

Bonjour, je ne sais comment vous contacter autrement... Vous citez un essai de Jean Duvignaud dont je ne parviens pas à retrouver les références! Pourriez vous me les préciser?? l'ouvrage pourrait m'intéresser pour mon travail de recherche.
Merci

alain laurent-faucon 31/07/2009 16:07



 


Bonjour Amélie,


 


D’abord, mes félicitations, vous êtes la seule personne ou presque qui, à propos de cette synthèse sur le peuple rédigée il y a fort longtemps et que des générations d’étudiant(e)s et de
candidat(e)s ont lue ou fait semblant de lire y compris depuis qu’elle est sur mon blog, vous êtes, dis-je, la seule personne à constater que j’avais omis de donner les références du livre de
Jean Duvignaud dont je reproduisais un extrait dans une note de bas de page.


 


Voici cette note :


 


Comme l’écrit Jean Duvignaud dans son essai déjà cité, « la plupart de ceux qui ont pensé ou dit qu’ils étaient le peuple en 1848 ne diront plus cela devant les Communards. C’est
que l’intelligentsia traverse une crise nouvelle qui correspond à l’apparition d’une autre idéologie politique – celle du socialisme et du communisme. »


 


Au départ, j’avais cité l’ouvrage de Jean Duvignaud à propos des « Misérables » de Hugo et, surtout, de ce qu’il disait sur la « barricade » (page 32). Puis, j’ai coupé dans
mon texte parce qu’il était trop long pour le service de reproduction à la fac – et c’est ce texte-là que j’ai mis sur le blog.


 


Du coup, j’ai honte ! et je vous remercie d’avoir attiré mon attention sur cet oubli qui me désespère tant je veille à être le plus rigoureux possible et à toujours citer mes sources !


 


Alors, pour me faire pardonner, je ne vous fais plus attendre, l’essai dont il s’agit est : « Pour entrer dans le XXe siècle » de Jean Duvignaud, éd. Grasset, Paris, 1960. Le court
passage cité se trouve page 76.


 


Je ne sais sur quel thème vous travaillez et dans quelle discipline, mais la fréquentation de l’œuvre de Jean Duvignaud vous apportera plein de pistes de réflexion et beaucoup de plaisir
intellectuel. J’étais alors étudiant, quand l’un de mes profs, un maître pour moi, Jean-Marie Auzias, m’avait conseillé de le lire ainsi que Bataille et Blanchot !  


 


Très cordialement à vous et bonne lecture,


 


Alain Laurent-Faucon