MÉTAMORPHOSES DE LA FAMILLE

Publié le par alain laurent-faucon


La base de la société c'est la société elle-même et non la famille, disait jadis un de mes anciens professeurs aujourd'hui disparu, Jean-Marie Auzias. A tel type de société, poursuivait-il, correspond tel type de famille. Une remarque qui permet de mieux comprendre les mutations actuelles concernant le rapport triangulaire père-mère-enfants. Ses réflexions bousculaient tellement les lignes et la pensée du sens commun qu'elles provoquaient bien des remous parmi les étudiant(e)s, à Sciences Po Lyon. Et pourtant ! L'histoire culturelle, l'anthropologie, la sociologie et le droit sont là pour conforter ses dires. Mais il n'est jamais bon d'avoir raison trop tôt.

Ce sont également – et Jean-Marie Auzias, auteur d'un livre sur Philosophie et technique n'avait de cesse de nous le répéter -, ce sont les avancées techniques qui bousculent les modes d'être et de penser de toute société. « La technique tend dorénavant à prendre en charge tout ce qui est », écrit d'ailleurs le philosophe Kostas Axelos, avant de continuer ainsi :

« Nous parlons en général [de la technique] en termes d'extériorité, sans oser comprendre qu'elle est le ressort intime de tout ce qui se fait, qu'elle informe jusqu'à, et y compris, notre intériorité chérie. On parle beaucoup de la technique, sans pour autant saisir son mode d'être saisissant le tout de l'être, et, avant qu'elle ne soit suffisamment réalisée, on voudrait déjà la dépasser. C'est la technique qui prend dans son engrenage mythes et religions, poésie et littérature, art et politique, science et pensée ; sa rotation relie production et consommation » (Vers la pensée planétaire, éd. Minuit, Paris, 1964).

Je sais, je vous ai déjà cité ce passage lors d'un précédent dossier, sur les « cyborgs », mais il est bon de le reproduire une nouvelle fois tant il peut alimenter votre réflexion. Car la répétition ... mais vous connaissez la suite !

C'est bien parce que le mode d'être des techniques biomédicales saisissent le tout de l'être de nos sociétés contemporaines que les conceptions de la famille sont bouleversées dans leurs multiples approches : instinct maternel, procréation, enfantement, don de gamètes, prêt d'utérus, clonage, sélection des embryons, distinction entre parents biologiques, « engendreurs », et parents sociaux, « éducateurs », statut du foetus, diagnostic prénatal, naissance de la vie psychique chez l'embryon ...



REVUE DE PRESSE

 

Né de mère porteuse, enfant de personne

 
LE MONDE | Article paru dans l'édition du 01.11.06.

 

Lorsque la maîtresse a demandé d'où venaient les bébés, les élèves ont tous répondu en choeur : "Du ventre de leur maman." Tous, à l'exception de Léa, 6 ans, qui a raconté à la classe ébahie qu'elle avait grandi dans le ventre d'une autre femme que celui de sa mère, mais qu'elle n'avait pas été adoptée. "Elle a dit naturellement, avec ses mots à elle, qu'elle avait été conçue dans le cadre d'une gestation pour autrui (GPA), explique sa mère, qui souhaite garder l'anonymat. Nous lui avons toujours dit que nous étions allés aux Etats-Unis, que son père avait fourni les petites graines, et qu'une femme, Mary, les avait ensuite portées, elle et sa soeur jumelle. Elle la connaît, car nous sommes allés lui rendre visite aux Etats-Unis."

En 1998, le couple français, qui ne peut avoir d'enfants en raison d'une malformation congénitale de la mère, se rend en Californie pour entamer une procédure de "gestation pour autrui". Deux ans plus tard, la troisième fécondation in vitro aboutit : la "gestatrice", qui a déjà cinq enfants, est enceinte de jumelles. "La loi encadre très strictement chacune des étapes de ce processus, explique Mme B. Mary n'a pas été rémunérée, elle a simplement été défrayée pour les jours où elle ne travaillait pas. Au quatrième mois de grossesse, la Cour supérieure de Californie a rendu un jugement nous consacrant, avant même l'accouchement, "père et mère des enfants à naître"." Munis des actes de naissance américains, M. et Mme B. repartent en région parisienne avec les bébés.

SEUL COUPLE FRANÇAIS ASSIGNÉ EN FRANCE 

Mais en France, la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994. Depuis leur retour, les jumelles, comme tous les enfants nés par gestation pour autrui à l'étranger, vivent donc dans un no man's land juridique : au regard du droit français, elles n'ont aucun lien de filiation avec leurs parents. "Ce sont des sans-papiers, soupire leur mère. Nous ne sommes pas leurs parents officiels et nous n'avons pas l'autorité parentale. Pour les inscrire à l'école, il a fallu faire intervenir un avocat car elles ne figurent pas sur le livret de famille. Nous élevons deux enfants que la justice et la société ne veulent pas reconnaître comme les nôtres."

Les parents de Léa et Isa sont actuellement le seul couple français assigné devant la justice pour avoir eu recours à la gestation pour autrui. Saisi par le consulat général de France à Los Angeles, qui a refusé de transcrire les actes de naissance américains, le parquet de Créteil a ouvert, le 17 mai 2001, une information judiciaire pour "entremise en vue de la gestation pour le compte d'autrui" et "simulation ayant entraîné une atteinte à l'état civil d'enfants". Trois ans plus tard, le juge d'instruction a rendu un non-lieu. Le parquet a entre-temps assigné le couple pour demander l'annulation de la transcription des actes de naissance, mais cette demande a été jugée irrecevable en 2005. Le dossier est actuellement à la cour d'appel de Paris.

Nul ne sait combien de couples français ont eu recours à une gestation pour autrui à l'étranger, mais le tourisme procréatif est désormais à portée de main : la Belgique, la Grande-Bretagne, la Grèce, le Canada et les Etats-Unis ont légalisé la pratique des mères porteuses. "Entre 1995 et 2000, on observe une tendance à la généralisation de la gestation pour autrui dans de nombreux pays", constate Michael Handcock dans un rapport du Conseil de l'Europe.

NI INTERMÉDIAIRES RÉMUNÉRÉS, NI PUBLICITÉ

Dans ces pays, la GPA est très encadrée : la loi réserve cette pratique aux femmes ayant des problèmes médicaux avérés, elle fixe des limites d'âge pour la gestatrice et les parents intentionnels, et elle exige le consentement éclairé de tous. Les dossiers sont étudiés au cas par cas par une instance indépendante - un comité d'éthique en Grande-Bretagne, en Israël ou en Nouvelle-Zélande, une juridiction en Afrique du Sud et en Grèce -, qui est la seule à pouvoir délivrer une autorisation. La plupart des pays excluent toute rémunération, mais certaines législations prévoient le remboursement des dépenses médicales, voire une "compensation" correspondant aux contraintes liées à la grossesse. Les intermédiaires rémunérés et la publicité sont interdits.

Pour relancer le débat, les parents de Léa et Isa ont créé un comité de soutien qui propose l'"encadrement légal, médical et psychologique" de la gestation pour autrui, "seule réponse à de nombreuses formes d'infertilité, telles que les malformations utérines (congénitales ou consécutives à l'exposition au Distilbène), les conséquences des cancers de l'utérus."

Le comité d'experts réunit notamment la philosophe Elisabeth Badinter, les professeurs de médecine Israël Nisand et Bernard Paniel, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le professeur de droit Géraud de la Pradelle. Le comité de soutien, qui vient d'ouvrir un site Internet (http ://claradoc.gpa.free.fr), compte contacter les milieux politiques, médicaux et universitaires. "Il faut bien sûr fixer des règles et réserver la GPA aux infertilités médicales avérées, explique la mère de Léa et Isa. Mais nous pensons que la société est prête à accepter ce débat."

Pour Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au centre hospitalier universitaire de Strasbourg, les réticences face à la gestation pour autrui "feront un jour sourire nos petits-enfants". "Si une femme n'a pas d'utérus, elle devrait pouvoir solliciter un comité d'experts afin d'obtenir l'autorisation d'entrer dans un programme de maternité pour autrui. Il faut simplement veiller, explique-t-il, à encadrer cette pratique en excluant les demandes illégitimes - les femmes âgées par exemple -, en vérifiant que le consentement de la femme à porter un enfant pour autrui n'est en aucune manière contraint, et en prévoyant une indemnisation financée par l'Etat afin d'éviter les transactions privées."

Anne Chemin



Porter l'enfant d'une autre

 
LE MONDE | Article paru dans l'édition du 03.10.07

« Au départ, l'idée d'avoir recours à une mère porteuse était pour moi inacceptable. Mais la souffrance de ne pas pouvoir avoir d'enfant était si grande que je me suis mise à faire des recherches sur Internet et avec mon mari nous nous sommes lancés dans cette aventure que nous savions risquée." Magalie (les prénoms ont été changés) revient des Etats-Unis. Son bébé a quelques semaines. Il a été conçu avec les gamètes de ses parents, mais porté et mis au monde par une "gestatrice", une "nounou" comme l'appelle Magalie. Cette pratique de la "gestation pour autrui" (GPA) est interdite en France, mais autorisée dans certains Etats américains, ainsi qu'en Australie, en Israël, en Afrique du Sud, en Grèce et en Grande-Bretagne.

Magalie est venue témoigner de son expérience, samedi 29 septembre, lors d'une réunion organisée par l'association Maïa, spécialisée dans l'aide aux couples infertiles. Pour cette jeune femme qui a subi une ablation de l'utérus, la GPA était l'ultime solution pour avoir un enfant. "Nous avons tout trouvé par nous-mêmes : l'agence, l'avocat, la gestatrice, raconte-t-elle. Nous étions à l'hôpital pour l'accouchement, et j'ai pu prendre mon bébé dans les bras dès ses premiers instants." De retour en France, son enfant a un passeport américain, mais n'a aucun lien officiel de filiation avec ses parents.

FAIRE AVANCER LE DÉBAT

"La GPA entraîne des problèmes juridiques très aigus, sans compter son coût financier très élevé", constatent les responsables de l'association Maïa. Laurent et Patricia n'ont pour l'instant que faire de ces problèmes de filiation. Du fait d'une endométriose importante, Patricia ne peut pas être enceinte et fera "tout ce qu'il est possible de faire" pour devenir mère. "Toutes ces difficultés liées à la GPA, ça fait peur mais il faut s'accrocher", estime Laurent. "On se fera discret, on prendra le passeport du petit et puis voilà. On attendra l'évolution de la législation", envisage Patricia.

L'association Maïa, qui milite en faveur d'une légalisation encadrée de la GPA, compte sur la révision, en 2009, de la loi de bioéthique pour faire avancer le débat. "Un cadre législatif est nécessaire pour autoriser la GPA aux couples confrontés à des problèmes médicaux empêchant toute grossesse. Cela permettrait d'éviter les excès - agences commerciales jouant les intermédiaires, annonces sur Internet, etc. - auxquels ils peuvent être confrontés à l'étranger", explique un membre de l'association.

La première enquête nationale sur ce sujet, menée en début d'année par l'Agence de la biomédecine, montre une opinion publique assez ouverte. 55 % des personnes interrogées estiment que "le fait qu'une femme en bonne santé prête son corps à un couple pour porter leur enfant et lui donner la vie" est acceptable, 53 % considèrent que la loi devrait autoriser cette pratique et 44 % pensent que le recours aux "mères porteuses" est déjà autorisé par la loi en France. "Personnellement, je ne sais toujours pas comment font ces femmes pour accepter d'être mère porteuse, avoue Magalie. Je n'ai pas eu d'élan d'amour vis-à-vis de ma nounou, mais c'est vrai qu'elle nous a donné cet enfant avec une générosité incroyable."

Sandrine Blanchard



La justice reconnaît comme "parents" un couple ayant

eu recours à une mère porteuse


 
LEMONDE.FR | 04.11.07 | 11h24  •  Mis à jour le 04.11.07 | 11h24

C'est une première : la cour d'appel de Paris a reconnu comme "parents" un couple qui avait eu recours à une mère porteuse américaine pour donner naissance à des jumelles, mettant fin - sauf  pourvoi en cassation - à six ans d'ennuis judiciaires, révèle Libération dans son édition du week-end.

En 1998, Sylvie, qui vit depuis 12 ans avec Dominique, apprend qu'elle ne pourra porter de bébé car elle n'a pas d'utérus, raconte le journal. Le couple se rend en Californie, où le recours à un mère porteuse, interdit en France, est autorisé. Fin 2000, et après trois fécondations in vitro, Mary, une mère de famille américaine, donne naissance à des jumelles. Un certificat de naissance est délivré à Dominique et Sylvie.

INTÉRÊT SUPÉRIEUR DES ENFANTS

Mais de retour en France, le couple est placé en garde à vue, puis mis en examen pour "entremise entre une personne désireuse d'adopter un enfant et un parent désireux d'abandonner son enfant né ou à naître" et pour "simulation ayant entraîné une atteinte à l'état-civil de l'enfant". En 2004, le juge d'instruction rend un non-lieu sur les poursuites pénales, les faits s'étant déroulés dans un pays où cette pratique est légale. Mais au civil, le parquet tente de faire annuler la filiation et la transcription sur l'état-civil. Sans succès, en première instance en 2005, comme ces derniers jours en appel.

Selon Libération, la cour a jugé conformes les papiers américains désignant Dominique et Sylvie comme les "parents" des jumelles. Dans son arrêt, elle assure que "la non-transcription des actes de naissance aurait des conséquences contraires à l'intérêt supérieur des enfants".

Jusqu'à présent, la Cour de cassation a toujours interdit l'adoption des enfants par des couples ayant eu recours à la gestation pour autrui (GPA), considérant qu'il s'agissait d'un détournement de l'institution de l'adoption.

Le Monde.fr, avec AFP




La Croix – L'avis du journal La Croix :


"La distinction de sexe, une nouvelle approche de l'égalité" - Irène Théry

éditions Odile Jacob


 La sociologue Irène Théry relativise la différence des sexes


La spécialiste du couple et de la famille s'attaque au caractère d'évidence du couple hétérosexuel et plaide pour l'homoparentalité

Il était une fois … des enfants qui avaient deux parents : un père et une mère, qui étaient en même temps leurs parents biologiques, « engendreurs », et leurs parents sociaux, « éducateurs ». Mais aujourd’hui, beaucoup d’enfants ont plus d’un père et plus d’une mère, qu’ils soient adoptés, issus d’une procréation assistée ou qu’ils vivent dans des familles recomposées. Il est là, le vrai bouleversement, estime Irène Théry dans son dernier livre, et non dans l’émergence de familles homosexuelles. Celles-ci n’ont fait que révéler les changements survenus dans la famille « légitime et stable ».

La spécialiste du couple et de la famille propose donc de considérer de manière radicalement différente les questions posées par les nouvelles formes d’alliance et de parenté. De ne plus faire passer la barre entre les homosexuels et les hétérosexuels, mais entre les enfants qui connaissent leurs origines et ceux qui en sont privés.

Pour parvenir à cette conclusion, il fallait d’abord relativiser l’importance de la différence des sexes. Ce que fait Irène Théry, prenant l’anthropologie à témoin. On oppose terme à terme l’homme et la femme comme s’il s’agissait de deux catégories ontologiques, mais la différence physique ne suffit pas à « produire » l’homme ou la femme, explique-t-elle. Ainsi, dans certaines sociétés primitives, « les garçons impubères sont supposés avoir une nature encore féminine ».

Notre identité ne saurait donc se résumer à notre sexe. Nous sommes homme ou femme, certes, mais nous sommes avant tout des personnes qui agissent en relation avec d’autres. Irène Théry plaide ainsi pour une autre approche de l’homoparentalité partant non plus du couple parental, mais de l’enfant et de la connaissance de ses origines. « Ce que réclament les enfants, c’est de ne pas être privés de l’accès à leur propre histoire. » Par conséquent, il faut lever l’anonymat, que l’enfant sache d’où il vient et qui sont ses géniteurs. À cette condition, la « pluriparentalité » devient possible.

Avec cette thèse, qui a le grand mérite de renouveler la problématique, la sociologue fait un pari : celui qu’il suffit à l’enfant d’être au fait des conditions de sa naissance pour pouvoir se construire. Cela, toutefois, reste à prouver. Comment l’enfant, s’interrogeant sur le désir qui l’a fait naître, ne serait-il pas troublé par le fait que les parents qui l’éduquent ne sont pas ceux qui l’ont « engendré » ? La dissociation des rôles parentaux, construction intellectuelle, se vit-elle de manière si limpide au quotidien ? Ces questions restent ouvertes.

Marianne GOMEZ




Naissance, science et conscience

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 19.10.07.

Il fut un temps où l'enfant se faisait dans l'intimité du couple. Où la société n'avait ni à intervenir ni à légiférer, où seule la nature avait un droit de regard sur ce miracle de la vie.

Dans notre Occident moderne, ce temps est révolu. Depuis la naissance, en 1978, de Louise Brown, premier bébé-éprouvette conçu en Angleterre, la médecine n'a cessé de multiplier les avancées en matière de reproduction humaine. Elle sait aujourd'hui fabriquer des enfants hors sexe (par fécondation in vitro), hors corps (par l'intermédiaire de mères porteuses), et même hors vie, puisque l'on peut devenir biologiquement père ou mère après sa mort (par don de gamètes ou d'embryons).

Autant de progrès qui, dans une perspective éthique, posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses, tant les enjeux actuels autour de la naissance bouleversent les fondements mêmes de la construction familiale.

Instinct maternel, procréation, enfantement, don de gamètes, prêt d'utérus, clonage, sélection des embryons, place du père, statut du foetus, diagnostic prénatal, naissance de la vie psychique chez l'embryon : sur tous ces thèmes, Sophie Marinopoulos et Israël Nisand livrent une réflexion à deux voix. C'est là le premier intérêt de leur ouvrage, dont on devine que la rédaction a été précédée d'un véritable débat entre les deux auteurs. La première est psychologue clinicienne et psychanalyste à la maternité du CHU de Nantes, le second est professeur de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg. Deux spécialistes de la naissance, donc, mais aux priorités distinctes.

Est-ce d'avoir su profiter de leurs différences - et parfois de leurs différends - que proviennent l'extrême lisibilité de leur ouvrage et le ton très libre de leur propos ? En matière de procréation et de liens familiaux, il ne sert en tout cas à rien, considèrent-ils, "de distribuer des avis d'experts qui seraient coupés de la pensée que notre société construit sur la famille, l'enfant, la naissance, la mort, les origines, la sexualité, les relations humaines, si nous n'acceptons pas au préalable d'approcher ce que peut être l'humanité, avec la part qui nous échappe".

A elle seule, cette préoccupation placerait 9 mois et cætera dans le champ de la philosophie bien plus que dans celui de la technique. Mais ce dernier aspect n'est pas écarté pour autant. C'est même l'autre force de cet ouvrage que de nous présenter simplement, comme en passant, cette science complexe qu'est devenue la procréation médicalement assistée (PMA).

Insémination artificielle par le sperme du conjoint, fécondation in vitro (avec, éventuellement, don de sperme ou d'ovules), recours au diagnostic préimplantatoire (DPI) sur les embryons créés en éprouvette afin d'écarter ceux qui seraient porteurs d'une anomalie génétique, enfin clonage reproductif (actuellement de l'ordre de la science-fiction dans l'espèce humaine, mais pour combien de temps ?) : dans "L'éthique du ventre", l'un des chapitres les plus passionnants, les auteurs décrivent ainsi les quatre méthodes actuellement mises en oeuvre pour aider la nature à faire un petit d'homme.

Présentées en fonction d'une échelle de difficulté croissante, ces prouesses de la médecine font émerger, à leur tour, quatre niveaux de complexité éthique. Pour chacun d'entre eux se présente un côté jardin, celui des avantages médicaux et des possibilités de réparation. Mais aussi un côté cour, face sombre de ces évolutions derrière lesquelles se profilent d'évidentes dérives. L'une d'elle, et non la moindre, étant peut-être de vouloir des enfants à tout prix.

Catherine Vincent

9 MOIS ET CÆTERA de Sophie Marinopoulos et Israël Nisand. Fayard, 270 pages, 19 €.


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