LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [1]

Publié le par alain laurent-faucon




Rappel : je laisse une nouvelle fois la parole à Andéol dont j'ai déjà mis en ligne son court récit intitulé Un banc tout moche sur la côte, et avec qui j'écris RMI, les mots des maux. Bien sûr, Andéol pourrait créer son propre blog, afin d'avoir une autre audience, car mon blog est dédié à la culture générale et ce qu'il peut écrire ne sert à rien pour réussir un concours ! Mais c'est son choix, il n'entend pas être lu par beaucoup de gens, l'écriture est inutile et vaine – même si, pour lui, elle est un cri. Alors, deux ou trois lecteurs ou lectrices lui suffisent.


Une amie particulièrement chère m'a fait savoir qu'il ne fallait pas que je mélange les genres, cela pouvait nuire à mon blog ... Pensez : du sexe et des larmes ! Et des propos qui dérangent ! Cela peut me disqualifier auprès de mes chers collègues et de mes pairs, à l'université, mais je ne fréquente pas mes collègues et je ne me reconnais aucun pair, je n'ai que quelques maîtres, et cela pourrait aussi me disqualifier auprès des étudiant(e)s et des candidat(e)s qui viennent consulter mon blog, mais, s'ils sont coincés de la fesse et du bulbe, c'est leur problème, et non le mien. Du coup, cette amie était même prête à créer, pour Andéol, son propre blog, car elle est fort douée en informatique. Un blog rien qu'à lui. Uniquement pour lui. Mais il n'en veut pas. Du moins pour l'instant. Quant à moi, en un mot comme en cent, je me contrefiche du regard des autres et de la façon dont mon blog peut être perçu. Encore et toujours je reviens à cette fulgurante réflexion du rabbi Nahman de Braslav :



« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît
car tu ne pourras pas t'égarer ... »


 

De toute façon, pour moi, Andéol est un « frère de sang », un « frère bossoir » comme le disaient jadis les Noirs des Ziles là-haut, ceux de l'archipel des Chagos, Marie Pirogue, Baba Coquille. Mais cela est une très vieille histoire. Car les Chagos - notamment l'atoll de Diego Garcia - sont devenus la chasse gardée du Pentagone et une base ultra secrète. Un jour je parlerai peut-être de ces Noirs des Iles, je les ai longuement fréquentés quand je faisais ma thèse d'histoire sur l'océan Indien. Un jour ... Peut-être ... Secrète fêlure.




La lune pleure Barbe-Rousse

 

nouvelle

 

 

 

1


 

 

Deux pieds qui glissent et traînent sur le pavé mouillé. Deux pieds qui semblent fatigués d’avoir trop marcher. Deux pieds brusquement éclairés par les phares d’une voiture. Deux pieds d’homme qui disparaissent dans la pénombre.

 

Il va de bar en bar, cherchant au fond d’un verre une étincelle… Qui se souvient de lui, clown au rictus fardé, faisant rire les gosses sous le chapiteau d’un cirque à présent oublié ? Il n’est plus que « Barbe Rousse ». A cause de sa barbe de vieux moine. De sa barbe aux reflets roux.

 

Parfois, il est là, au bord du trottoir, riant d’un drôle de rire. Parfois, il est là, inutile.

 

Quand il marche dans la rue, on ne le voit pas, on ne le voit plus. Il n'a pas d'existence dans le regard des autres. Il est transparent.

 

Seuls les murs de sa chambre partagent sa vie. Seul le miroir de la cuisine connaît son visage. Seuls ses rires et ses larmes savent qu’il a encore une âme, qu’il est encore en vie.

 

Les jours glissent et s’enlisent. Les jours passent et l’exilent.

 

Deux verres, dans un bar. Il est seul, mais commande toujours deux verres. Un pour elle, l'autre pour lui.

 


 

 


Suite : LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [2]


 

 


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Illana-Tihay Angèle 20/05/2009 13:38

Ce poème est magnifique, merci à l'auteur qui fait nous fait découvrir ce joli clown triste, malheureursement pas le seul,victime de sa solitude....

alain laurent-faucon 20/05/2009 22:21


Bonsoir Angèle,

Je vous remercie beaucoup - de la part d'Andéol - pour votre commentaire qui, en plus, est très bienveillant. J'avoue même que je n'aurais pas pensé que quelqu'un lise ce texte, tant les gens ne
viennent sur ce blog que pour la culture gé et ce qui peut leur être utile ! Je n'ai pas continué à mettre en ligne la suite du récit d'Andéol sur "la lune pleure Barbe-Rousse", mais je devrais,
peut-être, du moins pour vous !
En tout cas, un grand merci à vous, du fond du coeur, pour Andéol
alain laurent-faucon