CULTURE GÉNÉRALE : ATTENTION !

Publié le par alain laurent-faucon



Après avoir donné la parole à Andéol – avec une nouvelle : la Lune pleure Barbe Rousse et quelques chroniques de la vie ordinaire : Pfuit et petits riens -, je reviens à la culture générale, car certains d’entre vous passent des concours en septembre/octobre. Puis je ferai, comme je l'avais prévu, une incursion du côté du monde et de la civilisation arabes. Avant de revenir, bien sûr, à la culture générale.

 

Dans la presse, l’été est le temps des « marronniers », ces articles plus légers, plus « grand public », souvent proches de l’esprit « magazine », rappelant ce qui s’est passé durant l’année écoulée et les décennies précédentes, ou parlant d’amour, de bonheur, - il suffit d’ouvrir journaux et « news » pour s’en convaincre.

 

Ces réserves faites, il convient toutefois de poursuivre sa « veille », car surgissent des pépites qui nous permettent d’avoir une autre approche de la réalité sociale et du monde dans lequel nous évoluons.

 

C’est ainsi que j’ai déjà mis en ligne plusieurs dossiers qui peuvent orienter vos réflexions et qui touchent à des questions qui sont « dans l’air du temps » et qui, de ce fait, peuvent inspirer les jurys dans le choix de sujets, à l’écrit et à l’oral, de culture générale. En voici la liste :

 



RÉINVENTER LA DÉMOCRATIE
GALBRAITH : IGNORER LES PAUVRES
IDÉES : JUDITH BUTLER ET AVITAL RONELL
A. RONELL : MENTALITÉ CALCULATRICE
MICHAELS : DIVERSITÉ CONTRE ÉGALITÉ
BOOKS, INTERNET ET SOCRATE 2.0
DÉMOCRATIE, PEURS ET GRAND RÉCIT



 

Si j’insiste autant, c’est parce que plusieurs thèmes sont trop prégnants pour les occulter : la démocratie, identité nationale, diversité et égalité, mutations sociales et salariales, réforme de l’État et des collectivités territoriales, laïcité et phénomènes religieux, géopolitique des religions, développement durable et réchauffement climatique, géopolitique de l’eau, un autre « grand discours » - l’écologie - et les normativités que cela génère (hygiénisme, etc.), l’homme et l’animal, penser l’humain et l’humanité de l’homme, bioéthique, Internet, la pensée et l’écrit, etc.


Je vous invite à aller voir du côté de :

 

SUJETS POSSIBLES ?! D'AUTRES PISTES ...


Déjà, sur la plupart de ces thèmes, vous pouvez trouver sur mon blog pas mal d’informations, même s'il me faut poursuivre mes efforts pour vous offrir le plus de renseignements possibles. Cela dit, j’oserai écrire que les étudiant(e) et candidat(e)s, qui ont l’intelligence d’utiliser ce blog comme un véritable instrument de travail, pourraient faire l’impasse sur un certain nombre d’ouvrages que je cite pour mémoire et en guise de références.

 

Le problème – et j’y reviens sans cesse au risque de radoter – n’est pas tant de lire beaucoup, d’accumuler les documents, de naviguer comme des malades sur Internet, mais de lire peu et de bien lire. Et, pour ce faire, il convient de maîtriser la dissertation, qui est une technique et un savoir-faire académiques – de vraies fourches caudines sous lesquelles il faut passer pour réussir - , et de savoir questionner le sujet, les mots du sujet. Y compris pour le bac, les correcteurs, sur Internet, ont rappelé ces vérités premières !

 

Il ne s’agit donc pas d’une lubie personnelle, celle d’un vieux prof qui commence à gâtifier – un danger qui me guette, avec l’âge, il est vrai … Mais avant de me baver dessus et de retomber dans l’enfance, j’aurai l’outrecuidance d’avancer : ce ne sont pas vraiment les connaissances livresques qui font la différence mais la façon de gérer son sujet, l’ordre du questionnement devenant l’ordre du développement (le plan). Mais là, je me heurte à l'incompréhension de la plupart d'entre vous, car vous ne lisez pas ce que je dis à propos de la dissertation et du sujet.


Les correcteurs vous demandent de penser, de réfléchir, de poser les bonnes questions, de débusquer les non-dits, d’ouvrir la discussion, d’éviter les poncifs – ou alors, ce sont ceux qui sont véhiculés par des auteurs reconnus (sic) et que je reproduis sur mon blog. Ces poncifs-là sont des passages obligés et vous les trouverez sur le blog – sur la démocratie par exemple – mais vous avez aussi d’autres réflexions qui vous permettent de nuancer vos propos, de soulever d’autres questions, sans jamais entrer dans la moindre polémique (à éviter ! absolument !), comme les dits de Walter Benn Michaels – La diversité contre l’égalité – qui permettent d’élargir le débat à propos de la diversité par exemple.

 

Concernant les attentes des jurys, voici deux extraits significatifs :



« [...] le jury apprécie les candidats qui savent s’évader des fiches stéréotypées [...] qui acceptent, fût-ce au prix de maladresses pardonnables, de réfléchir en direct ».

- Concours directeur d’hôpital -


« L’épreuve doit permettre d’apprécier l’aptitude des candidats à exprimer, sur le sujet proposé, tant une analyse des faits et des événements qu’une interprétation personnelle et argumentée. »

- Concours de secrétaire des affaires étrangères -



 

Avec l’âge et à force de lire et de me remettre en question et de ne jamais arrêter d’étudier, je me suis aperçu que la plupart des auteurs à la mode ne passent jamais la rampe d’une décennie ou d’un siècle, y compris dans la littérature – n’importe quel prof ou intellectuel publient ! – mais je sais aussi que, dans les concours, tous ces gens-là il faut les connaître. Mon blog est là pour ça. L’exemple le plus flagrant est mon dossier de presse sur « repenser la démocratie » que vous devez tous et toutes lire et travailler, mais quel ennui intellectuel, rien de nouveau, aucune fulgurance. Mais tous les auteurs, dont j’ai mis en ligne un texte, sont des auteurs qui comptent, impossible de ne pas les citer, de ne pas lire ce dossier. Est-ce clair ?

 

Une étudiante en "master 2" (ex DEA) m’a récemment demandé des renseignements sur un ouvrage de Jean Duvignaud, un auteur qu’elle ne connaissait pas. Ce qui est, bien sûr, compréhensible. Peu de gens le connaissent, y compris parmi les profs. Mais c’est ainsi. Pendant très longtemps, Gabriel Tarde a été perçu, par la postérité, comme un simple « demeuré » réactionnaire. Et, aujourd’hui, on le (re)découvre ! Et jean Duvignaud, dans le langage perdu (PUF, 1973), a eu l’outrecuidance de réhabiliter - en partie – Lévy-Bruhl, geste purement suicidaire à une époque où seul Lévi-Strauss était la vérité. De nos jours, pour qui sait lire et penser, Lévy-Bruhl est très, très moderne. Mais voilà, de nos jours encore, vous devez absolument éviter de parler de ces auteurs. Surtout de Lévy-Bruhl, un sombre crétin pour la majorité des clercs qui ne l'ont, d'ailleurs, jamais lu.

 

Voilà pourquoi, par-delà l’épreuve de culture générale, je vous invite – pour votre gouverne absolument personnelle -, à méditer, remâcher, digérer, recracher, cette subversive et paradoxale invitation de Nahman de Braslav :



 « Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît
car tu ne pourras pas t'égarer ... »

 


Mais attention ! Cette ligne de conduite, qui vous ouvrira tout un vaste champ de possibles, ne peut être la vôtre qu’une fois que vous aurez oublié tout ce qu’il vous faut savoir pour la culture générale, une fois le concours réussi. Mais, là, par expérience je le sais, j’ai trop vu passer d’étudiant(e)s, vous effacerez cette réflexion de Nahman de Braslav afin de pouvoir « gérer votre carrière » sans vous « prendre la tête ». Le prix de la réussite est là : être conforme – même si, grâce ou malgré mon blog, vous aurez compris que la réalité n’est qu’une construction sociale. Mais, pour faire carrière, il faut évacuer toute dissonance cognitive.

 

Alain Laurent-Faucon

 

LECTURE : je vous invite vivement à consulter l'ouvrage de Philippe Bezes sur la réforme et la réinvention de l'État engagées depuis les années 1960 – si vous voulez comprendre, un tant soit peu, ces « transformations silencieuses » qui sont en train de totalement modifier le « référentiel » de l'action publique. Une page est en train de se tourner, sans que la majorité des citoyens et des observateurs en prennent réellement conscience. D'où la nécessité de lire cette étude, y compris pour repenser la démocratie ! Moins que jamais la fonction publique devient indépendante du pouvoir politique, ce qui explique le spoil system généralisé, initié par l'actuel président de la République. C'est en tenant compte de ces changements radicaux et irréversibles que l'on se doit de repenser la démocratie – fût-elle de proximité ! Un leurre ... à une époque où tous les pouvoirs sont confisqués par une oligarchie regroupant en son sein des politiques, des hauts fonctionnaires, des économistes et autres grands patrons.



 

La réinvention sans fin de l'État contemporain

 

 

Réinventer l'État. Les réformes de l'administration française (1962-2008)

ouvrage de Philippe Bezes




LE MONDE DES LIVRES | Article paru dans l'édition du 05.06.09.





Comment pourrait-on prétendre gouverner les autres si l'on ne se gouvernait pas soi-même ?, demande le sociologue Philippe Bezes, dans un livre dense et fascinant, où il tente de saisir non pas "l'État qui réforme" mais celui "que l'on réforme". A elle seule, du reste, cette question résume le paradoxe de l'État contemporain, engagé depuis les années 1960 dans un processus ininterrompu de réinvention.

Au fil des années, la réforme de l'administration est en effet devenue une véritable politique publique à part entière. La seule, peut-être, à avoir envahi avec une telle constance les programmes politiques, les rapports administratifs en tout genre, les contrats passés par l'administration avec les cabinets de conseil et, finalement, le sens commun. Pour le dire avec les mots que Philippe Bezes emprunte à Michel Foucault, l'État contemporain est devenu "soucieux" de lui-même. C'est peut-être là, d'ailleurs, sa principale singularité.

Au fil d'une enquête historique très fouillée, le sociologue identifie cinq configurations idéologiques et institutionnelles qui jalonnent l'histoire du "souci de soi de l'État" : la rationalisation des choix budgétaires dans les années 1960, les réformes du rapport des usagers à l'administration dans les années 1970, la décentralisation au début des années 1980, la modernisation du service public à la fin de cette décennie et, enfin, la diffusion du "nouveau management public" dans les années 1990. En arrière-plan, c'est un schéma inspiré de Max Weber qu'il dessine : la rationalisation progressive de l'exercice du pouvoir bureaucratique.

Une "rationalisation" qui, à lire Philippe Bezes, n'est pas dénuée d'ironie. En retournant contre lui-même son pouvoir réformateur, "l'État stratège" a aussi sapé les bases idéologiques sur lesquelles il fut fondé, notamment l'existence d'une fonction publique indépendante du pouvoir politique. Qui plus est, ce sont paradoxalement aujourd'hui des hauts fonctionnaires qui sont les promoteurs de la conception managériale de l'État, et plus des hommes politiques comme dans les années 1970, ou des consultants comme dans les années 1980. L'auteur connaît assez la sociologie des organisations pour ne pas se laisser impressionner par ce genre de paradoxes. Le "tournant Sarkozy", sur lequel se conclut l'ouvrage - critique des corps de fonctionnaires, promotion de l'avancement au mérite, spoil system généralisé dans la haute fonction publique -, lui apparaît ainsi comme l'aboutissement du processus de réinvention de l'administration, plutôt que son inauguration.

Longtemps, l'État fut tenu par la sociologie française pour une institution figée. En décrivant les voies par lesquelles l'art de gouverner a choisi, au tournant de ce siècle, de se prendre pour son propre objet, Philippe Bezes montre, a contrario, que nous sommes peut-être au bord d'un changement radical du "référentiel" de l'action publique.


Gilles Bastin


Réinventer l'État. Les réformes de l'administration française (1962-2008) de Philippe Bezes. PUF, "Le Lien Social", 520 p., 30 €



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Tietie007 26/01/2013 20:11

Heureux les étudiants d'aujourd'hui, qui ont accès à une formidable base de données culturelles, avec le net ...Dans les années 80, je me rends compte que nous étions à l'ère préhistorique de
l'info !