BLOGOSPHÈRE

Publié le par alain laurent-faucon


La Petite Passerelle et son exploration des systèmes d'information et de communication, ses visites guidées des bibliothèques réelles et/ou virtuelles du monde entier, ses mises au point concernant l'internet et le web, nous a déjà permis d'entrer dans l'univers de toutes ces nouvelles technologies (encore un anglicisme pour dire : techniques) qui sont en train de modifier nos accès au savoir et à la culture, nos modes d'être et d'agir. Car ne l'oublions pas, des philosophes comme Martin Heidegger et Kostas Axelos l'ont noté : les sciences et les techniques deviennent un « habiter ».

« La technique tend dorénavant à prendre en charge tout ce qui est. Nous parlons en général d'elle, constate Axelos, en termes d'extériorité, sans oser comprendre qu'elle est le ressort intime de tout ce qui se fait, qu'elle informe jusqu'à, et y compris, notre intériorité chérie. On parle beaucoup de la technique, sans pour autant saisir son mode d'être saisissant le tout de l'être, et, avant qu'elle ne se soit suffisamment réalisée, on voudrait déjà la dépasser. C'est la technique qui prend dans son engrenage mythes et religions, poésie et littérature, art et politique, science et pensée ; sa rotation relie production et consommation. » - Kostas Axelos, Vers la pensée planétaire, éditions de Minuit, Paris, 1964.

Mais, à propos du développement des « nouvelles technologies » (sic), le philosophe Michel Serres avance d'autres analyses qui permettent de contrebalancer les propos pessimistes des auteurs précédents. C'est grâce à l'auteur de la Petite Passerelle que j'ai découvert le passionnant site de L'INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), un site qui vous permettra d'avoir différentes approches et réflexions sur les orientations et les mutations de la Toile. Et qui vous permettra d'éviter de rabâcher les poncifs habituels, sans pour autant être mal perçus dans la mesure où vous citerez les grands penseurs et chercheurs actuels !

Concernant plus particulièrement les propos de Michel Serres que la Petite Passerelle a mis en avant quand il a été question de l'INRIA, je vous invite à écouter sa conférence tant elle explicite ce que doit être un vrai questionnement, tant ses « pas de côté », sa « puissance d'écart » autorisent un regard différent, intéressant, pertinent sur ces « nouvelles technologies » (mais le sont-elles vraiment ? et que signifient les mots employés ?), sur les notions de réseaux, d'espaces, d'adresses, etc.





CONFÉRENCES EN LIGNE




Les nouvelles technologies, que nous apportent-elles ?


http://interstices.info/expose-serres


Cette conférence de Michel Serres, enregistrée à l'École Polytechnique le 1er décembre 2005, fait partie du cycle Culture Web, coordonné par Serge Abiteboul, dans le cadre des Thématiques de L'INRIA. Elle a été organisée par Serge Abiteboul et Gilles Dowek.

Le philosophe Michel Serres aborde les nouvelles technologies sous un angle original, en questionnant ce qu'elles apportent de nouveau. Il passe tout d'abord en revue ce qui ne lui paraît pas vraiment nouveau, avant de détailler les aspects où selon lui réside la nouveauté : le rapport à l'espace, la question du droit, l'externalisation des fonctions cognitives.

Ces réflexions le conduisent à définir un exo-darwinisme, et à montrer que dans le développement humain, chaque perte a permis de gagner une nouvelle fonction. À la fin de son exposé, d'une durée d'une heure environ, Michel Serres répond pendant une quarantaine de minutes aux questions de l'auditoire.

Voir la présentation de 1 h 38 mn en XML/SMIL. Pour visionner le document, utiliser RealPlayer.

Voir la vidéo non chapitrée au format Real (utiliser RealPlayer).

Écouter la conférence en MP3.




Les nouvelles technologies :

révolution culturelle et cognitive


http://interstices.info/m-serres-lille


« Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents ! »

C'est ce que postule Michel Serres...


Le 11 décembre 2007, à l'occasion des 40 ans de L'INRIA, Michel Serres a donné une conférence sur la révolution culturelle et cognitive engendrée par les nouvelles technologies. Le célèbre académicien y explicite comment la révolution informatique change notre rapport au monde. Tout comme avant elle, l'écriture, puis l'imprimerie, ont profondément transformé nos modes de vie. Une conséquence inévitable de toute révolution.

Le philosophe donne rapidement le ton et invite son auditoire à prendre conscience de la révolution cognitive générée par la révolution de l'information. Pour lui, les nouvelles technologies ont poussé l'homme à externaliser sa mémoire. Il nous faudra donc être inventifs, intelligents, transparents pour être des acteurs de cette nouvelle période de l'Histoire.

Voir la conférence en vidéo (Vidéo Real : utiliser RealPlayer). Durée : 1 h 04 min.

Écouter la conférence en MP3.




WEB 3.0 – L'INTERNET DES OBJETS




Vinton Cerf, pionnier du Web et expert chez Google



Vers l'Internet à tout faire


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 06.04.08.



Entretien. Vinton Cerf a été l'un des premiers concepteurs d'Internet. Expert chez Google, il observe sans relâche l'évolution de la Toile. Dans un entretien au Monde, il la compare à une « fourmilière » : « Chaque jour, une ou deux fourmis font une découverte » ; puis la collectivité entière en profite. Les « fourmis » sont près de 1,3 milliard. L'avenir ? L'Internet des objets, le Web 3.0, qui permettra de « déléguer la gestion des objets à des tiers ». Le réseau mondial prendra en charge maints aspects de la vie quotidienne.



Vous avez fait partie des premiers concepteurs d'Internet. Quel regard portez-vous sur l'évolution du Réseau mondial ?

Vinton Cerf : Beaucoup plus de personnes tentent aujourd'hui d'innover sur Internet. Pour décrire son mode d'évolution actuel, j'utilise souvent le modèle de la fourmilière. Si vous observez deux ou trois fourmis pendant toute une journée, il est probable que peu de choses intéressantes se produiront. Mais il y en a des millions. Et, chaque jour, une ou deux fourmis font une découverte dont profite la fourmilière. Internet fonctionne ainsi. Avec près de 1,3 milliard d'utilisateurs, soit seulement 20 % de la population mondiale, de nouvelles expériences sont tentées quotidiennement. Je suis toujours un peu fébrile lorsque je lis les pages business de la presse, car j'y découvre souvent que quelqu'un a inventé un nouvel usage d'Internet, et qu'il va falloir encore nous adapter...

Qu'apporte le Web 2.0 en matière de nouvelles utilisations du Réseau (blogs, chats, échanges de fichiers) ?

A mes yeux, le terme Web 2.0 relève largement du slogan marketing. Il laisse entendre qu'une nouvelle génération du Web apparaît. Je pense plutôt qu'Internet se transforme selon un phénomène de coévolution : il interagit avec tout ce qui l'entoure, et s'adapte. Les nouvelles applications poussent le Réseau jusqu'à ses limites et contraignent à créer de nouvelles solutions techniques. Cela dit, je dois reconnaître que certaines innovations associées au Web 2.0 sont, elles, tout à fait réelles. Dans le passé, les premiers systèmes d'échanges d'informations entre les entreprises n'ont pas bien fonctionné par manque de standardisation : c'est justement ce qu'apporte le Web 2.0. Et cette avancée arrive au bon moment. Aux Etats-Unis, les gros investissements réalisés lors du passage à l'an 2000 ont permis d'automatiser l'activité interne des sociétés. Reste à effectuer l'étape suivante : l'automatisation des échanges entre les entreprises. Et quel meilleur outil pour le faire qu'Internet ?

Les internautes bénéficieront-ils aussi de ces échanges ?

Les consommateurs interagissent déjà avec les entreprises via le Web. Cela se passe plutôt bien pour effectuer des transactions, avec des confirmations par mail. Mais les entreprises doivent souvent retranscrire les ordres des internautes à la main pour les communiquer à leurs partenaires. C'est cela qu'il faut automatiser. C'est notamment possible grâce à des applications comme Google Earth ou Google Maps, qui ont été conçues de façon à permettre à d'autres entités de les intégrer à leurs propres services sur le Web. Ainsi, les scientifiques localisent sur Google Earth leurs réseaux de capteurs, sismiques par exemple. Pour accéder aux données, il suffit de cliquer sur l'icône qui les représente. De plus en plus, les chercheurs pourront ainsi travailler ensemble en agglomérant différents réseaux de capteurs indépendants et en corrélant ces informations avec la géographie ou la climatologie.

Et en matière de commerce électronique ?

Prenez, par exemple, une entreprise qui dispose de la liste des appartements disponibles à Dallas, au Texas. Elle peut injecter ces informations dans Google Maps. Lorsqu'une personne cherche à se loger, la base de données de l'agence présente la carte localisant l'ensemble des appartements répondant aux critères demandés. Une telle agence utilise ainsi les ressources sous-jacentes du Web pour augmenter la valeur de son information.

Peut-on attendre des applications du même type sur téléphone mobile ?

Bien sûr. Cet objet, vous le portez sur vous où que vous alliez. Vous pouvez donc poser des questions qui n'ont de sens que si le système d'information associé sait où vous êtes. Trouver le cinéma le plus proche, par exemple.

Le mobile ouvre la voie à l'obtention d'informations géographiquement indexées de grande valeur. Il existe déjà 3 milliards de mobiles dans le monde, dont 15 % peuvent accéder à Internet, soit près d'un demi-milliard d'appareils... Demain, le premier contact avec Internet d'une fraction significative de la population mondiale sera réalisé via un téléphone mobile et non via un ordinateur.

Avoir recours au mobile dégrade le confort d'utilisation du Web...

A première vue, oui. L'écran n'a pas du tout la même taille. Quant au clavier, il est parfait si vous ne mesurez pas plus de 10 cm... Mais la plupart d'entre nous sont plus grands !

Il faut donc imaginer de nouvelles pratiques. Le mobile pouvant détecter la présence d'un écran d'ordinateur dans la pièce, il n'y a aucune raison pour qu'il ne puisse pas le piloter. Idem avec un clavier sans fil. Les gens sont tellement habitués à utiliser Internet avec un seul outil à la fois qu'ils ne pensent pas que le téléphone mobile peut devenir le coeur d'un petit réseau.

Quel impact cela aura-t-il sur la vie quotidienne ?

Imaginez une telle utilisation du téléphone mobile dans les voitures. Celles-ci disposent souvent d'un récepteur GPS et d'une instrumentation indiquant, par exemple, combien il reste d'essence. L'important, c'est que le téléphone mobile puisse relier la voiture à Internet. Et cela marche dans les deux sens. La voiture obtiendra des informations du Web, et lui en fournira. Sa vitesse, par exemple : cette donnée pourra rester anonyme tout en étant accessible aux opérateurs de réseaux routiers, qui l'exploiteront pour détecter des encombrements, et informer en retour les autres conducteurs.

Ce que vous décrivez ne s'inscrit-il pas déjà dans le Web 3.0, l'Internet des objets ?

Tout à fait. De façon générale, l'Internet des objets permettra de déléguer la gestion des objets à des tiers. Il sera ainsi possible d'adresser à des sites de services des demandes telles que : "Enregistrer tel film", sans avoir à se plonger dans la liste des chaînes ni dans les programmes de diffusion. Les machines s'en chargeront. Elles communiqueront entre elles pour déterminer le prochain passage de ce film et l'enregistrer pour nous.

Des milliards d'objets seront ainsi dotés de capacités de communication entre eux. Ce qui permettra de masquer la complexité des technologies à l'oeuvre. Tout se passera dans les coulisses.

Michel Alberganti


La Toile de 1 à 3


WWW : World Wide Web. Toile (d'araignée) mondiale. Application d'Internet, fondée sur la navigation entre les pages de sites à l'aide de liens hypertextes, créée en 1989 par Tim Berners-Lee.

WEB 1.0 : Désignation de la première version du Web d'Internet.

WEB 1.5 : Evolution du Web utilisant des pages dynamiques avec remises à jour.

WEB 2.0 : Terme inventé par Dale Dougherty et popularisé en 2004 pour désigner les applications interactives et la possibilité pour un site d'exploiter des informations provenant d'un autre site.

WEB 3.0 : Internet des objets. Evolution du Web permettant d'attribuer une adresse Internet à des objets munis d'une puce électronique leur permettant de communiquer entre eux et avec des sites sur la Toile.




REVUE DE PRESSE



Madmundo.tv

espace audiovisuel participatif

au service des citoyens



LE MONDE | Article paru dans l'édition du 06.04.08.


Ils sont du Brésil, d'Algérie, d'Afrique du Sud, du Sénégal, des Etats-Unis, de France, du Maroc... Ils sont confrontés à la solitude, la maladie, la discrimination sexuelle ou raciale, le handicap, l'intolérance, les effets de la mondialisation ; s'interrogent sur la corruption, les politiques d'immigration, la gestion du terrorisme, la dégradation de l'environnement. A tous ces problèmes et situations qui affectent la vie des citoyens, les journalistes et documentaristes de Madmundo.tv proposent leur savoir-faire ainsi que des outils interactifs d'investigation, de réflexion et d'échanges.

Conçu en 1998 par le journaliste Patrice Barrat, président de l'agence de presse Article Z et fondateur de l'ONG Bridge Initiative International, le réseau citoyen et professionnel Madmundo vise à susciter la création de communautés - internautes, acteurs des sphères éducatives et associatives ou professionnels de l'audiovisuel... - autour d'enquêtes mises en ligne. Une attitude, un format multimédia relayé sur divers sites Internet et un mode de récit qui engagent le spectateur "à réaliser que, pour tous ces thèmes majeurs qui font notre actualité, il n'y a pas une vérité univoque à découvrir, mais une vérité évolutive qui dépend grandement de la relation entre les uns et les autres, et les amène à changer", explique M. Barrat.


Nouvelle étape


Une personne incarne un thème sur lequel l'équipe de Madmundo part enquêter. Aux différents stades de cette investigation, la personne est connectée avec d'autres citoyens qui vivent une situation similaire, ainsi qu'avec ceux qui ont le pouvoir d'agir (institutionnels, politiques, législateurs...). Chahinaz : Quels droits pour les femmes ? ; Sinesipho : Pourquoi dois-je mourir ? (sur le sida) ; Ellen : Quelle réponse au terrorisme ?... Tels sont quelques-uns des documentaires finalisés et diffusés dans le monde sur différents supports - en France, sur Arte et France 5 - et distingués par de multiples récompenses.

Le nouveau site madmundo.tv, ouvert officiellement au public lundi 7 avril, constitue une nouvelle étape. Les internautes pourront participer en vidéo, interagir en complétant les enquêtes par leurs commentaires, dialoguer ou polémiquer avec le protagoniste de l'histoire ou les journalistes. Les contributions vidéo les plus pertinentes pourront même intégrer le documentaire final.

Exposer, comparer, participer, confronter, réagir : sous la devise "me, you, we, all" (moi, toi, nous, tous), madmundo.tv entend "convaincre les faibles que les choses peuvent changer, et ceux qui ont le pouvoir que les choses doivent changer", selon M. Barrat.

Valérie Cadet



paperblog.fr



Un outil pour mieux repérer les "pépites" de la blogosphère


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 02.03.08.


Située dans un petit bureau de l'Ecole nationale supérieure des télécommunications (ENST), Paperblog fait partie des vingt-sept "entreprises innovantes" qui utilisent l'expertise technique et scientifique de la grande école pour développer leurs concepts.

Celui de Paperblog est simple, il consiste à sélectionner des articles de blogueurs, puis de classer les meilleurs d'entre eux dans des rubriques thématiques : société, culture, sport, cuisine, voyages, santé, décoration ou érotisme. Contrairement à un autre "média citoyen", Agoravox, Paperblog est moins axé sur l'actualité que sur les loisirs.

A l'origine de cette idée, Nicolas Verdier, 26 ans, titulaire d'un MBA américain. C'est lors de son séjour outre-Atlantique qu'il a découvert le monde des blogs, "un océan où sont noyées des pépites", pour rependre sa propre expression. Afin de faire émerger ces blogs, il a lancé, en juillet 2007, un portail, Paperblog, sur lequel les blogueurs peuvent s'inscrire.

En six mois d'existence, l'équipe de Paperblog a validé les inscriptions de pas moins de 2 000 blogs francophones, traitant de tous les sujets. Pour effectuer le tri des blogs et de leurs articles, huit personnes, cinq salariés et trois stagiaires, travaillent à plein temps dans les locaux de l'ENST.


Trois filtres


Deux relecteurs et cinq ingénieurs passent au crible 1 200 articles en moyenne par jour. Trois filtres s'appliquent. Le premier, un programme informatique, analyse la "qualité rédactionnelle" des papiers - richesse du lexique, construction grammaticale des phrases, etc. -, retient les meilleurs et les range dans les rubriques thématiques.

Une fois les articles publiés, un second filtre s'applique, celui des internautes. Les articles qui ont eu leur faveur, soit par le nombre de lectures, soit par le nombre de votes positifs, sont mis en avant sur la page d'accueil, avant que les deux relecteurs de Paperblog n'effectuent un ultime tri.

La méthode n'est pas sans présenter quelques risques : lors de la publication des photos compromettantes de Laure Manaudou sur Internet, des articles de blogueurs les reproduisant ont été affichés sur Paperblog. Les avocats de la jeune nageuse ont dû alerter l'équipe pour que ces photos soient retirées au plus vite.

Pour l'heure, malgré les bons résultats en termes d'audience (625 000 visiteurs uniques en décembre 2007, 25 000 par jour en janvier), les recettes publicitaires ne sont toujours pas suffisantes pour assurer la pérennité de l'entreprise, qui dépend en grande partie de subventions publiques et d'emprunts qu'elle a contractés.

Roman Bernard



Trois "majors" s'associent à MySpace

L'industrie du disque saute le pas

de la révolution Internet


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 06.04.08.


L'industrie du disque a-t-elle enfin pris la mesure de la révolution que lui impose Internet ? De nouveaux partenariats pour la distribution de musique numérique se multiplient, difficiles à envisager il y a encore un an.

Jeudi 3 avril, trois des quatre grandes "majors" du disque (Universal Music, Sony BMG et Warner Music) ont annoncé la création d'une société avec MySpace, le site communautaire le plus visité au monde. Cette dernière proposera aux internautes de l'écoute gratuite ou du téléchargement payant.

La semaine précédente, Sony BMG assurait vouloir distribuer son catalogue sur le Web, contre un abonnement mensuel. Selon le Financial Times, les majors discuteraient par ailleurs avec Apple : contre un abonnement ou une surtaxe sur son baladeur iPod, il serait possible d'accéder de façon illimitée à la musique sur iTunes, la boutique en ligne du constructeur californien.

Jusqu'à présent, les majors toléraient à peine les ventes à l'unité de chansons popularisées par iTunes. Mais " elles n'ont plus le choix et doivent tester d'autres choses", selon Paul Verna, du cabinet eMarketer. De fait, les ventes sur iTunes et les autres plates-formes légales ne compensent pas la baisse de leurs revenus sur les CD. En 2007, les ventes de disques ont chuté de 10,3 % par rapport à 2006 en Europe, selon le cabinet Jupiter Research.

Trois modes de distribution de musique numérique émergent. Les plates-formes à la Deezer en France : depuis un PC, l'internaute peut écouter gratuitement des chansons mais sans les télécharger. Les sites se financent par la publicité, en partie reversée aux maisons de disque. Il y a aussi les abonnements couplés à un forfait mobile (Nokia au Royaume-Uni, SFR en France) ou à un accès haut débit fixe (Neuf Cegetel en France), pour télécharger de la musique illimitée. Une partie de l'abonnement revient aux majors. Enfin, il y a les tentatives à la Apple (ou Nokia) de surtaxe sur les appareils contre du téléchargement illimité.


Le piratage reste massif


Les représentants des artistes restent prudents. Pour Catherine Kerr-Vignale, de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), " les majors cherchent pour l'heure à donner l'impression aux consommateurs de ne pas avoir à payer, d'où cette idée de partenariats avec des constructeurs". Pour la Sacem, la question sera, si une offre à la Apple arrive en Europe, de fixer un prix minima pour rémunérer les ayants droit. Marc Guez, de la société civile des producteurs phonographiques, est contre le paiement d'un forfait pour un accès illimité : "C'est comme si on ne payait qu'une seule fois l'accès à Canal+ : la chaîne ne pourrait pas survivre." Mais il estime judicieux un abonnement mensuel de 5 à 7 euros. "La musique a un coût, l'accès gratuit c'est dangereux, c'est un non-sens économique", ajoute Jérôme Roger, de l'Union des producteurs phonographiques français indépendants.

Certains sont persuadés que seuls les modèles gratuits ou quasi gratuits s'imposeront, car les techniques de "peer to peer" (partage de fichiers) ont banalisé la gratuité. Et le piratage reste massif : pour un téléchargement légal, il y en aurait encore vingt de "pirates". "L'argent de poche des jeunes passe dans les jeux vidéo et les portables, plus dans les disques. La gratuité est inévitable" pour le musicien Philippe Axel.

Même à l'Ifpi, représentant l'industrie du disque mondiale, on reconnaît : "Les modèles gratuits basés sur la publicité ciblent bien les jeunes qui ont plus de temps que d'argent." Les consommateurs n'accepteront de payer des abonnements que si la musique est proposée sans "DRM", empêchant de copier une chanson d'un matériel à l'autre. " C'est le seul moyen de faire la différence d'avec l'offre gratuite", selon Mark Mulligan, de Jupiter Research.

Ces différents modèles ne compenseront pas la baisse des ventes de CD avant 2010, selon Jupiter Research. D'où l'intérêt supposé des majors pour la "licence globale" : l'idée serait de faire payer les acteurs qui tirent profit de la musique digitale, mais ne payent pas les ayants droit : opérateurs de télécommunications, fournisseurs d'accès à Internet...

Cécile Ducourtieux et Nicole Vulser


Chronologie


1995 : le format de compression audio MP3 se diffuse sur le Web.

1999 : lancement de Napster, premier site populaire de partage de fichiers MP3. Jugé illégal, il ferme en 2001.

2001 : sortie de l'iPod d'Apple, baladeur numérique le plus vendu au monde. En 2003, Apple lance iTunes, site de téléchargement payant.

2007 : Amazon propose des téléchargements payants sans "DRM" (protections) avec EMI. Nokia annonce le lancement de "Come's with music". En payant plus cher certains de ses téléphones, le client aura un accès gratuit au catalogue Universal pendant un an.

 

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