VIRGINITÉ : MARIAGE ANNULÉ

Publié le par alain laurent-faucon


L'un des enseignements essentiels de la culture générale est de nous obliger en permamence à savoir raison garder, à éviter de rabâcher les propos convenables et convenus de cette bêtise identitaire qui nous phagocyte complètement, à s'efforcer de toujours faire preuve de cette « puissance d'écart » qui théoriquement devrait caractériser l'espèce humaine, à se méfier enfin de ces réponses faussement évidentes et de ces réactions premières qui dévoilent stéréotypes et préjugés, absence de réflexion et prises de positions partisanes.

Et comme dans le cas de ce mariage annulé par les juges il s'agit d'un couple de Français musulmans, les réflexes épidermiques pour ne pas dire racistes ou sexistes ou je ne sais trop quoi encore, risquent à tout instant de parasiter la plupart des commentaires, formulés sur le mode émotionnel et/ou passionnel. Car les réactions « à chaud » exigent beaucoup de sang-froid et de sagesse, ce qui, nous le constatons tous les jours, sont des qualités fort rares, aussi bien chez nous que chez les autres. En conséquence de quoi, quand il s'agit d'affaires délicates, où le retour du refoulé est un risque plus ou moins criant, il convient d'être encore plus attentif et prudent avant d'émettre la moindre pensée.

Voilà pourquoi les réflexions du juge Jean-Pierre Rosenczveig à propos de l'annulation d'un mariage au motif que l'épousée n'était pas ce qu'elle avait dit être à son futur mari - c'est-à-dire : vierge -, voilà pourquoi ses réflexions nous semblent si essentielles pour y voir clair – surtout que le magistrat ne laisse rien dans l'ombre tout en expliquant bien les attendus du jugement.

Il s'agit-là d'une belle dissertation de culture générale.
Un exemple à suivre et à méditer : se mettre à distance tout en collant aux faits et aux textes !

Car il faut toujours se méfier de l'émotion et de la passion - autant de démesures qui brouillent la raison. Malheureusement, de nos jours, le compassionnel et le pathos remplacent l'analyse critique, la réflexion, le questionnement.

Encore et toujours nous revenons à cet exercice le moins partagé par le sens commun et la pensée paresseuse : questionner les faits, les mots, apprendre à questionner !

Tout questionnement exige un effort personnel qui passe, d'abord, par cette capacité de faire un pas de côté pour se protéger des propos tout faits, « évidents », et des réponses stéréotypées : on entend femme musulmane, mariage annulé car elle n'était plus vierge, et hop ! plus besoin de réfléchir, d'aller aux faits, de lire les attendus du jugement, de saisir les motifs exacts ayant conduit les magistrats à prendre une telle décision ... non ! il suffit de dire ce que l'on ressent, pourvu que ce soit dans l'air du temps, le dit et l'impensé : cf. la revue de presse ci-jointe et, notamment, les remarques épidermiques de la philosophe Élisabeth Badinter qui a oublié les leçons du premier matin grec concernant le pathos et l'hubris. 

 

Mais ATTENTION ! Vous passez des concours de la fonction publique et vous devez absolument - je ne le répèterai jamais assez - questionner l'esprit du concours, l'administration que vous voulez intégrer, et vous devez impérativement vous renseigner sur la composition du jury, avant de développer un tel questionnement.

Si vous passez un concours pour être magistrat, commissaire de police, commissaire aux armées, directeur d'hôpital, en un mot si vous passez des concours où il vous est demandé des connaissances juridiques, alors le questionnement opéré par le juge Jean-Pierre Rosenczveig est une référence majeure pour comprendre ce qu'est un questionnement et ce qu'attendent les jurys de ces concours de la part des candidat(e)s.

Mais si vous passez un concours où il n'y a que des enseignants, des spécialistes de l'éducation, de la documentation, de la communication, et des sciences humaines (socio, psycho, etc.), où il n'y a quasiment que des assistantes sociales, des travailleurs sociaux, où il n'y a surtout aucun juriste dans la composition des jurys, alors vous devez savoir que vous avancez en terrain extrêmement dangereux si vous vous appuyez sur les commentaires du juge Jean-Pierre Rosenczveig.

Dans tous ces concours là, vous devez rester conformes à la pensée dominante et citer opportunément les philosophes Élisabeth Badinter et Catherine Kintzler – cf. son Bloc-notes et ses deux articles : La virginité, "qualité essentielle" d'une femme avant mariage ? et Cachez cette virginité que je ne saurais voir ! sur  http://www.mezetulle.net/

 

 

 

 

Le blog du juge Jean-Pierre Rosenczveig

 


  Tempête artificielle autour de l’annulation d’un mariage


 

Rarement une décision de justice aura fait contre elle une telle unanimité que ce jugement du TGI de Lille annulant un mariage à la demande du mari qui avait découvert lors de la nuit de noce que son épousée n’avait pas la virginité à laquelle il s’attendait. L’époux se plaignait de la tromperie sur une qualité essentielle de celle qui était devenue sa femme.

Les instance en annulation de mariage sont rares (600 environ pour 230 000 mariages par an) et de mémoire de juriste on ne trouve pas de décision équivalente à celle de Lille.

Des égéries du droit des droits des femmes ont démarré au quart de tour à l’image d’Elizabeth Badinter qui s’offusque de ce que la virginité des femmes puisse encore être une référence et qui sans craindre l’emphase et l’excès déclare avoir « honte de la justice française ». La secrétaire d’État aux droits des femmes affirme avoir été révulsée toute la journée par cette décision. Fadila Amara secrétaire d’État à la politique de la ville et ancienne présidente de « Ni putes, ni soumises » n’est pas la dernière à manifester son indignation, Sihem Habchi actuelle présidente de l’association affirmant pour sa part que cette décision équivaut à « une véritable fatwa contre la liberté des femmes » (sic). Pour le conseiller juridique de l’Élysée – Dominique Paillé – si on tient la décision pour légale il faut changer la loi au plus vite. A gauche comme à droite le discours public commun est de s’offusquer contre cette décision considérée comme une décision rétrograde qui ramènerait les femmes à devoir venir vierges au mariage.

La seule voix divergente est celle de la garde de sceaux Rachida Dati, interpellée sur la légalité de cette décision de justice et invitée à la combattre. On invite la Chancellerie à faire appel ou à engager un recours dans l’intérêt de la loi devant la Cour de Cassation. En l’état elle s’y refuse.

Et bien évidemment, cette voix dissonante cristallise elle-même la critique voire entraîne dans les médias des attaques indignes et choquantes tirées de l’histoire personnelle de la ministre.

Il est évident que le fait que la mariée ne soit plus vierge, pas plus que celui que le marié ait eu des relations sexuelles avant mariage, ne saurait être au XXI° siècle un argument pour annuler un mariage. On aurait même tendance à penser qu’il est souhaitable que les deux époux aient pu avoir une vie riche et pleine avant se marier, de se poser, de s’engager solennellement avec la femme ou l’homme de leur vie. On ne doit pas oublier qu’avec l’allongement de la durée de la vie ils peuvent sans trop de difficultés atteindre les noces d’or dès lors qu’ils franchissent le cap fatidique des 5 ans et quart de mariage, période où se cristallise un maximum de crises conjugales débouchant sur le divorce.

Il est tout aussi évident qu’on ne doit pas négliger que pour une partie de la population – y compris de jeunes filles - la donne machiste reste forte : pour ceux là il faut que les femmes arrivent vierges au mariage. On sait même que certains ” vendent” - 8000 euros pour le dernier chiffre que j’ai repéré dans mon cabinet - cette virginité. Tout cela est suranné, condamnable, complètement en opposition avec l’idée des droits humains universels. Chaque femme, chaque homme doit être libre de sa vie affective et sexuelle et doit pouvoir se marier ou pas.

On sait la pression qui pèse sur certaines jeunes filles qui ne peuvent pas assumer devant leur famille de n’être plus vierges et d’avoir eu des relations sexuelles hors ou avant mariage. Des officines fleurissent en France comme à l’étranger pour reconstituer des hymens afin de pouvoir retrouver place dans la communauté ou ne pas la perdre !

Comment ne pas être choqué de cette pression communautaire ? Et il serait hâtif de ne viser qu’une communauté… On sait que certains médecins sont régulièrement sollicités pour délivrer des certificats de virginité notamment dans des milieux catholiques ou musulmans. Comment ne pas être indigné de constater que bien évidemment ce sont d’abord sinon essentiellement les femmes qui subissent cette pression ? Pour les hommes on continue à penser que c’est plutôt un bon point qu’ils aient vécu avant le mariage.

On doit entendre ces sensibilités qu’on ne partage pas, on doit les combattre. Et la loi a consacré certaines avancées dans le champ privé comme celle qui veut qu’un époux puisse être poursuivi pour viol s’il abuse de sa femme. Le droit général d’entretenir des relations sexuelles ne soulage pas de l’obligation de demander une autorisation ponctuelle !

Mais, dans cette affaire, la désinformation est majeure. Ainsi comment titrer “un mariage cassé pour faute de chasteté” (Métro 30 mai 2008) ?

La question posée aux juges lillois n’était pas celle de la virginité au mariage ou celle de la chasteté avant le mariage, mais celle de savoir, pour annuler un mariage, si la mariée avait trompé son époux sur un élément essentiel.

Le mari l’affirme, la jeune femme l’admet.

C’est ce mensonge qui vaut annulation du mariage qui, rappelons-le, est un contrat, certes encadré par la loi (avoir 18 ans sauf dispense du procureur, donner personnellement son consentement, être de sexes différents, etc.), mais est bien d’abord une convention entre un homme et une femme qui désirent unir leur vie.

Pour des raisons qui sont les siennes l’époux voulait s’unir à une femme n’ayant jamais connu bibliquement d’autres hommes (ah le mythe de la virginité !) et, on le suppose, à une femme appelée à ne point connaître d’autres hommes dans le temps du mariage. C’est un projet de vie comme un autre. Certaines veulent des enfants ou refusent d’en avoir.

Après tout, la femme aurait pu avoir également une telle exigence et avancer le souci d’être la seule femme de son homme.

On pourrait imaginer à l’inverse un homme qui souhaiterait une femme expérimentée pour ne pas supporter l’inexpérience !

L’épousée n’ignorait pas les attentes de son futur ; elle devait savoir que c’était essentiel pour lui au point de ne pas lui dire la vérité de face, quitte à assumer une rupture. Elle admet devant les juges avoir trompé sur ce point son époux. Avait-elle été forcée à se marier ?

De la même manière un mariage aurait encouru l’annulation si la femme, soucieuse d’avoir des enfants et qui ne l’avait pas caché à son futur, apprenait que, se sachant stérile, son époux lui avait caché cette donnée essentielle.

Les juges ont déjà annulé un mariage dans un cas où un conjoint avait caché qu’il avait déjà été marié ou un autre qu’il avait été condamné dans une affaire de droit commun ; dans d’autres cas on a retenu que l’un des conjoints avait trompé l’autre sur sa nationalité ou sur son aptitude à avoir des relations sexuelles normales.

En droit - article 180 du code civil - on parle de « qualité essentielle de la personne », mais chacun aura compris qu’en l’espèce, peu importe pourquoi, référence religieuse ou autre, les deux époux s’étaient accordés sur un point, l’un trompant sciemment l’autre sur ce sujet.

Certains jettent des cris d’orfraie en prétendant que la virginité ne peut pas faire l’objet de convention. J’avoue pour le coup ne pas comprendre. On est dans le strict registre privé.

Des futurs époux y attachent un intérêt ; d’autres pas. La société n’a pas à intervenir sur ce terrain. Et en l’espèce elle n’intervient pas sur ce sujet, mais sur le mensonge au moment de conclure ce contrat fondamental pour la vie de chacun qu’est le mariage, pour ses conséquences et sachant qu’on n’en sort quand même pas aisément.

Étant observé que si l’un – en l’espèce Madame - ne peut pas assumer sa vie passée face à celui avec lequel elle entend s’unir et si celui-ci attache une importance à ce point à ce sujet, l’union est mal embarquée. Si ce n’est pas une annulation de mariage, c’est un divorce qui se profile. A moins qu’on n’oblige (comment ?) les époux à rester mariés et vivre ensemble ?

La ministre de la justice a donc raison de se positionner comme elle l’a fait sur la question de principe qui était posée.

Beaucoup sont allés un peu vite en commentaires avec des propos incendiaires et démesurés. On est dans un procès privé, entre personnes douées de discernement, d’une trentaine d’années si je ne m’abuse pour le mari, une vingtaine pour l’épouse. Cette dame, dans un premier temps, a sûrement pensé que son mari ne réagirait pas comme il l’a fait en constatant qu’elle n’était pas vierge ; apparemment elle n’a pas réussi à le convaincre de passer outre. Peut-être en fin de compte l’a-t-elle échappé belle de ne pas rester mariée à un homme à ce point attaché à de telles valeurs machistes !

De là à crier au retour de l’obscurantisme il y a un plus qu’un pas. J’aimerais savoir ce que font tous ceux qui vilipendent cette décision pour aider au quotidien les femmes de France encore prisonnières des pressions qui pèsent sur elles et pour faire entendre aux hommes qu’une femme n’est pas un objet d’appropriation.

On a hâte de voir une femme engager un procès pour annulation de mariage en excipant que son conjoint n’est pas à l’égal de ce qu’il lui avait laissé miroiter. Un tel procès rééquilibrera peut être les plateaux de la balance.

En tous cas la décision de Lille me semble juridiquement imparable si l’on s’attache seulement aux dires des principaux concernés. On est dans un procès civil où l’ordre public n’est pas troublé. Il faut s’attacher à ce qui aux yeux des intéressés est essentiel et surtout au fait que l’un a tenté de tromper l’autre sur une question essentielle aux yeux de chacun et de nature à rendre la vie commune impossible.

Il n’y a pas matière à changer la loi sur l’annulation du mariage. ll n’y a pas régression du statut des femmes. On ne peut pas parler de répudiation. Peut être même, comme l’avance la ministre de la justice, certaines femmes mariées contre leur gré trouveront là matière à se libérer.

Reste une question qui me tarabuste : si, sur tous les sujets de société qui émergent, les termes sont autant pipés, comment parviendrons nous à y apporter de vraies et bonnes réponses ? 


31 mai 2008
Jean-Pierre Rosenczveig

 

Remarques : je vous invite à lire et relire les analyses du juge Jean-Pierre Rosenczveig tant elles répondent à tous les critères exigés en ce qui concerne la dissertation de culture générale. Non seulement, il y a une introduction avec phrase d'accroche, mise en perspective, problématique, mais il y a une conclusion-bilan avec cette fameuse phrase d'ouverture qui, in fine, élargit le débat et le fait rebondir : « Reste une question qui me tarabuste : si, sur tous les sujets de société qui émergent, les termes sont autant pipés, comment parviendrons nous à y apporter de vraies et bonnes réponses ? »

Au cours du développement-démonstration, l'ordre du discours est le discours même, ce qui donne une belle fluidité au déroulé argumentaire et ce qui permet de mettre en scène une pensée en train de se faire - pensée qui se développe avec prudence et sagesse, à-propos et connaissance des problèmes posés. L'auteur évite deux travers habituels : 1°) l'émotionnel et le passionnel ; 2°) le dogmatisme et le discours idéologique – tout en offrant au lecteur un style direct, vivant, dynamique.

 


 

  


REVUE DE PRESSE




Les faits



Justice

L’épouse a menti sur sa virginité, le mariage est annulé.
Le tribunal de grande instance de Lille a reconnu que le mari avait été trompé.

 

CHARLOTTE ROTMAN - LIBÉRATION : jeudi 29 mai 2008


La mariée n’était pas vierge. Le mariage a été annulé. Et c’est arrivé près de chez vous. La décision a été rendue au mois d’avril par le tribunal de grande instance de Lille. Elle vient d’être commentée dans une revue juridique (1). Les juges ont pensé que le mari plaignant avait été trompé sur la virginité de sa femme, considérée en l’occurrence comme « une qualité essentielle. »

Nuit de noces. X et Y (ils veulent rester anonymes) sont des musulmans français « pas du tout extrémistes », précise l’avocat du mari. Lui est ingénieur, la trentaine. Elle était étudiante quand ils se sont rencontrés. « «Elle lui a été présentée comme célibataire et chaste », note le jugement lillois. Y, elle aussi, assure à X qu’elle est pure comme il le souhaite et n’a jamais eu de relations sexuelles. C’est ce que croit toute sa famille. Le mariage se fait en grande pompe, comme il se doit. La nuit de noces, le marié découvre que son épouse a menti. Au bout de quelques heures, il débarque au milieu des invités qui sirotent un dernier jus. Il n’a pas de drap taché de sang à exhiber. Son père ramène immédiatement Y, sa belle-fille, chez ses parents. Tout le monde se sent déshonoré.

Dès le lendemain, l’époux cherche à faire annuler son mariage. Il ne s’agit pas d’une procédure de nullité absolue qui frappe les mariages blancs par exemple. Dans ces cas-là, le procureur poursuit le ou les fraudeur(s) qui ont utilisé le mariage à d’autres fins que matrimoniales. Ici, il s’agit d’une nullité relative, réclamée par celui qui s’estime victime d’une erreur. C’est une procédure rare. L’un des époux dit qu’il s’est trompé sur l’une des « qualités essentielles » de l’autre. Mais comment le prouver ?

Le problème ne s’est pas posé : la femme a très vite reconnu avoir déjà eu des rapports sexuels auparavant. « La jeune mariée avait caché la vérité, convaincue que son fiancé ne l’aurait jamais épousée s’il avait connu la réalité », note le commentateur de la publication juridique.

Le plaignant lui a donc reproché son manque de sincérité. « Il m’a expliqué qu’elle lui avait menti, se souvient son avocat Xavier Labbée. Il m’a dit : "Je ne peux pas faire une union solide, basée sur un mensonge." » Devant le tribunal, la jeune femme reconnut une fois de plus sa dissimulation.

X, lui, voulait non seulement rompre, mais surtout effacer cette union. « Faire comme s’il n’y avait jamais rien eu. » Les juges lui ont donné raison. Ils ont estimé que le mariage avait été conclu « sous l’emprise d’une erreur objective » mais aussi qu’une telle erreur était « déterminante dans le consentement ». En l’espèce, à leurs yeux, la virginité l’était.

Des jugements précédents ont déjà retenu cet article de loi (le 180 du code civil), par exemple quand un époux a ignoré que son conjoint était divorcé ou prostitué, lorsqu’il s’est trompé sur son état mental ou son aptitude à avoir des relations sexuelles normales, note la revue.

Salles d’attente. Ce jugement va-t-il servir d’instrument de menaces au service des fiancés musulmans (ou d’une autre religion prônant « le jamais avant le mariage ») ? Va-t-il contribuer à remplir les salles d’attente des médecins qui pratiquent les reconstitutions d’hymen ?

Ou, dernière hypothèse plus optimiste (et plus tordue), cela va-t-il permettre à des jeunes femmes poussées par leur famille dans les bras d’un mari dont elles ne veulent pas de s’en débarrasser ?

(1) Dans le Recueil Dalloz, daté du 22 mai 2008.



Les commentaires

 


Mme Dati défend l'annulation d'un mariage pour mensonge sur la virginité


LEMONDE.FR avec AFP | Mis à jour le 30.05.08 | 21h26


Le mariage annulé par décision de justice en avril, au motif que la mariée avait menti sur sa virginité, n'en finit pas de provoquer des réactions. Après Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité chargée du droit des femmes, qui s'est déclarée, jeudi 29 mai, "consternée" de voir que certaines interprétations du code civil puissent conduire "à une régression du statut de la femme", Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la politique de la ville, a évoqué vendredi une "fatwa contre l'émancipation des femmes".

La garde des sceaux, Rachida Dati, a cependant défendu la décision rendue par le tribunal de grande instance de Lille, estimant que l'annulation de ce mariage était "aussi un moyen de protéger (...) cette jeune fille". La garde des sceaux a ainsi émis l'hypothèse que la femme avait souhaité se séparer assez rapidement. "La justice est là pour protéger les plus vulnérables", a rappelé la ministre de la justice, indiquant que la "décision civile, avec le consentement des deux parties, a été prise par un critère juridique, à savoir une erreur sur la qualité essentielle de la personne pour une des parties".

« Très réducteur par rapport au statut de la femme »

C'est justement cette qualification d'"erreur sur des qualités essentielles de la personne", une notion qui permet à l'autre époux, en vertu de l'article 180 du code civil, de demander la nullité du mariage, que conteste le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye. "La sexualité, à la différence du divorce, de l'identité, de la tutelle curatelle ou encore de la nationalité de la personne, reste du domaine de la sphère privée et chacun est libre de disposer de son corps comme il l'entend." Selon l'analyse de ses services, "la virginité n'est pas du tout une qualité essentielle d'une personne."

M. Delevoye s'inquiète des conséquences engendrées par cette jurisprudence :"Demain il va y avoir une multiplication des nullités du mariage et on pourra avoir des jeunes filles qui pourraient subir des opérations chirurgicales pour se refaire l'hymen." Pour le médiateur, cette décision de justice est "contraire à l'esprit de la laïcité et très réducteur par rapport au statut de la femme".

« La Chancellerie doit déclencher un recours », selon l'UMP

Alors que le PS a qualifié hier ce jugement d'"atterrant", le parti au pouvoir a interpellé le gouvernement. Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP, a vivement réagi sur les ondes de RMC et sur BFM-TV : "S'il y a eu stricte application de la loi, c'est que la loi n'est plus bonne, il faut la modifier. Si on est allés au-delà de la loi, à ce moment-là il faut que ce soit sanctionné", a-t-il déclaré.

Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP et proche de Nicolas Sarkozy, a souhaité, vendredi 30 mai, que la chancellerie "déclenche un recours dans l'intérêt de la loi pour dire le droit. (...) C'est une mise en cause de l'égalité hommes-femmes, les hommes ne pouvant être mis en cause pour les mêmes motifs".



Débat après l'annulation d'un mariage entre musulmans

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 31.05.08.


L'annulation, par la justice, d'un mariage parce que la femme avait menti sur sa virginité a suscité, jeudi 29 mai, une controverse. Au nom du gouvernement, Valérie Létard, la secrétaire d'Etat à la solidarité, a estimé que cette décision était une "atteinte à l'intégrité des femmes et une violation des droits fondamentaux de tout individu". Il s'agit, a-t-elle conclu, d'une "régression du statut de la femme". Le PS a dénoncé un jugement "atterrant".

Célébré le 8 juillet 2006, le mariage unissait un ingénieur français converti à l'islam et une étudiante française de confession musulmane. Lors de la nuit de noces, l'époux avait découvert que sa femme n'était pas vierge : les festivités avaient été interrompues et, le lendemain, le mari s'était présenté chez son avocat afin de déposer une demande de nullité, invoquant une "erreur sur les qualités essentielles" du conjoint. Une notion qui comporte, selon la jurisprudence, une double dimension objective et subjective.

Le tribunal de Lille, qui a accédé à sa demande le 1er avril, précise que l'époux avait "contracté mariage avec Y après que cette dernière lui a été présentée comme célibataire et chaste". "Estimant que la vie matrimoniale a commencé par un mensonge, lequel est contraire à la confiance réciproque entre époux, pourtant essentielle dans le cadre de l'union conjugale, il demande l'annulation du mariage", précise le jugement.

Le tribunal a prononcé la nullité parce que la jeune femme a acquiescé à la demande de son époux : selon les juges, ce geste prouve que la virginité était "bien perçue par elle comme une qualité essentielle déterminante du consentement" de son mari.

Pour la présidente de Ni putes ni soumises, Sihem Habchi, c'est une "fatwa contre la liberté des femmes". "Le jugement n'a pris en compte à aucun moment la pression familiale. Il ne s'est pas demandé pourquoi la jeune fille a été poussée à mentir. Nous défilons le 7 juin pour rendre hommage à une jeune fille qui s'est défenestrée parce que son père a découvert qu'elle sortait avec un homme. Il faut que la justice soutienne ces femmes."

« Fornicatrice »

D'un point de vue strictement religieux, la virginité, dans l'islam, est exigée jusqu'au mariage tant pour la femme que pour l'homme. Mais, dans la pratique, beaucoup de musulmans ne respectent pas l'obligation. "Ce sont les traditions qui dictent le comportement de l'époux, indique Azzedine Gaci, recteur de la mosquée de Villeurbanne (Rhône). Même si le fait d'avoir des rapports sexuels avant le mariage est considéré comme un grand péché, l'islam ne s'oppose pas au mariage à condition que les parties se mettent d'accord." Un avis juridique du Conseil européen de la fatwa précise que "si le fornicateur et la fornicatrice se repentent devant Dieu en abandonnant l'illicite pour le licite (mariage), alors leur mariage est valide."

Pour Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux, la décision de Lille démontre surtout "la difficulté de considérer les musulmans comme des citoyens comme les autres". "Imagine-t-on ce type de décision avec une épouse chrétienne ? Pourtant la virginité des femmes est une valeur commune à la Bible et au Coran. Autre question : imagine-t-on ce type de décision pour l'époux ?"

Pour la philosophe Elisabeth Badinter, ce jugement va "faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l'hymen", une pratique déjà courante. "Cette pratique est pourtant le fruit d'une méconnaissance du corps de la femme et d'un mélange entre culture tradition et religion qui n'est pas imposée par l'islam", insiste Amira Nassi, conseillère conjugale et auteure du Manuel des corps mariés (L'Eclipse).

Anne Chemin et Stéphanie Le Bars




Mariage d'une épouse non vierge annulé :

Elisabeth Badinter « ulcérée »

 

Afp - LIBÉRATION.FR : jeudi 29 mai 2008


« La sexualité des femmes est une affaire privée et libre en France », affirme la philosophe française, qui exprime sa « honte » pour la justice française.

 

La philosophe et écrivain française Elisabeth Badinter n’en revient pas. Au point d’avoir « honte » pour la justice française. En cause, la décision du tribunal de grande instance de Lille d'annuler un mariage parce que l'épouse du futur mari, musulmane comme lui, n'était pas vierge.

« Je suis ulcérée par la décision du tribunal d'accepter de juger ça parce que la sexualité des femmes est une affaire privée et libre en France, absolument libre », a déclaré Elisabeth Badinter sur France Inter. « Très inquiète » de ce jugement annulant un mariage « parce que la jeune femme n'est pas vierge et a menti sur sa virginité », Elisabeth Badinter estime que « ça aboutit tout simplement à faire courir nombre de jeunes filles musulmanes dans les hôpitaux pour se faire refaire l'hymen. Et par conséquent au lieu pour un tribunal de défendre les femmes, de défendre ces jeunes femmes, au contraire il accentue la pression sur elles ».

« Et je vous dis franchement, je pense à cette malheureuse jeune fille, humiliée, publiquement humiliée, revenant dans sa famille, ce qu'elle a dû vivre a dû être épouvantable. J'ai honte que la justice française n'ait pas pris a coeur de défendre toutes ces jeunes filles »

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