LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL [3]

Publié le par alain laurent-faucon



Il s'agit de définir la notion de « pénibilité », et, dès qu'on s'y essaye, l'on s'aperçoit combien l'entreprise est délicate. Cette notion dépend de multiples facteurs. Il est des travaux intellectuels ou conceptuels qui exigent tellement de concentration et sont source de tellement de tensions, que leur pénibilité psychique et morale est très grande. Il est des travaux tellement déprimants, voire humiliants, qu'ils en deviennent si difficilement supportables que l'on tombe malade ou que l'on fait une grosse « déprime ». Et il est des travaux qui, physiquement, sont tellement durs, éprouvants, ou tellement dangereux, que leur pénibilité est extrême. Alors, selon quels critères définir cette notion de « pénibilité » ?

Une notion qui est apparue dès qu'il a fallu négocier des départs à la retraite plus précoce pour « les personnes en situation de pénibilité », c'est-à-dire pour des personnes dont les conditions de travail furent telles que « leur espérance de vie en retraite » risque d'être écourtée ou d'être fortement perturbée par un état de santé défectueux.

Toutefois rien n'est simple. On peut effectuer un travail peu fatigant et être soumis à des produits cancérigènes ou très toxiques qui auront de graves conséquences sur l'existence. On peut également exercer un travail de nuit qui, à long terme, aura « des effets sur la santé, sur la qualité du sommeil, sur l'état cardio-vasculaire, sur l'état du système digestif ».

 




Physiques ou psychologiques,

les formes de pénibilité au travail

ont changé depuis une vingtaine d'années


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LEMONDE.FR | 26.09.07


L'intégralité du débat avec Michel Gollac, sociologue et auteur de l'ouvrage Les Conditions de travail, qui souligne qu'« il y a un problème de définition de ce qu'on entend par pénibilité ». Le seul critère objectif reste, selon lui, l'espérance de vie du travailleur.

QUESTION - Qu'entendez-vous par "pénibilité"  ? Et pensez-vous qu'il existe de "nouvelles" pénibilités dues au changement des conditions de travail ?

Michel Gollac : Le terme pénibilité, ce n'est pas moi qui l'ai inventé. C'est un terme qui est utilisé à la fois dans la vie courante et plus spécifiquement depuis 2003, dans les négociations liées à des possibilités de retraite plus précoce pour les personnes en situation de pénibilité. L'emploi de ce terme complique d'ailleurs un peu l'approche, car de fait, les négociations portent essentiellement sur la question suivante : les conditions de travail vécues par les personnes ont-elles réduit leur espérance de vie en retraite, ou la durée pendant laquelle elles peuvent espérer vivre avec un état de santé acceptable ?

C'est assez différent de la pénibilité au sens courant, car par exemple être exposé à des produits cancérogènes, cela réduit l'espérance de vie, mais ce n'est pas forcément pénible, puisque souvent on ne se rend pas compte de leur présence. Il y a d'autres conditions de travail qui peuvent réduire l'espérance de vie et qui sont dans certains cas vécues comme pénibles, c'est le cas du travail de nuit, qui parfois est demandé par certaines personnes, à cause des primes qu'il rapporte, mais aussi parce qu'elles peuvent trouver les conditions de travail plus agréables, ou encore parce qu'elles apprécient, pour raisons familiales ou personnelles, d'avoir leur journée libre.

Ce travail de nuit va néanmoins avoir des effets à long terme sur la santé, sur la qualité du sommeil, sur l'état cardio-vasculaire, sur l'état du système digestif. Il y a de nouvelles pénibilités, bien sûr. D'abord au sens de conditions de travail pouvant restreindre l'espérance de vie, lorsque par exemple de nouvelles molécules sont utilisées dans les procédés de travail, certaines pouvant être dangereuses.

Il y a aussi de nouvelles pénibilités au sens classique de conditions de travail désagréables, difficiles à supporter, engendrant une fatigue dont on a du mal à récupérer, et qui peuvent être liées par exemple à de nouvelles formes d'organisation du travail, notamment la généralisation des activités de services, en raison de la pression qu'elles engendrent.

QUESTION - Les critères de la pénibilité du travail, définis avant la guerre si je ne me trompe pas, ne sont-ils pas devenus obsolètes aujourd'hui ?

Michel Gollac : Ces questions de pénibilité en lien avec l'âge de départ en retraite existaient déjà du temps de la retraite à 65 ans. Mais la négociation repart sur une base complètement nouvelle. Par ailleurs, il existe des entreprises ou des métiers où les conditions de travail sont considérées comme pénibles parfois de très longue date, et selon les cas, elles le sont restées ou non.

QUESTION - Doit-on redéfinir le mot pénibilité par rapport au nouveau critère de tolérance ?

Michel Gollac : Je pense qu'il y a effectivement un problème de définition de ce qu'on entend par pénibilité. Même si l'on se place du point de vue restreint de diminution de l'espérance de vie, il reste la question des seuils, à partir de combien de diminution on considère qu'il y a pénibilité. Mais la question du seuil de tolérance se pose clairement pour les pénibilités au sens classique, ce qui, dans le travail, est difficile à supporter.

Et effectivement, la tolérance évolue, en particulier dans la mesure où la vie hors travail est devenue plus confortable, et d'autre part, aussi, en fonction du changement des caractéristiques des personnes qui travaillent, et en particulier du vieillissement de la population active.

QUESTION - La pénibilité n'est-elle pas différente, pour un même emploi, selon l'âge ou le sexe de la personne qui y est exposée ?

Michel Gollac : Tout à fait. Je viens de dire que cela pouvait dépendre de l'âge. La plupart des travaux sont plus pénibles pour les travailleurs âgés, du moins quand on ne prend pas les mesures d'adaption nécessaires. Il y a aussi des différences selon le sexe, et selon toute une série de caractéristiques : la taille, l'aménagement de l'espace de travail, par exemple. Même des travaux plus intellectuels peuvent être pénibles si l'on ne laisse pas aux personnes la liberté et le temps de s'organiser d'une façon qui convient à chacun. Chacun a une façon de travailler qui n'est pas la même que celle de ses collègues, et si l'on ne peut pas la choisir, par exemple parce qu'on est dans l'urgence, le travail devient pénible.

QUESTION - Comment va-t-on définir ces fameuses pénibilités lors des négociations ?

Michel Gollac : Ce qui est fort possible, c'est qu'on se limite à la pénibilité qui restreint l'espérance de vie. Dans ce cas, pour beaucoup de facteurs de risque, on dispose dans la littérature scientifique internationale d'études qui permettent un chiffrage au moins grossier de la restriction d'espérance de vie dans une profession. La difficulté, c'est surtout que d'une entreprise à l'autre, dans une même profession, les conditions de travail peuvent être assez différentes.

Si l'on s'intéresse à l'ensemble des conditions de travail qu'on peut considérer comme pénibles, alors là, effectivement, la question de la définition se pose. Ainsi que la question de savoir comment traiter les cas où le travail est pénible à cause des caractéristiques de la personne, par exemple parce qu'elle est en mauvaise santé.

QUESTION - Y a-t-il encore une envie en France, que ce soit chez les syndicats ou même chez les travailleurs, de défendre les acquis qui découlent de la pénibilité du travail, alors qu'il ne reflètent plus la réalité ?

Michel Gollac : Je pense qu'il faut distinguer deux choses : l'une, c'est l'existence, parmi les gens qui bénéficient d'un régime spécial de retraite, de personnes qui connaissent ou ont connu pendant de longues années un travail pénible ; ça, c'est l'affaire d'études spécifiques, et on ne peut pas donner de réponse générale sur le caractère encore pénible des métiers dans les régimes spéciaux.

Il y a une autre question qui est tout à fait différente, à mon avis, qui est que pour des raisons qui ne tiennent pas uniquement à la pénibilité du travail, mais aussi, à certaines époques, à la difficulté de recruter ou fidéliser la main-d'œuvre, on a laissé entendre à certaines personnes qu'elles auraient un avantage en termes d'âge de départ en retraite. Est-il souhaitable de revenir sur cette espèce de promesse ? C'est une question essentiellement politique et qui en fait a peu de chose à voir avec la question de la pénibilité.

QUESTION - Redéfinir les critères de pénibilité permettra-t-il d'avoir une action possible en matière de prévention ?

Michel Gollac : Au contraire, on peut craindre l'inverse. On peut craindre ce qui arrive pour les primes de pénibilité et de risque qui existent, c'est-à-dire qu'à partir du moment où la pénibilité reconnue donne droit à un départ anticipé, les travailleurs eux-mêmes ne soient plus demandeurs d'améliorations. J'espère que cela ne se passera pas comme ça, mais cela dépend d'un certain nombre de circonstances.

Par exemple, est-ce qu'on va négocier uniquement sur ces métiers très pénibles où l'espérance de vie est réduite ? Ou est-ce qu'on va ouvrir une négociation plus générale sur l'ensemble des conditions de travail ? Cela dépend aussi de la façon dont seront financés les départs en retraite anticipés. Y aura-t-il une incitation pour les entreprises à diminuer la part des emplois pénibles ?

Les pénibilités traditionnelles, physiques, n'ont pas disparu

QUESTION - La vraie pénibilité n'est elle pas liée au stress qu'induisent des responsabilités ? On l'a vu dans l'industrie automobile récemment ...

Michel Gollac : Je crois qu'il faut répondre deux choses : premièrement, c'est vrai qu'aujourd'hui, la pression sur le travail est un élément très important des conditions de travail. Le deuxième point, c'est que les pénibilités traditionnelles, si l'on peut dire, physiques, n'ont pas disparu. Et en fait, souvent, la pression comme les pénibilités physiques sont liées à des questions d'organisation de l'entreprise et d'organisation du travail.

Notamment, depuis environ vingt ans, en France, les réorganisations des entreprises ont entraîné une intensification du travail. On a pu démontrer que le travail intense, surtout lorsque les gens manquent de moyens pour y faire face - pas assez d'autonomie, pas les bons matériels, pas assez de coopération - peut entraîner chez certains des troubles psychologiques - le suicide est évidemment le cas le plus dramatique - et aussi des troubles cardio-vasculaires.

Et on sait par ailleurs que le travail trop intense est lié à davantage de pénibilités physiques et de risques, parce que dans l'urgence, on ne peut pas choisir les façons de procéder qui protègent le mieux son corps, et on est amené à moins se protéger des dangers.

QUESTION - N'est-il pas beaucoup plus supportable d'avoir un travail pénible physiquement qu'un travail pénible psychologiquement ?

Michel Gollac : Je pense qu'il n'y a pas de réponse dans l'absolu. C'est une question de degré. Il y a des conditions de travail qui entraînent seulement une pression psychologique, mais qui peuvent entraîner un risque important de dépression, d'autres troubles psychologiques, éventuellement, dans certains cas, de suicides, et aussi de maladies psychosomatiques qui peuvent être très graves.

Mais il y a aussi des conditions de travail qui exposent à des produits extrêmement toxiques ou qui font faire des efforts très importants dans des postures inadaptées, avec des risques tout à fait considérables, à terme, d'invalidité au moins partielle. Je pense que personne, en tout cas en tant qu'expert, n'a qualité pour dire que l'un est meilleur que l'autre. Très souvent, l'étude attentive de ces cas montre qu'on peut considérablement améliorer les choses. Souvent, d'ailleurs, sans dégrader ou sans dégrader significativement, l'efficacité de l'entreprise.

Donc dès que les conditions de travail posent des problèmes, quelles que soit leurs natures, la question à se poser doit être en premier lieu : comment les améliorer ? C'est d'autant plus vrai que le vieillissement de la population active va faire que certains emplois risquent de ne pas être du tout tenables par les travailleurs qui les occupent.

Un exemple assez connu est le travail sur chaîne. Autrefois, les ouvriers sur chaîne étaient majoritairement jeunes et lorsqu'ils prenaient de l'âge, ils pouvaient être mutés sur des postes hors chaîne. Ce n'est plus le cas actuellement. On commence à avoir des masses importantes d'ouvriers sur chaîne qui deviennent âgés, et les réorganisations ont fait que dans les entreprises concernées, il y a moins de postes hors chaîne.

Donc là, il y a un vrai problème, il faut prendre des mesures d'aménagement des postes si l'on ne veut pas arriver à des situations intenables. Mais ce n'est pas le seul exemple. En fait, des situations de travail pénibles, il y en a dans énormément de branches et de professions.

QUESTION - Peut-on définir valablement des critères de "pénibilité psychologique" comme on peut les définir sur le plan physique (cadences de travail, bruit) ?

Michel Gollac : Il y a des problèmes de mesures aussi bien pour les pénibilités physiques que pour les pénibilités psychologiques. Dans les deux cas, on a des instruments qui ne sont pas parfaits, mais qui existent, et qu'on devrait utiliser davantage pour évaluer ces pénibilités. Il y a des pénibilités physiques qui sont relativement faciles à mesurer. C'est le cas, par exemple, de l'exposition à certains toxiques qui, par eux-mêmes, créent un risque bien précis.

Il y a d'autres produits toxiques qui ne sont pas toxiques tout seuls, mais qui vont être toxiques dans certaines situations, souvent en association avec d'autres expositions. Donc c'est déjà plus difficile. C'est encore plus difficile, mais pas infaisable, de définir si une posture de travail est pénible ou non.

En ce qui concerne les pénibilités psychologiques, on dispose, par exemple, de questionnaires qui permettent de mesurer ce qu'on appelle des facteurs, dont plusieurs dizaines, voire centaines, d'études au niveau international, ont montré qu'ils étaient liés avec un risque plus élevé de troubles psychologiques ou de troubles physiques d'origine psychologique. Donc on dispose de moyens de mesure. Bien sûr, ces moyens sont incomplets.

On ne peut pas évaluer tous les facteurs de risques toxiques ou infectieux, on ne peut pas évaluer précisément la pénibilité de toutes les postures, on ne connaît probablement pas tous les facteurs de pénibilité mentale. Mais on peut déjà avoir une idée assez valable. Une difficulté importante, c'est que si l'on veut avoir une évaluation assez réaliste, il faut aller voir précisément comment les gens font effectivement le travail.

Ce sont des études qui sont difficiles à faire, coûteuses, mais on a quand même des moyens de les faire et le coût n'est pas disproportionné, surtout si l'on a dans l'idée d'améliorer les conditions de travail. Il y a, d'une part, les études épidémiologiques. Ce sont elles qui vont permettre de dire : l'exposition à tel toxique entraîne telle probabilité d'avoir telle maladie. Ou bien être dans une situation où la pression ressentie est de tel niveau, l'autonomie dans le travail est de tel niveau, le soutien que les gens ressentent de la part des collègues et de l'entreprise est de tel niveau. Cela va entraîner tel risque de maladie mentale, tel risque de maladie cardiovasculaire. Ces études, ce sont des épidémiologistes qui les mènent, ou des chercheurs qui utilisent les méthodes de l'épidémiologie.

Aller dans les ateliers ou dans les bureaux, et dire : ces personnes travaillent dans une posture pénible, et éventuellement dire : voilà ce qu'on pourrait faire pour améliorer les choses, ces personnes ont une marge de manoeuvre très faible qui les oblige à s'exposer à tel risque, et voilà on pourrait augmenter cette marge de manoeuvre. Ces études, c'est plutôt l'affaire des ergonomes, et éventuellement de sociologues du travail, sociologues des organisations qui vont utiliser des méthodes proches de l'ergonomie. Par ailleurs, il y a d'autres personnes qui interviennent. C'est le cas par exemple des médecins du travail, et des inspecteurs et contrôleurs du travail.

QUESTION - C'est la distinction entre travail prescrit et travail réel, que vous évoquez. Ne court-on pas le risque de n'établir les critères et donc la reconnaissance de la pénibilité que sur le travail prescrit, au mépris de l'activité telle qu'elle est réellement exercée par les salariés ?

Michel Gollac : Tout à fait. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire, si l'on veut avoir une évaluation juste et précise de la pénibilité, de voir ce qui se passe réellement dans les bureaux et dans les ateliers. Le travail prescrit, c'est le travail tel qu'il est défini a priori. Mais en fait, le travail ne se déroule jamais comme a priori on l'avait prévu. Il y a toutes sortes d'aléas. Cela peut être : la machine, le logiciel qu'on utilise a des pannes, des bogues, il faut y faire face. Cela peut être : le client que j'ai en face de moi rencontre un problème qui n'a pas été prévu. Cela peut être aussi : le client que j'ai en face de moi est désagréable.

Cela peut être aussi : je devrais avoir reçu aujourd'hui les pièces, les factures, la nouvelle version du logiciel, les informations que doit me donner telle personne, et ça n'est pas arrivé. Cela peut être également : le travail a été prévu pour quelqu'un qui est de taille normale, et je suis petit. Pour quelqu'un qui n'a pas de problème de vision, et je suis daltonien. Pour quelqu'un qui a telles connaissances, et je ne les ai pas.

Ce que l'on constate, c'est que dans tous ces cas-là, ce que vous appelez le travail réel, tel qu'on le fait vraiment, va être différent, et parfois très différent, du travail qui a été prévu. Et très souvent, dans ce travail réel, il va manquer quelque chose pour travailler dans de bonnes conditions. Alors, ce n'est pas toujours pénible. Mais souvent aussi, même si ceux qui ont conçu le travail prescrit ont voulu qu'il ne soit pas pénible, il peut arriver que le travail réel soit pénible quand même.

QUESTION - Pourquoi ne martèle-t-on pas que la prévention de la pénibilité permet de réaliser des économies pour les entreprises, mais aussi pour la société ?

Michel Gollac : Je crois assez fermement que la prévention de la pénibilité et des risques au travail permet de réaliser des économies au niveau de la société entière. Au niveau de chaque entreprise, cela dépend des cas.

Dans certains cas, lorsqu'on analyse les problèmes de conditions de travail, on va mettre en évidence des problèmes liés aux équipements, ou plus souvent encore, à l'organisation, et cela va permettre d'améliorer à la fois les conditions de travail et soit directement la productivité, soit au moins la qualité des produits et des services.

Cela ne veut pas dire que les entreprises vont toujours, dans ces cas-là, faire l'investissement en machines ou en réorganisation - cela demande du temps, de l'énergie - pour améliorer les conditions de travail. Cela pour diverses raisons, notamment que dans l'entreprise, les personnes les mieux au courant de ces questions de conditions de travail n'ont pas toujours un grand pouvoir, et ont du mal à se faire entendre.

Il y a d'autres cas où diminuer les pénibilités serait un coût pour l'entreprise sans contrepartie, et il n'existe pas de mécanisme d'incitation qui évite aux salariés et aux entreprises qui offrent de bonnes conditions de travail de payer pour les entreprises qui en donnent des mauvaises, sauf sur quelques points précis, comme dans certains cas d'accidents et un nombre limité de maladies reconnues comme professionnelles. Mais ces cas ne représentent qu'une petite partie de la pénibilité et des risques du travail.

C'est donc une question qui se pose pour les années à venir : comment inciter les entreprises à améliorer les conditions de travail ?

QUESTION - Comment évaluer précisément la pénibilité pour des travailleurs amenés à occuper, de plus en plus, des postes différents au cours de leur carrière, les exposant à des contraintes variables ?

Michel Gollac : Il est certain que pour des travailleurs qui auraient enchaîné tout au long de leur carrière des postes extrêmement différents, cela pourrait poser des problèmes. On ne connaît pas bien, en général, l'effet d'expositions ou de pénibilités de courte durée. Mais en fait, un autre problème important se pose : dans le cas d'emplois instables, on a du mal à reconstituer a posteriori ce qu'étaient les conditions de travail. On doit donc se contenter d'approximations particulièrement grossières.

Ce n'est pas un problème trop grave pour quelqu'un qui a eu un, deux, trois emplois de courte durée, et ensuite des emplois plus stables ; mais pour une personne qui enchaîne de nombreux emplois de courte durée, c'est vraiment un problème. Et donc, cela pose la question de l'enregistrement des conditions de travail vécues tout au long de la carrière, même dans ce type d'emploi.

Chat modéré par Luc Vinogradoff


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