POLITIQUES PUBLIQUES : LA RGPP [4]

Publié le par alain laurent-faucon


Une fois n'est pas coutume, mais je dois bien admettre que toutes les remarques d'Éric Le Boucher dans sa chronique du Monde daté du 6-7 avril 2008, sont d'une grande pertinence et visent juste. Faute de vouloir réellement penser le rôle de l'État, de vouloir penser l'humain, la place de l'homme dans la société, dans la vie économique et dans le monde du travail, les femmes et les hommes politiques de droite comme de gauche ont définitivement versé dans une sorte de salmigondis sans consistance intellectuelle ou éthique dont le plus petit dénominateur commun serait un vague néo-libéralisme. Or, en ce qui concerne une telle approche, ce sont des hommes comme Éric Le Boucher qui sont à la pointe de la réflexion. Hélas ! Je ne partage pas sa vision du monde, mais j'avoue que ses remarques sur les politiques publiques méritent d'être examinées et méditées. Or que dit-il ?

La politique sociale du président de la République et du gouvernement « est si embrouillée, si contradictoire, et si mal expliquée, qu'elle percute aujourd'hui le débat sur "la rigueur" et donne le pire de ce que la France pouvait redouter : une contre-pédagogie des réformes ». Le journaliste constate qu'en France, les réformes sont toujours des « moins », et il faut bien admettre que, dès que les pouvoirs publics ou les entreprises parlent de réformes ou de modernisation, il faut trop souvent entendre : restrictions de crédits, licenciements, ennuis de toutes sortes pour les citoyens ou pour les salariés.

« [...] à l'inverse de ce qui se passe à l'étranger, les réformes, dit-il, sont ressenties en France comme des "moins", moins de dépenses, moins d'emplois, moins de services publics, moins de solidarité, moins d'école, etc. C'est tout le contraire qu'il faudrait : comme en Suède, au Canada ou en Allemagne, les réformes sont positives. Leur objet n'est pas du "moins" mais du "plus", plus d'emplois pour les jeunes, plus d'innovation, plus de productivité, plus de croissance, plus d'espoir. »

Bien sûr, je ne me fais aucune illusion sur l'idéologie d'Éric Le Boucher et ce qu'il écrit dans sa chronique peut se lire parfois autrement : il est pour tous ces « moins », mais ce qui l'agace c'est que le président de la République et le gouvernement n'utilisent pas un autre discours afin d'occulter ces « moins » en inventant des « plus ». Mais peu importe : la pratique de l'herméneutique romantique allemande me permet d'avancer que le texte a sa propre existence (Dilthey) et qu'il n'est pas nécessaire de retrouver l'esprit de l'auteur, comme le voulait Schleiermacher, pour lire un document et dégager du sens.

Le journaliste du Monde fait également remarquer combien les mesures proposées relèvent d'une rigueur qui ne veut pas dire son nom et combien le président de la République et le gouvernement ont commis de graves erreurs. Pour n'en citer qu'une, le fait de vouloir ne remplacer qu'un fonctionnaire sur les deux partant à la retraite. « C'est sans doute un bon slogan électoral. Mais c'est mettre l'accent sur le quantitatif, alors que le sujet est qualitatif. La RGPP (révision générale des politiques publiques) ne devrait pas être présentée comme une mitrailleuse contre les emplois de fonctionnaires, mais comme la manière de rendre des meilleurs services à l'usager. »

Dernier point : « Gauche et droite ont confondu social avec dépenses publiques. Pourquoi ne pas dénoncer ce faux-semblant que tout le monde sait dépassé ? Le bon social ne se compte plus en argent comme en 1945, mais en efficacité d'aide pour les vraies souffrances de 2008. Le RSA de Martin Hirsch montre qu'il est vain d'empiler des montagnes de subventions et qu'il est temps d'instaurer "une nouvelle conception des prestations sociales" autour des difficultés de retour au travail, moment dramatique pour beaucoup [...] » Et, là-encore, les vraies mesures risquent de ne pas être prises et la politique du RSA, initiée par Martin Hirsch, a du plomb dans l'aile si l'on en croit ce qui se dit (voir ci-après).

Le « travailler plus », slogan purement électoral, ne relève pas que du « je », il est d'abord et surtout un « nous » et dépend de l'environnement économique, politique et social, de la stratégie patronale (cf.les temps partiels imposés aux caissières des grandes surfaces) et du sort qui est réservé aux jeunes, aus stagiaires et aux seniors : personne ne veut les payer à leur juste valeur ou personne n'en veut tout simplement !

« Nous restons dans l'ère du "moins", de la purge, des réformes comme huile de ricin. » Et l'avenir s'annonce sombre, très sombre. Cette fois-ci ce n'est pas comme en mai 68, la France ne s'ennuie pas. En revanche, elle risque, dans les mois à venir, de désespérer jusqu'au bout.


 
 

 


REVUE DE PRESSE

 

 

 

Les réformes à l'huile de ricin

par Éric Le Boucher



LE MONDE | Article paru dans l'édition du 06.04.08.


"Il y a des déficits, il faut qu'on coupe à la serpette, donc on va faire tant d'économies et ça fait tant de postes en moins." Ce commentaire de Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, du train de mesures annoncées par Nicolas Sarkozy, vendredi 4 avril, est, hélas ! mérité par le président. Sa politique sociale est si embrouillée, si contradictoire, et si mal expliquée, qu'elle percute aujourd'hui le débat sur "la rigueur" et donne le pire de ce que la France pouvait redouter : une contre-pédagogie des réformes.

A nouveau, comme douze ans sous Jacques Chirac, à l'inverse de ce qui se passe à l'étranger, les réformes sont ressenties en France comme des "moins", moins de dépenses, moins d'emplois, moins de services publics, moins de solidarité, moins d'école, etc. C'est tout le contraire qu'il faudrait : comme en Suède, au Canada ou en Allemagne, les réformes sont positives. Leur objet n'est pas du "moins" mais du "plus", plus d'emplois pour les jeunes, plus d'innovation, plus de productivité, plus de croissance, plus d'espoir. C'est l'immobilisme français qui a accouché du "moins". S'étant mis dans l'impasse, le gouvernement risque de perdre la bataille des esprits, donc la guerre. Comme en 1995.

Certes, Jean-Claude Mailly, patron du Syndicat des fonctionnaires, entonne un air attendu : il hurle par principe contre toute réduction de postes de fonctionnaires. Mais c'est son rôle. Disons une version rustre de son rôle. Laurent Fabius, qui, lui, accuse Nicolas Sarkozy de confondre "la réforme de l'État et la régression de l'État", est aussi dans son rôle d'opposant. Disons une version oublieuse de son rôle (ministre des finances de 2000 à 2002, il avait vanté la réduction de la fiscalité et de la dépense publique...). Mais ce discours du "moins" martelé et médiatisé va passer dans l'opinion parce que le gouvernement se défend mal, ses arguments sont affaiblis sur la forme et le fond.

Sur la forme. Le gouvernement refuse d'assumer le terme de rigueur, à cause du passé malheureux de ce mot sous Raymond Barre, sous Pierre Mauroy, sous Alain Juppé. Il plaide pour dire qu'il n'y a pas de rigueur puisqu'il n'y aura pas d'impôt supplémentaire et que les Français ne seront pas ponctionnés. Peine perdue. Quand on met en oeuvre 166 mesures pour réduire les dépenses de 7 milliards d'euros, le discours de négation est une incitation à démontrer le contraire ! C'est ouvrir le livre des doléances, qui prouve - facilement - que si, il y a bel et bien rigueur.

Une deuxième erreur de forme vient y contribuer : partir du principe de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite. C'est sans doute un bon slogan électoral. Mais c'est mettre l'accent sur le quantitatif, alors que le sujet est qualitatif. La RGPP (révision générale des politiques publiques) ne devrait pas être présentée comme une mitrailleuse contre les emplois de fonctionnaires, mais comme la manière de rendre des meilleurs services à l'usager.

Sur la forme. Pourquoi ne pas assumer la rigueur ? Pourquoi le reprendre quand le premier ministre dit que "la France est en faillite", alors que c'est vrai ? Tous les pays ont réduit leurs dépenses publiques depuis quinze ans. Elles sont passées de 50,4 % du PIB en 1990 dans la zone euro à 46,1 % cette année (prévision de l'OCDE). L'Allemagne réunifiée est passée d'un pic de 49,3 % en 1996 à 44,3 % en 2008. La Suède de 72,4 % en 1993 à 53,8 % cette année. Sont-ce là des pays devenus antisociaux ? La France fait exception. Gauche et droite ont confondu social avec dépenses publiques. Pourquoi ne pas dénoncer ce faux-semblant que tout le monde sait dépassé ? Le bon social ne se compte plus en argent comme en 1945, mais en efficacité d'aide pour les vraies souffrances de 2008. Le RSA de Martin Hirsch montre qu'il est vain d'empiler des montagnes de subventions et qu'il est temps d'instaurer "une nouvelle conception des prestations sociales" autour des difficultés de retour au travail, moment dramatique pour beaucoup, à notre époque postfordienne.

A ne pas le clore, le gouvernement laisse le mauvais débat sur la rigueur remplacer le bon débat sur la réforme. Nous restons dans l'ère du "moins", de la purge, des réformes comme huile de ricin.

L'erreur originelle de fond a été cette loi TEPA de juillet (heures supplémentaires défiscalisées, bouclier fiscal...). Bricolée, mal présentée (un cadeau aux riches), très chère et procyclique (il n'y a d'heures sup qu'en cas d'accroissement d'activité, or nous vivons l'inverse), elle offre une cible de choix pour l'opposition. Elle pollue, elle aussi, les réformes.

Enfin, dernier embrouillamini, lesdites réformes sont elles-mêmes confuses pour provenir conjointement de trois sources : les mesures de la RGPP (celles présentées vendredi), les réformes des ministres plus ou moins en reprise de celles du rapport Attali et celles préparées de son côté par l'UMP plus ou moins contre le rapport Attali. Difficile de suivre, encore plus difficile de monter une pédagogie d'ensemble.

La réforme et la rigueur : les deux vont ensemble. L'objectif est le même : mettre le pays en mouvement vers du "plus". Avant la présidence française de l'Union, il reste peu de mois pour retrouver une cohérence et l'expliquer.

Eric Le Boucher




Réforme de l'État



Éric Woerth espère 5 milliards d'économies

supplémentaires


LEMONDE.FR | 06.04.08 |  •  Mis à jour le 06.04.08 | 10h01


L'effort de rationalisation de l'État va s'accentuer et une nouvelle salve de réformes sera annoncée d'ici l'été pour économiser cinq milliards d'euros supplémentaires, prévient Eric Woerth, le ministre du budget, dans une interview publiée dans le Journal du Dimanche. La Revue générale des politiques publiques n'est pas terminée, explique-t-il après l'annonce, vendredi par le président Nicolas Sarkozy, d'un plan d'économies de sept milliards d'euros d'ici 2011, dont un peu moins de deux milliards seront reversés aux fonctionnaires pour compenser le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux. "Le conseil de modernisation se réunira à nouveau d'ici l'été afin de boucler définitivement le projet (la RGPP)", déclare-t-il au JDD.


Des avantages supprimés mais pas de rigueur


"En tant que ministre du budget, je souhaite obtenir lors de cette dernière phase de la RGPP le même niveau d'économies que ce qui a été annoncé vendredi, soit plus de cinq milliards d'euros supplémentaires d'ici 2011." Pour Eric Woerth, cet effort est "indispensable" pour atteindre l'objectif de limiter la progression des dépenses de l'État à l'inflation. "L'État doit faire face à l'augmentation des charges de la dette et à celle des pensions. Pour tenir la dépense, nous devons économiser 10 milliards d'euros en 2009, cinq milliards pour l'État et autant pour la Sécurité sociale", détaille-t-il. "Si nous tenons ce cap, nous parviendrons à équilibrer nos comptes publics en 2012."

Pour obtenir les cinq milliards supplémentaires, M. Woerth a évoqué une "fin aux avantages dont bénéficient les fonctionnaires qui prennent leur retraite dans certains DOM-TOM alors qu'ils n'ont aucun lien avec ces territoires". Cette mesure rapporterait 90 millions d'euros en 2011. Il a aussi mentionné le "recentrage" des aides aux entreprises de moins de 5 000 personnes, ce qui rapporterait 200 millions.

Le ministre du budget et des comptes publics réfute toutefois le terme de rigueur. "La rigueur, c'est augmenter les impôts et tailler dans les dépenses à coup de hache de manière aveugle. Nous faisons exactement le contraire : c'est par des réformes concrètes et précises que nous ferons des économies", explique-t-il en reprenant l'argumentaire de Nicolas Sarkozy vendredi.

Éric Woerth, qui est rapporteur de la RGPP, redit dans l'interview que "chaque ministre devra assumer sa part de l'effort", en particulier en ce qui concerne le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, et que l'éducation nationale ne pourra en être dispensée. "Nous ne parviendrons pas à tenir la règle d'un non-remplacement sur deux si l'éducation nationale n'y contribue pas", dit-il sans exclure cependant des ajustements en fonction des ministères qui seront arbitrés avant l'été pour l'élaboration du budget.

Woerth assure ne pas redouter une fronde des élus locaux, promettant que "le regroupement des services de l'État sera mené dans le respect de l'aménagement du territoire", mais ne s'engage pas sur le RSA, le revenu de solidarité active qui est destiné à encourager le retour à l'emploi. "Une expérimentation est en cours, il faut la mener jusqu'au bout", déclare le ministre. "Lorsque la question de la généralisation se posera, il faudra l'examiner avec une logique d'efficacité, une logique humaine et aussi une logique budgétaire." Mardi, le premier ministre François Fillon avait jugé "coûteux" le projet conçu par Martin Hirsch, le haut commissaire aux solidarités actives.




Paru dans le JDD Dimanche 06 Avril 2008


http://www.lejdd.fr


Woerth: "Je souhaite trouver 5 milliards de plus"


Propos recueillis par Yann PHILIPPIN - Le Journal du Dimanche



La chasse aux dépenses publiques ne fait que commencer. Nicolas Sarkozy a voulu marquer les esprits vendredi en annonçant 166 réformes dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). L'objectif : économiser 7 milliards d'euros d'ici à 2011, dont un peu moins de 2 milliards seront reversés aux agents de l'État pour compenser le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux.

 

Dans un entretien au JDD, le ministre du Budget, Eric Woerth, annonce que ce vaste effort de rationalisation de l'État va s'accentuer, et qu'une nouvelle salve de réformes d'une ampleur comparable sera annoncée d'ici l'été. Il balaye au passage les critiques de l'opposition jugeant que "François Hollande n'a pas de leçons de réforme à nous donner alors qu'il n'a même pas réussi à réformer le PS".

Cinq milliards d'économies, c'est moins de 2% des dépenses de l'Etat. L'effort n'est-il pas trop faible vu l'état du déficit public?

C'est au contraire une démarche très forte. Pour la première fois, on parle de milliards d'euros d'économies prouvées et documentées. A soi seul, cela ne suffira pas à rétablir l'équilibre des comptes publics. Mais la RGPP n'est pas terminée. Le conseil de modernisation se réunira à nouveau d'ici l'été afin de boucler définitivement le projet. En tant que ministre du Budget, je souhaite obtenir lors de cette dernière phase de la RGPP le même niveau d'économies que ce qui a été annoncé vendredi, soit plus de 5 milliards d'euros supplémentaires d'ici à 2011.

Pourquoi voulez-vous poursuivre l'effort?

C'est indispensable pour atteindre l'objectif que nous nous sommes fixé: limiter la progression des dépenses de l'État à l'inflation. Or, l'État doit faire face à l'augmentation des charges de la dette et à celle des pensions. Pour tenir la dépense, nous devons économiser 10 milliards d'euros en 2009: 5 milliards pour l'État et autant pour la Sécurité sociale. Si nous tenons ce cap, nous parviendrons à équilibrer nos comptes publics en 2012.


"Rendre l'État plus eficace"


Cela ressemble fort à un plan de rigueur...

Il s'agit au contraire de rendre l'État plus efficace. La rigueur, c'est augmenter les impôts et tailler dans les dépenses à coups de hache de manière aveugle. Nous faisons exactement le contraire: c'est par des réformes concrètes et précises que nous ferons des économies.

Par exemple?

Prenons l'outre-mer. Cela fait des années que des parlementaires tentent sans succès de mettre fin aux avantages dont bénéficient les fonctionnaires qui prennent leur retraite dans certains DOM-TOM alors qu'ils n'ont aucun lien avec ces territoires. Cette mesure sera votée d'ici à la fin de l'année, et rapportera 90 millions d'euros en 2011. En ce qui concerne les aides aux entreprises, leur recentrage sur les sociétés de moins de 5.000 personnes salariées va rapporter 200 millions d'euros.

Pourquoi réussiriez-vous là où les gouvernements précédents ont échoué?

Pour la première fois, les réformes sont assumées politiquement au plus haut niveau de l'État. Avez-vous déjà entendu un président de la République avoir le courage de dire qu'il allait baisser de 70 à 60% la proportion de Français éligibles au logement social et augmenter les surloyers des locataires de HLM les mieux lotis? C'est pourtant une mesure de justice sociale, qui va permettre de libérer des dizaines de milliers de places de HLM pour ceux qui en ont vraiment besoin. Mais seul Nicolas Sarkozy a eu le courage de prendre cet engagement.

Comment réformer alors que certains ministères semblent manquer d'enthousiasme, comme l'a déclaré le chef de l'État?

Pour réussir, nous devons maintenant concrétiser les réformes et assurer leur suivi. C'est le mandat que m'a confié le Président en tant que rapporteur de la RGPP. Je le dis avec force, chaque ministre devra assumer sa part de l'effort, en particulier en ce qui concerne le non-remplacement d'un fonctionnaire d'État sur deux.


"Le déficit, ce sont nos enfants qui le financeront"


Les lycées manifestent contre les suppressions de postes. L'Éducation nationale sera-t-elle moins touchée que les autres?

Pour faire des économies, il faut s'attaquer aux sujets sensibles, car il n'existe pas de réduction de dépenses faciles à faire. Nous ne parviendrons pas à tenir la règle d'un non-remplacement sur deux si l'Éducation nationale n'y contribue pas. Il peut y avoir d'éventuels ajustements en fonction des ministères, qui seront arbitrés avant l'été pour l'élaboration du budget. Mais l'Éducation nationale va devoir poursuivre les efforts à la rentrée 2009.

Redoutez-vous une fronde des élus locaux?

Le regroupement des services de l'État sera mené dans le respect de l'aménagement du territoire. Nous ne sommes pas obligés de fermer tous les services au même endroit. Il faut beaucoup concerter avec les élus. Par exemple, lors de la fusion entre la direction générale des finances et celle de la comptabilité publique, j'ai décidé de conserver les 2000 trésoreries situées en milieu rural.

La généralisation du RSA, le revenu de solidarité active, est-elle menacée?

C'est une bonne mesure, car elle permet de faire gagner plus aux gens qui travaillent qu'à ceux qui ne travaillent pas. Une expérimentation est en cours, il faut la mener jusqu'au bout. Lorsque la question de la généralisation se posera, il faudra l'examiner avec une logique d'efficacité, une logique humaine, et aussi une logique budgétaire.

Selon les syndicats et l'opposition, cette logique va au contraire casser le service public.

Ces propos sont révoltants et irresponsables. Les déficits publics, c'est l'affaiblissement des plus faibles. A chaque fois qu'on creuse le déficit public, ce sont nos enfants qui le financeront en payant plus d'impôts et de cotisations sociales. Si on continue comme ça, nos enfants entreront dans la vie active avec moins de pouvoir d'achat, moins de chances d'accéder au logement, moins de perspectives d'avenir. C'est pour cette raison que la réforme est indispensable et que nous la mènerons à bien.

 




COMMENTAIRE D'UN INTERNAUTE

 


Tout cela est bien beau, mais pour savoir ce que

recouvre vraiment la RGPP, suivez ce lien :


http://www.levraidebat.com/article-18004673.html



Et pour quelques idées un peu plus originales et moins

coûteuses en terme de service public, cliquez ICI :


http://www.levraidebat.com/article-18120606.html


Bonne lecture !



Dans POLITIQUES PUBLIQUES : LA RGPP [1], j'avais donné les adresses électroniques des principaux syndicats afin que les étudiant(e)s et les candidat(e)s aux concours de la fonction publique puissent avoir d'autres approches possibles. Cette fois, et sous l'amicale invitation d'un certain « Alex », je vous propose les deux textes qu'il me conseille de lire et qui sont dus à « un collectif de citoyens (actifs, étudiants) décidés à promouvoir un débat de fond après le rendez-vous manqué de la présidentielle. » Et le collectif précise : « Nous ne sommes d'aucun parti et n'avons pas d'ancrage politique particulier. »

http://www.levraidebat.com/article-18004673.html

 

RGPP, pour "révision générale des politiques publiques", processus lancé par Nicolas Sarkozy en juillet 2007, qui mobilise depuis l'ensemble des cabinets ministériels, dans l'ombre d'un débat inexistant.

Sous cet acronyme technocrate, se cache la plus importante opération de destruction du service public jamais opérée en France depuis des décennies.

Il s'agit en effet de redessiner l'organisation de l'administration de l'Etat, dans le seul et unique but de permettre le non-remplacement d'un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Les justifications avancées sont souvent différentes, s'attachant à l'intérêt général, mais la réalité est bien sûr autre : seules les considérations financières servent de critères à la mise en place de cette RGPP.

Quelques exemples très concrets vous permettront d'apprécier la portée de cette entreprise de destruction. Il s'agit par exemple de revoir totalement l'administration de l'Etat dans les territoires, en fermant bon nombre de sous-préfectures, et en réduisant à peau de chagrin les administrations au niveau du département, telles la DDASS, ou la DDE par exemple. Résultat, une perte de proximité, de capacité d'accueil du public, et des territoires ruraux plus encore désertifiés.

Concernant les services de soins, la fermeture de la plupart des hôpitaux de proximité, dans nos petites villes, est également programmée.

Même chose pour les petits collèges, la moitié des bureaux de poste, les lignes de chemin de fer "les moins rentables", les 2/3 des casernes militaires sur le territoire, et la plupart de nos consulats en Europe (et tant pis pour les centaines de milliers de Français de l'étranger).

Voilà ce qui aujourd'hui est prévu dans le cadre de la RGPP.

La machine avance, inexorablement. Ce travail de sape du service public avait déjà été largement entamé sous les gouvernements PS et UMP précédents, mais il connaît cette fois-ci une accélération inconnue jusque là.

Il s'agit à n'en pas douter de programmer la suppression de nombre de postes d'agents de service public, pour complaire à Bruxelles quelques mois avant la présidence française de l'Union européenne.

Dommage pour le service public, dommage pour nos territoires de campagne, dommage pour les usagers. Pire, il n'est pas certain du tout que cette réforme entraînera la moindre économie pour les finances du pays, dans la mesure où les collectivités territoriales et les intercommunalités continuent elles de multiplier les dépenses, d'embaucher à tour de bras, profitant de la confusion incroyable engendrée par les catastrophiques lois de décentralisation Raffarin.

R G P P, n'oubliez pas ces 4 lettres, elles devraient faire des ravages, si aucune mobilisation ne s'organise.


http://www.levraidebat.com/article-18120606.html

 

Le journal Les Échos de ce matin nous le rappelle : les dépenses des collectivités locales - communes, intercommunalités, départements et régions - ne cessent de croître, s'établissant à 210 milliards d'euros l'an dernier, en hausse de 6,9% en un an !

Plutôt que de s'acharner sur les services publics d'État, plutôt que de fermer des bureaux de poste, des collèges, des lignes de chemin de fer et des hôpitaux, il serait sans doute plus intelligent de partir de ce constat et de trouver des solutions.

Et nous arrivons vite au coeur du problème : les décentralisations successives depuis 1982. Ces décentralisations, et tout particulièrement celle de 2004, ont créé une situation extrêmement complexe, où plus personne ne s'y retrouve, à commencer par le citoyen perdu dans la jungle des compétences partagées entre collectivités et État.

On ne compte plus aujourd'hui le nombre d'organismes coprésidés par tel élu local et le Préfet, le nombre de domaines (tel la sécurité incendie ou les routes) où une partie du travail est effectué par l'État, l'autre par le département ou la région.

A cet imbroglio est venu s'ajouter le mouvement d'intercommunalité, qui se traduit par la superposition de structures administratives doublons aux échelons municipaux. Un rapport de la Cour des comptes de 2005 estimait ainsi à 200 000 le nombre d'emplois doublons engendrés par l'intercommunalité.

Les décentralisations ont donc compliqué à l'extrême les politiques publiques, désorienté l'usager et affaibli l'État dans sa dimension stratégique, alors que dans le même temps naissaient des seigneureries locales et s'accroissaient les inégalités économiques et sociales entre les territoires.

Pire, une concurrence malsaine s'est peu à peu développée entre les grosses collectivités locales (notamment les régions) et l'État, alors qu'on pourrait attendre de nos élus et de nos fonctionnaires qu'ils travaillent ensemble, dans le même sens, mûs uniquement par l'intérêt général et le souci de bien faire.

Il ne faut donc pas s'étonner du chiffre que nous donne Les Échos : +6,9% en un an. Dans un univers flou, complexe et mouvant, chaque acteur peut bénéficier de zones d'incertitude pour avancer, dépenser toujours plus, embaucher à tout-va, et pratiquer au passage le clientélisme qui aidera à la réelection...

Voilà le vrai sujet. Plutôt que d'affaiblir encore un peu plus l'État alors que la mondialisation nécessite des États forts pour pouvoir lui faire contrepoids, le gouvernement ferait bien de se pencher sur la décentralisation.

On pourrait espérer une clarification des compétences, qui se traduirait certainement par la recentralisation d'une partie d'entre elles (notamment la politique sociale aujourd'hui dévolue aux départements), quand l'égalité entre les territoires le demande ou qu'une politique stratégique de la Nation l'exige.

Peut-être faudrait-il aussi supprimer un niveau de collectivité. A ce sujet, l'échelon régional mérite qu'on s'interroge sur sa pertinence. Trop petit pour avoir un poids quelconque et porter une politique stratégique, trop grand pour être proche du citoyen et constituer un échelon de proximité, il n'est peut-être pas nécessaire. Il serait parfaitement envisageable de supprimer la région, afin de redonner à l'État le stratégique, et aux départements ou aux communes la proximité. Au passage, la disparition de la région affaiblirait les baronnies locales, sources de gabegie (il suffit de regarder les hôtels que se construisent les conseils régionaux, toujours somptueux et très coûteux), de clientélisme, ou même de corruption.

En parallèle, ce Grenelle de la décentralisation mettrait sur la table l'intercommunalité. Là où des syndicats intercommunaux existent encore, alors qu'une intercommunalité a absorbé leurs compétences, l'État doit imposer leur dissolution, et non se contenter d'attendre que les communes le fassent selon leur bon vouloir.

Alors, bien sûr, cette remise à plat de la décentralisation n'est envisageable que si le climat idéologique évolue à la tête du pays. A l'heure actuelle, sans trop savoir pourquoi finalement, il est de bon ton en haut lieu de toujours prendre à l'État pour donner à l'Europe ou aux collectivités, sans s'interroger sur les conséquences d'une telle politique en termes de dépenses publiques, de démocratie, et d'égalité entre les citoyens.

Quels résultats a donc produit ce dogmatisme partagé par l'UMP et le PS depuis 25 ans ? Pas grand chose de bon à notre avis.


Tirons-en les conséquences et retrouvons un peu de bon sens.

 

 


 

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Marmaille 18/04/2008 10:22

Bonjour,

Un des buts de la RGPP est bien de faire des économies...je trouve ça facile vraiment de taper sur les collectivités territoriales en appelant à un "Grenelle de la décentralisation". Il me semble qu'ici on mélange les torchons et les serviettes.

On avance le chiffre iconoclaste de +7% des dépenses des collectivités en oubliant de préciser qu'elles n'ont pas le droit de présenter des budgets en déficits, en oubliant de dire que l'Etat réduit unilatéralement la DGF cette année (en gros débrouillez vous pour financer le reste par vous-mêmes), en oubliant de parler des transferts de compétence qui concernent des dépenses structurellement croissante (cf. évolution du nombre de RMIstes )....

J'apprécie tout particulièrement votre blog que je suis depuis un bout de temps maintenant. Mais là honnêtement les arguments avancés par le site "le vrai débat" ne me semblent pas réellement pertinents en tout cas pour préparer les concours administratifs...Disons qu'il manque des précisions et que le tableau dressé est incomplet. Je ne remets pas en doute la nécessité de réformer le fonctionnement des collectivités territoriales je dis juste qu'on se trompe un peu de débat.

Vous l'aurez surement deviné, je suis très très attirée par administrateur territorial ;)

alain laurent-faucon 28/04/2008 17:36


Bonjour Marmaille,
Pardonnez-moi ce retard à vous répondre ! La raison en est que vos remarques et critiques sont fort intéressantes et que je lutte sans cesse avec cet inévitable et cruel dilemme : comment faire
pour rester le plus neutre possible  - même si, philosophiquement et existentielement et historiquement parlant, la neutralité n'est qu'un leurre ! - tout en proposant d'autres lectures
possibles, lesquelles sont parfois très engagées, comme c'est le cas avec "le Vrai Débat". Cela dit, je crois qu'il est bon d'avoir diverses approches, afin de pouvoir construire son propre
argumentaire, quitte à intégrer certains points de vue que vous vous permettrez ensuite de contester dans votre dissertation. A cette réserve près : garder toujours une distance suffisante - cette
fameuse "puissance d'écart" dont je parle si souvent dans mon blog ! - afin de ne jamais verser dans la polémique et le parti-pris. Car ne l'oubliez jamais : vous passez des concours de la fonction
publique, ce qui vous oblige à pratiquer le juste ton, à trouver la juste mesure, laquelle doit fuir tous les excès. Mais vous avez le droit de montrer que vous pensez, que vous vous posez des
questions ! Je vais d'ailleurs consacrer un dossier sur les commentaires et débats relatifs à cette RGPP et je me permettrai d'intégrer vos réflexions, car elles me paraissent importantes et
pertinentes.
Encore merci pour vos remarques et critiques - elles me permettent de progresser dans la tenue de mon blog et il est toujours passionnant de se confronter à d'autres visions, car cela relève de
cette agonistique que prônait jadis Héraclite et que nous avons, et moi le premier, trop tendance à oublier, fascinés que nous sommes par le même, cette "bêtise identitaire" dont parle le
philosophe Alain Roger (in Bréviaire de la bêtise).
En vous souhaitant beaucoup de succès dans les concours que vous préparez,
Très cordialement à vous,
Alain Laurent-Faucon