DES APACHES AUX BANDES ETHNIQUES

Publié le par alain laurent-faucon





Apaches, blousons noirs, sauvageons,

racailles, bandes "ethniques" : la longue

histoire de la peur des jeunes délinquants





AVANT-PROPOS

HISTOIRE D’UNE EXPRESSION : VIOLENCE URBAINE


La "violence urbaine" est une expression à la mode. En France, elle s'est ancrée dans les discours médiatiques, policiers et parfois scientifiques au tout début des années 90, à l'occasion d'une nouvelle série d'émeutes urbaines qui commence à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue de Lyon, en octobre 1990, et se poursuit entre mars et juillet 1991 dans la banlieue parisienne (Sartrouville, Mantes-la-Jolie, Meaux, Garges-lès-gonesse). Au cours de la décennie, cette expression va se banaliser au point de devenir pratiquement quotidienne dans la presse et la radiotélévision, qu'elles utilisent ou non une rhétorique sensationnaliste et manifestent ou non un goût prononcé pour les faits divers.

Dans les années 1970 et 1980, la grande majorité des intellectuels considérait que l'insécurité était un fantasme sécuritaire. Les années 1990 auront consacré le retournement de cette opinion générale, la plupart semblant aujourd'hui admettre que la société française est de plus en plus menacée par la violence : violence urbaine, violence à l'école, violence dans les transports publics, etc.

 

DOSSIER DE PRESSE

 

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Un détour historique instructif




Article de Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS, publié le 20 décembre 2002 dans Enquêtes interdites, n°28.


"L'insécurité est à la mode, c'est un fait".

On croirait cette phrase prononcée hier matin sur France-Inter ou TF1. Détrompez-vous, elle a près d'un siècle. Elle fut écrite en 1907 à la une du journal La Petite République.

La première décennie du vingtième siècle fut en effet très agitée par un débat sur la sécurité, qui comporta aussi un débat sur la peine de mort. Et dès cette époque, la représentation du danger principal dans la presse est déjà celle du jeune délinquant de quartier ouvrier, qui prend notamment à l'époque le nom d' "Apaches". La presse relate quotidiennement les agissements de "bandes de jeunes" des quartiers périphériques et des faubourgs de la Capitale.

On les dit très violents, voleurs mais aussi violeurs et assassins. Ils seraient par ailleurs affiliés à des territoires, portant des noms de rues ou de lieux. Bref, ce serait des sauvages, le terme d' "Apaches" leur irait bien.

Le problème a provisoirement disparu avec la guerre de 14-18. Sans doute une bonne partie de ces jeunes délinquants ont-ils péri avec le reste de leur classe d'âge au fond de quelques sordides tranchées de Verdun et d'ailleurs.

De fait, l'entre-deux-guerres est une période de déclin démographique pour la jeunesse. Par ailleurs, l'économie se porte bien dans les années 1920, elle est soutenue par une forte croissance industrielle (la plus élevée d'Europe à l'époque). Le salariat progresse également de façon continue. C'est un peu la répétition avant les Trente Glorieuses des années 1950-1970. Survient alors la crise des années 1930 et ses conséquences sociales désastreuses. Mais l'espoir est là, incarné bientôt par le Front Populaire. Et puis c'est de nouveau la guerre et de nouveau l'hécatombe.

Dans l'euphorie de la Libération, on assiste comme la fois précédente à une forte augmentation des mariages. Et, contrairement à la fois précédente, ces mariages sont aussitôt suivis de naissances en très grand nombre. C'est le fameux "baby boom". La jeunesse devient pléthorique. Et elle ne va pas tarder à de nouveau inquiéter, au fur et à mesure que les cohortes nées après la Libération arrivent à l'adolescence.

De fait, c'est lors de l'été 1959 que les médias inventent la figure des "Blousons noirs" pour désigner ces jeunes délinquants dont on reparle de plus en plus. La presse évoque des bandes qui se caractériseraient par leur taille faramineuse (on évoque des groupes rivaux comptant près d'une centaine de jeunes), et par leur violence, qui serait à la fois fulgurante et "irrationnelle" voire "gratuite" (déjà !).

Les propos les plus catastrophistes se font entendre et les explications moralisatrices sont fréquences : laxisme des familles, perte des valeurs morales, influence de la culture de masse américaine (c'est aussi la "génération James Dean"). Le préfet de Paris, Maurice Papon, se demande avec d'autres s'il ne faudrait pas interdire le rock n' roll... Si les rappeurs savaient... ils ne sont pas les premiers...

Mais soyons précis si l'on veut comparer les époques. Que reprochait-on exactement aux "Blousons noirs"? Il est intéressant de constater que l'on incriminait fondamentalement quatre types de comportements qui sont encore aujourd'hui au cœur du débat :

1- On reprochait d'abord aux "Blousons noirs" des affrontements violents entre grandes bandes, se battant notamment à coups de chaînes de vélo et de barres de métal, autour de "territoires", mais faisant aussi des "descentes" dans les centres-villes, dans des fêtes, des concerts, et saccageant tout sur leur passage.

2- La découverte sans doute la plus surprenante pour celui qui se plonge dans les documents de l'époque est que l'on accusait ensuite ces jeunes hommes de commettre des viols collectifs. C'est même la plus grosse partie de la criminalité sexuelle juvénile traitée par la justice dans les années 1960.

3- On reprochait ensuite à ces jeunes des vols d'usage immédiat et ostentatoire liés aux nouveaux biens de consommation (la voiture, la mobylette). Il s'agissait notamment d' "emprunter" le véhicule pour une "virée" d'un soir, c'est-à-dire de le voler puis de l'abandonner au retour sur le bas-côté de la route. Au passage, l'alcool aidant, ces jeunes provoquaient aussi parfois des accidents de la route.

4- On leur reprochait enfin des actes de vandalisme tournés déjà en bonne partie contre les institutions (école, bâtiments publics) et les lieux publics (il semble que certains groupes avaient pour habitude de saccager les parcs et jardins, ce qui offrait une visibilité très forte à leur action et n'est pas sans évoquer à certains égards une des dimensions des incendies de voitures d'aujourd'hui).

On le voit, le détour historique est instructif. Il ne signifie pas, bien sûr, que l'histoire est une longue ligne droite au cours de laquelle rien ne change jamais. L'histoire est sans doute plutôt cyclique. Par ailleurs, il y a toujours des nouveautés.

 
Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui dans la vie des jeunes de banlieue?
 

Ni les "Apaches" ni les "Blousons noirs" ne connaissaient les drogues. De plus, ils avaient la peau bien blanche, ne se sentaient pas victimes d'un complot de la société ourdi contre eux et n'entraient qu'exceptionnellement dans des rapports de force collectifs et violents avec la police.

Cela étant, il est clair que la plupart des actes de délinquance juvénile que l'on constate aujourd'hui et que l'on dit en augmentation (sans toujours pouvoir le prouver) ne sont nullement "nouveaux" dans l'histoire de la société française. Il faut donc résister ici à l'amnésie collective dans laquelle nous entraîne à la fois le sensationnalisme des médias et l'électoralisme des hommes politiques. D'autant que ce catastrophisme ambiant amène forcément tôt ou tard à remettre en question tout l'édifice du traitement de la délinquance juvénile.

Le discours sur "les jeunes ultra-violents qui font des choses qu'on a jamais vues" s'accompagne en effet presque toujours du discours sur "la prévention qui a échoué et le besoin de passer maintenant à autre chose", c'est-à-dire à la prison.

Cette révolte des jeunes des quartiers populaires était il y a vingt ou trente ans structurée politiquement. Il y avait des gens pour la reprendre à leur compte, il y avait des acteurs dans les quartiers, il y avait des militants, des syndicalistes, des éducateurs.

Tout cet encadrement, cette structure de représentation des jeunes des quartiers populaires s'est globalement effondrée au cours des années 80
, avec le tournant idéologique de la gauche, l'arrivée du Front National, l'échec des mouvements antiracistes qui venaient de la base, cette vague de racisme qui s'est aussi révélée dans l'affaire du voile islamique en 89... Tout ce message global a été ressenti comme un terrible abandon dans les quartiers, et le fait est que sur le terrain tous ces militants ont déserté les quartiers en question.

Pour comprendre, il faut essayer de chercher quelle peut être la vision du monde de ces jeunes. Et pour trouver leur vision du monde il faut discuter avec eux, il faut écouter la musique qu'ils écoutent, il faut s'intéresser aux éléments de leur univers culturel. Par exemple, si l'on prend au sérieux les paroles des chansons de rap, et on essaye de creuser un petit peu et de cerner la vision du monde qu'il y a derrière, on s'aperçoit que les jeunes de banlieue ont le sentiment de vivre dans une société inégalitaire et raciste. Une société qui les maintient volontairement dans des endroits de misère et qui protège les grands délinquants et les puissants tandis qu'elle s'acharne sur les petits... Moi j'observe que c'est comme ça qu'ils perçoivent le monde.

Cette microsociété se caractérise enfin par le retrait des adultes qui fuient la confrontation avec les jeunes, l’absence de pédagogie de l’action publique locale, les actions parfois violentes des jeunes pour attirer l’attention, la fréquence de l’échec scolaire, les relations conflictuelles à la police, l’ambivalence générale du rapport des jeunes à leur cité qui est à la fois refuge et prison, liberté et enfermement.



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Les mots ont une histoire, sont des

histoires, font des histoires


Ci-après je vous propose deux articles du quotidien le Monde concernant des bagarres entre bandes rivales, Gare du Nord. Il n'est évidemment pas question de nier la réalité des faits tels que les perçoivent les forces de l'ordre, car ces faits-là existent réellement et tout ce qui est rapporté par les journalistes est "vrai" aussi - vrai au sens que cela a effectivement eu lieu -, il est simplement question - ici - d'attirer votre attention sur les mots employés qui, eux, ne sont pas neutres, et qui, eux, ont à la fois une histoire, sont des histoires, et peuvent faire des histoires. 

Je vous invite donc à "questionner" certains mots que j'ai soulignés dans le corps des articles reproduits. Faites-les "parler" et vous vous apercevrez combien ils révèlent un certain nombre de stéréotypes sur "l'homme africain".

Questionnez les mots suivants : subsaharien, ethnique, tribal. Et questionnez aussi : communautarisme, repli communautaire.

Lisez et relisez la réflexion de Jérôme Pierrat à la fin du second article du Monde : "
Il faut relativiser ces accès de violences. Depuis les années 1900 on a toujours eu des bandes d'adolescents qui se tapent dessus." Et relisez le premier article du dossier, celui de Roland Mucchielli.

Alors pourquoi tout ce tapage médiatique ?


DOSSIER DE PRESSE

 



DEUX ARTICLES DU MONDE

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Les renseignements généraux soulignent dans un rapport une hausse de 29% des affrontements entre bandes par rapport à 2006. Les enquêteurs s'inquiètent en outre d'un communautarisme croissant

Les bandes sous la loupe des RG

LE MONDE | 05.09.07 | 10h44  •  Mis à jour le 05.09.07 | 10h44

« On ne peut faire de concessions face à des jeunes qui veulent créer le Bronx » - Jean-Claude Marin, procureur de Paris

Un rapport de la direction centrale des renseignements généraux (DCRG), dont Le Monde a eu connaissance, dresse un état des lieux du phénomène des bandes en France. Selon les policiers, les cinq premiers mois de 2007 ont été marqués par 129 affrontements entre bandes, soit une progression de 29 % par rapport à 2006, où l'on recensa 287 faits similaires.

Ces dernières semaines, trois affrontements opposant des bandes se sont déroulés à Paris intra-muros, poussant la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, à organiser une réunion, jeudi 6 septembre, avec les préfets de Paris et des départements limitrophes, afin d'assurer une meilleure cohésion des services de police.

Dans ce document daté de juillet 2007, les enquêteurs insistent notamment sur un point : le "danger de l'éventuelle fusion entre deux phénomènes a priori distincts de repli communautaire et d'activité délinquante d'une bande".

Même s'il demeure peu visible pour l'heure, les RG dénoncent aussi "le travail de sape mené par certaines associations instituant la religion en référent idéologique".

Retour des bandes ethniques

 Pour la DCRG, ces derniers mois, en effet, "on assiste à un retour sensible du phénomène de bandes ethniques composées en majorité d'individus d'origine subsaharienne, arborant une appellation, des codes ou signes vestimentaires inspirés des groupes noirs américains".

Les enquêteurs nuancent toutefois leur diagnostic : "Les affrontements entre bandes sont essentiellement liés à des rivalités territoriales", notent-ils. Ainsi, il apparaît que la gare du Nord, où des bandes rivales se sont affrontées à deux reprises le 26 août et le 2 septembre, serait devenue un lieu d'embuscade privilégié pour ces jeunes.

"Il semblerait que la gare du Nord soit devenue un enjeu territorial, confirme le procureur de Paris, Jean-Claude Marin. Il y a une cristallisation sur cet endroit, avec deux bandes qui luttent : l'une est-parisienne, l'autre provient des Hauts-de-Seine."

Dans sa note, la DCRG décrit ainsi une "bande de la Défense, composée d'une quarantaine d'individus pour l'essentiel d'origine subsaharienne, issus des quartiers sensibles des Hauts-de-Seine, des Yvelines et du Val-d'Oise". Une bande qui, "par volonté hégémonique", se heurte à celle de la "gare du Nord, composée d'une quarantaine d'individus de la même ethnie".

Plusieurs combats les ont déjà opposés. Le 1er octobre 2006, porte d'Italie à Paris, deux jeunes de la bande de "gare du Nord" ont ainsi été agressés à coups de couteaux par ceux de la Défense, suite à une défaite de ces derniers, quelques jours plus tôt, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

Le 13 janvier, nouvelle bagarre sur les quais du RER à la Défense. Ce jour-là, une soixantaine de jeunes se sont affrontés, faisant deux blessés, dont l'un à coups de machettes. Une rivalité qui trouverait sa source, selon les RG, dans une querelle pour le contrôle d'un secteur de la gare RER Châtelet-les-Halles, dit "La salle carrée", haut lieu de trafic de stupéfiants.

"Violence tribale"
 

 
Si les motifs des affrontements demeurent souvent liés à la délinquance, les policiers s'inquiètent d'un communautarisme croissant. A Athis-Mons (Essonne), une bande est ainsi uniquement composée de Cap-Verdiens. Au centre commercial Grigny-2, on observe également des membres de bandes se promener avec des tee-shirts où figure l'inscription "Noirs et fiers".

Parmi eux, on retrouve la bande des "Black guérilla armée", spécialisée dans le "carjacking" ou les "Grigny Hot Boys", des collégiens d'origine africaine, auteurs de vols avec violence.

A Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), ce sont des adolescents d'origine africaine qui se retrouvent dans des bandes appelées "les microbes" ou les "pestes". A Torcy (Seine-et-Marne), la "bande du Mail" compte de son côté 90 jeunes, "organisés d'une manière paratribale" autour d'un leader charismatique. La structure possède une douzaine de voitures, règne sur l'économie souterraine locale.

"Ces formations délinquantes constituées en majorité d'individus originaires d'Afrique noire ont la particularité d'instaurer une violence tribale ne donnant lieu à aucune concession", avec un "rejet violent et total des institutions" et un "total détachement quant à la gravité de l'acte commis", notent les enquêteurs.

Les RG décrivent aussi les problèmes rencontrés par les commerçants, illustrés récemment par les menaces de mort reçus par le gérant d'un Franprix, à la cité du Franc-Moisin, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), aujourd'hui protégé par des policiers.

"Les commerces figurent parmi les cibles privilégiées" de ces bandes, racontent les policiers. Là aussi, ils notent une communautarisation galopante, avec des réinvestissements dans les "taxiphones", ou dans des boutiques vendant des produits halal.

A Argenteuil, ils décrivent par exemple "l'investissement croissant de fondamentalistes musulmans dans le secteur de la restauration rapide". A Rennes (Ille-et-Vilaine), une boucherie-charcuterie d'un quartier sensible a aussi fait l'objet, en novembre 2006, de graffitis sur la vitrine : "Arrêtez de vendre des saucisses qui puent ou on va vous tirer dessus, PD de boucher".

Et les policiers de conclure : "Les commerçants ont le sentiment d'être abandonnés aux convoitises des casseurs qui veulent s'approprier le territoire." Et favoriser le blanchiment de leurs gains illicites.

Outre les tensions "communautaires traditionnelles", entre Juifs et Africains, ou entre Gitans et Maghrébins, la DCRG relève l'arrivée d'une nouvelle délinquance, tchétchène souvent. A Nice (Alpes-Maritimes), à la cité de l'Ariane, ou à Evreux (Eure), dans le quartier de la Madeleine, les "rivalités ethnico-affairistes" dégénèrent en affrontements.


Armes de guerre

 
Le 6 novembre 2006, 17 douilles de 7,65 mm et 9 mm ont ainsi été retrouvées par la police, après que de jeunes Tchétchènes eurent tiré sur un groupe de Maghrébins. A Gonesse (Val-d'Oise), ce sont des chrétiens originaires d'Irak, installés dans le quartier des Marronniers, qui se heurtent à des Maghrébins de la cité de la Fauconnière. Le 31 octobre 2006, l'un d'eux a été paralysé à vie par une balle tirée dans le dos.

Ces constats ne sont pas nouveaux pour les policiers de terrain. Mohamed Douhane, commandant de police, membre du syndicat Synergie explique : "Il y a un vrai décalage entre le discours d'apaisement des politiques et la réalité du terrain où l'on constate des bandes de plus en plus violentes."

Son collègue Loïc Lecouplier, secrétaire du syndicat Alliance en Seine-Saint-Denis, surenchérit : "A Paris, on s'alarme de trois courses-poursuites dans les rues de la capitale, mais chez nous les règlements de compte entre bandes sont très, très fréquents, pour ne pas dire quotidiens." Puis il ajoute : "On a rarement des courses-poursuites comme il y en a eu à Paris. Les jeunes ont largement dépassé ce stade-là, puisqu'ils en sont carrément au règlement de compte avec armes de guerre. D'une certaine manière, on est content quand ils règlent leurs comptes en dehors de chez nous."

Comme à Paris, par exemple, où Jean-Claude Marin promet une sévérité maximale aux fauteurs de troubles : "On ne peut faire de concessions face à des jeunes qui veulent recréer le Bronx, dit-il, on ne peut pas laisser filer les choses, il faut rétablir l'ordre et donner une réponse judiciaire ferme."

Des jugements à délai rapproché pour les mineurs, des contrôles d'identité préventifs, et des consignes claires adressées à la PJ : bâtir des procédures irréprochables, en prévision du passage au tribunal.

Gérard Davet et Elise Vincent


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A Paris, la vendetta des bandes GDN et Def Mafia

déborde dans la rue

LE MONDE | 05.09.07 | 10h44  •  Mis à jour le 05.09.07 | 10h44

Tous les lundis soirs, au Folie's Pigalle, une boîte de nuit du 9e arrondissement de Paris, c'est soirée R'n'B. Les clients viennent habillés à la manière d'une star de rap américain. Il s'agit essentiellement de jeunes banlieusards, quasi exclusivement d'origine subsaharienne. C'est là, sur cette piste de danse sombre, entourées de glaces et de banquettes rouges, qu'a démarré la série d'affrontements entre la bande de la gare du Nord (GDN) et celle de La Défense (Def Mafia), ces dernières semaines, à Paris.

Selon le rapport de la police urbaine de proximité (PUP), que s'est procuré Le Monde, c'est en effet après une altercation entre un jeune de 19 ans, de GDN, contre un autre de Def Mafia lors de l'une de ces soirées, le 13 août, que les événements se sont envenimés. Ce soir-là, le membre de GDN "a pris le dessus". Aussi, le 26 août, des jeunes de Def Mafia ont décidé de mener une expédition punitive à la gare du Nord. Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 août, c'est encore juste devant le Folie's Pigalle que les deux bandes se sont affrontées.

Montée de l'inquiétude

Jusqu'à présent, leurs règlements de comptes n'avaient pas été aussi spectaculaires. Mais, depuis quelques années, GDN et Def Mafia ont progressivement pris leurs quartiers, à Paris. "Cela fait deux ans que je saisis le Conseil de Paris sur ce thème et signale le manque de forces de police", se désole Jacques Bravo, maire PS du 9e arrondissement. Il compte très vite adresser une lettre aux commerçants du quartier pour étudier les solutions possibles.

La mairie du 10e, où se situe la gare du Nord, est plus modérée à propos des nuisances des bandes sur le quartier. Rémi Feraud, le premier adjoint du maire Tony Dreyfus (PS), insiste notamment sur le fait que les trafics et autres règlements de comptes ont essentiellement lieu "à l'intérieur" de la gare, et non à ses abords. Néanmoins, M. Feraud admet "une montée de l'inquiétude" concernant la dégradation de l'ambiance du quartier.

Jérôme Pierrat, auteur de La Mafia des cités (Denoël, 2006), relativise le phénomène : "Il y a deux types de délinquances pour ces bandes, lucrative ou ludique. Les jeunes que l'on a vus à l'œuvre à Paris ces derniers jours sont plutôt dans cette deuxième catégorie. Il faut relativiser ces accès de violences. Depuis les années 1900 on a toujours eu des bandes d'adolescents qui se tapent dessus." Pendant ce temps, sur les sites comme Dailymotion, GDN et Def Mafia content régulièrement leurs aventures.

Gérard Davet et Elise Vincent

 

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