INSÉCURITÉ - PEURS - POLITIQUES DE LA PEUR



C'est chez soi, dans la sphère de l'intime, de la famille que les violences sont également très fréquentes : qu'elles soient verbales, physiques, sexuelles. Près d'une agression sur deux a lieu au sein de la vie familiale, et non dans la rue, nous dit l'enquête de l'Observatoire national de la délinquance. Ce n'est donc pas tant les violences urbaines qu'il faudrait stigmatiser comme on le fait sans cesse pour des raisons politiques et de basse police (la peur justifiant l'ordre et tous les discours populistes), mais les violences familiales. Sans parler des violences du monde du travail, objet d'un prochain dossier de presse.

Mais cela fait tellement désordre quand on bouscule les stéréotypes de la pensée commune : la famille d'un côté et la caillera des quartiers de l'autre, avec, in fine, ce terrifiant constat : l'intime serait aussi dangereux que le dehors, et une femme risquerait autant chez elle qu'à l'extérieur de se faire insulter, tabasser, violer. Et ne parlons pas des enfants ! Et des hommes ! Elisabeth Badinter rappelle, en effet, que si « une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint, un homme meurt tous les 11,5 jours sous les coups de sa conjointe ». Un phénomène peu connu et pour l'instant tabou, tellement cette violence faite aux hommes perturbe la pensée du sens commun concernant les rapports hommes-femmes.

Alors pensez par vous-même et cessez de répéter ad nauseum les discours convenables et convenus sur la famille "naturelle", cette famille biologique seule capable de permettre un développement harmonieux de ses membres et, notamment, de ses enfants. Peut-être que les nouvelles "compositions" familiales ne sont pas idéales, mais le modèle traditionnel (sic) proposé par tous les donneurs de leçons – des idéologues politiques et des dogmatiques religieux – n'est pas la panacée universelle. Et n'oubliez pas : le chez soi ne serait finalement pas plus sûr que la rue ! Mais il est politiquement plus rentable de stigmatiser le dehors, car cela permet d'engranger des voix en jouant sur la peur des gens. Et ce d'autant plus que ce sentiment d'insécurité entretenu par les médias – le fait divers fascine et fait vendre – augmente la peur et créé de l'insécurité - ce que nos penseurs auto-proclamés avaient oublié, ouvrant ainsi la voie aux populismes, du lepénisme au sarkozisme.



REVUE DE PRESSE


Près d'une agression sur deux a lieu au sein du ménage

L'enquête de l'Observatoire national de la délinquance (OND), publiée lundi, fait apparaître un fort décalage entre le nombre de personnes déposant plainte et le nombre réel d'agressions.

Liberation.fr (avec source AFP) lundi 12 novembre 2007

Près de 2 millions de personnes, soit 5,6 % de la population française âgée de plus de 18 ans, disent avoir été agressées physiquement ou sexuellement au cours des années 2005 et 2006. Près de la moitié (830.000, soit 47,43%) de ces agressions ont lieu au sein du ménage. «Cela démontre qu'il y a autant de violence à l'intérieur qu'à l'extérieur de la famille, c'est un élément nouveau dont on avait une très faible connaissance», a commenté Alain Bauer, qui préside l'Observatoire national de la délinquance (OND), dont les résultats de l'enquête de victimation ont été publiés lundi. L'enquête, qui porte sur un échantillon représentatif de 17 000 personnes, vise à apporter d'autres chiffres que ceux des statistiques de la police ou de la gendarmerie, en permettant de connaître des atteintes que les victimes n'ont pas signalées. Ce qui est particulièrement vrai des violences domestiques.

4,7% des personnes interrogées ont déclaré avoir subi au moins un acte de violence physique et 1,3% au moins un acte de violence sexuelle hors ou au sein du ménage. 4,6% des hommes et 4,8% des femmes ont été victimes d'actes de violences physiques. 0,7% des hommes et 2% des femmes ont déclaré avoir subi un acte de violence sexuelle.

En matière d'agression physique ou sexuelle, le nombre de personnes ayant déposé plainte apparaît particulièrement faible: 28,8% ont déposé plainte pour violences physiques et 8,4% pour violences sexuelles hors-ménage. Elle sont encore moins nombreuses au sein du foyer (8,8% et 5,5%).

Les femmes victimes de violences dans le ménage expliquent leur silence par leur souci de «trouver une autre solution» (82,7%), ou parce qu'elles ont estimé que «cela n'aurait servi à rien» (57,4%), enfin «parce que ce n'était pas grave» (56,9%). Pourtant, près de 53% des femmes victimes de violences dans le ménage ont déclaré aux enquêteurs de l'OND « avoir subi des dommages psychologiques plutôt importants voire importants ».

Pour ce qui est des atteintes aux biens, autre point noir de la délinquance, qui englobe cette fois les personnes de plus de 14 ans et qui porte uniquement sur l'année 2006, l'estimation de l'OND recense 4.876.000 vols ou tentatives de vols: 36,8% de ces vols et tentatives ont fait l'objet d'une plainte.

Une baisse «significative» des vols liés à la voiture est relevée par l'OND en 2006 par rapport à 2005 (-6,1%). Les cambriolages de la résidence principale restent en revanche stables et donnent lieu à 70% de plaintes et seulement 40% pour ce qui est des tentatives.

En 2006 toujours, écrit l'OND, 481.000 vols avec violences ou menaces ont été perpétrés. Environ un vol ou tentative à la personne sur trois fait l'objet d'une plainte.

Sur le sentiment d'insécurité, l'OND précise que la proportion de personnes estimant que la délinquance est le problème principal de leur quartier est en baisse à l'exception des zones urbaines sensibles qui «se singularisent» de ce point de vue.



Les chiffres de la police surestiment le phénomène des

bandes

LE MONDE - Mis à jour le 12.11.07

La focalisation médiatique et politique sur les banlieues tend à surestimer l'importance des affrontements entre bandes des cités populaires. Les statistiques officielles, mises en avant par le ministère de l'intérieur après de violentes rixes dans les quartiers de Pigalle et de la gare du Nord, à Paris, font en effet état de plusieurs centaines de bagarres entre bandes chaque année en France : 435 "affrontements" en 2005, 287 en 2006 et 129 pour les cinq premiers mois de l'année 2007.

Or, selon nos informations, un peu moins de la moitié de ces rixes ont été enregistrées, sur cette période, par la gendarmerie nationale et ne relèvent pas, sauf très rares exceptions, des problématiques de banlieue. La gendarmerie nationale reconnaît ainsi que la plupart des 341 "affrontements" recensés en deux ans dans sa zone de compétence correspondaient, en réalité, à des rixes liées à des fêtes de village ou à des bagarres à la sortie de boîtes de nuit.

Des phénomènes anciens, souvent favorisés ou aggravés par la consommation d'alcool, mais qui n'ont rien à voir avec des violences urbaines : "Tout cela peut démarrer pour des motifs parfaitement futiles : un mauvais regard, le vol d'un téléphone portable, une histoire de filles", remarque l'officier chargé de superviser les données sur les "violences dites urbaines" au sein de la direction générale de la gendarmerie nationale.

A travers son implantation dans quelques villes ou certaines zones périurbaines (Rhône, Oise, Isère, par exemple), la gendarmerie constate certes l'émergence de bandes, au sens de groupes organisés et défendant "leur" territoire, comme à Ezanville (Val-d'Oise), Nangis ou La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne). Mais ces exemples restent exceptionnels dans les régions sous la responsabilité des militaires (qui couvrent 95% du territoire, 50% de la population et 10% des zones urbaines sensibles).

Cette imprécision statistique explique que le Gard apparaisse régulièrement parmi les territoires les plus sensibles. En 2005, par exemple, ce département présentait un nombre plus élevé d'"affrontements entre bandes" que la Seine-Saint-Denis (43 signalements contre 36). "C'est une réalité complètement différente de celle des bandes de cités. Il s'agit essentiellement de bagarres liées à un contexte local, à des fêtes de village très nombreuses. Le tout sur un terrain propice à l'alcoolisme de masse", corrige le colonel Jean-Claude Goyeau, responsable du groupement départemental de la gendarmerie jusqu'en août.

Cette confusion sur le nombre réel d'affrontements entre bandes s'explique par une définition très générale, par le ministère de l'intérieur, de cette catégorie de violences urbaines. Les forces de l'ordre doivent signaler, à leur hiérarchie, tous les "affrontements graves entre bandes structurées ou de circonstance", mais elles ne disposent pas de critères quant à un nombre minimum de participants et à leurs motivations.

Cette difficulté à définir les affrontements entre bandes, et, plus largement, l'ensemble des violences urbaines, a conduit l'Observatoire national de la délinquance (OND) à ne pas valider l'indicateur national des violences urbaines (INVU), créé en 2005 par le ministère de l'intérieur. "De nombreuses questions restent en suspens sur la définition même des violences dites urbaines et sur la mesure de ce phénomène", expliquait l'OND dans son dernier rapport annuel. "Nous n'avons pas validé l'indicateur parce qu'il nous paraît trop instable", note Christophe Soullez, responsable de l'Observatoire, en rappelant que les violences urbaines ne correspondent à aucune incrimination pénale.

"On sait seulement que les phénomènes de bande sont récurrents mais personne n'est capable de les dénombrer précisément", relève Frédéric Ocqueteau, chercheur au CNRS, membre du conseil d'orientation de l'OND. "Le problème, c'est que la notion de bande n'est pas définie, ajoute le criminologue Sébastian Roché. Et qu'on ne sait pas plus à partir de quel moment, de quel seuil, on peut parler d'affrontements." Dans la typologie des violences urbaines, l'indicateur jugé le plus fiable est celui du nombre de véhicules incendiés. Avec des limites considérables : une partie non négligeable des voitures brûlées le sont pour des motifs qui n'ont rien à voir avec des violences urbaines (escroquerie à l'assurance, vols, règlements de comptes, etc.).

La direction générale de la police nationale (DGPN) reconnaît d'ailleurs travailler sur l'élaboration d'un indicateur "plus pertinent" pour tenter de mesurer les violences urbaines. La mise au point d'une nouvelle échelle de mesure ne constituerait qu'un nouvel épisode dans la bataille du thermomètre : depuis 1991, et l'invention de la première échelle de mesure des violences urbaines par les Renseignements généraux, pas moins de quatre indicateurs différents ont été utilisés, rendant impossibles les comparaisons sur le long terme. 

Luc Bronner



La violence conjugale fait aussi des victimes parmi les

hommes

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 13.11.07.

La tragédie de Marie Trintignant et Bertrand Cantat a certes contribué à alerter l'opinion publique et les médias sur les trop nombreux cas de femmes battues par leur compagnon - comme en témoigne le reportage Les coups pour le dire qui a été diffusé le 8 novembre dans "Envoyé spécial" sur France 2. Mais qu'en est-il de la violence sur les hommes, qui passe quasiment inaperçue, sans doute parce qu'impensable dans la conscience collective ?

Minoritaire - une femme meurt en France sous les coups tous les trois jours, un homme tous les quatorze jours, selon la Préfecture de Paris -, la question, si dérangeante soit-elle, mérite d'être posée, non seulement pour lever un tabou mais aussi, comme l'explique Isabelle Rossignol, romancière et réalisatrice de l'émission de France Culture "Surpris par la nuit", "pour poser un regard différent sur le masculin et le féminin".

"Il faut en convenir, certaines femmes peuvent être violentes, et certains hommes peuvent accepter de subir cette violence. Pourquoi l'acceptent-ils ? Pourquoi certaines femmes en arrivent-elles à ces extrémités ?" Pourquoi, trop souvent encore, la société reste-t-elle sourde à ces appels de détresse ? A toutes ces questions, ce numéro de "Surpris par la nuit" tente de répondre, sans manichéisme ni préjugés, à travers les témoignages d'un couple et de deux hommes qui furent battus par leurs épouses.

ENFER QUOTIDIEN

Si différents que soient leurs parcours, tous dépeignent la lente montée de la violence (les disputes, les insultes puis les coups), l'enfer quotidien ponctué de quelques accalmies. "Pendant vingt ans, on a vécu avec deux personnes différentes : mère de famille normale, gentille, et à côté un monstre", raconte Bernard. Parfois aussi l'illusion d'une issue possible avec la venue d'un enfant dans le couple...

Ce processus quasi immuable, Claudine Gachet, thérapeute et fondatrice à Genève de l'association Face à face, le connaît bien. En écho aux différents témoignages, elle apporte un éclairage passionnant, notamment sur le profil de ces femmes, victimes de la violence physique et-ou psychologique de mères dysfonctionnelles et qui, à l'âge adulte, dévalorisées, débordées par leurs multiples rôles (mère, épouse et salariée), retournent cette violence originelle contre elles-mêmes et contre leurs conjoints.

Des conjoints d'autant plus démunis que leur parole - lorsqu'ils réussissent à surmonter leur honte ou leur réticence à témoigner contre leur compagne qu'ils aiment malgré tout - n'est guère entendue dans les commissariats ou par les juges. "Ce n'est pas dans les moeurs, explique tristement Bernard. L'idée des gens, c'est que cela n'est pas logique, donc ça n'existe pas."

Christine Rousseau

"Détruire, disent-elles", mardi 13 novembre à 22 h 15 sur France Culture.



Femmes-hommes :

pourquoi ne parle-t-on jamais des hommes battus ?

Chat - LEMONDE.FR - avec Elisabeth Badinter, philosophe - vendredi 16 novembre 2007



AFP/CATHERINE GUGELMANN - La philosophe Elisabeth Badinter.

Elisabeth Badinter : Nous avons au total pour l'année 2006, en augmentation par rapport à l'étude de 2004, 168 décès par homicide au sein du couple. Et dans ces 168 décès, il y a 137 femmes et 31 hommes. Ce qui veut dire qu'une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint, et qu'un homme meurt tous les 11,5 jours sous les coups de sa conjointe. Donc il est incontestable que ce sont les femmes qui sont majoritairement victimes de la violence des hommes.

Au demeurant, je considère que la question des victimes masculines de la violence des femmes doit être posée. Parce que ce n'est pas nul. 31 hommes qui meurent sous les coups de leur femme, ce n'est pas rien. Or je constate qu'il n'y a aucune étude spécifique entreprise sur le sujet des hommes, et que la presse, dans son ensemble, et les chercheurs ne considèrent que les violences faites aux femmes, comme si l'autre n'existait pas. C'est cet aveuglement, volontaire ou inconscient, qui m'interpelle. Car j'y vois en particulier un parti pris idéologique grave, qui consiste à faire des femmes les uniques victimes de la violence.

QUESTION - Oui, il faut parler des hommes battus... mais n'est-ce pas aux hommes de prendre cette question en main, comme les féministes l'ont fait pour les femmes battues ?

Elisabeth Badinter : Justement, il me semble que la situation des hommes battus est encore plus indicible que celle des femmes battues. Parce qu'être un homme battu est tellement contraire à l'image de la virilité que c'est encore plus honteux pour un homme de se dire victime de violences féminines que pour une femme d'être victime d'un homme.

Il faut se souvenir que c'est parce qu'il y avait eu une campagne de presque toute la société pour encourager les femmes à surmonter leur honte et déposer plainte, que, peu à peu, les femmes ont fait le pas d'aller à la gendarmerie ou à la police. Avec beaucoup de difficultés, car cela doit être très douloureux.

Pour les hommes, c'est une démarche encore quasiment impossible, qui doit donc être prise en charge par la société également. Je voudrais souligner que nous avons quelques études très partielles sur ces hommes objets de violences féminines, et tous expliquent que déposer plainte est une horreur, car ils sont l'objet de ricanements et de déni. Pour nous tous, spontanément, on ne peut pas imaginer qu'un homme se laisse battre par une femme. Or il semble bien que même si les hommes sont plus forts que les femmes (ce qui n'est pas vrai dans tous les couples), les hommes battus n'osent pas réagir et n'osent utiliser la même violence à l'égard de leur compagne pour la faire cesser. Voilà pourquoi, à mon sens, cette affaire ne peut pas être prise en charge par les seuls hommes, mais ce sont les associations, les psychologues, et peut-être aussi un ministère quelconque de la parité, qui doivent prendre ce sujet en charge.

QUESTION - Cette violence féminine n'est-elle pas, majoritairement, de la légitime défense ?

Elisabeth Badinter : C'est toujours l'argument avancé pour parler des violences féminines contre les hommes : elles sont violentes pour se défendre d'une première violence masculine. Je suis convaincue pour ma part que c'est souvent vrai, mais je suis aussi convaincue, par les témoignages que nous avons, que c'est loin de l'être toujours.

QUESTION - Quel est le profil des femmes qui battent leur mari ? A quelle classe sociale appartiennent-elles ?

Elisabeth Badinter : Comme nous n'avons pas d'étude sur ces femmes violentes, on ne peut pas répondre à cette question, pourtant fondamentale. Il faudrait presque briser un tabou pour pouvoir aborder sereinement et avec toute l'objectivité nécessaire cette question-là, et nous ne l'avons pas fait.

QUESTION - Si on parle uniquement des violences physiques, étant donné que les hommes sont statistiquement plus forts que les femmes, on trouvera toujours plus de dégâts chez les femmes. Mais pourquoi oublie-t-on les violences spécifiques commises par les femmes, comme par exemple les enfants faits dans le dos, les fausses attributions de paternité, etc.

Elisabeth Badinter : Je ne pense pas que l'on puisse mettre à égalité les violences physiques et les violences psychologiques. Au demeurant, les rares études que nous avons sur les violences, notamment au Québec, qui est nettement plus avancé que la France sur cette affaire, montrent que la violence psychologique serait plus le fait des femmes, et la violence physique plus le fait des hommes.

QUESTION - Dans de nombreux cas de divorces aux Etats-Unis, les femmes avancent faussement qu'elles sont victimes de violence pour obtenir des jugements avantageux. Qu'en est-il en France ?

Elisabeth Badinter : En France comme au Québec, nous savons, à titre d'exemple, que des femmes en instance de divorce ont accusé à tort leur conjoint de pédophilie sur leurs enfants pour avoir la garde de ceux-ci. Nous possédons un chiffre qui est partiel mais tout de même inquiétant : 17 % de ces plaintes ont été prouvées mensongères par les tribunaux. Voilà un type de violence qui n'est pas physique, qui est psychologique, et qui est une ignominie, pas suffisamment dénoncée à mon gré.

QUESTION - Avez-vous eu des réactions violentes de femmes qui s'offusquent de vous voir lancer ce débat ?

Elisabeth Badinter : Oui, et notamment venant d'associations féministes qui s'occupent des femmes victimes de violences masculines. On me dit que je tendrais à noyer le poisson, à disculper les hommes en évoquant la violence féminine, comme si je les renvoyais dos à dos. Conclusion : je suis une traître au féminisme.

QUESTION - Pourquoi ne parle-t-on pas plus de ces mouvements féministes qui font la promotion de la haine anti-hommes ? Il y a de plus en plus d'associations féministes qui organisent des débats interdits aux hommes.

Elisabeth Badinter : Pour ma part, je parle de ces mouvements haineux contre les hommes. J'ai écrit un livre qui s'appelle Fausse Route qui essaie de faire le point sur ces discours anti-hommes. Mais finalement, je pense que la majorité de nos concitoyens savent faire la part des choses. Au demeurant, je suis choquée que tous les 8 mars, jour de la Fête des femmes, tous les médias brandissent les statistiques des violences faites aux femmes, laissant entendre aux nouvelles générations de femmes que leur condition est celle de victimes, ce qui nourrit la méfiance, la peur, voire la haine à l'égard des hommes.

QUESTION - Est-ce que depuis la publication de "Fausse Route" et le chapitre que vous consacriez à cette question les choses vous paraissent avoir changé ?

Elisabeth Badinter : La réponse est non, ça n'a pas beaucoup changé. Mais je m'attends tout de même à ce qu'on finisse par être un peu plus objectif et qu'on en vienne à s'intéresser à la violence féminine.

QUESTION - Faites-vous un lien entre la violence féminine au sein du couple et la montée de la violence chez les adolescentes : une sorte d'accession ou de droit à la violence des femmes, en quelque sorte ?

Elisabeth Badinter : Je ne crois pas qu'on puisse dire les choses ainsi. En revanche, l'augmentation massive des violences physiques, notamment depuis le début des années 2000, est un phénomène global. Nous assistons à une montée de la violence contre les enfants, contre les gens âgés, entre les enfants et entre les adolescents. Et bien entendu, chez les femmes aussi. Que dans des situations extrêmement dures pour les adolescentes, dans les quartiers difficiles, les jeunes filles soient amenées à être de plus en plus violentes me semble une conséquence naturelle de l'oppression dont elles sont l'objet. Mais cela ne veut pas dire pour autant que les femmes, globalement, quand elles ne sont pas dans des situations drastiques, deviennent plus violentes.

QUESTION - Vivant au Québec, j'ai pu constater les méfaits d'un féminisme virulent sur les hommes de ma génération (35-40 ans). L'homme, toujours coupable !! Pourquoi certaines femmes utilisent-elles la culpabilisation et la dévalorisation des hommes pour obtenir ce qu'elles veulent d'eux ?

Elisabeth Badinter : Parce qu'elles croient n'avoir pas d'autre moyen pour obtenir quelque chose. J'ajoute qu'elles sont dans le ressentiment et la haine des hommes.

QUESTION - Y a-t-il une différence entre la violence dans les couples hétérosexuels et dans les couples homosexuels ?

Elisabeth Badinter : A ma connaissance, il n'y en a pas. Les quelques très rares études que nous avons tendent à montrer le même pourcentage de violences au sein des deux types de couple.

QUESTION - Vous avez fait part des statistiques sur les décès, y a-t-il un autre moyen de quantifier l'ampleur des sévices hommes-femmes ?

Elisabeth Badinter : Oui. En vérité, on a beaucoup de chiffres. A part le pourcentage d'homicides, il y a tous les pourcentages de blessures. Par exemple, pour l'année 2005, il y a eu 8 869 plaintes de femmes de violences de la part de leur conjoint. Et 1 457 plaintes d'hommes de violences de la part de leur femme. Et en 2006, il y a une augmentation importante de cette double violence : 10 680 plaintes de femmes, soit une augmentation de 20 %, et 1 724 plaintes d'hommes, soit une augmentation de 18 %. Mais ce qu'il faut ajouter, c'est que nous n'avons là que les statistiques des plaintes, et qu'il semblerait que seulement 10 % des femmes et des hommes victimes de violences déposent plainte.

QUESTION - Ne faudrait-il pas canaliser la violence des époux(ses) à l'extérieur du milieu familial ? Encourager les femmes à faire du sport, à devenir autonomes, affectivement et financièrement ?

Elisabeth Badinter : Je considère que les hommes ou les femmes violents sont des malades, qui ont besoin de soins. Mais il me semble indispensable d'encourager de toutes les façons les femmes à jouir de l'indépendance financière, pour avoir les moyens de s'en aller, de quitter le foyer conjugal avec leurs enfants si nécessaire. Il me semble aussi judicieux que les femmes apprennent à se défendre physiquement, parce que les violences ne viennent pas que du conjoint, et qu'il y a aussi toutes ces statistiques considérables de violences physiques hors de la vie familiale dont les femmes sont majoritairement victimes, à 90 %.

QUESTION - Vous exposez le phénomène de la montée de la violence envers les hommes. Pour quelles raisons ce phénomène prend-il une telle ampleur ?

QUESTION - Est-ce que la violence faite aux hommes augmente ou bien est-ce simplement qu'on en parle plus ?

Elisabeth Badinter : Apparemment, personne n'en parle. C'est moi qui ai voulu en parler aujourd'hui. Je pense que si l'on encourage les hommes à déposer plainte et si l'on prend leur situation en considération, on risque d'avoir des surprises. Je ne veux pas dire pour autant qu'ils seront majoritairement victimes, mais je suis convaincue que le chiffre des violences faites aux hommes sera impressionnant.

Chat modéré par Mathilde Gérard


Publié dans : INSÉCURITÉ - PEURS - POLITIQUES DE LA PEUR - Par alain laurent-faucon
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A toutes les époques, les pouvoirs en place ont inévitablement joué sur la peur et le sentiment d'insécurité pour domestiquer les corps et les âmes, et imposer « leur » ordre. Plus que jamais je vous invite à lire les analyses du philosophe Michel Foucault sur ce qu'il a appelé le « grand renfermement » dans son Histoire de la folie et sur ce qu'il nomme le « bio-pouvoir ». Et je vous invite aussi à lire les pertinentes réflexions d'Hannah Arendt sur le totalitarisme « qui ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus ».

Voilà d'ailleurs pourquoi je relaie, sur mon blog de culture générale, la pétition parue dans le Monde du samedi 13 décembre 2008, et intitulée « Nous refusons la politique de la peur ».

Celles et ceux qui consultent mon blog le savent, je ne « roule » pour personne, j'entends rester seul, sans attaches ni fil à la patte, loin des partis politiques et des réseaux d'appartenance, et je hais ce « on » qu'a tant fustigé Heidegger. Mais ce n'est pas pour cela que je ne me sens pas citoyen à part entière et que je ne m'engage pas quand les libertés individuelles, tributaires des libertés publiques, sont menacées.

Plus que jamais nous vivons sous le règne de la bêtise, cette « raison suffisante » qui ne fonctionne que par des « c'est comme ça » ou des « un point c'est tout », et qui flirte en permamence avec ce qu'il y a de plus vil et de plus abject en nous et, de ce fait dans nos sociétés, le populisme. Car c'est un mal qui nous guette toutes et tous. Et les pouvoirs en place le savent bien ! Le pire ennemi de l'homme c'est l'homme et risquons une tautologie : l'homme relève de l'humanité et ce qu'il a de plus poisseux en lui participe de son humanité. Cessons – comme certains théologiens aux discours écoeurants de dogmatisme – d'avancer que c'est, en nous, notre part d'animalité.

Je vous invite enfin à lire deux chroniques de Frank Nouchi parus dans le Monde et que je reproduis ici, l'une s'intitule « Politique du fait divers » et l'autre « Un air du temps délétère ». A méditer !

 




Nous refusons la politique de la peur


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 13.12.08.


En assimilant maladie mentale et danger social, le président de la République amplifie une politique sécuritaire inquiétante


Les annonces de Nicolas Sarkozy, le 2 décembre, au centre hospitalier spécialisé Erasme, à Antony, sont en remarquable continuité avec les décisions prises depuis l'époque où il était ministre de l'intérieur : loi sur la prévention de la délinquance, amputée de ses articles portant sur les malades mentaux, mais finalement réintroduits dans leur essence dans la loi de rétention de sûreté, fichier Edvige, et maintenant loi sur l'hospitalisation psychiatrique.

L'amalgame organisé depuis la loi du 30 juin 1838 entre ordre public et obligation de soins trouve aujourd'hui son achèvement en une identification du soin à la seule mesure d'ordre public au nom d'une dangerosité potentielle. Il s'inscrit dans un ensemble liberticide. Depuis environ trois ans, à chaque victime exemplairement médiatisée, répond une nouvelle loi répressive.

Cette logique démagogique ose avec arrogance déclarer ne connaître que les droits de l'homme pour la victime et subordonner les droits des "autres" à leur dangerosité. Logique de juriste besogneux qui se doit d'étalonner le droit à une justice d'élimination. Logique de violence sociale qui condamne la psychiatrie à repérer, contrôler et parquer à vie les marginaux, déviants, malades, désignés potentiellement dangereux. Logique de l'abus rendu légal, enfin, puisque cette dangerosité n'est ni définie ni précisément limitée, ouvrant la voie à une extension indéfinie des mesures qui la visent. Obsession qui transforme tout accident en événement intolérable, la moindre erreur en défaillance monstrueuse, légitimant des précautions sans cesse durcies et toujours condamnées à se durcir car on ne supprimera jamais la possibilité d'un risque.

 

A terme, nous ne serions même pas dans la mise en place d'un système de défense sociale - historiquement institué et toujours présent dans de nombreux pays européens - à côté d'un système de soins psychiatriques "civil", mais dans le formatage d'une "flic-iatrie" dans les murs d'un asile d'aliénés postmoderne comme dans la ville.

 


« Au plan de la liberté individuelle, ce projet placerait le sujet sous un régime de liberté surveillée »


Nous tenons à alerter du danger les familles et leurs associations, les associations de patients et ex-patients. Le projet du président de la République n'est pas une obligation de soins ambulatoire, mais bel et bien une détention ambulatoire qui sur le plan des soins se résumerait à l'injection bimensuelle ou mensuelle d'un neuroleptique à action prolongée ou à la prise forcée d'un thymorégulateur. Sur le plan de la liberté individuelle, ce projet placerait le sujet sous un régime de liberté surveillée : tutelle à la personne, assignation à résidence, bracelet électronique. Tout cela sous l'égide des services préfectoraux, des services de psychiatrie publique... et de la famille.

Pourquoi, alors, pour les soignants rechercher et travailler le consentement libre et éclairé ? Pourquoi pour les services de psychiatrie se mettre dans l'obligation d'accueillir, d'écouter, de prendre soin, de soigner, d'accompagner un sujet souffrant, c'est-à-dire de le considérer dans sa dignité et sa singularité de personne, d'individu social et de sujet de droit ?

Disons aussi aux usagers et à tous les citoyens que le soutien affiché par le chef de l'Etat à la ministre de la santé pour son projet de loi "hôpital, santé, patients et territoire", son chantage public au soutien à ses réformes, confirme qu'il n'y a pas contradiction entre politique sécuritaire et politique de réduction des moyens pour la santé et le social. De plus, il semble aussi mettre fin à la psychiatrie de secteur comme psychiatrie généraliste.

Que de vigilance obligée, que d'énergie perdue pour défendre les moyens existants face au bulldozer administratif et comptable. Pour les internés, nous savons : des moyens pour des cellules d'isolement, des unités pour malades difficiles, des vigiles et des caméras de surveillance. Quant aux personnes qui seraient soumises au traitement psychiatrique ambulatoire contraint, selon quels critères une telle mesure serait-elle prise, ou levée ?

Que nous soyons contraints de répéter une fois de plus qu'il n'y a pas à assimiler crime ou délinquance et "maladie mentale", dangerosité et "maladie mentale", nous blesse au regard des décennies de luttes et de pratiques de progrès dans le champ de la santé mentale.

Que nous soyons contraints de répéter qu'il n'y a pas de risque zéro, que les politiques dites de "tolérance zéro" n'éliminent pas la dangerosité sociale, nous fait craindre que nous tendions - loi d'attaque sociale après loi d'élimination, outrances policières ou politiques après outrances policières - au système décrit et dénoncé par Hannah Arendt : le totalitarisme ne tend pas à soumettre les hommes à des règles despotiques, mais à un système dans lequel les hommes sont superflus.

Le type de pouvoir exécutif à l'oeuvre ne laisse rien échapper, intervient sans cesse sur les professionnels pour les sanctionner et les corriger au moindre accident. Il conduit ceux-ci à l'excès de zèle pour prévenir les risques de ce qui n'est même plus excusé en tant que "bavures". Au mieux, nous avons droit aux phrases compassionnelles du chef de l'Etat.

La banalité du mal s'installe en même temps que les scandales s'accumulent : pour les sans-papiers, il faut faire du chiffre ; pour éduquer les collégiens contre la drogue, il faut faire une descente musclée de gendarmes ; pour que "justice soit faite", il faut l'affaire consternante du journaliste de Libération ou encore la menace de centres de rétention pour SDF récalcitrants.

Il ne s'agit donc guère de sagesse populaire et de vertu républicaine, mais bien d'une idéologie populiste et d'une politique sécuritaire dangereuses, qui dans le même temps poursuivent au pas de course la démolition des services publics et une politique de santé entrepreneuriale et de paupérisation. Nous nous déclarons opposants résolus à cette idéologie et à cette politique. Nous déclarons que nous continuerons d'y résister concrètement et solidairement. Nous appelons tous ceux qui agissent à élaborer un manifeste constituant d'un front du refus.


Francine Bavay, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée des solidarités et du développement social, les Verts ;
Alain Buzaré, psychiatre, responsable de service, Angers ;
Alain Chabert, psychiatre responsable de service, Chambéry ;
Franck Chaumon, psychiatre, psychanalyste, association Pratiques de la folie ;
Jean Danet, universitaire, Nantes ;
Gilles Devers, avocat, Lyon ;
Claude-Olivier Doron, philosophe et anthropologue de la santé, université Paris-VII ;
Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme ;
Dominique Friard, vice-président du Serpsy, cadre de santé ;
Jean Furtos, psychiatre, directeur scientifique de l'Orspere/Onsmp ;
Claire Gékière, secrétaire de l'Union syndicale de la psychiatrie ;
Serge Klopp, cadre de santé, militant du PCF, Paris ;
Pénélope Komites, adjointe au maire du 12MD+eMD arrondissement chargée de l'action sociale, les Verts
Olivier Labouret, psychiatre responsable de service, Toulouse ;
Jean-Claude Laumonier, responsable du secteur santé de la LCR, cadre de santé retraité ;
Christian Laval, sociologue, Orspere/Onmsp, Lyon ;
Anne-Marie Leyreloup, psychiatre, présidente du Serpsy ;
Claude Louzoun, président du Comité européen : droit, éthique et psychiatrie, membre de l'Union syndicale de la psychiatrie ;
Jean-Pierre Martin, psychiatre, vice-président du Cedep ;
Jacques Michel, Institut des sciences politiques, Lyon ;
Marie Napoli, présidente de l'Union syndicale de la psychiatrie ;
Pierre Paresys, psychiatre responsable de service, Lille ;
Marie Rajaplat, vice-présidente du Serpsy ;
Pauline Rhenter, politologue, groupe de recherche en sciences sociales ville et santé mentale, Paris ;
Jean Vignes, secrétaire fédération SUD Santé-Sociaux.


 


Politique du fait divers


par Frank Nouchi


LE MONDE | 12.12.08 |


En finira-t-on jamais avec l'affaire Grégory, du nom de ce petit enfant de 4 ans retrouvé, le 16 octobre 1984, pieds et mains liés dans la Vologne, une rivière des Vosges ? Vingt-quatre ans après le début de cette énigme criminelle qui mit la France en émoi, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Dijon vient, on le sait, d'ordonner la réouverture du dossier de manière à le faire bénéficier des derniers progrès de la police scientifique.

Dans l'attente des résultats des nouvelles expertises génétiques, comment ne pas repenser à ces débats, livres et autres téléfilms qui durant toutes ces années ont tenté de mettre au jour les mécanismes de l'emballement médiatico-judiciaire auquel a donné lieu cette affaire ? On se souvient bien sûr de l'article de Marguerite Duras, publié dans Libération le 17 juillet 1985, avec sa célébrissime chute : "Christine V. est sublime. Forcément sublime." Article inouï dans lequel l'auteur de Moderato cantabile écrivait ceci : "La justice paraît insuffisante, lointaine, inutile même, elle devient superfétatoire du moment qu'elle est rendue. Pourquoi la rendre ? Elle cache. Plus que le secret, elle cache. Elle cache l'horizon du crime et, disons le mot, son esprit."

En cette fin d'année 1984, de l'autre côté des Alpes, un autre grand écrivain s'intéressait au fait divers. Rien à voir avec les grandes envolées de Duras, rien à voir avec la folie médiatique qui déferlait sur le petit village de Lépanges-sur-Vologne (Vosges). Non, tout au contraire, il s'agissait pour Primo Levi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, de rendre hommage au "journaliste de fait divers inconnu". Cet article, nous l'avons découvert dans Feuillet épars, un passionnant recueil de textes écrits entre 1973 et 1987 qui vient d'être publié chez Robert Laffont.


Maturité


On y retrouve toute la maturité, toute la sagesse de l'auteur de Si c'est un homme, cette manière si distanciée de rendre compte des sujets les plus brûlants. A ce journaliste fait-diversier, il se permet quelques recommandations : "Qu'il ait toujours bien présent à l'esprit le pouvoir qu'il a entre les mains […]. Qu'il ne flatte pas la morbidité du lecteur. Qu'il le traite comme un adulte responsable, même s'il ne l'est pas toujours. Qu'il évite les extravagances de saison, douteuses et aussitôt oubliées. Qu'il ne feigne pas d'avoir compris ce qu'il n'a pas compris […]. Et surtout : qu'il n'oublie pas qu'apparaître dans le journal est, pour presque tous les citoyens, un événement désagréable, nuisible ou tragique, qui peut léser des intérêts légitimes, violer la vie privée, blesser la sensibilité."

Ces lignes pleines de bon sens concernent évidemment l'activité journalistique, mais pas seulement. Comment en effet ne pas également penser aux pratiques politique, judiciaire et policière. Un exemple entre dix ces jours-ci : l'affaire du collège de Marciac dans le Gers, ce contrôle antidrogue en forme de fouille au corps opéré dans une classe de troisième par des gendarmes avec l'aide de chiens. Qu'en a pensé la procureure de la République ? "Les élèves ont peur de ces contrôles ; ça crée de la bonne insécurité, satisfaisante en termes de prévention."

"De la bonne insécurité…" Primo Levi concluait ainsi son article : "Des faits divers citoyens et adultes sont à la fois le miroir et le fondement d'une société citoyenne et adulte." Tout le contraire d'une conception populiste de l'action publique et de la société infantilisée qui en résulte.

Franck Nouchi



Un air du temps délétère


par Franck Nouchi


LE MONDE 2 | 05.12.08 |


Il peut arriver qu'une chronique ne serve qu'à saisir un certain air du temps dans la plus totale subjectivité. Autant dire que ce qui va suivre n'est qu'accolement de faits sans rapport les uns avec les autres ; juste une sorte de droit au parti pris dès lors que l'on sent poindre quelque chose qui pourrait mettre à mal en ces temps de crise l'espace public démocratique. Tous ces événements, on va le voir, ont pour seul point commun un lien avec la justice.

Premier d'entre eux : l'arrestation et l'inculpation "pour association de malfaiteurs en vue d'une entreprise terroriste" de neuf personnes accusées de sabotage de caténaire. Pour l'heure, pas la moindre preuve, mais, selon le procureur, la certitude que "le but de leur entreprise est bien d'atteindre les institutions de l'Etat, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l'ordre politique, économique et social". Rien de moins. Comme l'ont écrit plusieurs intellectuels de renom dans une tribune publiée par Le Monde (daté 28 novembre), dans ce dossier "l'absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de se dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste".

Deuxième affaire : la condamnation de l'association Droit au logement (DAL) à une amende de 12 000 euros pour avoir installé un campement de mal-logés sur la voie publique et "en y laissant des objets". Le texte du code pénal dont s'est servi pour cette condamnation le tribunal de police de Paris concerne d'ordinaire l'abandon de gravats et de détritus. Cette fois, il s'applique aux tentes, sacs de couchage, couvertures et autres bâches en plastique fournis par le DAL, d'octobre à décembre 2007, aux 374 familles mal logées qui campaient rue de la Banque à Paris, dans le 2e arrondissement. Seuls, parmi les membres du gouvernement, Martin Hirsch et Bernard Kouchner ont pris la défense du DAL. "On ne met pas à genoux ce genre d'associations en les condamnant à des amendes parce qu'elles ont fait ce type d'action", a déclaré le haut-commissaire aux solidarités actives.

Troisième affaire enfin : l'interpellation sur réquisition de la vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris, vendredi 28 novembre à l'aube, de notre confrère Vittorio de Filippis. Menotté, humilié, insulté devant ses enfants – " Vous, vous êtes pire que la racaille ", lui a dit un des policiers qui l'interpellait –, fouillé, déshabillé, interrogé sans la présence de son avocat, mis en examen, pour diffamation, l'ancien directeur de la publication de Libération est accusé d'avoir hébergé sur le site du quotidien un commentaire d'internaute qui pourrait avoir – la justice le dira – un caractère diffamatoire. "Je suis l'avocat de Libération depuis 1975 et c'est la première fois que je vois un directeur de publication faire l'objet d'une interpellation et d'un mandat d'amener", constatait Me Jean-Paul Lévy.

Drôle d'ambiance qui rappelle des temps que l'on croyait révolus. Les crises, on le sait, servent souvent de prétexte pour mettre à mal les libertés publiques. Dans le cas présent, pourtant, ce sont sans doute moins les difficultés économiques et sociales qui encouragent ce type de dysfonctionnements judiciaires que la politique pénale aveuglément répressive du gouvernement.

Franck Nouchi

 

Publié dans : INSÉCURITÉ - PEURS - POLITIQUES DE LA PEUR - Par alain laurent-faucon
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La dissertation de "culture gé" est une épreuve à fort coefficient dans les concours de la fonction publique d'Etat, terriroriale, hospitalière, et je me suis aperçu que rares étaient les étudiant(e)s qui savaient QUESTIONNER LE SUJET. Le réflexe est d'utiliser des plans pré-formatés et des fiches stéréotypées. D'où la raison d'être de ce blog : QUESTIONNER LE SUJET et PENSER à partir des savoirs exigés.

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