LA POLITIQUE DE CIVILISATION [1]

Publié le par alain laurent-faucon



En mai 2002, paraît aux éditions Arléa, un très court texte d'Edgar Morin intitulé « Pour une politique de civilisation ». Dès l'introduction, le brillant penseur de la « complexité » déclare que « ce texte constitue un chapitre extrait d'un livre publié en 1997 sous le titre :
Une politique de civilisation. » Sami Naïr et lui-même en étaient les auteurs, et ils s'étaient partagés la rédaction des chapitres.

Je me permets de reproduire, ci-après, quelques passages de l'introduction faite par ce grand sociologue, parce que je trouve absolument affligeant que n'importe qui – fût-il président de la République – cite n'importe quel concept, n'importe quelle phrase, sans même vérifier et citer ses sources, sans même aller voir le texte d'où est tiré le bout de phrase, sans même se renseigner sur la pensée exacte de l'auteur auquel il est fait référence de manière implicite.

Tout, mais vraiment tout ce que je demande aux étudiant(e)s de faire pour respecter les principes de base de la pratique intellectuelle – sans même parler de la plus élémentaire des probités intellectuelles – tout cela est sans cesse bafoué, ridiculisé, par le pouvoir en place – qui est bling-bling jusque dans sa façon de faire croire qu'il pense ou qu'il sait penser. Et, encore une fois, je songe avec nostalgie à Diogène, ce philosophe cynique qui osait déclarer à Alexandre le Grand : « ôte-toi de mon soleil ! ». Quelle classe ! Quel panache ! Aujourd'hui, tout le monde dirait, totalement courbé et sans aucune fierté : « protège-moi de ton ombre ! »




Introduction d'Edgar Morin



Pour une politique de civilisation, éd. Arléa, Paris, 2002

extraits choisis et mis en ligne par mes soins


« Ce texte est séparable des autres chapitres parce qu'il correspond à un noyau de problèmes déjà envisagés isolément dans un article.

« Il traite de problèmes dont nous faisons l'expérience quotidienne, qui concernent notre vécu concret. Il s'agit des déficiences et des carences de notre civilisation, et par-là même, il s'agit de nos besoins et de nos aspirations, qui ne sont pas seulement monétaires.

« Il s'agit en somme de régénérer complétement la vie sociale, la vie politique et la vie individuelle.

[...]

« D'où le teste ci-dessous, qui indique non un programme, ni un projet de société, mais une voie.

« Ce texte séparé est en même temps inséparable, pour prendre sens, d'une réforme intellectuelle et d'une refondation politique.

« Réforme intellectuelle : nos esprits sont formés selon une conception qui sépare les connaissances, les isole les unes des autres en les compartimentant, privilégie la connaissance fondée sur le calcul – qui ignore le non calculable, c'est-à-dire la vie, la souffrance, l'amour, le bonheur, le malheur – et met la politique à la remorque du calcul économique. On vit dans la fragmentation des problèmes et dans l'au jour le jour, en sorte qu'il est impossible de concevoir les problèmes fondamentaux et les problèmes globaux.

« Refondation politique : il s'agit de fonder une anthropolitique et une politique planétaire ; je me suis souvent exprimé là-dessus, notamment dans mon Introduction à une politique de l'homme, Terre Patrie, et dans le premier chapitre du livre Une politique de civilisation [...] »





VERBATIM



Les vœux de Nicolas Sarkozy


AFP - LIBÉRATION.FR : lundi 31 décembre 2007

"Mes chers compatriotes,

"En ce 31 décembre, au terme d'une année si pleine pour notre pays, c'est avec reconnaissance pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des devoirs qu'elle m'impose que je m'adresse à vous.

"Ce soir, j'ai une pensée pour chacun d'entre vous.

"Je pense à vous qui vous préparez à fêter la nouvelle année avec votre famille, avec vos amis, en oubliant les soucis de la vie quotidienne.

"Je pense à vous qui êtes obligés de travailler cette nuit au service des autres et à vous, soldats français en opérations loin de vos foyers et qui risquez votre vie pour défendre nos valeurs.

"Je pense aussi à vous qui êtes seuls et pour qui cette soirée sans personne à qui parler sera une soirée de solitude semblable à toutes les autres.

"Je pense à vous, que la vie a éprouvés, et que la tristesse ou la douleur tiennent à l'écart de la fête.

"A chacun de vous je veux adresser un message d'espérance, un message de foi dans la vie et dans l'avenir. Je voudrais convaincre même celui qui en doute qu'il n'y a pas de fatalité du malheur.

"Au milieu des joies et des peines que l'existence réserve à chacun d'entre nous, nous pouvons, par l'effort de tous, bâtir une société où la vie sera plus facile, où l'avenir pourra être regardé avec davantage de confiance.

"C'est la tâche que vous m'avez confiée en m'élisant Président de la République au mois de mai dernier. Tâche immense tant la France a pris de retard sur la marche du monde.

"Je sais combien est grande votre attente d'un changement profond après des années d'efforts et de sacrifices que la plupart d'entre vous a le sentiment d'avoir consentis en vain.

"Je sais les craintes que beaucoup d'entre vous éprouvent pour l'avenir de leurs enfants. Je sais l'angoisse qui vous étreint quand vous avez peur de perdre votre emploi ou quand vous craignez que l'augmentation du coût de la vie ne vous permette plus, même en travaillant dur, de faire vivre décemment votre famille.

"Je sais votre exaspération quand vous voulez entreprendre ou quand vous voulez travailler davantage et que vous avez le sentiment que tout est fait pour vous en empêcher.

"Alors, tout ne peut être résolu en un jour ! Mais, croyez-le bien, ma détermination est sans faille. Malgré les obstacles, malgré les difficultés, ce que j'ai dit, je le ferai. Je le ferai tout simplement parce que c'est l'intérêt de la France.

"Depuis que vous m'avez choisi pour présider aux destinées de notre pays, j'ai voulu tout mettre en oeuvre pour tenir la promesse que je vous avais faite de vous rendre la fierté d'être Français, de vous donner le sentiment que dans notre vieux pays tout pourrait devenir possible.

"J'ai, avec François Fillon et tout le gouvernement, engagé depuis 8 mois beaucoup de changements profonds.

"A ceux qui trouvent que cela n'est pas allé assez vite, je veux dire que j'ai fait tout ce que je pensais possible de faire en tenant compte de l'exigence du dialogue social et de la négociation. Je ne crois pas à la brutalité comme méthode de gouvernement. Je crois que mon rôle est de convaincre et de rassembler non de heurter et de diviser. C'est ce à quoi je me suis efforcé dans le respect de tous.

"A ceux qui pensent que le changement a été trop rapide, je veux dire qu'il ne faut pas perdre de vue que notre pays a trop attendu et que le temps presse si nous voulons rester maîtres de notre destin.

"J'ai voulu mettre chacun face à ses responsabilités. J'ai pris les miennes. J'ai pu commettre des erreurs. Mais depuis 8 mois, je n'ai agi qu'avec le souci de défendre les intérêts de la France et pas un jour ne s'est passé où je ne me sois répété l'engagement que j'ai pris envers chacun de vous : "Je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas ". Je vous dois la vérité. Je vous la dirai toujours. Je ne m'autoriserai aucune hypocrisie.

J'ai mis tout mon coeur, et toute mon énergie à être le Président de tous les français et pas seulement de ceux qui ont toujours partagé mes convictions. C'est pourquoi j'ai voulu l'ouverture, c'est pourquoi je l'ai faite avec des hommes et des femmes de valeur. Je ne leur ai pas demandé de se renier. Je leur ai simplement proposé de servir leur pays. Ils l'ont accepté. Je leur en suis reconnaissant.

"C'est avec le même esprit d'ouverture, avec la même volonté de tenir mes engagements que j'aborde cette nouvelle année où, malgré une conjoncture internationale freinée par la crise financière, les premiers résultats de l'action entreprise devraient se faire sentir.

"Beaucoup reste à faire, j'en suis bien conscient, pour que les mesures mises en oeuvre se traduisent par des améliorations visibles dans votre vie quotidienne, pour répondre à toutes les attentes que vous avez exprimées ou pour que la France retrouve son rang et son rôle dans le monde.

"En cette fin d'année 2007 une première étape s'achève sur la voie du changement. Ce fut celle de l'urgence : urgence à dépasser les vieux clivages partisans. Urgence du choc fiscal et social pour rétablir la confiance et soutenir l'activité et qui a permis à notre économie de mieux résister que d'autres au ralentissement de la conjoncture. Urgence du pouvoir d'achat. Urgence de l'autonomie des universités. Urgence de réformer les régimes spéciaux, de libérer et de réhabiliter le travail. Urgence du service minimum. Urgence de la modernisation de l'État qui commence enfin, urgence des réformes qui attendent depuis 20 ans ou 30 ans. Urgence que la France devienne exemplaire en matière d'environnement, de qualité de la vie, de développement durable. Urgence du traité simplifié pour débloquer l'Europe, l'Europe dont je n'ai jamais cessé de penser qu'elle était indispensable. Urgence que la France se remette à parler avec tout le monde pour qu'elle puisse jouer le rôle qui doit être le sien au service de la paix et de l'équilibre du monde, au service de ceux qui souffrent, des enfants et des femmes martyrisés, des persécutés, de ceux qui attendent au fond de leurs prisons que la France parle et agisse pour eux.

"Avec 2008, une deuxième étape s'ouvre : celle d'une politique qui touche davantage encore à l'essentiel, à notre façon d'être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation.

"Depuis trop longtemps la politique se réduit à la gestion restant à l'écart des causes réelles de nos maux qui sont souvent plus profondes. J'ai la conviction que dans l'époque où nous sommes, nous avons besoin de ce que j'appelle une politique de civilisation.

"Nous ne résoudrons rien si nous ne bâtissons pas l'école et la ville du XXIème siècle, si nous ne mettons pas au coeur de la politique le souci de l'intégration, de la diversité, de la justice, des droits de l'Homme, de l'environnement, si nous ne retrouvons pas le goût de l'aventure et du risque, le sens de la responsabilité en même temps que celui du respect et de la solidarité, ou si nous n'entreprenons pas de moraliser le capitalisme financier. Il ne s'agit pas de faire des discours - on en a tant fait - il s'agit d'agir pour obtenir des résultats.

"Alors, que la France montre la voie ! C'est ce que depuis toujours tous les peuples du monde attendent d'elle.

"C'est ce que nous ferons quand la France présidera, à partir du 1er juillet, l'Union Européenne. C'est ce que nous voulons faire avec l'Union pour la Méditerranée qui est un grand rêve de civilisation. C'est ce que nous voulons faire partout dans le monde pour redonner de l'espoir à ceux qui n'en n'ont plus. C'est ce que, bien sûr, surmontant nos doutes et nos angoisses, nous devons faire d'abord pour la France elle-même.

"Notre vieux monde a besoin d'une nouvelle Renaissance. Eh bien, que la France soit l'âme de cette Renaissance ! Voici mon voeu le plus cher pour cette année qui vient.

"Je souhaite du fond du coeur qu'elle soit pour la France, pour chacun d'entre vous, pour tous ceux qui vous sont chers une année de bonheur et de réussite.

Mes chers compatriotes,

Vive la République

Vive la France !"

 

Remarque : c'est moi qui me suis permis de souligner les pronoms personnels pour montrer à quel point le Président personnalise le pouvoir et joue sur le « je » - nous aurons l'occasion de revenir sur cette Com' politique qui s'inspire fortement des exemples anglo-saxons, ceux de Blair et de Bush.


REVUE DE PRESSE

 

 

Mantra


François SERGENT – Éditorial - LIBÉRATION : mardi 1 janvier 2008

Entre l’Alka-Seltzer, le foie gras et le sapin à descendre, les vœux du Président appartiennent aux rituels de fin d’année. Mais qui peut se souvenir d’une allocution des présidents de la République ? Vaguement peut-être, les lunettes de Chirac apparues en 2005 après son accident vasculaire, Anne-Aymone Giscard d’Estaing mise en scène en 1976 et remisée ensuite, Mitterrand visiblement perclus d’ennui regardant ses mains plutôt que la caméra. Ce genre passionne néanmoins linguistes et lexicographes qui, belle surprise, découvrent un abus du « je » présidentiel, avec sa variation majestueuse du « nous ». Enflures aussi du « devons », « voulons », de « France » bien sûr, et de « Français » en passant. On oubliera la griserie des promesses fantastiques : vote des étrangers, fin de l’exclusion et de la fracture sociale, baisse du chômage ou réforme des retraites.

Mais Sarkozy, plus qu’un Mitterrand malade ou un Chirac qui depuis longtemps avait renoncé à décider et présider, est attendu au tournant.

La chance et le danger de ce président qui a fait de l’« action » son mantra est d’être écouté lorsqu’il parle. Il a déjà payé cher ses promesses non tenues sur une diplomatie morale et des droits de l’homme avec la visite de Kadhafi.

Il risque de payer encore plus lourdement sa promesse d’être « le président du pouvoir d’achat ». C’est sur ce thème et pas un autre que se jouera son année 2008. Les cadeaux fiscaux, les réformes du temps de travail n’ont pas trompé ses « chers compatriotes ». Les Français savent faire la différence entre vœux pieux et têtues réalités de la vie quotidienne.



Sarkozy, premiers voeux, déjà creux

Lors de ses premiers vœux de président, finalement très classiques, Nicolas Sarkozy s’est félicité des réformes déjà engagées et a promis une «deuxième étape» baptisée «politique de civilisation».

ANTOINE GUIRAL - LIBÉRATION : mardi 1 janvier 2008

Foin de mesquines histoires de pouvoir d’achat ou de petits problèmes de chômage. Nicolas Sarkozy voit l’avenir en grand et veut ni plus ni moins porter une « politique de civilisation » pour la France. En direct, certes, mais les yeux rivés sur un prompteur lui faisant trop accélérer son débit de parole, il l’a dit hier soir aux Français lors de ses premiers vœux télévisés de Président. Après 2007, année de « l’urgence » qui a, selon lui, permis de mettre le pays « sur la voie du changement », il a évoqué une « deuxième étape » en 2008. « Celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation ». Cela passe en vrac par la nécessité de bâtir « l’école du XXIe siècle », de retrouver « le goût de l’aventure et du risque » ou encore d’avoir « le souci de l’intégration, de la diversité, de la justice » tout en « surmontant nos doutes et nos angoisses ». Et d’appeler notre « vieux monde » à une « nouvelle Renaissance » dont la « France soit l’âme ». Ressorti hier soir, ce thème pompé à Pompidou de la « Renaissance » avait déjà été testé dans plusieurs salles de meeting durant sa campagne présidentielle.

Recyclage. Produit toujours en vogue dans les sondages malgré quelques alertes, le sarkozysme va-t-il se renouveler en 2008 ? A entendre le chef de l’État hier, les marketeurs et autres plumes présidentielles n’en sont pas là. Ils préfèrent surfer sur les acquis, recycler recettes et formules qui font l’identité de Nicolas Sarkozy et ont conduit au succès électoral du printemps. Mettant donc en avant son « énergie », sa « détermination sans faille » ou sa capacité à « agir pour obtenir des résultats », le président de la République est allé jusqu’à marteler ses vieux tubes (« Ce que j’ai dit, je le ferai », « Je vous dois la vérité. Je vous la dirai toujours »…) Dans ce rituel télévisé de fin d’année qu’il n’a finalement pas su renouveler, Nicolas Sarkozy n’a fait aucune annonce. Très classique, il a décrit les impatiences des Français et promis d’y répondre. Comme le faisait son prédécesseur Jacques Chirac, un maître en la matière… « Tout ne peut pas être résolu en un jour », a lancé Nicolas Sarkozy en concédant - ce qui n’est pas son style - qu’il avait « pu commettre des erreurs ». Prudent aussi sur les effets de sa politique depuis huit mois, il a indiqué (au conditionnel) que les « premiers résultats de l’action entreprise devraient se faire sentir » en 2008.

Satisfecits. Pour le reste, Nicolas Sarkozy s’est décerné des satisfecits pour sa politique sociale et les « changements profonds » déjà engagés et a cité François Fillon, pourtant absent au pot qui précédait les vœux à l’Elysée. Le chef de l’État s’est surtout félicité d’avoir « voulu l’ouverture » avec « des hommes et des femmes de valeur ». Persuadé qu’elle reste sa meilleure arme pour les municipales de mars, il a laissé entendre qu’elle serait poursuivie en 2008.



La « politique de civilisation » de Nicolas Sarkozy

déconcerte


La Croix - 01/01/2008

L'appel du chef de l'État à une nouvelle étape en 2008 sème la perplexité dans les rangs de l'opposition


Dans la version papier des vœux présidentiels, disponible sur le site Internet de l’Élysée une expression, une seule, est soulignée : « politique de civilisation ». S’adressant lundi 31 décembre aux Français, en direct du palais présidentiel, Nicolas Sarkozy a souhaité qu’après une année 2007 placée sous le signe de l’« urgence » à réformer, s’ouvre une nouvelle étape en 2008 : « celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation ».

Faisant référence au livre du sociologue Edgar Morin, qui proposait de remettre l’homme au cœur de la politique, Nicolas Sarkozy a déploré que « la politique se réduise à la gestion » et « reste à l’écart des causes réelles de nos maux ». « Nous avons besoin de ce que j’appelle une politique de civilisation », a-t-il ajouté, évoquant pêle-mêle le souci de l’intégration, les droits de l’homme, l’environnement, « le goût de l’aventure et du risque », le « sens de la responsabilité » ou encore la moralisation du capitalisme financier.

La formule, aussitôt reprise par le premier ministre, François Fillon – « le gouvernement est prêt à des réformes de civilisation », a-t-il déclaré –, a suscité ironie et perplexité à gauche. Le député socialiste Arnaud Montebourg a dénoncé ces « concepts nouveaux qui ne veulent rien dire » tandis que le porte-parole du PS, Julien Dray, critiquait « un concept fumeux visant à faire couler un peu d’encre » et « masquer le fait qu’il n’y a pas de résultats ».


Des voeux classiques dans la forme

Pour le reste, les vœux télévisés du chef de l’État se sont avérés classiques dans la forme, contrairement à ce qu’avait laissé entendre son entourage, et sans surprise sur le fond. Classique, comme est en passe de devenir la communication élyséenne, précédant chaque communication présidentielle : un suspense savamment entretenu, des bribes d’information distillées pour susciter appétit et curiosité, et un message en filigrane : mo-der-ni-té.

Et même si la réalité n’est pas toujours à la hauteur des attentes, le message est souvent si bien relayé en amont qu’il en reste toujours quelque chose. Le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, continuait d’ailleurs de soigner la communication présidentielle, lundi, estimant que le chef de l’État avait présenté ses vœux « dans un style nouveau » qui correspondait à « sa manière moderne de gouverner ».

Assis à son bureau, lisant un prompteur, Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas détaché de son texte, s’est adressé, comme le faisaient ses prédécesseurs, à ses chers « compatriotes ». Mains croisées devant lui, deux drapeaux dans son dos, le chef de l’État a indiqué vouloir poursuivre une politique de « changement profond » pour combler le « retard » important pris par la France dans le monde.Reconnaissant que "tout ne pouvait être résolu en un jour"

Mais à ceux qui lui reprochent de ne pas réformer assez vite, il a répondu qu’il ne croyait pas à la « brutalité comme méthode de gouvernement ». Évoquant « l’angoisse » et « l’exaspération » des Français en matière d’emploi et de pouvoir d’achat notamment, Nicolas Sarkozy a toutefois reconnu que « tout ne pouvait être résolu en un jour ». Et ajouté, prudent, que « les premiers résultats de (son) action devraient se faire sentir », en dépit d’une conjoncture internationale freinée par la crise financière. « Je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas », a-t-il enfin martelé, comme aux beaux jours de sa campagne présidentielle.

Une campagne que Nicolas Sarkozy avait commencée il y a un an, Porte de Versailles, avec une promesse : « J’ai changé. » Alors qu’il était souvent décrit comme le candidat des beaux quartiers, ami des grands patrons et des stars du show-biz, Nicolas Sarkozy avait cherché ainsi à se montrer sous un jour différent, plus dense et plus profond.

À l’Élysée, il joue sur plusieurs tableaux, passant sans transition de l’un à l’autre : à l’issue de vacances luxueuses et ultra-médiatisées en Égypte, le chef de l’État a profité de ses vœux télévisés pour tenter de redonner sens et profondeur à son action et à sa fonction, n’hésitant pas à emprunter au registre spirituel. Adressant aux Français un « message de foi (dans la vie et dans l’avenir) et d’espérance », référence, volontaire ou non, à deux des trois vertus théologales, piliers de la religion chrétienne.

« Malgré quelques notes compassionnelles, Nicolas Sarkozy aura beaucoup de mal à faire oublier sa présidence jet-set », a relevé le député PS Jean-Christophe Cambadélis. De son côté, Ségolène Royal [...] a dénoncé « la juxtaposition entre des comportements ostentatoires d’un côté et tant de précarité pour le plus grand nombre de l’autre ». « La France mérite mieux », a conclu l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle.

Solenn DE ROYER

 


 
La "politique de civilisation"

un concept emprunté à un essai du sociologue Edgar Morin


La Croix - 01/01/2008


Raillée par la gauche, la « politique de civilisation » de Nicolas Sarkozy est le titre d'un ouvrage publié en 1997 par le sociologue Edgar Morin et le politologue Sami Naïr

La gauche n’a pas hésité à dénoncer un « concept nouveau » qui « ne veut absolument rien dire ». Nicolas Sarkozy n’a pourtant pas inventé l’expression « politique de civilisation ». Il n’a fait que l’emprunter à Edgar Morin. « Il faut restaurer maintenant une politique de portée historique, un grand New Deal, que j’appelle, moi, une politique de civilisation », écrivait Edgar Morin dès décembre 1995, dans le contexte du mouvement social contre la réforme Juppé.

Pour le sociologue, tout l’enjeu consistait alors à concilier le « double impératif d’intégration européenne et de maintien de la spécificité française », à réformer le « service public à la française » sans qu’il soit « dilué dans un libéralisme économique européen généralisé ».

Ce n’est pas un hasard si ce thème trouvait alors écho chez les promoteurs d’une « autre politique » contre la « pensée unique » sous entendu « néolibérale et monétariste » (politique du franc fort). En 1997, Edgar Morin publiait ainsi un livre avec le politologue chevènementiste Sami Naïr, justement titré Une politique de civilisation (Éditions Arléa).

« Ce qu’il nous faut, c’est une politique de civilisation et pas seulement une politique économique ou sociale », reprenait en écho en 2002 l’économiste Henri Guaino, interrogé par le club séguiniste Appel d’R, rallié à la candidature de Jean-Pierre Chevènement.


Reste à savoir ce que pense Edgar Morin ...

Durant ces années, Nicolas Sarkozy appartenait, lui, plutôt au « cercle de la raison » qu’Alain Minc opposait aux tenants de l’« autre politique ». Durant la précampagne électorale de 2007, il n’était ainsi pas question pour Nicolas Sarkozy de maintenir la « spécificité française », mais, au contraire, de « rompre avec un modèle social français dépassé ». Mais c’était avant qu’Henri Guaino ne devienne la plume du candidat puis le conseiller du nouveau président de la République…

Reste à savoir ce que pense Edgar Morin de cette appropriation par Nicolas Sarkozy du concept de « politique de civilisation ». En mai-juin 2007, le réseau « Intelligence de la complexité » a publié, sous le titre Pour une politique de la civilisation, les choix d’Edgar Morin s’il était à l’Élysée. Pas sûr, pour le moins, que le président de la République soit prêt à reprendre toutes les idées développées par le sociologue, plus keynésiennes que libérales.

« Je constituerai deux comités permanents visant à réduire les ruptures sociales », écrivait notamment Edgar Morin avant de proposer une « politique des grands travaux » en France et une ambition écologique planétaire. Concluant : « Cette voie nous pouvons nous y avancer en France, et par là espérer la faire adopter en Europe, et faisant de nouveau de la France un exemple, elle nous permettra d’indiquer la voie du salut planétaire. » Une conclusion reprise en substance et sans complexe, lundi soir, par Nicolas Sarkozy : « Alors, que la France montre la voie ! C’est ce que depuis toujours tous les peuples du monde attendent d’elle. »

Laurent DE BOISSIE


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Petit Fils 09/01/2008 11:23

Je me permets de vous soumettre mon travail de mémoire (pas bavard ; très illustré)
que je réalise sur Mauthausen

j'ai hâte de vous lire et de comprendre le sens de mon action

alain laurent-faucon 09/01/2008 16:53

Bonjour, Je vais tenter de répondre à vos deux commentaires sur le blog lui-même, tant il est difficile de développer en deux, trois phrases écrites en bas de page, tout ce que votre interpellation suggère et provoque.Simplement, ici, en notes, je vous remercie pour votre intervention et vous donne rendez-vous sur le blog avec l'article : CIVILISATION : RÉPONSE A PETIT-FILS.Laissez-moi juste un peu de temps ... jusqu'à ce soir, peut-être tard ...En tout cas, je vais vous répondre !alain laurent-faucon

Petit Fils 09/01/2008 11:07

Ancien élève de Mr Grjebine (pas mon meilleur souvenir)
je me permets de soumettre mon travail de mémoire ( pas bavard ; très illustré ) sur Mauthausen.

et je me régale à l'avance de lire vos explications à mon action