LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [5]

Publié le par alain laurent-faucon



Nouvelle d'Andéol – suite et fin.

Début : LA LUNE PLEURE BARBE-ROUSSE [1]










La lune pleure Barbe-Rousse


nouvelle


 


 

 

 

 

11

 

 

 

Il ferme les yeux et songe que là-haut, tout là-haut dans le ciel, non loin du Soleil, vit l’oiseau aromate, le Phénix, dont le plumage étincelant est couleur or, ou bien : rouge pourpre.

 

Quand cet oiseau légendaire, mille fois supérieur à l’aigle par sa force et sa beauté, sent que son heure est proche, il se construit un nid de myrrhe et d’encens, puis se consume et renaît de ses cendres.

 

Il voudrait ressembler à cet oiseau aromate, car un parfum qui enivre, c’est comme si Peau d’Âne était conté.

 

Assis au fond du bar, il ouvre un instant les yeux. Deux verres sont disposés sur la table. L’un pour elle, l’autre pour lui.

 

Il imagine des serpents ailés qui virevoltent autour des arbres à encens ; il voit des animaux, ressemblant à des chauves-souris, et il entend leurs cris effrayants ; sur ses lèvres surgit un mot dont les sonorités sont autant de fragrances.

 

hv'.ai - Isha.

 

Il perçoit le chant de la huppe dont l’écho semble lui répéter, comme jadis au roi Salomon, « je connais quelque chose que tu ne connais pas » : les sortilèges d’une femme énigmatique et fière.

 

Une vierge guerrière. Qui lui dirait comme dans la Tentation de Saint Antoine :

 

« Si tu posais ton doigt sur mon épaule, ce serait comme une traînée de feu dans tes veines. »

 

hv'.ai - Isha.

 

Il regarde les verres.

L’un est vide, l’autre plein.

 

 

 

 

12

 

 

 

Il était une fois ...

Un regard. Une voix. Eh puis un banc sur lequel ils étaient assis. En plein soleil. C'était l'une des premières journée du printemps.

 

L'existence n'était plus qu'une seconde élastique entre leurs doigts enlacés. Ils oubliaient que les jeux sont toujours déjà faits. Dès les premières étreintes, se faufile le mot « fin ». La passion a la fulgurance de cette seconde élastique qui, brutalement, se rompt. On n'y peut rien. C'est inscrit dans nos vies, l'éphémère.

 

Mais ce qui le console, c'est que les dieux aussi perdent la tête pour une belle et simple mortelle.

 

Il était une fois ...

 

Pour soustraire sa fille à la passion de Soleil, un père de sang royal avait ordonné de l’enterrer vivante. Quand Soleil tenta de la délivrer, il était trop tard.

 

Désespéré, Soleil décida de la faire monter au ciel en versant sur son corps un breuvage divin. L’aimée fut métamorphosée en un arbrisseau dont les larmes se consument encore en une poignante amertume.

 

Il était une fois ...

Un regard. Une voix. Eh puis un banc sur lequel ils étaient assis. En plein soleil. C'était l'une des premières journée du printemps.

 

Aujourd'hui encore, son parfum flotte où qu’il aille, un parfum aussi cristallin qu’un rire, aussi poignant que le mot fin.

 

Un parfum qui se renouvelle dans les méandres d'un passé sans cesse réenchanté, - tel un palimpseste qui n'en finit pas de se régénérer.

 

hv'.ai - Isha.

 

« Tu es l'homme que j'aurais voulu être », lui avait-elle avoué bien longtemps après qu'ils se soient quittés. Elle savait qu'il était déjà Barbe Rousse, le mangeur de rats. Mais elle savait également qu'il avait toujours été un homme libre – et qu'il le resterait.

 

Il commande deux verres.

L'un pour elle, l'autre pour lui.

 


Cette fois, il commande un Viognier de l'Ardèche, ce vin blanc qu'elle aimait boire en mangeant des tielles sétoises, le soir chez lui.


Etait-ce hier ou aujourd'hui ?


L'existence n'est qu'une seconde élastique tendue entre ses rêves. Ou entre leurs doigts jadis enlacés.


 

 

ANDÉOL

 

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