GÉOPOLITIQUE DE L'EAU

Publié le par alain laurent-faucon



« L'eau est-elle un droit ou un bien, est-il possible de traiter cette ressource vitale de la même manière que n'importe quel autre produit ? » s'interroge
Christophe Rymarski dans Sciences Humaines, après s'être demandé, au préalable, si « la guerre de l'eau est imminente ».  Une question que se pose également Gaëlle Dupont dans le Monde : « L'or bleu sera-t-il de plus en plus rare, cher, source de tensions entre États ? »

Faut-il alors considérer l'eau « comme un bien commun à toute l'humanité, un "bien public" parce qu'elle est essentielle, non seulement pour la vie de l'homme, mais aussi pour celle des animaux, des plantes ... », comme l'ont affirmé les 145 délégations nationales réunies à Genève en novembre 2002.

Autant d'interrogations que les projections des Nations unies, rapportées par Maude Barlow et Tony Clarke dans L'Or bleu, rendent plus pertinentes :

« 31 pays font aujourd'hui face à de graves pénuries d'eau, plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, 3 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires. En 2025, la population mondiale aura augmenté de 2,6 milliards d'individus : deux tiers manqueront d'eau, le troisième tiers fera face à une pénurie totale. »

Alors : l'eau, bien commun de l'humanité ?



DOSSIER DE PRESSE

2025 : l'humanité est contrainte à partager l'eau

 

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 22.01.06

L'humanité manquera-t-elle un jour d'eau ? L'or bleu sera-t-il de plus en plus rare, cher, source de tensions entre Etats ? L'équation est simple. La planète comptait 2,5 milliards d'habitants en 1950 et 6,5 milliards en 2005. En 2025, 8 milliards d'humains devront se partager la même quantité d'eau qu'aujourd'hui. Dans vingt ans, la réserve mondiale disponible par habitant sera trois fois moins importante qu'en 1950.

A cet effet mécanique s'ajoutent deux menaces. Tout d'abord la pollution : ordures domestiques et eaux usées, pesticides agricoles et déchets industriels convergent vers les rivières et les nappes souterraines. Or, un seul mètre cube d'eau douce souillée rend inutilisables 8 à 10 mètres cubes. Une purification est possible, mais elle implique des traitements coûteux. Autre évolution dont l'impact est difficilement quantifiable, le changement climatique. Il pourrait modifier les régimes hydrographiques des différentes régions du monde.

Ces bouleversements affecteront une planète où l'eau est très inégalement répartie. L'Amérique du Sud détient le quart des réserves mondiales, alors que ce continent n'accueille que 6 % de la population. A l'opposé, 60 % des habitants de la planète vivent en Asie, qui ne détient que le tiers des réserves. Aujourd'hui, 30 % de la population vit dans des pays dont les ressources sont "faibles" (moins de 2 000 m3 par an et par habitant), selon le programme hydrologique de l'Unesco. En 2025, la "très grande majorité de la population" devra s'accommoder de réserves "basses", et même "catastrophiques" pour 30 % des pays. Seuls le nord de l'Europe, le Canada, l'Alaska, l'Amérique du Sud, l'Afrique centrale, la Russie et l'Océanie seront épargnés.

Quelles solutions pour les pays en manque d'eau ? L'île de Chypre est déjà ravitaillée par des cargos turcs. Mais la généralisation de tels transferts n'est pas envisageable : ils coûteraient trop chers et se heurteraient à l'hostilité des populations concernées. "Nous avons une relation viscérale avec l'eau, l'homme n'oublie pas que la vie a commencé là, affirme Mohamed Larbi Bouguerra, ancien directeur de recherche associé au CNRS. Pour gérer l'eau demain, les solutions ne pourront être que locales."

Trois grandes techniques d'approvisionnement, déjà utilisées, se développeront. Tout d'abord, sonder davantage le royaume mal connu des eaux souterraines, dont une partie seulement est renouvelable. "Cette ressource doit être gérée avec la plus grande précaution, affirme cependant Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS. Une fois contaminée, une eau souterraine profonde est difficile à nettoyer."

Deuxième piste : poursuivre la politique des barrages lancée au XXe siècle, dont il existe aujourd'hui 45 000 exemples dans le monde. Ainsi, le gigantesque projet chinois du barrage des Trois Gorges permettra de stocker 39 milliards de m3 d'eau en 2009. Ces grands travaux suscitent cependant de nombreuses réserves, du fait de leur impact sur leur environnement. Enfin, le dessalement de l'eau de mer constitue un recours dans les pays côtiers arides assez riches pour se l'offrir. Son coût est en baisse et déjà 12 500 sites alimentent 1,5 % de la population mondiale, notamment dans les pays du Golfe persique.

Mais ces solutions techniques pourraient ne pas suffire. Une tout autre voie est préconisée par les spécialistes : cesser de penser l'élément liquide comme une ressource illimitée et adapter notre consommation. Tous les usagers sont concernés.

L'agriculture est la première en ligne de mire. Elle absorbe 73 % de l'eau douce utilisée dans le monde, devançant largement l'industrie et la production d'énergie (21 %), et les foyers des particuliers (6 %). Les terres irriguées ne représentent que 15 % des cultures mondiales mais produisent 40 % des ressources alimentaires de l'humanité. Elles se développeront pour augmenter la productivité des terres et nourrir la planète. Or l'irrigation génère de grosses déperditions : 20 % à 60 % de l'eau ne sert pas à la croissance des cultures. La distribution au goutte-à-goutte au pied des plantes amènerait la quantité strictement nécessaire. Mais les paysans pauvres auront-ils les moyens d'investir ? Autre option, réutiliser les eaux usées domestiques. C'est déjà le cas de 10 % des terres irriguées dans le monde.

La géographie mondiale des cultures et de l'élevage devra-t-elle changer ? 20 000 m3 d'eau sont nécessaires pour produire une tonne de viande de boeuf, il en faut 1 500 pour une tonne de céréales. Faut-il poursuivre l'exploitation du maïs dans le sud-ouest de la France, où les pénuries d'eau se multiplient ? Autre exemple, le projet céréalier utilisant des nappes du Sahara. "Compte tenu du coût de l'opération, est-il judicieux d'irriguer là du blé, ne vaut-il pas mieux acheter des céréales sur le marché mondial ?", s'interroge Pierre Hubert, secrétaire général de l'association internationale des sciences hydrologiques. Puisque l'eau ne se transporte pas sur de longues distances, "la question d'avenir sera la circulation mondiale des denrées alimentaires", analyse M. Barraqué.

Pour les usages domestiques, la problématique varie radicalement selon les régions du monde. 34 000 personnes par jour meurent faute d'accès à une eau saine. Près de 1,5 milliard d'habitants, majoritairement dans l'hémisphère Sud, n'ont pas accès à l'eau potable. Ils seront 3 milliards en 2025 si rien n'est fait. Cependant, la question de l'accès à l'eau est moins liée au régime hydrologique d'un pays qu'à ses moyens financiers, et à la volonté politique d'organiser la construction et l'entretien de réseaux d'acheminement et d'assainissement. L'accès pour tous à une eau saine, condition indispensable au développement d'un pays, est l'objectif fixé par l'ONU pour 2025.

Parallèlement, un Américain utilise en moyenne 600 litres d'eau par jour. Un Européen 150 litres. Est-ce tenable ? Dans certains pays développés, la population devra apprendre à économiser, comme dans ces immeubles japonais où l'eau des toilettes est désinfectée sur place et réutilisée immédiatement. Cela d'autant plus que l'humanité sera demain encore plus urbaine qu'aujourd'hui. Ces besoins concentrés sur de petits espaces créeront des risques accrus de pénuries. L'approvisionnement des mégalopoles sera l'un des grands défis des décennies à venir.

Gaëlle Dupont

CHIFFRES :

97,5 % DE L'EAU présente sur terre est salée. Le reste est de l'eau douce, à 70 % sous forme de glaces ou de neiges éternelles.

4 800 M3/AN/HABITANT. Telles sont les réserves d'eau moyennes prévues pour 2025. Ces réserves atteignaient 16 800 m3 en 195O et 7 300 m3 en 2000.

1,5 MILLIARD DE PERSONNES vivent dans des pays en état de stress hydrique où la ressource en eau est jugée insuffisante (inférieure à 1 700 m3 par an et par habitant). En 2025, 3 milliards d'individus pourraient être concernés.

LES RÉSERVES EN EAU

Zones les plus favorisées : Groenland, Guyane française, Islande, Surinam.

Zones les plus démunies : Emirats arabes unis, bande de Gaza, Koweït, Seychelles, Cisjordanie.

À LIRE : L'eau dans le monde, d'Yves Lacoste, Petite encyclopédie Larousse, 2004.




L'eau, un bien ou un droit ?

 

Par Christophe Rymarski – in revue Sciences Humaines – mis en ligne par la revue

DOSSIER WEB - Le développement durable : mythes et réalités

La guerre de l'eau est-elle imminente? Les tensions actuelles vont-elles se renforcer? Quel statut donner à l'eau, pour que l'accès à cette ressource soit garanti pour tous? Tels sont deux des principaux enjeux qui se dégagent au fil des conférences internationales.

En 1972, pour la première fois dans la longue histoire de la Chine, le fleuve Jaune n'a pas atteint la mer. En 2001, à des milliers de kilomètres de là, c'est au tour du Rio Grande de ne pouvoir rejoindre les eaux du golfe du Mexique. Ces simples constatations « cliniques », dont on connaît les causes (irrigation intensive, multiplication des barrages, consommation individuelle toujours croissante, gaspillage...), sont à croiser avec les projections des Nations unies rapportées par Maude Barlow et Tony Clarke dans L'Or bleu (1) : « 31 pays font aujourd'hui face à de graves pénuries d'eau, plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, 3 milliards ne disposent pas d'installations sanitaires. En 2025, la population mondiale aura augmenté de 2,6 milliards d'individus : deux tiers manqueront d'eau, le troisième tiers fera face à une pénurie totale. » La demande serait alors supérieure de 56 % aux réserves.

L'eau devient une denrée rare, un bien précieux. Doit-on payer l'eau ? Quel est sont statut ? Et comment doit-on analyser la montée des tensions entre les Etats autour des problèmes de l'eau ? C'est ce que se sont demandées les institutions internationales pour la première fois en 1972 à Stockholm, à l'occasion de la conférence des Nations unies sur l'environnement. En mars 2003 à Kyoto, lors du troisième forum international de l'eau, ces questions semblaient toujours aussi prégnantes, sans que l'on voit pour autant affleurer la moindre réponse. Certes, dans la déclaration finale figure que « donner la priorité aux problèmes de l'eau est une nécessité mondiale urgente » mais aucun plan d'action n'a pu être établi. Pas un pays n'a pris d'engagement financier afin de « financer l'eau pour tous », autre formule intégrée à la déclaration finale.

Vers des guerres de l'eau ?

Les tensions entre Etats autour des problèmes de l'eau s'accroissent à mesure que les données démographiques s'affinent et que les prédictions de pénuries d'eau se concrétisent. En 1992 déjà, Boutros Boutros Ghali, alors secrétaire général de l'Onu, déclarait : « Le prochain conflit dans la région du Proche-Orient portera sur la question de l'eau [...]. L'eau deviendra une ressource plus précieuse que le pétrole. » De fait, que l'on considère les différends qui opposent la Turquie à l'Irak, à propos des eaux de l'Euphrate, ou ceux qui mettent Israël face à la Syrie ou la Cisjordanie sur la question du Jourdain, les propos de B. Boutros Ghali continuent de raisonner fortement. Si l'on examine le seul cas de la Turquie, on estime que si ce pays réussit à construire ne serait-ce que deux barrages supplémentaires (parmi les vingt-deux prévus) au barrage Atatürk, l'Irak perdrait 80 à 90 % de sa part des eaux de l'Euphrate (2). Le cas d'Israël est tout aussi illustratif des risques encourus et des tensions qui se renforcent : en 1999, par exemple, les Palestiniens eurent le droit de forer sept puits qui ne devaient pas excéder la profondeur de cent quarante mètres. Les Israéliens pouvaient quant à eux creuser jusqu'à huit cents mètres.

Cependant et quels que soient ces faits, les recherches établissent qu'aucune véritable guerre de l'eau entre Etat n'est avérée. Ce constat est renforcé par les propos de Bernard Barraqué, directeur de recherche au CNRS : « Lorsqu'on dit que l'on se battra pour l'eau au siècle prochain comme on s'est battu pour le pétrole au XXe siècle et pour l'or au XIXe siècle, on se trompe aux plans historique et juridique : sur les cent soixante fleuves internationaux de la planète, à peine quelques-uns font l'objet de conflits interétatiques ; les hommes font la guerre, comme par le passé, pour toutes sortes de raisons, et ils mobilisent éventuellement l'eau, mais ni plus ni moins [...]. Mais les idéologues de la guerre de l'eau ne se rendent pas compte qu'ils font inconsciemment une erreur théorique : celle d'une assimilation abusive de l'eau à un minerai comme l'or ou le pétrole, alors qu'on a affaire à une ressource, vitale certes, mais renouvelable et toujours en mouvement. Dans la plupart des pays, l'essentiel de l'eau est inappropriable, même par les Etats, et elle est la chose commune de ses usagers, à partager raisonnablement (3). »

Mais les faits sont têtus, et l'existence des conflits et tensions autour de l'eau étaient présents à Kyoto, où la seule avancée significative est venue de l'Unesco. Cette institution a en effet annoncé la création d'une structure associant l'Unesco, le Conseil mondial de l'eau et la Cour permanente d'arbitrage de La Haye. Son but : permettre aux Etats, aux ONG, aux particuliers d'avoir un recours en cas de désaccord ou de conflit sur les ressources internationales et locales. Ce dernier point permettra peut-être à l'avenir, sinon d'éviter, du moins de minimiser l'impact local de la gestion de l'eau. Notamment lorsqu'il est question de barrage et de déplacement de population. En Inde, 1 554 barrages ont été construits ces trente dernières années, entraînant l'expulsion d'une vingtaine de millions de personnes. En 1985 au Guatemala, 376 femmes et enfants furent tués pour permettre la construction du barrage de Chixoy. Si le problème du statut de l'eau se pose au niveau international, au niveau local, particulièrement pour la construction de barrages, cela semble dans de nombreux cas réglé : les populations doivent se soumettre et oublier toute idée intégrant peu ou prou les droits de l'homme. L'Unesco a donc proposé une autre voie, où la négociation et le droit priment. Avec, comme certains commencent à l'annoncer (à le souhaiter ?), la constitution d'un nouveau corps : les casques bleus de l'eau.

Quel prix payer pour l'eau ?

L'eau est-elle un droit ou un bien, est-il possible de traiter cette ressource vitale de la même manière que n'importe quel autre produit ? Comme le note Alexandre Taithe dans Les Biens publics mondiaux (4), ce débat s'est bloqué à La Haye en 2000 (deuxième forum de l'eau) lorsque les ONG soutenues par l'Unesco et le Pnud se sont opposés à la vision de la Banque mondiale considérant l'eau « comme un simple besoin et un bien économique [...], besoin qui peut de ce fait être pourvu par le secteur privé, et en particulier par les multinationales de l'eau ». La déclaration de la conférence ministérielle qui a suivi a évité de trancher en octroyant à l'eau le statut de besoin humain de base (basic human need). Les ONG, signataires d'un projet de traité où figure notamment que « l'eau douce de la Terre appartient à la Terre et à toutes les espèces qui l'habitent et, par conséquent, ne doit pas être traitée comme un bien que l'on peut acheter, vendre et échanger à des fins lucratives », mettent en avant la recherche de profit de ce qu'ils nomment les « cartels de l'eau ». M. Barlow développe cette position en affirmant : « Les règles commerciales internationales ont été rédigées de telle sorte qu'elles protègent les droits des entreprises [...] ; si un gouvernement voulait interdire la vente et l'exportation d'eau en vrac ou empêcher une entreprise étrangère de faire une offre pour obtenir une concession privée d'exploitation de l'eau, il pourrait être accusé de violer les règles du commerce internationale et de l'OMC. »

Cependant, selon A. Taithe, la part de l'eau « marchande », celle réservée à l'utilisation domestique, est à relativiser. En 2000, par exemple, les trois grands groupes français (Vivendi Waters, Ondeo-Suez-Lyonnaise, Saur-Bouygues) vendaient à 250 millions de personnes soit la distribution d'eau potable, soit le raccordement à leurs réseaux d'assainissement, sur un total de 278 millions de personnes dans le monde raccordées à un réseau privé. Seul 5 % de l'approvisionnement et de l'assainissement sont aujourd'hui assurés par le secteur privé, et l'eau « marchande » ne représente que 2,5 % de la consommation mondiale. Dans ce cas pourquoi le statut de l'eau reste-t-il un des points d'achoppement des conférences internationales ?

Parce que la privatisation de l'eau ne concerne pas la simple consommation domestique, mais bien, à terme, toutes les utilisations, qu'il s'agisse de l'industrie ou de l'agriculture qui à elle seule absorbe 70 % de la consommation. Et la privatisation conduirait à répondre à la question suivante : comment accroître l'offre ? Or, face à la raréfaction et au gaspillage, la seule question qui se pose est : comment réduire la demande et répartir efficacement et équitablement les ressources ?

Un vrai marché suppose de nombreux intermédiaires, la construction d'infrastructures et des coûts à répartir sur les usagers. Ainsi, si l'on prend l'exemple du projet de transfert de l'eau du Rhône à Barcelone, on s'aperçoit avec B. Barraqué, « si l'infrastructure est payée au prix coûtant, l'eau brute rendue à Barcelone revient à 0,76 ? /m3, soit déjà davantage que le prix du dessalement de l'eau de mer ! Et de surcroît, les partisans du projet surestiment la demande, et donc en réalité, il faudra bien répartir les énormes coûts fixes sur des volumes inférieurs ; alors le prix unitaire sera si élevé que la demande baissera, rendant le projet inutile. Ou bien l'Europe paiera le projet et se retrouvera en contradiction avec les principes économiques affichés dans la directive cadre». S'il en est ainsi pour la riche Europe, comment les pays des régions arides du monde peuvent-ils faire face alors qu'ils sont déjà souvent sous la tutelle du FMI et de la Banque mondiale ?

De plus, comme le souligne le professeur de droit à l'université Villanova de Pennsylvanie, Joseph W. Dellapenna : « Les partisans du marché oublient un élément crucial : l'eau est un milieu ambiant. Comme l'air, contrairement aux ressources naturelles, elle se déplace et ne respecte pas les frontières. Aucune entité isolée ne saurait la contrôler. Or, pour qu'un marché fonctionne, il faut définir les droits de propriété de chacun sur les biens avant d'en faire le commerce. Mais qui est le propriétaire d'une ressource qui s'amenuise ou grossit quand elle passe d'un pays à l'autre ? (5) » S'en remettre au marché reviendrait à balayer des siècles d'élaboration d'un corpus juridique qui a jusqu'ici permis en grande partie d'éviter des guerres de l'eau. Même lors des trois guerres entre l'Inde et le Pakistan, les accords de partage de l'eau ont toujours été respectés. Que se passerait-il demain si l'Ethiopie, par exemple, décidait de retenir et de vendre l'eau du Nil ? Qui serait fondé à dire le droit, à juger le différend qui opposerait l'Egypte à l'Ethiopie ? Les armes ?

Du prix et du statut de l'eau aux tensions entre Etats frontaliers, des répressions aux évacuations de populations qui s'opposent à la construction de certains barrages, les enjeux autour de l'eau sont nombreux. Ils réclament des réponses urgentes dont Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Unesco, s'est fait l'écho à Kyoto : « Nous n'avons pas besoin de nouvelles déclarations, ce qu'il faut aujourd'hui, ce sont des actions ».

NOTES :

[1] M. Barlow et T. Clarke, L'Or bleu , Fayard, 2002.

[2] V. Shiva, La Guerre de l'eau ,Parangon, 2002.

[3] B. Barraqué,« Cinq paradoxes dans la politique de l'eau », Environnement et société , n° 25, 2001.

[4] A. Taithe, « Tempête dans un verre d'eau », in F. Constantin (dir.), Les Biens publics mondiaux, L'Harmattan, 2002.

[5] J.W. Dellapenna, « Eau sans frontière : le marché ou la coutume », Courrier de l'Unesco, uniquement sur Internet : http://www.unesco.org/courrier/1999_ 02/fr/dossier/txt41.htm

 



ÉTAT DES LIEUX




AFP/LE MONDE - 28.09.05


Le XXIe siècle pourrait connaître des conflits géopolitiques et commerciaux liés à la maîtrise de l’eau, une ressource indispensable à la vie et, qui plus est, non substituable.

Les problèmes liés à l’eau – comme, par exemple, sa raréfaction en maintes régions du globe, le niveau des réserves qui baisse, la pollution -, ne suscitent pas le même sentiment d’urgence que les changements climatiques, la déforestation ou la couche d’ozone.

Le manque d’eau a pourtant un coût humain exorbitant : malnutrition, maladies hydriques, exode rural, charges accrues pour les femmes …

[...]
 

Les 145 délégations nationales présentes au Comité de l'ONU sur les Droits économiques, sociaux et culturels, se sont réunies à Genève en novembre 2002. Elles ont affirmé : "l'eau est un bien commun à toute l'humanité " C'est un " bien public " parce qu'elle est essentielle, non seulement pour la vie de l'homme, mais aussi pour celle des animaux, des plantes…

Ce droit à l'eau est affirmé dans la Déclaration Universelle des Droits Humains (Art. 25) Dans les pays moins avancés, les gouvernants ne peuvent remplir cette mission de fournir de l'eau à toute la population. Mauvaise gestion, corruption, mauvais investissements, en sont souvent la cause. Mais il y a aussi : le surendettement, la diminution du Fonds d'Aide au Développement ou des recettes aux exportations.

Pour résoudre ce problème, certains gouvernements font appel à des entreprises privées. Ces compagnies multinationales peuvent " vendre et acheter " les droits sur l'eau dans le pays de leur choix.

Pour beaucoup, cette " crise des ressources en eau " est une opportunité économique. L'eau promet d'être au 21ème siècle ce que le pétrole a été pour le 20ème siècle : une marchandise précieuse qui détermine la richesse d'un pays.

Les consortiums français qui détiennent 74 % du marché mondial de l'eau, ont été engagés par un grand nombre de pays africains, pour en assurer la distribution et l'assainissement. La Communauté Européenne considère que la fourniture d'eau est analogue à la fourniture de n'importe quel autre service. L'eau devient " une marchandise " que l'on peut vendre et acheter. La privatisation est même encouragée par le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Dans certains cas, ils offrent de nouveaux prêts, à condition de privatiser l'eau et certains autres services. Sa mise en œuvre a pour conséquence une augmentation des tarifs urbains. L'eau devient alors inabordable pour les plus pauvres. La hausse du prix de l'eau s'accompagne de la dégradation des conditions sanitaires. Ne pouvant avoir accès au robinet, on retourne au marigot, au puits, ou bien la famille s'endette pour régler une facture trop élevée.




 

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henri 08/06/2009 15:33

Ce blog est tout simplement fantastique! Je suis actuellement étudiant en 2éme année de licence d'économie à lille et nous manquons cruellement de culture générale, votre travail formidable. J'espère que vous continuerez à mettre à jour ce blog, car j'ai enfin trouvé mon bonheur. De plus je prépare les concours des grandes écoles de commerce,où,la dissertation de culture générale et l'une des épreuves majeure, votre site internet est une source d'information impressionante!!!En tous cas MERCI!!

alain laurent-faucon 12/06/2009 18:45


Henri,

Je suis, à la fois, très content et fort flatté - ah ! l'ego !!! - que ce blog puisse répondre à vos attentes et, surtout, qu'il puisse vous permettre de "potasser" cette  fameuse culture
générale, une épreuve à fort coefficient dans les concours d'accès aux grandes écoles de commerce.
Il est vrai que, depuis quelques mois, je délaisse un peu mon blog, faute de temps hélas, mais aussi parce que je tiens à conserver une certaine distance par rapport à l'actuelle gesticulation
ambiante, politique et médiatique. Une façon de savoir raison garder et de "laisser du temps au temps" pour voir ce qui, véritablement, pourrait faire l'objet d'un sujet de culture générale.
En tout cas, vos encouragements sont vraiment motivants pour continuer à mettre à jour le blog - et je vous en remercie.
Je vous souhaite plein de succès pour vos futurs concours,
très cordialement à vous,
alain laurent-faucon