La base de la société c'est la société elle-même et non la famille, disait jadis un de mes anciens professeurs aujourd'hui disparu, Jean-Marie Auzias. A tel type de société, poursuivait-il, correspond tel type de famille. Une remarque qui permet de mieux comprendre les mutations actuelles concernant le rapport triangulaire père-mère-enfants. Ses réflexions bousculaient tellement les lignes et la pensée du sens commun qu'elles provoquaient bien des remous parmi les étudiant(e)s, à Sciences Po Lyon. Et pourtant ! L'histoire culturelle, l'anthropologie, la sociologie et le droit sont là pour conforter ses dires. Mais il n'est jamais bon d'avoir raison trop tôt.

Ce sont également – et Jean-Marie Auzias, auteur d'un livre sur Philosophie et technique n'avait de cesse de nous le répéter -, ce sont les avancées techniques qui bousculent les modes d'être et de penser de toute société. « La technique tend dorénavant à prendre en charge tout ce qui est », écrit d'ailleurs le philosophe Kostas Axelos, avant de continuer ainsi :

« Nous parlons en général [de la technique] en termes d'extériorité, sans oser comprendre qu'elle est le ressort intime de tout ce qui se fait, qu'elle informe jusqu'à, et y compris, notre intériorité chérie. On parle beaucoup de la technique, sans pour autant saisir son mode d'être saisissant le tout de l'être, et, avant qu'elle ne soit suffisamment réalisée, on voudrait déjà la dépasser. C'est la technique qui prend dans son engrenage mythes et religions, poésie et littérature, art et politique, science et pensée ; sa rotation relie production et consommation » (Vers la pensée planétaire, éd. Minuit, Paris, 1964).

Je sais, je vous ai déjà cité ce passage lors d'un précédent dossier, sur les « cyborgs », mais il est bon de le reproduire une nouvelle fois tant il peut alimenter votre réflexion. Car la répétition ... mais vous connaissez la suite !

C'est bien parce que le mode d'être des techniques biomédicales saisissent le tout de l'être de nos sociétés contemporaines que les conceptions de la famille sont bouleversées dans leurs multiples approches : instinct maternel, procréation, enfantement, don de gamètes, prêt d'utérus, clonage, sélection des embryons, distinction entre parents biologiques, « engendreurs », et parents sociaux, « éducateurs », statut du foetus, diagnostic prénatal, naissance de la vie psychique chez l'embryon ...



REVUE DE PRESSE

 

Né de mère porteuse, enfant de personne

 
LE MONDE | Article paru dans l'édition du 01.11.06.

 

Lorsque la maîtresse a demandé d'où venaient les bébés, les élèves ont tous répondu en choeur : "Du ventre de leur maman." Tous, à l'exception de Léa, 6 ans, qui a raconté à la classe ébahie qu'elle avait grandi dans le ventre d'une autre femme que celui de sa mère, mais qu'elle n'avait pas été adoptée. "Elle a dit naturellement, avec ses mots à elle, qu'elle avait été conçue dans le cadre d'une gestation pour autrui (GPA), explique sa mère, qui souhaite garder l'anonymat. Nous lui avons toujours dit que nous étions allés aux Etats-Unis, que son père avait fourni les petites graines, et qu'une femme, Mary, les avait ensuite portées, elle et sa soeur jumelle. Elle la connaît, car nous sommes allés lui rendre visite aux Etats-Unis."

En 1998, le couple français, qui ne peut avoir d'enfants en raison d'une malformation congénitale de la mère, se rend en Californie pour entamer une procédure de "gestation pour autrui". Deux ans plus tard, la troisième fécondation in vitro aboutit : la "gestatrice", qui a déjà cinq enfants, est enceinte de jumelles. "La loi encadre très strictement chacune des étapes de ce processus, explique Mme B. Mary n'a pas été rémunérée, elle a simplement été défrayée pour les jours où elle ne travaillait pas. Au quatrième mois de grossesse, la Cour supérieure de Californie a rendu un jugement nous consacrant, avant même l'accouchement, "père et mère des enfants à naître"." Munis des actes de naissance américains, M. et Mme B. repartent en région parisienne avec les bébés.

SEUL COUPLE FRANÇAIS ASSIGNÉ EN FRANCE 

Mais en France, la pratique des "mères porteuses" est interdite par la loi bioéthique de 1994. Depuis leur retour, les jumelles, comme tous les enfants nés par gestation pour autrui à l'étranger, vivent donc dans un no man's land juridique : au regard du droit français, elles n'ont aucun lien de filiation avec leurs parents. "Ce sont des sans-papiers, soupire leur mère. Nous ne sommes pas leurs parents officiels et nous n'avons pas l'autorité parentale. Pour les inscrire à l'école, il a fallu faire intervenir un avocat car elles ne figurent pas sur le livret de famille. Nous élevons deux enfants que la justice et la société ne veulent pas reconnaître comme les nôtres."

Les parents de Léa et Isa sont actuellement le seul couple français assigné devant la justice pour avoir eu recours à la gestation pour autrui. Saisi par le consulat général de France à Los Angeles, qui a refusé de transcrire les actes de naissance américains, le parquet de Créteil a ouvert, le 17 mai 2001, une information judiciaire pour "entremise en vue de la gestation pour le compte d'autrui" et "simulation ayant entraîné une atteinte à l'état civil d'enfants". Trois ans plus tard, le juge d'instruction a rendu un non-lieu. Le parquet a entre-temps assigné le couple pour demander l'annulation de la transcription des actes de naissance, mais cette demande a été jugée irrecevable en 2005. Le dossier est actuellement à la cour d'appel de Paris.

Nul ne sait combien de couples français ont eu recours à une gestation pour autrui à l'étranger, mais le tourisme procréatif est désormais à portée de main : la Belgique, la Grande-Bretagne, la Grèce, le Canada et les Etats-Unis ont légalisé la pratique des mères porteuses. "Entre 1995 et 2000, on observe une tendance à la généralisation de la gestation pour autrui dans de nombreux pays", constate Michael Handcock dans un rapport du Conseil de l'Europe.

NI INTERMÉDIAIRES RÉMUNÉRÉS, NI PUBLICITÉ

Dans ces pays, la GPA est très encadrée : la loi réserve cette pratique aux femmes ayant des problèmes médicaux avérés, elle fixe des limites d'âge pour la gestatrice et les parents intentionnels, et elle exige le consentement éclairé de tous. Les dossiers sont étudiés au cas par cas par une instance indépendante - un comité d'éthique en Grande-Bretagne, en Israël ou en Nouvelle-Zélande, une juridiction en Afrique du Sud et en Grèce -, qui est la seule à pouvoir délivrer une autorisation. La plupart des pays excluent toute rémunération, mais certaines législations prévoient le remboursement des dépenses médicales, voire une "compensation" correspondant aux contraintes liées à la grossesse. Les intermédiaires rémunérés et la publicité sont interdits.

Pour relancer le débat, les parents de Léa et Isa ont créé un comité de soutien qui propose l'"encadrement légal, médical et psychologique" de la gestation pour autrui, "seule réponse à de nombreuses formes d'infertilité, telles que les malformations utérines (congénitales ou consécutives à l'exposition au Distilbène), les conséquences des cancers de l'utérus."

Le comité d'experts réunit notamment la philosophe Elisabeth Badinter, les professeurs de médecine Israël Nisand et Bernard Paniel, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le professeur de droit Géraud de la Pradelle. Le comité de soutien, qui vient d'ouvrir un site Internet (http ://claradoc.gpa.free.fr), compte contacter les milieux politiques, médicaux et universitaires. "Il faut bien sûr fixer des règles et réserver la GPA aux infertilités médicales avérées, explique la mère de Léa et Isa. Mais nous pensons que la société est prête à accepter ce débat."

Pour Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au centre hospitalier universitaire de Strasbourg, les réticences face à la gestation pour autrui "feront un jour sourire nos petits-enfants". "Si une femme n'a pas d'utérus, elle devrait pouvoir solliciter un comité d'experts afin d'obtenir l'autorisation d'entrer dans un programme de maternité pour autrui. Il faut simplement veiller, explique-t-il, à encadrer cette pratique en excluant les demandes illégitimes - les femmes âgées par exemple -, en vérifiant que le consentement de la femme à porter un enfant pour autrui n'est en aucune manière contraint, et en prévoyant une indemnisation financée par l'Etat afin d'éviter les transactions privées."

Anne Chemin



Porter l'enfant d'une autre

 
LE MONDE | Article paru dans l'édition du 03.10.07

« Au départ, l'idée d'avoir recours à une mère porteuse était pour moi inacceptable. Mais la souffrance de ne pas pouvoir avoir d'enfant était si grande que je me suis mise à faire des recherches sur Internet et avec mon mari nous nous sommes lancés dans cette aventure que nous savions risquée." Magalie (les prénoms ont été changés) revient des Etats-Unis. Son bébé a quelques semaines. Il a été conçu avec les gamètes de ses parents, mais porté et mis au monde par une "gestatrice", une "nounou" comme l'appelle Magalie. Cette pratique de la "gestation pour autrui" (GPA) est interdite en France, mais autorisée dans certains Etats américains, ainsi qu'en Australie, en Israël, en Afrique du Sud, en Grèce et en Grande-Bretagne.

Magalie est venue témoigner de son expérience, samedi 29 septembre, lors d'une réunion organisée par l'association Maïa, spécialisée dans l'aide aux couples infertiles. Pour cette jeune femme qui a subi une ablation de l'utérus, la GPA était l'ultime solution pour avoir un enfant. "Nous avons tout trouvé par nous-mêmes : l'agence, l'avocat, la gestatrice, raconte-t-elle. Nous étions à l'hôpital pour l'accouchement, et j'ai pu prendre mon bébé dans les bras dès ses premiers instants." De retour en France, son enfant a un passeport américain, mais n'a aucun lien officiel de filiation avec ses parents.

FAIRE AVANCER LE DÉBAT

"La GPA entraîne des problèmes juridiques très aigus, sans compter son coût financier très élevé", constatent les responsables de l'association Maïa. Laurent et Patricia n'ont pour l'instant que faire de ces problèmes de filiation. Du fait d'une endométriose importante, Patricia ne peut pas être enceinte et fera "tout ce qu'il est possible de faire" pour devenir mère. "Toutes ces difficultés liées à la GPA, ça fait peur mais il faut s'accrocher", estime Laurent. "On se fera discret, on prendra le passeport du petit et puis voilà. On attendra l'évolution de la législation", envisage Patricia.

L'association Maïa, qui milite en faveur d'une légalisation encadrée de la GPA, compte sur la révision, en 2009, de la loi de bioéthique pour faire avancer le débat. "Un cadre législatif est nécessaire pour autoriser la GPA aux couples confrontés à des problèmes médicaux empêchant toute grossesse. Cela permettrait d'éviter les excès - agences commerciales jouant les intermédiaires, annonces sur Internet, etc. - auxquels ils peuvent être confrontés à l'étranger", explique un membre de l'association.

La première enquête nationale sur ce sujet, menée en début d'année par l'Agence de la biomédecine, montre une opinion publique assez ouverte. 55 % des personnes interrogées estiment que "le fait qu'une femme en bonne santé prête son corps à un couple pour porter leur enfant et lui donner la vie" est acceptable, 53 % considèrent que la loi devrait autoriser cette pratique et 44 % pensent que le recours aux "mères porteuses" est déjà autorisé par la loi en France. "Personnellement, je ne sais toujours pas comment font ces femmes pour accepter d'être mère porteuse, avoue Magalie. Je n'ai pas eu d'élan d'amour vis-à-vis de ma nounou, mais c'est vrai qu'elle nous a donné cet enfant avec une générosité incroyable."

Sandrine Blanchard



La justice reconnaît comme "parents" un couple ayant

eu recours à une mère porteuse


 
LEMONDE.FR | 04.11.07 | 11h24  •  Mis à jour le 04.11.07 | 11h24

C'est une première : la cour d'appel de Paris a reconnu comme "parents" un couple qui avait eu recours à une mère porteuse américaine pour donner naissance à des jumelles, mettant fin - sauf  pourvoi en cassation - à six ans d'ennuis judiciaires, révèle Libération dans son édition du week-end.

En 1998, Sylvie, qui vit depuis 12 ans avec Dominique, apprend qu'elle ne pourra porter de bébé car elle n'a pas d'utérus, raconte le journal. Le couple se rend en Californie, où le recours à un mère porteuse, interdit en France, est autorisé. Fin 2000, et après trois fécondations in vitro, Mary, une mère de famille américaine, donne naissance à des jumelles. Un certificat de naissance est délivré à Dominique et Sylvie.

INTÉRÊT SUPÉRIEUR DES ENFANTS

Mais de retour en France, le couple est placé en garde à vue, puis mis en examen pour "entremise entre une personne désireuse d'adopter un enfant et un parent désireux d'abandonner son enfant né ou à naître" et pour "simulation ayant entraîné une atteinte à l'état-civil de l'enfant". En 2004, le juge d'instruction rend un non-lieu sur les poursuites pénales, les faits s'étant déroulés dans un pays où cette pratique est légale. Mais au civil, le parquet tente de faire annuler la filiation et la transcription sur l'état-civil. Sans succès, en première instance en 2005, comme ces derniers jours en appel.

Selon Libération, la cour a jugé conformes les papiers américains désignant Dominique et Sylvie comme les "parents" des jumelles. Dans son arrêt, elle assure que "la non-transcription des actes de naissance aurait des conséquences contraires à l'intérêt supérieur des enfants".

Jusqu'à présent, la Cour de cassation a toujours interdit l'adoption des enfants par des couples ayant eu recours à la gestation pour autrui (GPA), considérant qu'il s'agissait d'un détournement de l'institution de l'adoption.

Le Monde.fr, avec AFP




La Croix – L'avis du journal La Croix :


"La distinction de sexe, une nouvelle approche de l'égalité" - Irène Théry

éditions Odile Jacob


 La sociologue Irène Théry relativise la différence des sexes


La spécialiste du couple et de la famille s'attaque au caractère d'évidence du couple hétérosexuel et plaide pour l'homoparentalité

Il était une fois … des enfants qui avaient deux parents : un père et une mère, qui étaient en même temps leurs parents biologiques, « engendreurs », et leurs parents sociaux, « éducateurs ». Mais aujourd’hui, beaucoup d’enfants ont plus d’un père et plus d’une mère, qu’ils soient adoptés, issus d’une procréation assistée ou qu’ils vivent dans des familles recomposées. Il est là, le vrai bouleversement, estime Irène Théry dans son dernier livre, et non dans l’émergence de familles homosexuelles. Celles-ci n’ont fait que révéler les changements survenus dans la famille « légitime et stable ».

La spécialiste du couple et de la famille propose donc de considérer de manière radicalement différente les questions posées par les nouvelles formes d’alliance et de parenté. De ne plus faire passer la barre entre les homosexuels et les hétérosexuels, mais entre les enfants qui connaissent leurs origines et ceux qui en sont privés.

Pour parvenir à cette conclusion, il fallait d’abord relativiser l’importance de la différence des sexes. Ce que fait Irène Théry, prenant l’anthropologie à témoin. On oppose terme à terme l’homme et la femme comme s’il s’agissait de deux catégories ontologiques, mais la différence physique ne suffit pas à « produire » l’homme ou la femme, explique-t-elle. Ainsi, dans certaines sociétés primitives, « les garçons impubères sont supposés avoir une nature encore féminine ».

Notre identité ne saurait donc se résumer à notre sexe. Nous sommes homme ou femme, certes, mais nous sommes avant tout des personnes qui agissent en relation avec d’autres. Irène Théry plaide ainsi pour une autre approche de l’homoparentalité partant non plus du couple parental, mais de l’enfant et de la connaissance de ses origines. « Ce que réclament les enfants, c’est de ne pas être privés de l’accès à leur propre histoire. » Par conséquent, il faut lever l’anonymat, que l’enfant sache d’où il vient et qui sont ses géniteurs. À cette condition, la « pluriparentalité » devient possible.

Avec cette thèse, qui a le grand mérite de renouveler la problématique, la sociologue fait un pari : celui qu’il suffit à l’enfant d’être au fait des conditions de sa naissance pour pouvoir se construire. Cela, toutefois, reste à prouver. Comment l’enfant, s’interrogeant sur le désir qui l’a fait naître, ne serait-il pas troublé par le fait que les parents qui l’éduquent ne sont pas ceux qui l’ont « engendré » ? La dissociation des rôles parentaux, construction intellectuelle, se vit-elle de manière si limpide au quotidien ? Ces questions restent ouvertes.

Marianne GOMEZ




Naissance, science et conscience

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 19.10.07.

Il fut un temps où l'enfant se faisait dans l'intimité du couple. Où la société n'avait ni à intervenir ni à légiférer, où seule la nature avait un droit de regard sur ce miracle de la vie.

Dans notre Occident moderne, ce temps est révolu. Depuis la naissance, en 1978, de Louise Brown, premier bébé-éprouvette conçu en Angleterre, la médecine n'a cessé de multiplier les avancées en matière de reproduction humaine. Elle sait aujourd'hui fabriquer des enfants hors sexe (par fécondation in vitro), hors corps (par l'intermédiaire de mères porteuses), et même hors vie, puisque l'on peut devenir biologiquement père ou mère après sa mort (par don de gamètes ou d'embryons).

Autant de progrès qui, dans une perspective éthique, posent plus de questions qu'ils n'apportent de réponses, tant les enjeux actuels autour de la naissance bouleversent les fondements mêmes de la construction familiale.

Instinct maternel, procréation, enfantement, don de gamètes, prêt d'utérus, clonage, sélection des embryons, place du père, statut du foetus, diagnostic prénatal, naissance de la vie psychique chez l'embryon : sur tous ces thèmes, Sophie Marinopoulos et Israël Nisand livrent une réflexion à deux voix. C'est là le premier intérêt de leur ouvrage, dont on devine que la rédaction a été précédée d'un véritable débat entre les deux auteurs. La première est psychologue clinicienne et psychanalyste à la maternité du CHU de Nantes, le second est professeur de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg. Deux spécialistes de la naissance, donc, mais aux priorités distinctes.

Est-ce d'avoir su profiter de leurs différences - et parfois de leurs différends - que proviennent l'extrême lisibilité de leur ouvrage et le ton très libre de leur propos ? En matière de procréation et de liens familiaux, il ne sert en tout cas à rien, considèrent-ils, "de distribuer des avis d'experts qui seraient coupés de la pensée que notre société construit sur la famille, l'enfant, la naissance, la mort, les origines, la sexualité, les relations humaines, si nous n'acceptons pas au préalable d'approcher ce que peut être l'humanité, avec la part qui nous échappe".

A elle seule, cette préoccupation placerait 9 mois et cætera dans le champ de la philosophie bien plus que dans celui de la technique. Mais ce dernier aspect n'est pas écarté pour autant. C'est même l'autre force de cet ouvrage que de nous présenter simplement, comme en passant, cette science complexe qu'est devenue la procréation médicalement assistée (PMA).

Insémination artificielle par le sperme du conjoint, fécondation in vitro (avec, éventuellement, don de sperme ou d'ovules), recours au diagnostic préimplantatoire (DPI) sur les embryons créés en éprouvette afin d'écarter ceux qui seraient porteurs d'une anomalie génétique, enfin clonage reproductif (actuellement de l'ordre de la science-fiction dans l'espèce humaine, mais pour combien de temps ?) : dans "L'éthique du ventre", l'un des chapitres les plus passionnants, les auteurs décrivent ainsi les quatre méthodes actuellement mises en oeuvre pour aider la nature à faire un petit d'homme.

Présentées en fonction d'une échelle de difficulté croissante, ces prouesses de la médecine font émerger, à leur tour, quatre niveaux de complexité éthique. Pour chacun d'entre eux se présente un côté jardin, celui des avantages médicaux et des possibilités de réparation. Mais aussi un côté cour, face sombre de ces évolutions derrière lesquelles se profilent d'évidentes dérives. L'une d'elle, et non la moindre, étant peut-être de vouloir des enfants à tout prix.

Catherine Vincent

9 MOIS ET CÆTERA de Sophie Marinopoulos et Israël Nisand. Fayard, 270 pages, 19 €.


publié dans : FAMILLE - MARIAGE - SOCIÉTÉ par alain laurent-faucon
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La loi Neuwirth sur la contraception, promulguée le 28 décembre 1967, aurait transformé notre modèle familial.
Les Français plébicitent désormais la famille à deux enfants, est-il constaté à la « Une » du Monde daté du 28 décembre 2007. Quarante ans après la promulgation de la loi Neuwirth sur la  "prophylaxia anticonceptionnelle" (28 décembre 1967), poursuit l'article
du Monde, « la contraception est pleinement entrée dans les moeurs en France : 95% des femmes, qui ont une activité sexuelle et ne souhaitent pas avoir d'enfants, utilisent une méthode contraceptive, et 57% font confiance à la pilule.

« Il avait pourtant fallu plus d'une année de débats politiques difficiles pour que le député UNR Lucien Neuwirth parvienne à faire voter sa proposition de loi, et deux ans supplémentaires pour que ses décrets d'application, bloquées sous la pression de l'Église catholique, soient publiés. »

« Mais si la loi a permis, comme l'avait défendu M. Neuwirth, de « passer de la maternité accidentelle et due souvent au hasard à une maternité consciente et pleinement responsable », elle a débouché sur une autre révolution : la famille française s'est standardisée. Deux enfants, séparés par un intervalle de trois ans, telle est devenue la norme, à mesure que se développait l'activité professionnelle des femmes. Entre la fin des années 1960 et les années 1990, la part des naissances que les parents considèrent comme « bien planifiées » est passée de 59% à 83%. »

« Malgré la diffusion de la contraception, les avortements demeurent nombreux, près de 200 000 par an. Or, près de deux grossesses non prévues sur trois surviennent chez des femmes placées sous contraception. Le Mouvement pour le Planning familial a rappelé, lundi 24 décembre, « 
la nécessité de ne pas laisser la loi Neuwirth inachevée », en développant le remboursement et l'information de tous les moyens contraceptifs. En septembre, le gouvernement a lancé, pour trois ans, une campagne sur le thème « la meilleure contraception est celle qu'on choisit ». Elle sera relayée en Ile-de-France à partir du 18 janvier 2008. »







DOSSIER DE PRESSE





La révolution Neuwirth




Édito du Monde
| vendredi 28 décembre 2007

Il y a quarante ans, malgré l'incompréhension d'une partie de sa famille politique et de l'opinion, le simple député UNR de la Loire Lucien Neuwirth faisait voter une loi qui allait révolutionner les moeurs de la société française : pour la première fois dans l'histoire, le législateur donnait aux femmes, avec la contraception, un moyen facile et légal de contrôler leur fécondité. Près d'un demi-siècle plus tard, l'usage de cette liberté enfin accordée aux femmes de disposer de leur corps s'est tellement généralisé que la pilule - et les choix qu'elle permet - a façonné une nouvelle famille à la française : deux enfants, espacés de trois ans.

Néanmoins, pouvoirs publics et associations se heurtent à un plancher apparemment incompressible d'environ 200 000 avortements par an. Ce chiffre est stable depuis une vingtaine d'années. Le problème n'est ni le coût ni la possibilité d'accès à la contraception. D'ailleurs, deux tiers des grossesses non prévues surviennent chez des femmes sous contraception, et 23 % des avortements sont le fait de femmes qui prennent la pilule. La vraie difficulté vient de l'inadéquation de la seule pilule, moyen uniforme de contraception, à des comportements devenus divers et très volatils. Sans compter une réticence accrue face aux contraintes de régularité que suppose la prise quotidienne, sans aucun oubli. Le comportement sexuel et les besoins contraceptifs d'une très jeune fille ne sont pas ceux d'une trentenaire mère de deux enfants et qui ne souhaite pas en avoir un troisième.

Aujourd'hui, les moyens techniques ont beaucoup évolué et permettent une approche individualisée, ciblée. Ainsi, une mineure prise au dépourvu qui pousse la porte de n'importe quelle pharmacie peut se voir délivrer gratuitement et sans formalités une "pilule du lendemain". Encore faut-il qu'elle le sache. C'est pourquoi la priorité doit maintenant aller à l'individualisation, à une prise en charge et un suivi assez fin de tous ces comportements. Il faut dépasser la seule approche médicale, intégrer une approche psychologique, sortir du schéma selon lequel le médecin de famille délivre d'office une ordonnance pour la seule pilule. Les pouvoirs publics en ont pris conscience, puisqu'ils ont présenté à l'automne une campagne sur trois ans intitulée "La meilleure contraception est celle qu'on choisit". La région Ile-de-France va entamer sa propre campagne le 18 janvier, avec plusieurs associations.

Une fois lancé le mot d'ordre, il faut une volonté, des moyens, un maillage serré. Mais le jeu en vaut la chandelle. Un avortement est toujours un échec culpabilisant et un traumatisme. Sans oublier les difficultés d'accès à l'IVG. Quarante ans plus tard, il reste à parachever le succès de la loi Neuwirth en résolvant le "paradoxe contraceptif" français, selon l'expression de la chercheuse Nathalie Bajos.

 




Deux enfants, trois ans d'écart : la famille

standardisée


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 28.12.07.

 

La loi Neuwirth sur la contraception, promulguée le 28 décembre 1967, a transformé le modèle français


GAMMA/TOM GRILL

Quarante ans après la loi autorisant la contraception, l'intervalle entre deux enfants est planifié

Elle a, sans le savoir, construit la famille idéale de ce début de millénaire : un père, une mère et deux enfants séparés par un intervalle de trois ans. Gwenaëlle Matyla, psychologue à Paris, est en cela l'héritière de la loi Neuwirth autorisant la pilule contraceptive, promulguée il y a quarante ans, le 28 décembre 1967. Une révolution pour le modèle familial français. "Un enfant c'est bien, deux c'est merveilleux, trois c'est non, résume-t-elle en riant. Je ne voulais pas avoir d'enfant unique car c'est génial d'avoir un frère ou une soeur. Mais trois, c'est vraiment trop compliqué : il faut retrouver un mode de garde, changer de logement, renforcer l'organisation pour les vacances. Nous travaillons tous les deux, nous passons beaucoup de temps avec nos enfants, comment faire pour être disponible pour un troisième ?"

La fille de Gwenaëlle Matyla a aujourd'hui sept ans et demi, son fils quatre ans et demi. Pour leur mère, cet écart de trois ans est parfait. "On ne voulait pas qu'ils soient trop éloignés, pour qu'ils puissent jouer ensemble, raconte-t-elle. Mais on ne voulait pas non plus qu'ils soient trop rapprochés pour que ce ne soit pas trop lourd. Trois ans, c'est une bonne mesure : quand son petit frère est né, Aurélia n'avait plus de couches, elle allait rarement dans sa poussette et elle entrait à l'école maternelle. Elle commençait à avoir un petit peu sa vie, ce nouveau bébé n'empiétait pas trop sur son territoire."

Deux enfants, trois ans d'écart : la famille de Gwenaëlle Matyla correspond ainsi au modèle familial choisi par une part croissante de Français. Si l'on compare la "descendance finale" des femmes qui avaient trente ans dans les années 1960 à celle qui avaient le même âge dans les années 1990, on constate l'irrésistible déclin des familles nombreuses : le nombre de femmes ayant eu quatre enfants ou plus passe de 25 % à moins de 10 %. En revanche, la famille à deux enfants est désormais plébiscitée : en trente ans, la part des couples ayant opté pour ce modèle passe de 25 % à plus de 40 %.

Avec la contraception, les écarts entre les enfants se sont, eux aussi, standardisés. "L'intervalle avec la naissance précédente est de moins en moins laissé au hasard", résument Arnaud Régnier-Loilier et Henri Léridon dans Population et Sociétés, une publication de l'Institut national d'études démographiques. Aujourd'hui, la moitié des secondes naissances, au sein d'une même union, surviennent dans les trois ans qui suivent la première. En revanche, les enfants très rapprochés sont devenus rares : dans les années 1990, seulement 6 % des secondes naissances survenaient au cours de l'année qui suivait la première, contre 20 % dans les années 1960.

Quarante ans après la promulgation de la loi Neuwirth, la contraception est pleinement entrée dans les moeurs : en 2005, plus de 95 % des femmes qui n'étaient pas stériles, qui avaient une activité sexuelle et qui ne souhaitaient pas avoir d'enfants utilisaient une méthode contraceptive. "J'ai commencé à travailler en 1972, raconte le docteur Raymond Belaiche, gynécologue accoucheur à Montpellier. Dans ces années-là, beaucoup de femmes étaient enceintes par "accident" et se demandaient si elles allaient garder l'enfant. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus rare."

Car les enfants sont de plus en plus "programmés" : entre la fin des années 1960 et les années 1990, la part des naissances que les parents considèrent comme "bien planifiées" est passée de 59 à 83 %. "La diminution de la part des naissances non désirées ou mal planifiées a eu lieu très rapidement, en une dizaine d'années seulement, entre 1970 et 1980 à peu près, notent MM. Régnier-Loilier et Léridon dans leur étude. Elle a touché les femmes de tous âges, même si les plus jeunes restent les plus concernées."

Pour Arnaud Régnier-Loilier, la révolution contraceptive des années 1970 a profondément modifié le rapport aux enfants et à la famille. "Avant la loi Neuwirth, les femmes vivaient dans la crainte perpétuelle d'être enceintes, et elles devaient constamment "faire attention", souligne-t-il. Aujourd'hui, l'état normal, c'est au contraire celui où l'on n'est pas exposé à une grossesse, puisque la plupart des femmes ont une méthode contraceptive continue dès leurs premiers rapports sexuels. Avoir un enfant, cela suppose donc, dans la plupart des cas, de réfléchir, de prendre une décision et d'arrêter sa contraception."

Pour beaucoup de couples, la planification des naissances n'est pas seulement un héritage de la loi Neuwirth : elle est aussi le corollaire du travail des femmes. Depuis leur entrée dans le monde du salariat, au cours des années 1970, le nombre de couples "bi actifs" ne cesse de croître : en l'an 2000, 65 % des ménages cumulaient deux emplois. "Je suis cadre commerciale et je suis souvent en déplacement, raconte Murielle Le Sann, qui a un fils de douze ans et demi une fille de neuf ans. Avec deux enfants, c'est forcément compliqué à organiser, même si mon mari participe beaucoup aux tâches familiales et ménagères. Si nous voulons continuer à travailler tous les deux, un troisième enfant serait vraiment lourd à gérer. Et nous aurions sans doute l'insatisfaction de ne pas bien nous en occuper."

Anne Chemin


CHIFFRES


Contraception

En 2005, selon l'Inpes et l'Inserm, parmi les femmes de 15 à 49 ans qui ne souhaitaient pas être enceintes, 57 % faisaient confiance à la pilule, 25 % au stérilet, 11 % aux préservatifs, 3 % aux méthodes locales et naturelles (retrait, abstinence périodique, spermicides), 1,5 % à l'implant. 2 % étaient stérilisées.

Avortement

Autorisé en 1975 par la loi Veil, remboursé par la Sécurité sociale depuis 1982, l'avortement est pratiqué en France jusqu'à douze semaines de grossesse. Malgré la diffusion de la contraception, plus de 200 000 IVG sont enregistrées tous les ans. Selon l'enquête Cocon conduite par l'Inserm et l'INED, près de deux grossesses non prévues sur trois surviennent chez des femmes sous contraception et 23 % des avortements concernent des femmes qui prennent la pilule. Ces échecs sont souvent liés au fait que le contraceptif n'est pas adapté au mode de vie et à la sexualité de son utilisatrice.

Famille

Parmi les femmes nées en 1960, 40,1 % ont eu deux enfants, 21,9 % trois enfants, 17,9 % un enfant, 9,7 % quatre enfants ou plus et 10,4 % n'ont pas eu d'enfant. Si l'on compare ces chiffres à ceux de la génération précédente - les femmes nées en 1930 -, on constate une légère diminution du nombre de femmes n'ayant pas eu d'enfant, une chute notable du nombre de femmes ayant fait des familles nombreuses, une relative stabilité du nombre de femmes ayant eu un ou trois enfants et une forte progression du nombre de femmes ayant eu deux enfants.




Rétrospective - A l'Assemblée Nationale, en 1967 :




"Les hommes perdront la fière conscience

de leur virilité féconde"



LE MONDE | Article paru dans l'édition du 28.12.07.

Il aura fallu une année de débat parlementaire pour que la loi Neuwirth sur la "prophylaxie anticonceptionnelle" soit adoptée, et promulguée le 28 décembre 1967. C'est pendant la seconde guerre mondiale, alors qu'il avait rejoint Londres et le général De Gaulle, que Lucien Neuwirth a découvert l'existence de la "pilule" : la "gynomine", contraceptif à usage unique, était en vente libre dans les parfumeries anglaises. Il en rapporta quelques échantillons à Saint-Etienne à son retour en France.

Les premières démarches de M. Neuwirth - devenu en 1958 député de la Loire, membre de l'Union démocratique pour la Ve République (UDR) - pour promouvoir la contraception, ne recueillent qu'indifférence ou hostilité. Au cours de la campagne présidentielle de 1965, François Mitterrand évoque le sujet, qui devient dès lors une question politique. De Gaulle y reste cependant opposé. M. Neuwirth lui demande malgré tout un rendez-vous. "Pendant quarante minutes, alors que je m'efforçais d'argumenter sur l'enfant désiré et l'enfant non désiré, il n'a pas dit un mot, raconte l'ancien député. Puis, après avoir longuement réfléchi, il me dit : "C'est vrai, transmettre la vie, c'est important, il faut que ce soit un acte lucide. Continuez.""

Le 18 mai 1966, M. Neuwirth dépose sa proposition de loi. L'examen en première lecture à l'Assemblée ne commence que le 1er juillet 1967. "L'heure est désormais venue de passer de la maternité accidentelle et due souvent au seul hasard à une maternité consciente et pleinement responsable", défend alors le député. En dépit des nombreux verrous que le rapporteur a posés sur son propre texte, les oppositions sont fortes.

"Solution de facilité"

Pour Jacques Hébert (Manche), "la pilule est dangereuse. (...) Nous avons le devoir, nous qui sommes, en tant que législateurs, responsables devant les générations futures du patrimoine biologique des Français, de ne pas autoriser la diffusion de produits dont les conséquences lointaines sont encore très mal connues." Et d'ajouter : "Détruire la vie avant la fécondation, après la fécondation, avant la nidation, après la nidation, revient au même sur le plan de l'éthique." Pour le député Claude Peyret (UDR, Vienne), "le désir de recourir à des méthodes contraceptives procède toujours d'un même besoin d'obtenir une sorte d'assurance contre la grossesse, que certains souhaiteraient inclure dans la Sécurité sociale". Pour l'élu, c'est une "solution de facilité qui voudrait remplacer la maîtrise de soi, quand celle-ci doit être le but de toute éducation."

Jean Coumaros (Moselle) juge "regrettable qu'un tel projet ne puisse être discuté à huis clos, comme aux assises quand il s'agit d'affaires de moeurs". Selon le député, "les enfants ne sont pas toujours engendrés par la réflexion et par la raison, mais dans un élan d'amour irrésistible, comme l'exigent la nature et l'instinct de continuité de l'espèce humaine." Avec la pilule, affirme M. Coumaros, "ces effusions périront dans le néant. Les maris ont-ils songé que désormais c'est la femme qui détiendra le pouvoir absolu d'avoir ou de ne pas avoir d'enfants en absorbant la pilule, même à leur insu ? Les hommes perdront alors la fière conscience de leur virilité féconde et les femmes ne seront plus qu'un objet de volupté stérile."

Les députés adoptent définitivement le texte en deuxième lecture le 14 décembre 1967. La loi Neuwirth n'entrera en vigueur qu'en 1969, les décrets d'application étant longtemps restés bloqués sous la pression, notamment, de l'Eglise catholique et de ses représentants les plus actifs au sein du gouvernement, dont la secrétaire d'Etat à l'action sociale, Marie-Madeleine Dienesch, qui refusait de les signer.

Patrick Roger

 




Huit naissances sur dix sont


"programmées"


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 29.11.07.

Il y a quarante ans, en 1967, la loi Neuwirth libéralisait la contraception. Pour la première fois en France, les femmes avaient accès à la pilule, même si l'usage des contraceptifs était strictement encadré : les mineures ne pouvaient l'obtenir sans l'autorisation de leurs parents et les pharmaciens devaient remplir des carnets à souches mentionnant le nom des acheteuses, comme pour les médicaments dangereux.

Quarante ans plus tard, cette petite révolution qui a contribué à dissocier sexualité et reproduction est pleinement entrée dans les moeurs : aujourd'hui, 60 % des femmes de 20 à 44 ans qui ne souhaitent pas avoir d'enfants prennent la pilule, contre seulement 5 % en 1970. Pour la première fois de l'histoire, "l'état "normal" est ainsi devenu celui où l'on n'est pas exposé au risque d'une grossesse non désirée", notent Arnaud Régnier-Loilier et Henri Léridon dans une étude de l'Institut national d'études démographiques (INED) publiée mardi 27 novembre.

Des grossesses non prévues

Au fil des ans, la contraception a modifié en profondeur notre conception de la famille. Aujourd'hui, le taux d'enfants "programmés" a considérablement progressé passant de 59 % en 1970 à 83 % en 1995. "Ce recul des naissances non souhaitées, qui a débuté dès le milieu des années 1960, explique en partie la baisse brutale de la fécondité observée au cours des années 1970", souligne l'INED. Cette évolution s'est produite dès le lendemain du vote de la loi Neuwirth, au cours des années 1970 et du début des années 1980. "Elle a touché les femmes de tous âges, même si les plus jeunes restent les plus concernées, écrivent MM. Régnier-Loilier et Léridon. La composante planifiée des naissances n'évolue plus que légèrement depuis le milieu des années 1980, se maintenant vers 80 % à 85 % des naissances."

Désormais, même l'intervalle entre deux enfants est planifié. Dans une famille, la moitié des secondes naissances surviennent trois ans après la première. Les enfants très rapprochés sont de plus en plus rares : en 1965, près de 20 % des frères et soeurs avaient moins d'un an de différence, contre seulement 6 % en 1990. "L'intervalle avec la naissance précédente est de moins en moins laissé au hasard", résume l'INED.

Malgré ce soin extrême à "programmer" les familles, les grossesses restent soumises à beaucoup d'aléas. En ajoutant les avortements, les naissances "non désirées", les naissances "mal planifiées" et celles qui sont survenues alors que la femme "n'y pensait pas", l'INED conclut qu'un tiers des grossesses n'étaient pas "prévues".

Anne Chemin


A LIRE :

"La loi Neuwirth, pourquoi tant de grossesses imprévues ?" d'Arnaud Régnier-Loilier et Henri Léridon, in Population et sociétés, n° 439, novembre 2007.




publié dans : FAMILLE - MARIAGE - SOCIÉTÉ par alain laurent-faucon
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Naissances, mariages, décès : le portrait-robot des Français selon l'enquête annuelle de l'Insee. La France compterait, au 1er janvier 2008, près de 65 millions d'habitants et occuperait la deuxième place européenne en nombre d’habitants.







REVUE DE PRESSE




La Croix - 15/01/2008

L'exceptionnelle vitalité démographique de la France


L'Insee, qui a rendu publique mardi 15 janvier son enquête annuelle sur l'état de la population, estime que la France compte près de 65 millions d'habitants. Avec une population estimée à 64,473 millions au 1er janvier, la France occupe désormais la deuxième place européenne en nombre d’habitants.

La hausse constante de la population française

En un an, la population française a crû de 361 000 personnes. La France flirte dorénavant avec les 65 millions d’habitants, et devrait franchir ce seuil symbolique courant 2009. Au 1er janvier, l’Insee estimait précisément le nombre d’habitants à 64,473 millions. Répartis comme suit : 61,875 millions pour la métropole, 1,878 million pour les départements d’outre-mer (Martinique, Guadeloupe, Guyane et La Réunion) et 720 000 pour les collectivités d’outre-mer (Polynésie française, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon) qui, elles, ne font pas partie intégrante de l’Europe.

En nombre d’habitants, la France occupe ainsi la deuxième place des pays européens, derrière l’Allemagne (82,5 millions) et représente 13 % de la population de l’Europe à 27. À l’origine de sa vitalité démographique, le nombre élevé de naissances. De ce fait, la France se distingue au sein de l’Union européenne par son solde naturel exceptionnel (290 000 naissances de plus que le nombre de décès), qui contribue pour 80 % à l’augmentation de la population. À cet égard, le solde migratoire, évalué à 71 000 personnes, joue, lui, un rôle marginal. En revanche, ce solde naturel est négatif dans plusieurs pays européens. L’Allemagne avait ainsi enregistré 113 000 décès de plus que de naissances en 2005.

Une fécondité toujours très dynamique

Certes, la France n’a pas réédité son exploit de 2006. Ses 830 300 naissances lui avaient alors permis d’atteindre le très symbolique indicateur de deux enfants par femme. Si l’on s’en tient aux comparaisons, 2007 est en léger repli : 816 500 enfants sont nés l’an dernier selon les données encore provisoires, parmi lesquels 783 500 en France métropolitaine et 33 000 dans les DOM. Pour autant, à l’exception de 2006, ce nombre très élevé de naissances reste supérieur à celui enregistré au fil des vingt-cinq autres dernières années. Pour mémoire, le léger boom des naissances prévu en l’an 2000 s’était soldé par 808 200 naissances.

Avec un indice conjoncturel de fécondité [1] qui s’établit dorénavant à 1,98, la France se maintient à la première place du podium européen qu’elle avait ravie à l’Irlande l’an dernier. La France apparaît ainsi comme « un îlot de fécondité » en Europe, selon l’expression de Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee. La moyenne européenne étant de 1,5 enfant par femme.

Le fait est d’autant plus notable que le nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans (qui concentrent 95 % des naissances) est en régression constante depuis dix ans : – 0,4 % en 2007 par rapport à 2006 et – 0,3 % par an en moyenne sur la décennie. La diminution structurelle de cette tranche d’âge, qui n’a rien d’une surprise, avait alimenté de vifs débats sur l’évolution de la fécondité. Mais la chute annoncée est chaque année démentie.

La baisse quantitative du nombre de mères potentielles étant compensée par le fait que les femmes continuent à avoir des enfants de plus en plus tard. À preuve, les mères de plus de 35 ans ont donné naissance l’an dernier à 172 650 bébés, soit 2 300 de plus que l’année précédente. Ces nouveau-nés ont ainsi représenté 21,1 % des naissances de 2007. Au final, le recul continu de l’âge de la maternité se poursuit, l’âge moyen à la maternité étant proche des 30 ans (29,8).

Une « course contre la montre » que rien ne semble vouloir arrêter. « En Suède, cet âge moyen à la maternité est plus élevé qu’en France de quelques mois », relève Guy Desplanques, chef du département de la démographie de l’Insee. Mais, de ce fait, « il n’est pas exclu que ce mouvement se poursuive encore en France », estime-t-il. Sur ce terrain, la France a choisi le camp des pays du Nord, où se conjuguent fécondité et âge élevé de la maternité (Danemark, Suède, Irlande ou Finlande), à la différence notable des pays du Sud et de l’Est, beaucoup moins féconds.

Une espérance de vie toujours allongée

Là aussi, la tendance à l’allongement de la vie se poursuit à un rythme soutenu. En un an, hommes et femmes ont gagné trois mois d’espérance de vie. En dix ans, ce bonus s’élève à trois et deux ans. Les hommes peuvent ainsi espérer vivre 77,5 ans, les femmes 84,4 ans. Corollaire de cette évolution, la population, évidemment, vieillit. Les plus de 65 ans représentent 16,3 % de la population et les moins de 20 ans sont passés l’an dernier pour la première fois au-dessous du niveau symbolique des 25 % (24,9 %).

Des mariages toujours plus rares

Avec un peu de recul, les 4 200 mariages supplémentaires célébrés en 2005 par rapport à 2004 apparaissent atypiques sur une courbe en régression constante depuis 2000. Les 305 400 mariages enregistrés cette année-là n’ont, en effet, cessé de décliner pour atteindre 274 100 mariages en 2006 et 266 500 l’an dernier. Dans ces unions, la part des remariages augmente : dans 29 % des cas au moins l’un des deux conjoints est divorcé. Dans le même temps, le succès du pacte civil de solidarité (pacs) ne se dément pas. Tout au contraire.

Sur les trois premiers trimestres de 2007, leur nombre s’élève à 73 000, soit presque autant que sur l’ensemble de l’année 2006. Avec un rythme d’augmentation de 25 % par an, le nombre total de pacs devrait s’élever à plus de 97 000 en 2007. Et ceux-ci concernent de plus en plus massivement les couples hétérosexuels. Si les homosexuels représentaient 25 % des signataires d’un pacs en 2002, leur proportion était réduite à 7 % quatre ans plus tard.

Aujourd’hui, quand l’Insee estime que 90 000 pacs auront été conclus par des couples hétérosexuels en 2007, cela représente un pacs pour trois mariages. C’est « une forme d’union qui se banalise », en conclut Valérie Carrasco, du ministère de la justice. Au bout du compte, le nombre de couples hétérosexuels liés par un contrat, qu’il s’agisse d’un mariage ou d’un pacs, augmente au cours des dernières années.

Des familles toujours plus éclatées

Autre tendance lourde de l’évolution de la société, la taille des ménages continue à rétrécir. Plus de trois personnes vivaient sous le même toit (ce que l’Insee appelle un ménage) dans les années 1960. On se dirige vers les deux personnes par ménage : 2,3 l’an dernier.

Ainsi, sur 26 millions de ménages, un tiers compte une personne seule, un tiers deux personnes et un tiers trois personnes ou plus. Ce qui, en chiffres absolus, se traduit par 8,6 millions de personnes qui habitent seules, mais aussi par 1,75 million de familles monoparentales. Constituées dans 85 % des cas de la mère seule avec ses enfants, ces dernières sont en forte augmentation. Elles représentaient 20 % des familles en 2005 contre 13,2 % en 1990.

Marie VERDIER

[1] L’indicateur conjoncturel de fécondité est la somme des taux de fécondité par âge observé une année donnée.



La Croix - 5/01/2008

Les enfants nés hors mariage sont de plus en plus

nombreux

Pour la première fois en 2006, les naissances hors mariage sont devenues majoritaires, franchissant le seuil symbolique des 50 %.


Que nous apprennent les chiffres du dernier bilan démographique ?

En 2006, 50,5 % des enfants sont nés au sein de couples non mariés, contre 48,4 % en 2005. Soit une nette augmentation : 2 % en un an. Celle-ci, en fait, marque le prolongement d’une lente mais inexorable évolution. Au milieu des années 1960, à peine 6 % des enfants naissaient hors mariage. En 1980, on dépassait les 10 %.

Dix ans plus tard, un premier seuil était franchi avec plus de 30 % d’enfants nés de parents en union libre. Depuis, régulièrement mais sûrement, l’ascension se poursuit : 37,2 % en 1994, 42,7 % en 1999, 46,2 % en 2003… [1]. Deuxième constat : alors qu’auparavant, les couples devenant parents finissaient le plus souvent par se marier, ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Dans les années 1960, 55 % des enfants naturels étaient légitimés par le mariage ; nous sommes actuellement aux alentours de 40 % », explique France Prioux, démographe à l’Ined.

Cette évolution est-elle surprenante ?

Elle marque la suite logique de l’évolution des relations de couple qui s’est poursuivie tout au long du XXe siècle. Au fil des ans, les divorces sont d’abord devenus plus fréquents ; puis on a cessé de se marier, le fait de se marier ou non étant devenu une question de conscience personnelle – ce que la sociologue Irène Théry a appelé le « démariage ».

Aujourd’hui, la survenue des enfants elle-même n’infléchit plus la donne. À cela, plusieurs raisons. En France, ceux qui choisissent d’inscrire leur descendance en dehors d’un cadre institutionnel sont plutôt bien acceptés. En Italie, par exemple, où ce n’est pas le cas, seulement 15 % des naissances surviennent chez des concubins. Par ailleurs, les différences entre pacs et mariage s’estompant, un certain nombre de couples ne voient plus bien pour quelle raison ils passeraient devant monsieur le maire. Enfin, la réforme du droit de la famille a fini de supprimer les différences qui subsistaient entre les enfants dits « naturels » et les enfants « légitimes ».

Le droit doit-il prendre acte de la nouvelle donne familiale ?

Celle-ci a déjà poussé le législateur à intervenir à plusieurs reprises. Les enfants, quel que soit leur statut, ont aujourd’hui les mêmes droits au regard de l’héritage. Et, depuis mars 2002, « les pères qui ont reconnu leur(s) enfant(s) ont automatiquement l’autorité parentale », rappelle Françoise Dekeuwer-Désfossez, spécialiste de la famille. Le seul élément différenciateur reste la présomption de paternité : dans un couple marié, l’homme est présumé être le père de tout enfant qui naît.

Le lien de filiation est ainsi automatiquement établi. Dans tous les autres couples, ce lien ne peut être établi qu’après que le père a reconnu l’enfant. Faudrait-il supprimer cette disposition ? « Non, estime Françoise Dekeuwer-Désfossez, car on ne peut imputer une paternité à quelqu’un qui ne l’a pas acceptée d’avance, comme dans le mariage. Et rares sont les pères qui n’assument pas leur paternité : on ne compte pas plus de 3 000 actions en recherche de paternité par an. »

Marianne GOMEZ

[1] Chiffres France entière (métropole et DOM).



La Croix - 15/01/2008


La France comptait 63,753 millions d'habitants

au 1er janvier 2008


En 2007, 816.500 bébés ont vu le jour, soit 1,7% de moins qu'en 2006, mais le nombre de naissances reste nettement supérieur à celui enregistré ces 25 dernières années

La population est estimée à 63,753 millions d'habitants (+ 361.000 en un an) au 1er janvier 2008 en France, où les naissances hors mariage sont devenues pour la première fois majoritaires en 2007, selon l'enquête Insee de recensement 2007 présentée mardi 15 janvier.

L'année dernière, les naissances hors mariage ont ainsi représentées 50,5% des naissances contre 48,4% en 2006, selon l'Institut de statistique.

L'âge moyen de la maternité continue de s'élever et se rapproche année après année des 30 ans : il est établi à 29,8 ans en 2007.

En 2007, le nombre de naissances a atteint globalement 816.500 (dont 33.000 dans les départements d'outre-mer), un nombre en baisse de 1,7% par rapport à 2006 (830.900), mais qui demeure à un niveau nettement supérieur à celui enregistré depuis les 25 dernières années.

La stabilité du nombre des décès (526.500), associé au nombre, qui reste très élevé, de naissances permet un excédent naturel de 361.000 habitants, qui reste le plus fort depuis 30 ans, après celui de 2006.

Les Français ont gagné trois mois d'espérance de vie

Conformément aux prévisions, la part des personnes âgées de 65 ans et plus augmente et atteint 16,3% de la population (10,3 millions), contre 15% en 1994.

Les Français ont gagné trois mois d'espérance de vie. Un garçon né en 2007 devrait vivre 77,5 ans et une fille 84,4 ans, les Françaises battant le record européen de longévité.

L'élévation de l'âge de la maternité est une tendance que partagent la plupart des pays européens à fort taux de fécondité comme le Danemark, la Suède, la Norvège ou la Finlande.

Les Françaises avec enfants continuent aussi de se distinguer par un fort taux d'emploi. La présence d'un enfant ne change pas le taux d'activité des femmes (9 sur 10 travaillent), c'est après que cela change, montrent les enquêtes de recensement annuelles de l'Insee.

AFP



Naissances, mariages, décès : le portrait-robot des

Français

Selon le recensement 2007, la France compte 63,753 millions d'habitants. Les grandes lignes du nouveau visage de la démographie française.

LIBÉRATION.FR (avec source AFP) : mardi 15 janvier 2008

Au 1er janvier 2008, la population de la France (métropole et DOM), a gagné 361.000 habitants pour atteindre 63,753 millions de personnes. Au delà de ce chiffre, l'enquête de recensement publiée mardi par l'Insee dresse le nouveau tableau démographique de la France: plus d'un enfant sur deux naît hors mariage, la fécondité est en léger recul, le mariage est en baisse mais le pacs progresse... Revue de détail.

Champions de la fécondité

La France reste en tête des pays européens en matière de fécondité en 2007, malgré un léger recul. Pour la première fois, les Français ont fait plus d'enfants hors mariage (50,5%) que mariés. Avec 816.500 naissances en 2007, et un taux de fécondité frôlant 2 enfants par femme (1,98), la France est restée en 2007 la championne des bébés dans l'Union européenne, sans doute toujours au coude à coude avec l'Irlande, dont le chiffre n'est pas connu pour 2007. En 2006, la France avait atteint la barre symbolique des deux enfants par femme, qui la plaçait en tête, l'Irlande affichant alors, selon Eurostat, un taux de fécondité de 1,93.

Les Françaises ont eu un peu moins d'enfants (- 14.400 par rapport à 2006), mais elles sont toujours loin devant la moyenne européenne de fécondité (1,52), l'Allemagne ou le Portugal ne dépassant guère un taux de 1,3.

De plus en plus d'enfants hors mariage

Pour la première fois, les Français ont fait plus d'enfants hors mariage (50,5%) que mariés. Ce qui n'était qu'une exception il y a à peine trente ans, où 10% des enfants naissaient hors mariage, est devenu une situation presque banale. On continue pourtant à convoler, mais moins souvent (266.500 mariages en 2007, au plus bas depuis 1995), et de plus en plus tard, à 31,3 ans pour les hommes et 29,3 ans pour les femmes, du moins pour le premier mariage, car la proportion des remariages continue d'augmenter, souligne l'Insee.

Le premier enfant vers 30 ans

L'âge moyen pour avoir son premier enfant s'est rapproché peu à peu des 30 ans et atteint 29,8 ans en 2007, une tendance que partagent la plupart des pays européens à fort taux de fécondité comme le Danemark, la Suède, la Norvège ou la Finlande. En 2007, 21,1% des nouveaux nés avaient une mère de 35 ans ou plus.

De moins en moins de familles nombreuses

Il y a toujours moins de familles nombreuses et toujours plus de personnes vivant seules. Une famille sur cinq seulement (1,7 million) est composée aujourd'hui d'au moins trois enfants de moins de 25 ans. Les familles monoparentales sont toujours plus présentes, avec la mère dans 85% des cas qui a la charge des enfants. Une famille avec enfant sur cinq désormais est monoparentale, soit une progression de 10% depuis 1999.

Une population vieillissante

Les Français sont de plus en plus nombreux au-delà de 65 ans, 16,3% de la population totale contre 14,6% en 1994, et malgré six années consécutives de naissances nombreuses, la part des jeunes continue de diminuer. Les moins de 20 ans sont 24,9% contre 26,7% en 1994.

Moins de mariages, plus de pacs

Le nombre de mariages recule. 266.500 ont été célébrés en 2007 (- 7.600 par rapport à 2006) Dans sept mariages sur dix, les deux époux se marient pour la première fois, une proportion qui continue de reculer au profit des remariages. Les hommes se marient pour la première fois à 31,3 ans et les femmes à 29,3 ans.
Sur les trois premiers trimestres de 2007, 73.000 Pacs (pactes civils de solidarité) ont été contractés, soit presque autant que l'ensemble des Pacs signés en 2006. A la fin du 3e trimestre 2007, 13% des 350.000 Pacs signés depuis 1999 ont été dissous.

L'espérance de vie s'allonge

Les Français ont gagné trois mois d'espérance de vie. Un garçon né en 2007 devrait vivre 77,5 ans et une fille 84,4 ans, les Françaises battant le record européen de longévité. L'élévation de l'âge de la maternité est une tendance que partagent la plupart des pays européens à fort taux de fécondité comme le Danemark, la Suède, la Norvège ou la Finlande.

Mères et actives

Les Françaises avec enfants continuent aussi de se distinguer par un fort taux d'emploi. La présence d'un enfant ne change pas le taux d'activité des femmes (9 sur 10 travaillent), c'est après que cela change, montrent les enquêtes de recensement annuelles de l'Insee.



Le pacs progresse, les naissances hors mariage aussi


LEMONDE.FR avec Reuters et AFP | 15.01.08 |

La France comptait, au 1er janvier 2008, 63,753 millions d'habitants, soit une hausse de 361 000 (0,6 %) par rapport au 1er janvier 2007, selon des données provisoires publiées mardi 15 janvier par l'Insee. Le "bilan démographique 2007" présenté par l'Institut de la statistique fait aussi ressortir que les naissances hors mariage sont désormais majoritaires en France et que l'espérance de vie y a augmenté de trois mois l'année dernière, pour atteindre 77,5 ans chez les hommes et 84,4 ans chez les femmes – un plus haut en Europe pour ces dernières.

Le nombre de naissances en 2007 en France métropolitaine et dans les territoires d'outre-mer est estimé à 816 500 pour 526 500 décès, soit un solde naturel de + 290 000 personnes. S'y ajoute un solde migratoire de + 71 000 personnes, en baisse par rapport à celui de 91 000 en 2006 et qui n'a donc représenté qu'un cinquième de l'accroissement total de la population.

Le mariage en repli

La tendance au repli des mariages s'est confirmée avec 266 500 unions enregistrées en France métropolitaine et dans les DOM-TOM, contre 274 084 en 2006 et un pic de 305 385 en 2000. L'âge moyen au mariage, de 31,3 ans pour les hommes et 29,3 ans pour les femmes, a augmenté de deux mois par rapport à 2006 et d'une année entière en à peine cinq ans, avec toutefois un écart de deux ans entre époux qui demeure très stable.

Pendant ce temps, les pactes civils de solidarité (pacs) continuent d'avoir le vent en poupe avec 350 000 déclarations depuis leur création en novembre 1999. Sur les trois premiers trimestres de 2007, 73 000 pacs ont été contractés, soit presque autant que sur l'ensemble de 2006 (77 362), souligne l'Insee. La progression se poursuit ainsi à un rythme de 25 %, semblable à celui de 2006, mais concerne surtout des couples hétérosexuels dont l'Insee estime le nombre à 90 000 sur tout 2007, soit l'équivalent d'un mariage sur trois.

Fort taux d'emploi chez les mères d'un enfant

Conséquence de la baisse des unions matrimoniales, les naissances hors mariage ont poursuivi leur progression et sont devenues en 2006 majoritaires pour la première fois, avec 50,5 % de l'ensemble des naissances contre 48,4 % un an plus tôt. Il y a dix ans, cette proportion ne dépassait pas 40 % et elle était de 10 % seulement en 1977, il y a une génération, rappelle l'Insee.

L'âge moyen des mères a augmenté à 29,8 ans en 2007 contre 29,7 les deux années précédentes et la proportion de nouveau-nés de mères âgées de 35 ans ou plus a atteint 21,1 % du total des naissances, contre 20,5 % l'année précédente et 15,5 % il y a dix ans.

La part des enfants nés de mère de nationalité étrangère est estimée à 12,4 % en 2007, contre 12,6 % en 2006. Elle était de 9,6 % en 1997.

Les Françaises avec enfants continuent aussi de se distinguer par un fort taux d'emploi. La présence d'un enfant ne change pas le taux d'activité des femmes (9 sur 10 travaillent). C'est après que cela change, montrent les enquêtes de recensement annuelles de l'Insee.


publié dans : FAMILLE - MARIAGE - SOCIÉTÉ par alain laurent-faucon
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Près de vingt-six ans après la naissance, en France, de la petite Amandine [1], l’assistance médicale à la procréation s’est largement développée. Selon l’Agence de biomédecine, 19 026 enfants sont nés dans l’Hexagone en 2005 grâce à une technique d’AMP. Avec un corollaire, note le journal La Croix : les médecins de l’infertilité sont confrontés à de nouvelles demandes, qui les exposent à des choix éthiques difficiles, principalement du fait de l’âge des couples.

Selon la loi du 6 août 2004, rappelle La Croix, seul peut avoir recours à l’AMP un couple formé d’un homme et d’une femme « vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans », ce qui exclut notamment les célibataires, les couples de même sexe et les femmes ménopausées. Mais se pose le problème des hommes âgés : « Depuis quelques années, ils sont un nombre croissant à demander une congélation de leur sperme vers 60 ou 65 ans », remarque le docteur J.-M. Kunstmann. « Il faut y ajouter une évolution de notre société, explique le médecin. Aujourd’hui, on se dit qu’il est possible de refaire sa vie après 60 ans, y compris avec un projet parental » - d'où cette demande masculine.

Que faire face à ce désir d'enfant ? Les réponses ne sont jamais simples, observe le docteur
J.-M. Kunstmann. « Dès lors que la technique permet de transgresser les repères naturels, c’est aussi à la société de dire jusqu’où il faut aller. » De nos jours, en effet, l'homme est son propre démiurge. Grâce à la biomédecine il est à même d'intervenir sur le vivant et de modifier ce qui était jadis du domaine des « lois de la nature ». D'où la nécessité de réfléchir à nouveau sur ces questions fondamentales que sont le vivant, l'humain – en un mot qu'est-ce que l'homme ? Quelle est sa spécificité ? Son identité ?

En effet, comme il en avait été question lors de la sortie du livre de
Sophie Marinopoulos et d'Israël Nisand, 9 MOIS ET CÆTERA, la biomédecine n'a cessé de multiplier les avancées en matière de reproduction humaine
[2]. « Elle sait aujourd'hui fabriquer des enfants hors sexe (fécondation in vitro), hors corps (intermédiaire des mères porteuses), et même hors vie, puisque l'on peut devenir biologiquement père ou mère après sa mort (par le don de gamètes ou d'embryons). »

Présentées selon une échelle de difficulté croissante,
« ces prouesses de la médecine font émerger, à leur tour, quatre niveaux de complexité éthique. Pour chacun d'entre eux se présente un côté jardin, celui des avantages médicaux et des possibilités de réparation. Mais aussi un côté cour, face sombre de ces évolutions derrière lesquelles se profilent d'évidentes dérives. L'une d'elle, et non la moindre, étant peut-être de vouloir des enfants à tout prix » (Catherine Vincent, in Le Monde, édition du 19.10.07).

C'est en 2009 que seront révisées les lois de la bioéthique. Ce qui promet d'intéressants débats tant les questions relevant de la biomédecine sont essentielles.


NOTES :

[1] C'était en 1982 et Amandine avait été qualifiée de « bébé-éprouvette » par la presse – la recherche du mot qui fait mouche ... par-delà le mauvais goût et la grossièreté. Une telle vulgarité dans le terme employé a été aussi le fait de tous les opposants à l'AMP – à commencer par l'Église catholique (cf. ci-dessous les propos d'un ecclésiastique). A noter que c'est en Angleterre qu'est née, en 1978, Louise Brown, grâce à la pratique de l'AMP.

[2] Cf. MÉTAMORPHOSES DE LA FAMILLE



Remarque :
Je me suis permis de reproduire la prise de position de l'Église catholique concernant l'AMP, car il est important de connaître les avis et recommandations des institutions religieuses même si elles me semblent contestables. Par exemple, pour moi la phrase qui va suivre, représente le summum de la langue fielleuse de l'Église actuelle : « En substituant un acte technique à l’étreinte des corps, écrit Mgr Bruguès, on pervertit la relation à l’enfant : celui-ci n’est plus un don mais un dû. » Eh oui ... Mais ce prélat oublie d'évoquer le temps où l'enfant n'était pas désiré et où il était la conséquence inéluctable (fatalité ?!) des rapports sexuels (le péché de la chair ?!) – quand il en n'était pas la punition : il suffit de lire les romans du XIXe siècle, par exemple
Effi Briest (1895), le chef-d'oeuvre du romancier Theodor Fontane. Je vous renvoie à la synthèse sur LES FEMMES ET LA SOCIÉTÉ pour des compléments d'information.

Je vous invite également à prendre conscience de la grande charité dont font preuve les théologiens quand il s'agit de contester ce qu'ils réprouvent : « il n’est pas indifférent, pour la personnalité de l’enfant, d’avoir été engendré dans une éprouvette », nous dit le P. de Longeaux. Qu'en termes sensibles, fins et délicats, à l'égard du couple désirant un enfant et vis-à-vis du futur enfant lui-même, cela est formulé. Il y a là quelque chose de proprement scandaleux - d'abject - dans ce genre de propos. 

La meilleure réponse qui puisse être faite à ces théologiens est bien celle du généticien Axel Kahn reproduite in fine – même si sa réponse ne s'adresse pas directement à eux.



La Croix - 28/01/2008 20:34


Les nouveaux dilemmes des médecins de l'infertilité


L'Agence de biomédecine présente mardi 29 janvier un bilan de l'assistance médicale à la procréation en France

Près de vingt-six ans après la naissance du premier « bébé-éprouvette » en France, Amandine, en 1982, l’assistance médicale à la procréation (AMP) s’est largement développée. Selon l’Agence de biomédecine, qui présente ce matin un bilan, 19 026 enfants sont nés dans l’Hexagone en 2005 grâce à une technique d’AMP.