LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [3]

Publié le par alain laurent-faucon



Voici la suite de la nouvelle d'Andéol, en espérant que je ne serai plus jamais importuné par les commentaires – que je mets d'ailleurs aussitôt à la poubelle – de celles et ceux qui estiment qu'un blog de culture générale ne doit pas se commettre dans le « hors texte » ou qui jugent que le « mal être » exprimé dans cette nouvelle, comme d'ailleurs dans tous les écrits d'Andéol, est futile compte-tenu de toutes les souffrances radicales qui fracassent notre humaine condition.


Mais cette nouvelle - écrite sous forme de fragments -, la lune pleure barbe-rousse, n'est-elle pas aussi l'expression de tout ce qui fracasse l'existence de façon insidieuse ? Comme d'ailleurs ses autres textes ?


D'où vient cet actuel rétrécissement de la pensée ?


Encore si l'on me disait qu'il écrivait mal, que ses réflexions relèvent de la superette du coin, de la littérature de gare, je pourrais comprendre et me dire : je m'aveugle - même si cette littérature-là m'intéresse aussi, mais pour d'autres raisons – mais l'on ne me dit rien de tel, hélas.


Ce ne sont que des critiques ad hominem, c'est-à-dire contre Andéol.


Étrange. Vraiment étrange.


Du coup aurait-il un quelconque talent ou une quelconque « épaisseur humaine » pour susciter de telles crispations ? Et toujours de la part de celles et ceux qui se flattent de penser ... et qui me connaissent dans le cadre de la fac ! Ceci expliquerait-il cela. Ce ne serait pas tant Andéol qui serait visé que moi.


Mais, si tel est le cas, quelle perte de temps.

 



 

Début : LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [1]




 

 


La lune pleure Barbe-Rousse

 

 

nouvelle

 



 



5

 


 

Deux pieds qui vont et viennent, comme ça, dans la rue, des heures durant, deux pieds qui le transportent très loin du monde, deux pieds qui lui permettent de marcher dans sa tête.

 

Parfois, il aperçoit un beau visage, une poitrine qui semble vivre sous le corsage ... mais elles sont la jeunesse et il est arrivé à cet âge où l’on n’est plus désiré, regardé, séduit.

 

C'est vrai, Louis-Ferdinand Céline l’a dit au détour d’une phrase : « l’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches » … Mais il est à cet âge où l'on a encore et toujours envie d'aimer et d'être aimé, il est à cet âge où l'on espère encore faire wouah-wouah !

 

Même si ... au-delà de cette limite, le ticket n'est plus valable.

 

Alors, vivre vieux pour quoi ? Economiser sa vie pour quoi ? Ne pas faire d'excès pour quoi ? Pour finir ainsi – car nous finissons tous ainsi et il ne croit pas aux regards énamourés des belles et jeunes femmes pour des hommes de son âge. Pour le confort matériel peut-être, mais elles rêvent, dans leurs étreintes, à tous ces beaux garçons aperçus sur la plage.

 

Quand il était jeune et moniteur de voile, il en a dragué plus d'une, qui lui disaient : faut pas que le vieux nous voit. Un vieux qui bombait le torse devant lui, se prenant pour un dieu, comme tous les cocus.

 

Les étreintes sont pathétiques. Entre le je et le tu, il y a souvent un il ou un elle qui hante les cœurs.

 

Surtout quand on vieillit.

 



6

 


 

Loin, très loin, dans un pays où le soleil se couche, un petit garçon regardait, toutes les nuits, la lune briller. Les premiers temps, il n’avait pas osé lui parler, puis il avait osé et ils étaient devenus amis.

 

Dès que la lune arrivait, il se sentait heureux, tellement heureux qu’il aurait voulu vivre tout le temps avec elle.

 

Après avoir réfléchi et encore réfléchi, beaucoup réfléchi, il s’était enfin décidé. Avec ses économies, il avait acheté une feuille de papier, une très grande feuille de papier, et il avait dessiné un filet, un immense filet, puis, à la nuit tombée, quand son amie s’était approchée, il l’avait capturée et enfermée dans sa chambre.

 

Au début, la lune et le petit garçon avaient été contents, très contents. Puis la lune était devenue triste. Très triste. Elle ne riait plus, elle ne parlait plus. Il lui avait demandé ce qui lui arrivait.

 

Après avoir longtemps hésité, la lune lui avait répondu qu’elle avait besoin d’espace et de liberté, puis avait ajouté qu’elle songeait à tous les enfants qui ne pouvaient plus la voir briller dans le ciel : « eux-aussi sont malheureux », lui avait-elle murmuré.

 

Il l’avait donc libérée. Et il avait beaucoup pleuré. La lune aussi.

 

Ses larmes sont les étoiles que nous apercevons aujourd’hui dans le ciel quand il fait nuit.

 

Il y a longtemps, trop longtemps, toute une vie en fait, qu'il n'est plus ce petit garçon, mais il sait que la lune pleure encore.

 

Elle pleure Barbe Rousse, le vieux clown, celui que les gens du quartier appellent le « mangeur de rats ».

 



7

 


 

Un soir d'hiver, pour échapper au froid et à la solitude, il lisait l'Ethique dans une laverie automatique, quand un gosse était entré et avait crié : « hou ! le mangeur de rats ! ».

 

Il s'en était d'abord amusé, puis avait compris que c'était des adultes qui parlaient par la bouche de ce gosse.

 

Que faire ?

 

La bêtise des « braves gens » est aussi écœurante que la « charité chrétienne » de ces bigotes et bigots qui se pavanent, le dimanche, sur le parvis de l'église.

 

Le mépris est aussi abject que la pitié. Ou la charité. C'est toujours après les tendresses que l'on fait les pires saloperies, écrivait Céline.

 

Diogène, aujourd'hui, serait dénoncé à la police par les « bonnes âmes » du quartier. Il serait peut-être bouclé dans un asile de fous, lui qui méprisait les puissants et disait à Alexandre le Grand, ôte-toi de mon soleil !

 

De nos jours, tout le monde recherche l'ombre qui protège et rassure. La courbette et la flagornerie sont des modes d'être. Suffit de voir les intellos.

 

De la servitude volontaire ... s'étonnait déjà La Boétie. Le larbin est aussi vieux que le monde. Et pour devenir quelqu'un, faut d'abord avoir été servile. Puis le rester, tout en écrasant les plus faibles. Casse-toi, pauvre con !

 

Mais c'est le pauvre con qui est fort.

Comme Diogène.

Il ne s'est pas couché.

 

 

.

 

 

 

Commenter cet article