INSÉCURITÉ - DEDANS, DEHORS

Publié le par alain laurent-faucon



C'est chez soi, dans la sphère de l'intime, de la famille que les violences sont également très fréquentes : qu'elles soient verbales, physiques, sexuelles. Près d'une agression sur deux a lieu au sein de la vie familiale, et non dans la rue, nous dit l'enquête de l'Observatoire national de la délinquance. Ce n'est donc pas tant les violences urbaines qu'il faudrait stigmatiser comme on le fait sans cesse pour des raisons politiques et de basse police (la peur justifiant l'ordre et tous les discours populistes), mais les violences familiales. Sans parler des violences du monde du travail, objet d'un prochain dossier de presse.

Mais cela fait tellement désordre quand on bouscule les stéréotypes de la pensée commune : la famille d'un côté et la caillera des quartiers de l'autre, avec, in fine, ce terrifiant constat : l'intime serait aussi dangereux que le dehors, et une femme risquerait autant chez elle qu'à l'extérieur de se faire insulter, tabasser, violer. Et ne parlons pas des enfants ! Et des hommes ! Elisabeth Badinter rappelle, en effet, que si « une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint, un homme meurt tous les 11,5 jours sous les coups de sa conjointe ». Un phénomène peu connu et pour l'instant tabou, tellement cette violence faite aux hommes perturbe la pensée du sens commun concernant les rapports hommes-femmes.

Alors pensez par vous-même et cessez de répéter ad nauseum les discours convenables et convenus sur la famille "naturelle", cette famille biologique seule capable de permettre un développement harmonieux de ses membres et, notamment, de ses enfants. Peut-être que les nouvelles "compositions" familiales ne sont pas idéales, mais le modèle traditionnel (sic) proposé par tous les donneurs de leçons – des idéologues politiques et des dogmatiques religieux – n'est pas la panacée universelle. Et n'oubliez pas : le chez soi ne serait finalement pas plus sûr que la rue ! Mais il est politiquement plus rentable de stigmatiser le dehors, car cela permet d'engranger des voix en jouant sur la peur des gens. Et ce d'autant plus que ce sentiment d'insécurité entretenu par les médias – le fait divers fascine et fait vendre – augmente la peur et créé de l'insécurité - ce que nos penseurs auto-proclamés avaient oublié, ouvrant ainsi la voie aux populismes, du lepénisme au sarkozisme.



REVUE DE PRESSE


Près d'une agression sur deux a lieu au sein du ménage

L'enquête de l'Observatoire national de la délinquance (OND), publiée lundi, fait apparaître un fort décalage entre le nombre de personnes déposant plainte et le nombre réel d'agressions.

Liberation.fr (avec source AFP) lundi 12 novembre 2007

Près de 2 millions de personnes, soit 5,6 % de la population française âgée de plus de 18 ans, disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006. Près de la moitié (830.000, soit 47,43%) de ces agressions ont lieu au sein du ménage. «Cela démontre qu'il y a autant de violence à l'intérieur qu'à l'extérieur de la famille, c'est un élément nouveau dont on avait une très faible connaissance», a commenté Alain Bauer, qui préside l'Observatoire national de la délinquance (OND), dont les résultats de l'enquête de victimation ont été publiés lundi. L'enquête, qui porte sur un échantillon représentatif de 17 000 personnes, vise à apporter d'autres chiffres que ceux des statistiques de la police ou de la gendarmerie, en permettant de connaître des atteintes que les victimes n'ont pas signalées. Ce qui est particulièrement vrai des violences domestiques.

4,7% des personnes interrogées ont déclaré avoir subi au moins un acte de violence physique et 1,3% au moins un acte de violence sexuelle hors ou au sein du ménage. 4,6% des hommes et 4,8% des femmes ont été victimes d'actes de violences physiques. 0,7% des hommes et 2% des femmes ont déclaré avoir subi un acte de violence sexuelle.

En matière d'agression physique ou sexuelle, le nombre de personnes ayant déposé plainte apparaît particulièrement faible: 28,8% ont déposé plainte pour violences physiques et 8,4% pour violences sexuelles hors-ménage. Elle sont encore moins nombreuses au sein du foyer (8,8% et 5,5%).

Les femmes victimes de violences dans le ménage expliquent leur silence par leur souci de «trouver une autre solution» (82,7%), ou parce qu'elles ont estimé que «cela n'aurait servi à rien» (57,4%), enfin «parce que ce n'était pas grave» (56,9%). Pourtant, près de 53% des femmes victimes de violences dans le ménage ont déclaré aux enquêteurs de l'OND « avoir subi des dommages psychologiques plutôt importants voire importants ».

Pour ce qui est des atteintes aux biens, autre point noir de la délinquance, qui englobe cette fois les personnes de plus de 14 ans et qui porte uniquement sur l'année 2006, l'estimation de l'OND recense 4.876.000 vols ou tentatives de vols: 36,8% de ces vols et tentatives ont fait l'objet d'une plainte.

Une baisse «significative» des vols liés à la voiture est relevée par l'OND en 2006 par rapport à 2005 (-6,1%). Les cambriolages de la résidence principale restent en revanche stables et donnent lieu à 70% de plaintes et seulement 40% pour ce qui est des tentatives.

En 2006 toujours, écrit l'OND, 481.000 vols avec violences ou menaces ont été perpétrés. Environ un vol ou tentative à la personne sur trois fait l'objet d'une plainte.

Sur le sentiment d'insécurité, l'OND précise que la proportion de personnes estimant que la délinquance est le problème principal de leur quartier est en baisse à l'exception des zones urbaines sensibles qui «se singularisent» de ce point de vue.



Les chiffres de la police surestiment le phénomène des

bandes

LE MONDE - Mis à jour le 12.11.07

La focalisation médiatique et politique sur les banlieues tend à surestimer l'importance des affrontements entre bandes des cités populaires. Les statistiques officielles, mises en avant par le ministère de l'intérieur après de violentes rixes dans les quartiers de Pigalle et de la gare du Nord, à Paris, font en effet état de plusieurs centaines de bagarres entre bandes chaque année en France : 435 "affrontements" en 2005, 287 en 2006 et 129 pour les cinq premiers mois de l'année 2007.

Or, selon nos informations, un peu moins de la moitié de ces rixes ont été enregistrées, sur cette période, par la gendarmerie nationale et ne relèvent pas, sauf très rares exceptions, des problématiques de banlieue. La gendarmerie nationale reconnaît ainsi que la plupart des 341 "affrontements" recensés en deux ans dans sa zone de compétence correspondaient, en réalité, à des rixes liées à des fêtes de village ou à des bagarres à la sortie de boîtes de nuit.

Des phénomènes anciens, souvent favorisés ou aggravés par la consommation d'alcool, mais qui n'ont rien à voir avec des violences urbaines : "Tout cela peut démarrer pour des motifs parfaitement futiles : un mauvais regard, le vol d'un téléphone portable, une histoire de filles", remarque l'officier chargé de superviser les données sur les "violences dites urbaines" au sein de la direction générale de la gendarmerie nationale.

A travers son implantation dans quelques villes ou certaines zones périurbaines (Rhône, Oise, Isère, par exemple), la gendarmerie constate certes l'émergence de bandes, au sens de groupes organisés et défendant "leur" territoire, comme à Ezanville (Val-d'Oise), Nangis ou La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). Mais ces exemples restent exceptionnels dans les régions sous la responsabilité des militaires (qui couvrent 95% du territoire, 50% de la population et 10% des zones urbaines sensibles).

Cette imprécision statistique explique que le Gard apparaisse régulièrement parmi les territoires les plus sensibles. En 2005, par exemple, ce département présentait un nombre plus élevé d'"affrontements entre bandes" que la Seine-Saint-Denis (43 signalements contre 36). "C'est une réalité complètement différente de celle des bandes de cités. Il s'agit essentiellement de bagarres liées à un contexte local, à des fêtes de village très nombreuses. Le tout sur un terrain propice à l'alcoolisme de masse", corrige le colonel Jean-Claude Goyeau, responsable du groupement départemental de la gendarmerie jusqu'en août.

Cette confusion sur le nombre réel d'affrontements entre bandes s'explique par une définition très générale, par le ministère de l'intérieur, de cette catégorie de violences urbaines. Les forces de l'ordre doivent signaler, à leur hiérarchie, tous les "affrontements graves entre bandes structurées ou de circonstance", mais elles ne disposent pas de critères quant à un nombre minimum de participants et à leurs motivations.

Cette difficulté à définir les affrontements entre bandes, et, plus largement, l'ensemble des violences urbaines, a conduit l'Observatoire national de la délinquance (OND) à ne pas valider l'indicateur national des violences urbaines (INVU), créé en 2005 par le ministère de l'intérieur. "De nombreuses questions restent en suspens sur la définition même des violences dites urbaines et sur la mesure de ce phénomène", expliquait l'OND dans son dernier rapport annuel. "Nous n'avons pas validé l'indicateur parce qu'il nous paraît trop instable", note Christophe Soullez, responsable de l'Observatoire, en rappelant que les violences urbaines ne correspondent à aucune incrimination pénale.

"On sait seulement que les phénomènes de bande sont récurrents mais personne n'est capable de les dénombrer précisément", relève Frédéric Ocqueteau, chercheur au CNRS, membre du conseil d'orientation de l'OND. "Le problème, c'est que la notion de bande n'est pas définie, ajoute le criminologue Sébastian Roché. Et qu'on ne sait pas plus à partir de quel moment, de quel seuil, on peut parler d'affrontements." Dans la typologie des violences urbaines, l'indicateur jugé le plus fiable est celui du nombre de véhicules incendiés. Avec des limites considérables : une partie non négligeable des voitures brûlées le sont pour des motifs qui n'ont rien à voir avec des violences urbaines (escroquerie à l'assurance, vols, règlements de comptes, etc.).

La direction générale de la police nationale (DGPN) reconnaît d'ailleurs travailler sur l'élaboration d'un indicateur "plus pertinent" pour tenter de mesurer les violences urbaines. La mise au point d'une nouvelle échelle de mesure ne constituerait qu'un nouvel épisode dans la bataille du thermomètre : depuis 1991, et l'invention de la première échelle de mesure des violences urbaines par les Renseignements généraux, pas moins de quatre indicateurs différents ont été utilisés, rendant impossibles les comparaisons sur le long terme. 

Luc Bronner



La violence conjugale fait aussi des victimes parmi les

hommes

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 13.11.07.

La tragédie de Marie Trintignant et Bertrand Cantat a certes contribué à alerter l'opinion publique et les médias sur les trop nombreux cas de femmes battues par leur compagnon - comme en témoigne le reportage Les coups pour le dire qui a été diffusé le 8 novembre dans "Envoyé spécial" sur France 2. Mais qu'en est-il de la violence sur les hommes, qui passe quasiment inaperçue, sans doute parce qu'impensable dans la conscience collective ?

Minoritaire - une femme meurt en France sous les coups tous les trois jours, un homme tous les quatorze jours, selon la Préfecture de Paris -, la question, si dérangeante soit-elle, mérite d'être posée, non seulement pour lever un tabou mais aussi, comme l'explique Isabelle Rossignol, romancière et réalisatrice de l'émission de France Culture "Surpris par la nuit", "pour poser un regard différent sur le masculin et le féminin".

"Il faut en convenir, certaines femmes peuvent être violentes, et certains hommes peuvent accepter de subir cette violence. Pourquoi l'acceptent-ils ? Pourquoi certaines femmes en arrivent-elles à ces extrémités ?" Pourquoi, trop souvent encore, la société reste-t-elle sourde à ces appels de détresse ? A toutes ces questions, ce numéro de "Surpris par la nuit" tente de répondre, sans manichéisme ni préjugés, à travers les témoignages d'un couple et de deux hommes qui furent battus par leurs épouses.

ENFER QUOTIDIEN

Si différents que soient leurs parcours, tous dépeignent la lente montée de la violence (les disputes, les insultes puis les coups), l'enfer quotidien ponctué de quelques accalmies. "Pendant vingt ans, on a vécu avec deux personnes différentes : mère de famille normale, gentille, et à côté un monstre", raconte Bernard. Parfois aussi l'illusion d'une issue possible avec la venue d'un enfant dans le couple...

Ce processus quasi immuable, Claudine Gachet, thérapeute et fondatrice à Genève de l'association Face à face, le connaît bien. En écho aux différents témoignages, elle apporte un éclairage passionnant, notamment sur le profil de ces femmes, victimes de la violence physique et-ou psychologique de mères dysfonctionnelles et qui, à l'âge adulte, dévalorisées, débordées par leurs multiples rôles (mère, épouse et salariée), retournent cette violence originelle contre elles-mêmes et contre leurs conjoints.

Des conjoints d'autant plus démunis que leur parole - lorsqu'ils réussissent à surmonter leur honte ou leur réticence à témoigner contre leur compagne qu'ils aiment malgré tout - n'est guère entendue dans les commissariats ou par les juges. "Ce n'est pas dans les moeurs, explique tristement Bernard. L'idée des gens, c'est que cela n'est pas logique, donc ça n'existe pas."

Christine Rousseau

"Détruire, disent-elles", mardi 13 novembre à 22 h 15 sur France Culture.



Femmes-hommes :

pourquoi ne parle-t-on jamais des hommes battus ?

Chat - LEMONDE.FR - avec Elisabeth Badinter, philosophe - vendredi 16 novembre 2007



AFP/CATHERINE GUGELMANN - La philosophe Elisabeth Badinter.

Elisabeth Badinter : Nous avons au total pour l'année 2006, en augmentation par rapport à l'étude de 2004, 168 décès par homicide au sein du couple. Et dans ces 168 décès, il y a 137 femmes et 31 hommes. Ce qui veut dire qu'une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint, et qu'un homme meurt tous les 11,5 jours sous les coups de sa conjointe. Donc il est incontestable que ce sont les femmes qui sont majoritairement victimes de la violence des hommes.

Au demeurant, je considère que la question des victimes masculines de la violence des femmes doit être posée. Parce que ce n'est pas nul. 31 hommes qui meurent sous les coups de leur femme, ce n'est pas rien. Or je constate qu'il n'y a aucune étude spécifique entreprise sur le sujet des hommes, et que la presse, dans son ensemble, et les chercheurs ne considèrent que les violences faites aux femmes, comme si l'autre n'existait pas. C'est cet aveuglement, volontaire ou inconscient, qui m'interpelle. Car j'y vois en particulier un parti pris idéologique grave, qui consiste à faire des femmes les uniques victimes de la violence.

QUESTION - Oui, il faut parler des hommes battus... mais n'est-ce pas aux hommes de prendre cette question en main, comme les féministes l'ont fait pour les femmes battues ?

Elisabeth Badinter : Justement, il me semble que la situation des hommes battus est encore plus indicible que celle des femmes battues. Parce qu'être un homme battu est tellement contraire à l'image de la virilité que c'est encore plus honteux pour un homme de se dire victime de violences féminines que pour une femme d'être victime d'un homme.

Il faut se souvenir que c'est parce qu'il y avait eu une campagne de presque toute la société pour encourager les femmes à surmonter leur honte et déposer plainte, que, peu à peu, les femmes ont fait le pas d'aller à la gendarmerie ou à la police. Avec beaucoup de difficultés, car cela doit être très douloureux.

Pour les hommes, c'est une démarche encore quasiment impossible, qui doit donc être prise en charge par la société également. Je voudrais souligner que nous avons quelques études très partielles sur ces hommes objets de violences féminines, et tous expliquent que déposer plainte est une horreur, car ils sont l'objet de ricanements et de déni. Pour nous tous, spontanément, on ne peut pas imaginer qu'un homme se laisse battre par une femme. Or il semble bien que même si les hommes sont plus forts que les femmes (ce qui n'est pas vrai dans tous les couples), les hommes battus n'osent pas réagir et n'osent utiliser la même violence à l'égard de leur compagne pour la faire cesser. Voilà pourquoi, à mon sens, cette affaire ne peut pas être prise en charge par les seuls hommes, mais ce sont les associations, les psychologues, et peut-être aussi un ministère quelconque de la parité, qui doivent prendre ce sujet en charge.

QUESTION - Cette violence féminine n'est-elle pas, majoritairement, de la légitime défense ?

Elisabeth Badinter : C'est toujours l'argument avancé pour parler des violences féminines contre les hommes : elles sont violentes pour se défendre d'une première violence masculine. Je suis convaincue pour ma part que c'est souvent vrai, mais je suis aussi convaincue, par les témoignages que nous avons, que c'est loin de l'être toujours.

QUESTION - Quel est le profil des femmes qui battent leur mari ? A quelle classe sociale appartiennent-elles ?

Elisabeth Badinter : Comme nous n'avons pas d'étude sur ces femmes violentes, on ne peut pas répondre à cette question, pourtant fondamentale. Il faudrait presque briser un tabou pour pouvoir aborder sereinement et avec toute l'objectivité nécessaire cette question-là, et nous ne l'avons pas fait.

QUESTION - Si on parle uniquement des violences physiques, étant donné que les hommes sont statistiquement plus forts que les femmes, on trouvera toujours plus de dégâts chez les femmes. Mais pourquoi oublie-t-on les violences spécifiques commises par les femmes, comme par exemple les enfants faits dans le dos, les fausses attributions de paternité, etc.

Elisabeth Badinter : Je ne pense pas que l'on puisse mettre à égalité les violences physiques et les violences psychologiques. Au demeurant, les rares études que nous avons sur les violences, notamment au Québec, qui est nettement plus avancé que la France sur cette affaire, montrent que la violence psychologique serait plus le fait des femmes, et la violence physique plus le fait des hommes.

QUESTION - Dans de nombreux cas de divorces aux Etats-Unis, les femmes avancent faussement qu'elles sont victimes de violence pour obtenir des jugements avantageux. Qu'en est-il en France ?

Elisabeth Badinter : En France comme au Québec, nous savons, à titre d'exemple, que des femmes en instance de divorce ont accusé à tort leur conjoint de pédophilie sur leurs enfants pour avoir la garde de ceux-ci. Nous possédons un chiffre qui est partiel mais tout de même inquiétant : 17 % de ces plaintes ont été prouvées mensongères par les tribunaux. Voilà un type de violence qui n'est pas physique, qui est psychologique, et qui est une ignominie, pas suffisamment dénoncée à mon gré.

QUESTION - Avez-vous eu des réactions violentes de femmes qui s'offusquent de vous voir lancer ce débat ?

Elisabeth Badinter : Oui, et notamment venant d'associations féministes qui s'occupent des femmes victimes de violences masculines. On me dit que je tendrais à noyer le poisson, à disculper les hommes en évoquant la violence féminine, comme si je les renvoyais dos à dos. Conclusion : je suis une traître au féminisme.

QUESTION - Pourquoi ne parle-t-on pas plus de ces mouvements féministes qui font la promotion de la haine anti-hommes ? Il y a de plus en plus d'associations féministes qui organisent des débats interdits aux hommes.

Elisabeth Badinter : Pour ma part, je parle de ces mouvements haineux contre les hommes. J'ai écrit un livre qui s'appelle Fausse Route qui essaie de faire le point sur ces discours anti-hommes. Mais finalement, je pense que la majorité de nos concitoyens savent faire la part des choses. Au demeurant, je suis choquée que tous les 8 mars, jour de la Fête des femmes, tous les médias brandissent les statistiques des violences faites aux femmes, laissant entendre aux nouvelles générations de femmes que leur condition est celle de victimes, ce qui nourrit la méfiance, la peur, voire la haine à l'égard des hommes.

QUESTION - Est-ce que depuis la publication de "Fausse Route" et le chapitre que vous consacriez à cette question les choses vous paraissent avoir changé ?

Elisabeth Badinter : La réponse est non, ça n'a pas beaucoup changé. Mais je m'attends tout de même à ce qu'on finisse par être un peu plus objectif et qu'on en vienne à s'intéresser à la violence féminine.

QUESTION - Faites-vous un lien entre la violence féminine au sein du couple et la montée de la violence chez les adolescentes : une sorte d'accession ou de droit à la violence des femmes, en quelque sorte ?

Elisabeth Badinter : Je ne crois pas qu'on puisse dire les choses ainsi. En revanche, l'augmentation massive des violences physiques, notamment depuis le début des années 2000, est un phénomène global. Nous assistons à une montée de la violence contre les enfants, contre les gens âgés, entre les enfants et entre les adolescents. Et bien entendu, chez les femmes aussi. Que dans des situations extrêmement dures pour les adolescentes, dans les quartiers difficiles, les jeunes filles soient amenées à être de plus en plus violentes me semble une conséquence naturelle de l'oppression dont elles sont l'objet. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les femmes, globalement, quand elles ne sont pas dans des situations drastiques, deviennent plus violentes.

QUESTION - Vivant au Québec, j'ai pu constater les méfaits d'un féminisme virulent sur les hommes de ma génération (35-40 ans). L'homme, toujours coupable !! Pourquoi certaines femmes utilisent-elles la culpabilisation et la dévalorisation des hommes pour obtenir ce qu'elles veulent d'eux ?

Elisabeth Badinter : Parce qu'elles croient n'avoir pas d'autre moyen pour obtenir quelque chose. J'ajoute qu'elles sont dans le ressentiment et la haine des hommes.

QUESTION - Y a-t-il une différence entre la violence dans les couples hétérosexuels et dans les couples homosexuels ?

Elisabeth Badinter : A ma connaissance, il n'y en a pas. Les quelques très rares études que nous avons tendent à montrer le même pourcentage de violences au sein des deux types de couple.

QUESTION - Vous avez fait part des statistiques sur les décès, y a-t-il un autre moyen de quantifier l'ampleur des sévices hommes-femmes ?

Elisabeth Badinter : Oui. En vérité, on a beaucoup de chiffres. A part le pourcentage d'homicides, il y a tous les pourcentages de blessures. Par exemple, pour l'année 2005, il y a eu 8 869 plaintes de femmes de violences de la part de leur conjoint. Et 1 457 plaintes d'hommes de violences de la part de leur femme. Et en 2006, il y a une augmentation importante de cette double violence : 10 680 plaintes de femmes, soit une augmentation de 20 %, et 1 724 plaintes d'hommes, soit une augmentation de 18 %. Mais ce qu'il faut ajouter, c'est que nous n'avons là que les statistiques des plaintes, et qu'il semblerait que seulement 10 % des femmes et des hommes victimes de violences déposent plainte.

QUESTION - Ne faudrait-il pas canaliser la violence des époux(ses) à l'extérieur du milieu familial ? Encourager les femmes à faire du sport, à devenir autonomes, affectivement et financièrement ?

Elisabeth Badinter : Je considère que les hommes ou les femmes violents sont des malades, qui ont besoin de soins. Mais il me semble indispensable d'encourager de toutes les façons les femmes à jouir de l'indépendance financière, pour avoir les moyens de s'en aller, de quitter le foyer conjugal avec leurs enfants si nécessaire. Il me semble aussi judicieux que les femmes apprennent à se défendre physiquement, parce que les violences ne viennent pas que du conjoint, et qu'il y a aussi toutes ces statistiques considérables de violences physiques hors de la vie familiale dont les femmes sont majoritairement victimes, à 90 %.

QUESTION - Vous exposez le phénomène de la montée de la violence envers les hommes. Pour quelles raisons ce phénomène prend-il une telle ampleur ?

QUESTION - Est-ce que la violence faite aux hommes augmente ou bien est-ce simplement qu'on en parle plus ?

Elisabeth Badinter : Apparemment, personne n'en parle. C'est moi qui ai voulu en parler aujourd'hui. Je pense que si l'on encourage les hommes à déposer plainte et si l'on prend leur situation en considération, on risque d'avoir des surprises. Je ne veux pas dire pour autant qu'ils seront majoritairement victimes, mais je suis convaincue que le chiffre des violences faites aux hommes sera impressionnant.

Chat modéré par Mathilde Gérard


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