Martin Hirsch, haut commissaire aux Solidarité actives contre la pauvreté, a présenté, en conseil des ministres, le 21 novembre, le schéma du Grenelle de l’insertion. Replacer l’insertion au cœur des débats de société ; améliorer la performance globale des politiques d’insertion et engager les réformes pour fusionner tous les contrats aidés en un contrat unique d’insertion sont les trois objectifs du Grenelle. Les travaux seront lancés, à Grenoble les 23 et 24 novembre 2007, pour une durée de six mois.




Le lancement du Grenelle de l’insertion

 
Portail du Gouvernement – Site du premier ministre - http://www.premier-ministre.gouv.fr/

 

Pour aller plus loin dans la lutte contre la pauvreté, le président de la République a chargé Martin Hirsch d’organiser un Grenelle de l’insertion avec tous les acteurs concernés - associations, employeurs, services de l’Etat, collectivités locales...

Présenté en Conseil des ministres le 21 novembre, le Grenelle de l’insertion poursuit trois objectifs :

-  replacer l’insertion au cœur des débats de société en donnant la parole aux professionnels, aux associations et aux bénéficiaires, et en mobilisant les collectivités territoriales, les entreprises et les partenaires sociaux ;

-  améliorer la performance globale des politiques d’insertion ;

-  engager les réformes qui s’imposent pour parvenir à une unification de tous les contrats aidés afin d’aboutir à un contrat unique d’insertion ; à l’évolution du financement de l’insertion par l’activité économique ; et à l’accès à la formation professionnelle pour les personnes les plus éloignées de l’emploi.

Les Rencontres de l’expérimentation sociale, qui auront lieu les 23 et 24 novembre à Grenoble, lanceront les travaux du Grenelle de l’insertion pour une durée de six mois. Le site experimentationssociales.fr a été créé à cette occasion.

Trois groupes de travail seront installés en décembre :

-  sur les objectifs de la politique d’insertion et sa gouvernance ;

-  sur les trajectoires et les parcours d’insertion ;

-  sur le rôle des employeurs et leur implication dans les politiques d’insertion.


 


Comment l'État peut-il réduire la pauvreté ?

 

Chat - LEMONDE.FR | Mis à jour le 22.11.07


L'intégralité du débat avec Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives, qui s'apprête à lancer le "Grenelle de l'insertion", jeudi 22 novembre 2007


 

QUESTION - Pourquoi le seuil de pauvreté est-il un seuil monétaire fixe à 50 % du revenu médian quand on sait que le coût de la vie varie grandement entre les régions ? Ne serait-il pas plus judicieux d'utiliser des critères physiques (accès au logement, sanitation, chauffage, travail) ?

On utilise effectivement deux méthodes : la pauvreté monétaire, qui est la plus objective, la plus comparable dans le temps, et la plus comparable entre les pays, et qui est la méthode la plus scientifique. C'est pour cela qu'on s'appuie sur elle quand on mesure l'évolution de la pauvreté. Mais on mesure aussi la pauvreté des conditions de vie, ce qui consiste à regarder la part des dépenses logement, santé, alimentation, transports dans le budget des personnes les plus modestes.

QUESTION - Pourquoi ne pas faire voter une loi ou proposer un décret pour qu'aucun salaire ou revenu ou minimum social ne soit inférieur au seuil de pauvreté (825 euros) ?

On a fait voter des lois pour que, déjà, il y ait un revenu minimum. C'est le RMI. Mais si le revenu minimum était trop près du salaire minimum, cela accentuerait le problème actuel : beaucoup de gens perdent de l'argent quand ils retrouvent du travail. C'est pour cela qu'on essaie de raisonner autrement pour aider les personnes à sortir de la pauvreté et favoriser la reprise du travail.

QUESTION - Est-ce que réduire la pauvreté pour l'Etat signifie seulement agir sur les aspects financiers (redistribution, revenus minimum, smic, etc.) ou y a-t-il d'autres domaines d'actions où la marge de manœuvre est très importante ?

Réduire la pauvreté, je dirais que c'est pouvoir redonner une place utile à chacun, lui procurant des moyens d'existence décents. Cela veut dire, bien sûr, les questions financières et de revenus, mais aussi l'accès à la santé, au logement, à la formation, etc. Et cela veut dire aussi pouvoir accompagner les personnes qui en ont besoin.

QUESTION - Que pensez vous de la remise en cause progressive de la loi SRU ? N'est-ce pas contradictoire avec le démagogique "droit au logement opposable" ?

Il y a eu des tentatives de remise en cause de la loi SRU il y a dix-huit mois. Elles ont été repoussées, et revenir sur la loi SRU n'est pas à ma connaissance à l'ordre du jour.

QUESTION - Le Grenelle de l'insertion est-il un projet qui ouvrira le dialogue entre les pauvres et l'Etat ? Comment pensez-vous l'organiser ?

Le Grenelle de l'insertion sera un dialogue entre l'État, les collectivités locales, les employeurs, les syndicats, les associations, les organismes d'insertion et les personnes pauvres. Donc on organise avec un collège pour chacun d'entre eux, comme pour le Grenelle de l'environnement. Et nous avons tenu à ce que les personnes pour lesquelles on travaille, qui sont pauvres, en insertion, qui perçoivent les minima sociaux, aient un collège pour elles, pour que ce ne soit pas d'autres qui parlent à leur place.


RMI ET REVENU DE SOLIDARITÉ ACTIVE

QUESTION - Alors que le gouvernement a entamé plusieurs chantiers, celui qui concerne le RMI existe de façon expérimentale dans des départements "pilotes" et a pris le nom de revenu de solidarité active (RSA). Etes-vous satisfait des résultats et quels sont-ils plus précisément ?

Martin Hirsch : Je suis satisfait qu'il y ait eu beaucoup de départements candidats. Cela montre que ça répond à un besoin. Il y a une forte mobilisation dans les départements, des bénéficiaires du RMI, des élus, des partenaires sociaux, des travailleurs sociaux et des entreprises. Mais les programmes ont commencé début novembre, on n'a pas encore de résultats.

QUESTION - Le RSA (revenu de solidarité active) ne concernera que les personnes qui reprennent un emploi. Qu'en sera-t-il pour cette frange de bénéficiaires du RMI dont on entend souvent dire qu'ils ne sont "pas assez employables" (terme discutable par ailleurs) pour reprendre une activité, et "pas assez handicapés" pour prétendre à l'allocation adulte handicapé ? Sont-ils condamnés à rester sous le seuil de pauvreté? Que proposez-vous pour eux?

C'est exactement l'un des grands débats que l'on doit avoir dans le Grenelle de l'insertion. Il y a trop de gens qu'on classe comme inemployables ou éloignés de l'emploi, alors qu'ils souhaitent et peuvent travailler. Ou, pour certains, avoir une activité dans un cadre solidaire, dans une entreprise d'insertion ou dans une association. Ce qu'on doit faire doit concerner l'ensemble de la population, sans classer les gens dans des cases.

QUESTION - Beaucoup de Français n'admettent pas, n'acceptent pas de voir l'autre, un RMiste, gagner quelque chose, sans travailler. Comment changer les mentalités à ce propos ?

Là aussi, je réponds : enjeu du Grenelle de l'insertion. Faire comprendre qu'il y a déjà un allocataire du RMI sur cinq qui travaille. Et aussi que si on demande à un allocataire du RMI qu'il travaille sans gagner plus d'argent, cela n'a pas de sens. Donc il y a une sorte de course de vitesse pour changer les minima sociaux et contrer ainsi l'image négative qui entoure aujourd'hui les personnes qui n'ont pas d'autres moyens pour vivre.

QUESTION - En tant que RMiste, je ne réussis pas à revenir dans la société, j'accumule des échecs professionnels... Face à une personne vivant du RMI, ayant de la bonne volonté mais plus l'énergie d'être comme tout le monde, quelles propositions permettraient de l'aider à retrouver toutes ses capacités ? Quels moyens peuvent être mis en route pour, somme toute, lui redonner la confiance en lui ?

On voit beaucoup de gens qui retrouvent la confiance en eux si l'on ne fait pas peser sur eux des exigences hors de leur portée. Souvent, les entreprises solidaires permettent de retrouver un travail avec une pression moins forte que dans une entreprise classique, qui permet de retrouver confiance et autonomie. C'est peut-être cela qui peut être recherché.

QUESTION - Ne pourrait-on pas proposer comme en Allemagne le système des "1 euro job", soit un travail à 1 euro de l'heure pour se réinsérer dans la société et agrémenter les fins de mois des personnes touchant le RMI ?

Je ne pense pas, parce qu'il ne faut pas créer un système où des personnes payées 1 euro de l'heure seraient en concurrence avec d'autres salariés. C'est pour cela que je pense que les RMistes qui reprennent du travail doivent le faire avec un vrai salaire.

QUESTION - Il faudrait plus de contrôle concernant les aides...

Peut-être. Mais il faut aussi plus de souplesse. Et faire un peu plus confiance. Les critères d'attribution des aides sont souvent tellement compliqués que tout le monde se prend les pieds dans le tapis.

QUESTION - Est-ce que les pauvres doivent être rémunérés au mérite ?

Les pauvres ne doivent pas avoir des modes de rémunération différents des autres. Et la question du mérite ne se pose pas dans des termes spécifiques pour les pauvres.


DES POLITIQUES CONTRADICTOIRES ?

QUESTION - D'un côté "cadeau" fiscal divers, non-taxation des stock-options. De l'autre, franchises médicales, réforme des retraites, absence de réponse aux problèmes de logement. Et peut-être à venir la TVA sociale et les franchises de justice... Alors l'Etat veut-il réduire la pauvreté ?

Pour la première fois, l'Etat s'est engagé sur un objectif de réduction de la pauvreté. Pour la première fois, il s'y oblige. Pour la première fois, on pourra lui demander de rendre des comptes sur ce sujet. Pour la première fois, on pourra vérifier périodiquement qu'on tend bien vers cet objectif. Et pour la première fois, l'Etat a engagé un processus pour évaluer l'impact sur la pauvreté des grandes politiques fiscale, sociale, économique. Et c'est ce qui permettra de faire que l'ensemble des mesures réduisent progressivement la pauvreté.

QUESTION - Un rapport fait état d'une aggravation de la pauvreté en France depuis 2003 alors que, dans le même temps, les revenus des personnes très aisées explosent. Vous avez accepté de collaborer avec un gouvernement qui depuis plus de six ans est au pouvoir et donc participe à ce phénomène. De ce fait, pensez-vous réellement pouvoir peser sur les décisions du gouvernement en matière de pauvreté ? Ne pensez-vous pas que votre action au gouvernement est inefficace ?

Il me semble avoir, dans le journal "Le Monde" d'ailleurs, moi-même évoqué ces chiffres, qui n'intéressaient pas grand-monde à l'époque. Pour rappeler que la pauvreté avait depuis quelques années cessé de diminuer, et que sur la dernière année connue, elle repartait à la hausse. Ce sur quoi il faut s'interroger, c'est les raisons pour lesquelles les politiques publiques ont été si peu efficaces pour réduire la pauvreté. Et cela depuis tant d'années. C'est pourquoi il y a des changements profonds à faire, parce que, sinon, on a le sentiment que même des milliards ajoutés dans le système sans le changer n'auraient pas d'effet durable sur la pauvreté. Ce qu'on fait, avec des départements de gauche comme de droite, en construisant le RSA doit y contribuer. C'est en prouvant que des politiques nouvelles ont un impact réel qu'on peut avoir de l'influence, et donc de l'efficacité.


PAUVRETÉ ET SANTÉ

QUESTION - Je suis travailleur social et je vois de plus en plus de travailleurs précaires qui ne peuvent se loger convenablement, manger à chaque repas, et qui vont bientôt avoir des problèmes pour se soigner à cause des franchises médicales. L'un d'eux me disait dernièrement qu'entre se soigner et manger, son choix était fait. M. Hirsch, comment pouvez-vous accepter les franchises médicales et participer à ce gouvernement qui traite aussi mal les personnes en difficultés (logement, santé, salaires...) ?

Comme vous le savez, je propose qu'on mette en place un bouclier sanitaire pour plafonner, en fonction des revenus, ce qui reste à la charge de l'assuré. En attendant, c'est pour cela que j'ai demandé et obtenu que les franchises nouvelles ne s'appliquent pas aux personnes qui, ayant les revenus les plus faibles, ont la couverture maladie universelle. J'espère que ceux qui s'intéressent à ce sujet défendront le bouclier sanitaire. Je participe à ce gouvernement pour mettre en place des instruments de lutte contre la pauvreté qui sont considérés comme nécessaires par la plupart des acteurs sociaux, et qui doivent apporter des réponses qui ne peuvent pas attendre plus longtemps. Je ne pense pas qu'on pourra dire ce que vous dites si l'on inverse la tendance du nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

QUESTION - Dans les psychoses et les pathologies psychiatriques graves, l'accompagnement social ne suffit pas et les soins au long cours sont indispensables aux malades. Aujourd'hui, leur grand nombre dans les rues, les hôtels sordides, les squats, voire les prisons montre les résultats gravissimes des stratégies actuelles, qui oublient la spécificité de leurs problématiques humaines. Le forfait hospitalier avait été réduit en psychiatrie, il est réaugmenté chaque année d'un euro. Ces personnes (titulaires de l'AAH ou de pensions d'invalidité en particulier) sont confrontées à une alternative humainement insoutenable : se soigner et augmenter sa précarité économique ou renoncer à des soins nécessaires pour préserver leurs finances. Que comptez-vous faire ?

Il y a deux choses dans cette question. La première : l'hospitalisation en psychiatrie est effectivement celle qui provoque la dépense la plus élevée à la charge de l'assuré. C'est là-dessus que le bouclier sanitaire devrait avoir un effet beaucoup plus protecteur. La deuxième dimension de la question, c'est qu'on voit effectivement beaucoup de personnes qui, faute d'une prise en charge adaptée, oscillent entre la rue, la prison, les centres d'urgence et l'institution psychiatrique.

QUESTION - Je bénéficie de l'allocation adulte handicapé, pour une dépression, et souhaite me réinsérer dans le milieu professionnel. Vous ne pouvez pas imaginer les difficultés, tant d'entreprises préfèrent payer la taxe Agephip. De plus, en faisant ce choix déjà difficile sur le plan médical, il le devient encore plus sur le plan financier...

Je connais ces difficultés, dont on nous fait très souvent part. Avec Valérie Létard et les associations de personnes handicapées, nous avons un groupe de travail sur ce sujet.


LES CONTRATS AIDÉS EN QUESTION

QUESTION - Que penser du maintien volontaire dans la pauvreté via les contrats du gouvernement de type 'contrat d'avenir', obligés pour garder des droits sociaux, mais payés 26 h pour une présence obligée de plus de 35 h ? Où est le droit – même minimum – dans ce cas spécifique ?

Très bon exemple. C'est pour cela qu'il faut changer les contrats aidés. On ne peut pas dire qu'il faut travailler plus pour gagner plus si l'on ne permet pas à certaines personnes de travailler plus de 26 heures. Cependant, il est illégal de demander à quelqu'un de travailler 35 heures quand son contrat n'en prévoit que 26.

QUESTION - Les contrats aidés sont dans les faits plus une aide aux entreprises ou aux associations qu'aux salariés, de nombreux pourraient tout à fait accéder à un contrat classique, non aidé. Comment empêcher ce détournement d'objectifs ?

Là aussi, sujet majeur du Grenelle de l'insertion. Il faut que le contrat aidé réponde simultanément aux besoins de la personne en difficulté, qui peut avoir besoin soit d'accompagnement, soit de tutorat, soit de formation, et aux besoins de l'employeur, pour lequel l'aide apportée est liée à son acceptation de faire travailler une personne peut-être un peu moins productive qu'un autre salarié. Les contrats aidés, aujourd'hui, posent deux problèmes : dans certains cas, ils créent un effet d'aubaine (on aurait embauché de toute façon) ; dans d'autres cas, ils ne débouchent pas sur un emploi pérenne (après le contrat aidé, on revient à la case départ). C'est un des sujets les plus difficiles, mais je suis optimiste pour trouver un système plus efficace dans les six mois qui viennent.


LES TRAVAILLEURS PAUVRES

QUESTION - Réduire la pauvreté, on sait que cela passe d'abord par un meilleur pouvoir d'achat, mais ne pensez-vous pas aussi qu'il faudrait maîtriser l'inflation grandissante des prix des produits courants (aliments, essence) indispensables ?

Je pense que dans les postes de dépenses qui sont les plus sensibles, il y a la part des dépenses de logement. Et effectivement il y a une augmentation des dépenses, notamment liée à l'insuffisance de logements. C'est un secteur où la loi de l'offre et de la demande joue très fortement. C'est pour cela qu'il faut avoir des objectifs de construction de logements, notamment de logements sociaux, et j'espère concentrer les incitations fiscales vers les propriétaires qui modèrent les loyers.

QUESTION - La plupart souhaite travailler, et même, selon la formule de M. Sarkozy "travailler plus pour gagner plus." Cependant comment faire lorsque l'on sait qu'une part non négligeable des emplois à temps partiels relèvent d'un temps partiel subi (voir les études de la Dares) ?

Deux éléments de réponse : lorsqu'il n'y a pas d'autre possibilité que le temps partiel, il faut pouvoir compléter le revenu. C'est ce que fera le revenu de solidarité active. Et par ailleurs, il faudra travailler avec les branches professionnelles où il y a le plus de temps partiel subi pour négocier les moyens de le réduire.

QUESTION - L'Etat est-il l'échelon le plus pertinent pour répondre à la lutte contre la pauvreté ? De réels pouvoirs aux collectivités territoriales (régions en particulier) ne serait-il pas plus efficace ?

Là aussi, grand sujet du Grenelle de l'insertion. Les leviers de lutte contre la pauvreté sont répartis entre l'Etat, les régions, les départements et les communes. On ne sait pas toujours qui est responsable de quoi. Et c'est une chose qu'on doit clarifier pendant ces mois de discussion. Tout le monde sera autour de la table, et donc personne ne pourra échapper à la question.


LES "PETITES RETRAITES"

QUESTION - Ma mère touche 600 euros de retraite mensuelle. Elle s'en sort car elle est très économe, et a même mis un peu de côté par peur de tomber malade en vieillissant. Mais à cause de ces économies, elle n'a droit à aucune aide sociale, pour son chauffage, par exemple. Alors elle ne se chauffe pas et se prive de tout. Mais avec l'âge, il n'est pas sûr qu'elle continue à en avoir l'énergie, et étant moi-même en recherche d'emploi, je ne suis pas certaine de pouvoir l'aider suffisamment si ses besoins augmentaient. Qu'est-il prévu pour les personnes qui sont au bord de basculer dans la misère ?

Pendant les dernières décennies, c'est pour les personnes âgées que la pauvreté a le plus diminué. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, et quand on dit qu'il faut réduire la pauvreté d'un tiers, cela concerne les personnes d'âge actif, les jeunes, mais aussi cela doit concerner les plus faibles revenus parmi les personnes âgées.

QUESTION - Le minimum vieillesse est inférieur au seuil de pauvreté (620 €, contre 780 € ou 820 € selon le calculateur). Une revalorisation de 200 € pour les 600 000 bénéficiaires aurait pu faire partie du paquet fiscal !!! Il suffit de le vouloir et c'est immédiat...

QUESTION - Je croyais pourtant que la revalorisation des petites retraites faisait partie du programme du président de la République...

La revalorisation des petites retraites et des pensions de réversion fait également partie de son programme. Et il y a un rendez-vous sur les retraites l'année prochaine.


LE RÔLE DES ENTREPRISES

QUESTION - Je suis chef d'entreprise d'une petite PME de 18 personnes, dans le secteur du service à domicile. La majorité de mes employés ont de petit salaires, mais bénéficient de compléments de revenu (CAF, transport, Assedic, RMI...). Certains d'entre eux ne désirent pas faire trop d'heures de travail de peur de perdre leurs avantages, ce qui m'inquiète est que je créé des emplois pérennes, mais je contribue à la précarité de mes employés. Quelle solution apporter à la précarisation des travailleurs "pauvres" pour les faire sortir de ce cercle vicieux aides (60 %)/petits jobs (40 %)? En effet, j'offre du travail, mais les employés préfèrent conserver des mi-temps...

C'est justement l'un des problèmes auxquels on s'attaque avec le RSA. J'ai parlé tout à l'heure du premier objectif qui est que, quand on ne travaille pas, le retour au travail augmente les ressources. Le deuxième objectif, c'est que ceux qui sont à temps partiel soient sûrs d'augmenter leurs ressources quand ils augmentent leur temps de travail. On voit souvent le fait que des aides, comme la CMU complémentaire ou les aides au logement, dans leur mode de calcul actuel, diminuent ou disparaissent quand on passe du mi-temps au plein temps.

QUESTION - Ne serait-il pas possible de baisser les charges sociales et patronales (donc le coût du travail pour l'entreprise et pour les salariés) pour favoriser l'embauche, diminuer le chômage, donc la pauvreté ?

Ça a été la politique conduite pendant ces dernières décennies, avec deux problèmes : quand on abaisse les charges uniquement sur les bas salaires, cela n'incite pas à les augmenter ; et quand cela se fait sans contrepartie, cela ne se fait pas toujours en faveur de l'emploi.

Il y a aujourd'hui un débat ouvert sur les conditions posées en contrepartie des allègements de charges. Cela me semble être un sujet parmi les plus importants.

QUESTION - Vous parlez d'entreprise solidaire, que vous opposez aux entreprises "plus" classiques. Quelles pourraient être les propositions du gouvernement afin d'aider à développer une "solidarité active" des entreprises envers les salariés ?

Permettez-moi de répondre encore : enjeu du Grenelle de l'insertion. C'est pour cela qu'on a demandé à la présidente du Medef de venir dès l'ouverture, demain à Grenoble, parce qu'on veut que les entreprises soient en première ligne dans de nouvelles politiques d'insertion.

QUESTION - Une revalorisation du smic est-elle selon vous nécessaire afin d'inciter les personnes travaillant à mi-temps ou bien allocataires du RMI à reprendre une activité à temps plein ?

Je pense que la question de la revalorisation du smic ne peut se concevoir indépendamment de la question plus générale de la négociation salariale dans les entreprises. Et de la réforme des minima sociaux. Pour éviter un écrasement des bas salaires, ou que les personnes les plus fragiles ne soient pas embauchées sous ce prétexte.

QUESTION - Je pense que Nicolas Sarkozy est un homme de gauche, pas vous ?

Je vais le lui demander, et je vous apporterai la réponse quand je l'aurai.

Chat modéré par Claire Ané


publié dans : PRÉCARITÉ par alain laurent-faucon
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Plutôt que de parler de pauvreté ou de précarité, Robert Castel préfère employer le terme, plus appropriée sociologiquement, de « désaffiliation sociale ». Effectivement, cette notion décrit mieux ce qui se passe sur le terrain de la misère au quotidien, des fins de mois difficiles, des difficultés pour se loger, avec, à la clef, les factures impayées, les commandements d'huissiers de justice, la perte de confiance en soi et le non respect des autres à l'égard de celles et ceux qui sont devenus des gens de peu, des nécessiteux, des « rebuts » comme l'écrit Zygmunt Bauman (Vies perdues. La modernité et ses exclus, éd. Payot & Rivages, Paris, 2006).

Mais ces mises au point effectuées, l'expression « visages de la pauvreté » a ceci d'essentiel qu'elle met des visages sur cette « désaffiliation sociale » dont la pertinence « sociologique » n'a d'égale que sa froideur humaine et existentielle. Et cette part d'humanité qui transparaît dans les visages, fussent-ils ceux de la misère, rappelle, à la société comme aux politiques, que le pauvre, le précaire, le RMiste, le SDF, ne sont pas uniquement des « problèmes », des « charges sociales », des statistiques qu'il faut à tout prix maîtriser pour des raisons socio-politiques : la crasse, la marge, l'échec, ça fait désordre quand ça devient visible. Surtout quand on se veut démocrate et qu'on n'a de cesse de rappeler que la douce France est le pays des droits de l'homme.

Mais il faut tout de suite poser les questions qui fâchent : de quels hommes s'agit-il ? Des immigrés ? Des sans-papiers ? Des SDF ? Des laissés pour compte de l'économie de marché, des RMistes, des vieux, etc. ? Bien sûr que non ! La preuve ? Tous ces gens-là sont stigmatisés, montrés du doigt : ne sont-ils pas des parasites, des profiteurs, des fainéants, qui ne font pas partie de la France, la vraie, celle « qui se lève tôt », qui n'ont pas compris qu'il faut « travailler plus pour gagner plus » ? « Salauds de pauvres ! », disait déjà Coluche.

Et Zygmunt Bauman de rappeler : « le rebut est le secret sombre et honteux de toute production ». Les pauvres ou, plutôt, les précaires (observez le subtil glissement sémantique), apparaissent, dans nos sociétés de marché, comme des « déchets humains », des êtres incapables de se prendre en mains, qui ne font rien de leur existence. Les précaires, les chômeurs, les « fins de droit » font partie de cette population inutile, « en surnombre » - d'où leur stigmatisation par certains courants politiques et certains décideurs économiques : ce sont des « incapables », des gens qui n'ont plus leur place, qui ne peuvent pas évoluer ; d'où, également, le discours d'ordre public qui accompagne, entretient cette défiance et qui joue sur les « peurs sécuritaires ». Le précaire, le chômeur, l'immigré, voilà le danger : ce sont les nouveaux barbares, les nouvelles classes dangereuses – cf. dossier mis en ligne sur le blog : Le peuple ! Quel peuple ?

Mais avant d'entrevoir quelques visages de la pauvreté – cf. les analyses du journal La Croix – et de prendre connaissance des principaux paramètres de cette « désaffiliation sociale » - cf. dans le Monde, l'article de Jean-Michel Dumay -, arrêtons-nous sur cette autre remarque de Zygmunt Bauman :

« Les problèmes de déchets humains et de leur mise au rebut pèsent toujours plus lourdement sur la culture moderne, consumériste et fluide, de l'individualisation. Ils saturent tous les secteurs les plus importants de la vie sociale, tendant à dominer les stratégies de vie et à colorer les activités les plus importantes de la vie, les amenant à générer leurs propres déchets sui generis : relations humaines mort-nées, impropres, invalides ou non viables, portant aussitôt la marque de la perte imminente. »




REVUE DE PRESSE



Trois visages de la pauvreté en France
 

LA CROIX – 07/11/2007

 

Alors que le Secours catholique publie jeudi 8 novembre 2007 une "géographie de la pauvreté", coup de projecteur sur trois des départements les plus pauvres et sur la manière dont on y agit


Dans le Pas-de-Calais, des familles nombreuses et beaucoup de chômage


« Il manque toujours deux sous pour faire un franc », souligne Bernard Schrike, du Secours catholique, lorsqu’il évoque son action auprès des foyers démunis du Nord-Pas-de-Calais. Une vieille expression locale pour dire les difficultés à s’en sortir dans une région où, affirme ce responsable, « la précarité est souvent ancrée dans les familles depuis plusieurs générations ». Dans le Pas-de-Calais, le taux de pauvreté atteint 16,6 % (contre 11,7 % de moyenne nationale), le taux de chômage 11,3 % (contre 8 %).

« Dans les départements du nord de la France, note l’Insee, la pauvreté, plus concentrée dans les zones urbaines, frappe particulièrement les familles nombreuses. » Une caractéristique confirmée par les données du Secours catholique, qui publie jeudi 8 novembre ses propres statistiques annuelles, sous la forme d’une « géographie de la pauvreté ».

« C’est dans le nord de la France que (l’association) rencontre le plus de familles avec enfants (entre 60 et 65 %), que les familles sont les plus nombreuses », indique l’étude. Conséquence logique, la région compte un très grand nombre d’enfants pauvres (25,3 % des enfants de 0 à 17 ans, selon l’Insee).

À la tête de 216 équipes locales, Bernard Schrike s’efforce donc de travailler dans leur direction, notamment des mères. « On s’est rendu compte qu’il ne suffisait pas d’être dans le dépannage, qu’il fallait remobiliser ces publics, notamment par rapport à l’emploi », précise le militant. À titre d’exemple, il évoque « l’atelier couture » monté dans la commune de Vendin-le-Vieil, dans l’ex-bassin minier, avec cinq mères de famille.

« Certaines étaient veuves, d’autres séparées, toutes avec des enfants à charge. Nous voulions qu’elles reprennent confiance en elles. Quelques années plus tard, les emplois ont été pérennisés dans le secteur de l’économie sociale et solidaire car elles ont montré une vraie capacité de travail. » Bernard Schrike reconnaît tout de même avoir le sentiment de « vider la mer avec une petite cuillère » : « Il faut déployer une immense énergie pour créer quelques dizaines d’emplois, dans un cadre législatif et institutionnel en perpétuelle évolution. Parallèlement, les plans sociaux entraînent la suppression de centaines d’emplois, comme à Metaleurop… »

Autre inquiétude du responsable associatif : l’absence de capacité d’épargne du bas de la classe moyenne. « À 50 ou 60 ans, certains couples croyaient, arrivant à la retraite, pouvoir penser à eux, préparer leurs vieux jours, mais ils se doivent en réalité d’aider leurs enfants, voire leurs petits-enfants, qui ne s’en sortent pas… Ils ne peuvent pas épargner, ce qui prépare des lendemains difficiles », conclut Bernard Schrike.


En Lozère, la pauvreté concentrée dans les zones rurales


Comme dans l’Aveyron, le Cantal, la Creuse ou le Gers, la pauvreté en Lozère « se concentre dans les zones rurales » et « touche plus particulièrement les personnes âgées, mais aussi des personnes aux âges actifs », souligne l’Insee, qui nuance toutefois cet état des lieux en précisant que « dans les départements ruraux, les ménages sont plus souvent propriétaires de leur habitation qu’en zone urbaine et ne paient pas de loyer, ce qui peut être considéré comme un supplément de ressources ». En Languedoc-Roussillon le taux de pauvreté des 65 ans et plus atteint 10,8 %.

Une réalité à laquelle Lucien Chabbert, président départemental de la Société Saint-Vincent-de-Paul, est confronté quotidiennement. « L’année dernière, dans le bassin de Mende, nous avons distribué des colis alimentaires à 462 personnes et effectué 360 visites à domicile, car beaucoup d’habitants vivent dans l’isolement », détaille le responsable associatif, qui est aussi administrateur du centre d’action sociale de la ville.

Dans ce département agricole, il vient en aide à d’anciens éleveurs touchant de petites retraites, mais aussi à des femmes seules vivant avec le minimum vieillesse (environ 600 € par mois). Pourtant, Lucien Chabbert affirme ne pas rencontrer de « cas dramatiques » car, estime-t-il, « à la campagne, on se débrouille mieux qu’en ville : potager dans le jardin, solidarité de voisinage… »

Le vrai fléau, d’après lui, reste la solitude. « Certaines personnes âgées ne sortent plus de chez elles mais nous arrivons à les identifier grâce à l’aide à domicile en milieu rural et les paroisses. L’un de nos principaux objectifs, c’est de rompre ce profond isolement, de créer du lien », explique Lucien Chabbert, qui encourage, pour ce faire, le contact intergénérationnel. « J’ai invité une femme de 75 ans, renfermée sur elle-même depuis la perte de son mari, à participer à notre atelier de soutien scolaire, en faisant lire les enfants, cite-t-il en exemple. C’était il y a cinq ans : depuis, elle vient tous les jours. »


En Seine-Saint-Denis, une forte précarité des jeunes


Avec un taux de pauvreté de 18 % et un taux de chômage de 10,7 %, la Seine-Saint-Denis fait figure d’exception en Île-de-France, où l’on trouve trois des départements les plus riches du pays, les Yvelines, Paris et les Hauts-de-Seine. Tandis que le niveau de vie médian dépasse 20 000 € dans les Yvelines, il tombe à 14 467 € en Seine-Saint-Denis, où « environ un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté » (16,4 % au niveau national), rappelle l’Insee.

Parce que la Seine-Saint-Denis est un département « jeune » (près d’un tiers de sa population a moins de 20 ans), Claude Roméo, directeur de l’enfance et de la famille au conseil général, est en première ligne dans la lutte contre la pauvreté. La tâche n’est pas mince : le directeur rappelle que « 5 000 enfants sont actuellement sans abri dans le département, qu’ils vivent dans la rue, dans des squats ou dans des hôtels insalubres ».

En cause : un déficit de logements sociaux mais aussi la présence de nombreux mineurs isolés, notamment issus des pays de l’Est. Autre donnée révélatrice : le nombre élevé (7 000) de jeunes de 0 à 21 ans pris en charge par l’aide sociale à l’enfance (ASE), puisque selon Claude Roméo, « la précarité explique la majorité des recours » (l’ASE va du placement à l’intervention d’un travailleur social à domicile, en passant par les aides financières).

Le directeur de l’enfance tient à travailler « sur la base d’un projet à construire avec le jeune », notamment dans la tranche d’âge 18-25 ans. « À 18 ans, les allocations s’arrêtent et des familles précaires ne peuvent plus assumer. Jusqu’à 25 ans, où les droits au RMI sont ouverts, certains jeunes sont donc très vulnérables », explique Claude Roméo.

Afin de lutter contre la misère des mineurs isolés étrangers, le conseil général de Seine-Saint-Denis travaille par ailleurs en collaboration avec les pays d’origine, notamment la Roumanie. « En collaboration avec le Quai d’Orsay, nous menons des actions de prévention au départ dans la région de Satu Mare. Sur la base du volontariat, nous proposons également à des jeunes de se former en France, dans l’hôtellerie, la restauration ou l’informatique, pour repartir avec un vrai bagage. »

M. L.



Recherche quelqu'un sur qui compter

 

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 07.10.07.

 

Il y a différentes façons de mesurer la pauvreté, et c'est toujours affaire de convention. Certains la choisissent "absolue" : moins de 1 ou 2 dollars par personne et par jour, par exemple, pour les pays en voie de développement (critères Banque mondiale). D'autres avancent une évaluation relative, qui permet, dans certains pays développés, de déclarer pauvre tout ménage dont les revenus sont en dessous... du seuil de pauvreté.

On fixe celui-ci généralement à 60 % du revenu médian du pays (le revenu qui partage la population en deux parties de même effectif), c'est-à-dire, en France, en 2005 : 817 euros pour une personne seule ou 1 716 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Bien sûr, tout cela est bien théorique. Et, à cette mesure strictement monétaire, certains préférent une analyse qualitative des conditions de vie : le chauffage du logement, l'alimentation, l'habillement, les loisirs, l'endettement... voire l'inventaire du patrimoine.

Ipsos et le Secours populaire se sont justement intéressés à la question du point de vue subjectif. Et qu'ont-ils trouvé ? Que près d'un Français sur trois déclare avoir connu une situation qu'il considère de pauvreté. Et que la moitié dit connaître quelqu'un dans cette situation actuellement. Evidemment, ce ne sont que des sentiments, et le seuil de pauvreté fixé au jugé par les sondés (1 016 euros pour une personne seule, soit le smic net mensuel) apparaît plus élevé que la norme statistique.

Chacun semble avoir intégré le niveau de vie global : ne pas pouvoir envoyer son enfant en vacances au moins une fois par an est considéré comme un critère de pauvreté (pour les trois quarts). Tout comme ne pas pouvoir accéder à des biens culturels ou de loisirs (pour 69 %). Ou ne pas pouvoir payer seul son loyer (pour 85 %).

A gratter ce sondage, publié en septembre, un autre "sentiment" vient frapper. Celui de ne plus pouvoir compter sur personne. Ou, pour être plus exact, d'exprimer un doute. Quatre Français sur dix disent ainsi qu'en cas de coup dur ils n'ont pas la certitude de pouvoir disposer d'une aide alimentaire et d'un endroit pour se loger, même sur une courte période. 16 % en sont sûrs, 25 % ne savent pas.

Cet aveu de fragilité sociale, dominant chez les plus âgés ou les moins diplômés, emboîte le pas aux dommages collatéraux du chômage, craint ou subi. On sait qu'être chômeur, c'est parler moins avec autrui (7,7 interlocuteurs par semaine, contre 9,7 pour les actifs employés, source Insee, 1997), exprimer plus fréquemment un sentiment de solitude ou d'ennui (Insee, 2003), moins rencontrer ses amis ou sa famille (une fréquence 40 % inférieure à celle d'un salarié ayant un emploi stable, source Credoc, 2003-2005), vivre moins souvent en couple (34 % des chômeurs et des contrats précaires sont célibataires, contre 18 % des salariés en CDI, source Credoc). Toute chose qui s'accentue avec la répétition des périodes d'inactivité.

Car l'isolement appelle l'isolement. Et les enquêtes du Credoc, que ce soit il y a vingt-cinq ans ou maintenant, montrent que la demande d'aide à la famille et aux amis s'effrite sensiblement à mesure que l'individu traverse un nombre important de périodes de chômage : pour les chômeurs ayant connu plus de trois fois le chômage au cours des dix dernières années, 37 %, s'ils devaient se retrouver sans ressources, s'adresseraient d'abord à leurs proches, 57 % feraient d'abord appel aux institutions sociales (bureaux d'aide, mairie, assistance sociale).

D'où la nécessité, pour les pouvoirs publics, de lutter sur plusieurs fronts contre ce que le sociologue Robert Castel appelait la "désaffiliation sociale", concept plus large et plus "dynamique" que le seul concept de pauvreté.

Jean-Michel Dumay



La France des mal-logés

 

Éditorial - LE MONDE | Article paru dans l'édition du 04.11.07.

 

Comme tous ses prédécesseurs depuis des années, la ministre du logement, Christine Boutin, est confrontée au casse-tête du mal-logement. Les manifestations des membres des trois cents familles qui campent depuis des semaines rue de la Banque, à Paris, et reviennent s'y installer aussitôt après leur expulsion par la police, cristallisent désormais l'attention de l'opinion. Une situation presque classique, mais délicate pour la ministre dans la mesure où elle doit maintenant mettre en oeuvre le droit "opposable" au logement, dont elle était rapporteur à l'Assemblée. La loi entrera en vigueur, au moins pour partie, le 1er janvier 2008.

Dans ce domaine, les contraintes législatives rejoignent donc la simple humanité. Mais ce dossier a quelque chose d'inextricable parce qu'il est intimement lié à la montée de la précarité et de la misère sociale, celle de nombreux Français comme de milliers d'étrangers, avec ou sans papiers. Les mal-logés qui manifestent, souvent avec une famille nombreuse, font valoir que leurs faibles ressources et leurs emplois nécessitent un domicile proche de leur lieu de travail. Face à ces revendications, Mme Boutin fait observer qu'il ne serait pas juste que le règlement de leurs cas retarde celui de tous ceux qui suivent la voie légale et attendent un logement depuis des années. Ils sont plus d'un million. La ministre a elle-même évoqué des fonctionnaires qui, faute de logements, dorment dans leur voiture avec leur famille !

Le paradoxe est saisissant : les moyens d'agir sont réunis, mais les pouvoirs publics et les élus se montrent timides. La loi solidarité et renouvellement urbain (SRU), qui impose un seuil de 20 % de logements sociaux dans certaines communes, suscite toujours des réticences, voire le refus, d'une partie des élus. Le droit de réquisition n'est pas utilisé. Les pouvoirs publics pourraient enfin imposer des contraintes réglementaires et légales plus rigoureuses aux marchands de sommeil et aux tenanciers d'hôtels borgnes qui, modernes Thénardier, exploitent la misère humaine pour un coût exorbitant.

Personne ne peut construire des dizaines de milliers de logements en quelques mois. On ne saurait donc reprocher au gouvernement une pénurie héritée de plusieurs décennies d'actions insuffisantes, sans réelle priorité. En revanche, M. Sarkozy et son gouvernement sont bien comptables de leurs propres orientations et engagements budgétaires. Malgré des déclarations généreuses, ceux-ci ne vont toujours pas dans le sens d'une relance de la construction des diverses catégories de logements locatifs dont le pays a besoin. Avant de permettre à chaque Français d'être propriétaire, il faut d'abord assurer à chacun un toit, adapté à ses besoins et à ses moyens.




La vie à l'hôtel, symptôme de la crise du mal-logement

 

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 04.11.07.

 

Depuis le 3 octobre, trois cents familles mal logées expriment leur exaspération, en campant sur le trottoir de la rue de la Banque, à Paris. La plupart travaillent, sont en situation régulière. Et pourtant, elles ne trouvent pas de vrai logement, ni dans le parc privé, trop cher pour elles, ni dans le parc public, saturé. Les politiques visant à développer l'offre de logements en France ne sont pas parvenues à enrayer la pénurie. Ces ménages, pour la plupart originaires d'Afrique, ne sont pas des sans-logis : certains vivent dans des squats, d'autres chez des amis ou à l'hôtel. Un habitat sordide, disent-ils, payé à prix d'or, où ils ne veulent plus retourner.

Leur mobilisation met en lumière un pan méconnu de l'action publique : selon nos informations, en 2007, l'Etat devrait dépenser environ 75 millions d'euros pour héberger à l'hôtel quelque 12 500 personnes, majoritairement en région parisienne. Un quart sont des demandeurs d'asile. Une moitié sont des étrangers en situation irrégulière, hébergés à titre humanitaire. Pour sa part, la Ville de Paris finance essentiellement des nuitées pour les familles avec enfants en situation régulière. En 2007, son budget devrait s'élever à 16 millions d'euros pour héberger à l'hôtel 2 100 enfants, 1 500 adultes et 130 jeunes majeurs isolés.

La part importante de l'hôtel dans les crédits accordés à l'hébergement d'urgence est un phénomène récent. En 2000, le budget hôtellerie de l'Etat avoisinait les 10 millions d'euros. Il a bondi à 120 millions en 2005. Dans les administrations en charge du logement, cette envolée a fait frémir. "On peut dire que c'est absurde, dit un haut fonctionnaire. Mais l'on peut aussi s'honorer que la France ne laisse pas ces gens à la rue."

Mariam, 35 ans, participe à l'action soutenue par l'association Droit au logement (DAL). Mercredi 31 octobre, avant l'aube, elle nous a ouvert la porte de sa chambre, au premier étage d'un hôtel de tourisme décrépi du Val-de-Marne où elle vit depuis mai 2005 avec ses deux garçons. Les visites sont interdites. Le logeur dort encore. Au risque de perdre sa chambre, Mariam veut montrer comment elle vit, pour que la société sache que "faire grandir des enfants dans une chambre d'hôtel, ça ne devrait pas exister". "Je veux que Mme Boutin vienne ici ! Si elle voit, elle ne dira plus que nous devons nous estimer heureux d'avoir un toit."

Dans la pièce de 12 m2, un lit double et un lit simple occupent presque tout l'espace. Les vêtements sont rangés là où il y a un peu de place, au bord du lit, dans les coins. Les parois de l'unique placard sont tellement humides que les affaires y moisissent. Il n'y a ni chaise, ni table, ni réfrigérateur. Il est interdit de cuisiner.

Un mois dans cette chambre coûte 1 500 euros. Mariam en paie 310 grâce à ses deux mi-temps : le matin, elle distribue des prospectus dans les boîtes à lettres, l'après-midi, elle fait le ménage dans une banque. Des crédits publics financent la différence. "Eux, ils gaspillent, et nous, on souffre", dit-elle pour résumer ce qui apparaît, à bien des égards, comme une aberration humaine, sociale et économique. L'impossibilité de cuisiner, par exemple, génère des dépenses inouïes au regard des ressources de ces ménages : Vanessa, une autre jeune femme hébergée à l'hôtel à Paris depuis son expulsion, raconte qu'elle va chaque matin acheter des chocolats chauds (1,40 euro chacun) chez McDonald's pour ses deux enfants. "Pour le dîner, nous cherchons du chaud-mangeable-pas-cher" : "McDo" ou kebabs. Mariam explique, elle, que "quand elle n'a presque plus d'argent, (elle) achète des conserves". Leur contenu est mangé froid, sur le lit, dans trois boîtes en plastique.

Dans la salle de bains, une tablette, juste à côté des WC, accueille l'essentiel pour le petit déjeuner des enfants : un paquet de céréales, un pot de crème à tartiner et une boîte de lait en poudre - "si je l'achète en bouteille, le lait se gâte". Tandis que Mariam montre le linge qu'elle lavera dans la baignoire - "la laverie est trop loin et trop chère" -, son fils âgé de 3 ans, large sourire face au miroir, se brosse les dents pour la troisième fois. "Mon petit milliardaire !", plaisante sa mère en reprenant un tube de dentifrice presque vide des mains de l'enfant.

Lorsqu'elle est arrivée du Mali, en 1998, avec son mari français - dont elle s'est séparée alors qu'elle était enceinte -, Mariam pesait 55 kg et rêvait de devenir hôtesse de l'air. "Avec l'hôtel, je suis devenue grosse. Et je suis trop triste pour m'habiller bien", dit la jeune femme, qui assure ne jamais perdre courage. "Je me bats en tant que mère. Je veux que mes enfants fassent des études." L'aîné, 5 ans, intervient : "Quand je serai grand, je t'achèterai une maison avec une piscine !" Mariam, comme Vanessa, a déposé en vain une demande de logement social.

Vivre à l'hôtel, c'est vivre isolé. Les deux garçons de Mariam n'ont jamais pu inviter de copains pour leurs anniversaires. Pour jouer, Mariam les emmène au square. Dans la chambre, il ne faut pas faire de bruit. La télévision occupe une grande place. "Je suis comme prisonnière ; dans mon coeur, je ne vis pas", dit-elle.

Certains savent aussi que l'hôtel rend fou. Vanessa et son mari y avaient déjà vécu, entre 2004 et 2006. "Un jour, j'ai pété les plombs, confie cette femme de 27 ans, originaire de l'île de la Dominique. J'ai placardé des affichettes partout. Un escroc nous a loué un appartement. Trois jours après, le vrai propriétaire nous a demandé de partir." Au bout d'un an de procédure, le 25 octobre, la famille expulsée s'est retrouvée de nouveau à l'hôtel. "C'est très dur pour les enfants, mais nous leur disons que l'essentiel est d'être ensemble."

L'épreuve a fragilisé le couple. "Mon mari ne parle presque plus." Allocataire du RMI, le couple paie 190 euros à l'hôtelier sur une facture totale de 2 000 euros. Serveuse la nuit, Vanessa a cessé de travailler afin, dit-elle, de "trouver des solutions". Et ce mardi 30 octobre, elle pense enfin tenir sa chance : elle a signé, la veille, un bail pour une maison avec un jardin, en province.

Emmanuelle Chevallereau



Entretien avec Claire Lévy-Vroelant, sociologue (Paris-VIII, CNRS) - Claire Lévy-Vroelant a écrit, avec Alain Faure, Une chambre en ville. Hôtels meublés et garnis à Paris (1860-1990) (Créaphis, 2007).


Propos recueillis par Emmanuelle Chevallereau

 


"De tremplin, l'hôtel est devenu une nasse, un lieu de

relégation"

 

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 04.11.07.

Que pensez-vous de l'explosion des dépenses de l'État en nuitées d'hôtel ?

Le scandale n'est pas dans l'augmentation de la dépense supportée par les contribuables, mais dans l'aggravation de l'urgence sociale. Les millions d'euros consacrés à l'hébergement à l'hôtel sont le révélateur de la crise du logement abordable pour les classes populaires. A défaut de logements, on héberge. C'est un symptôme des dysfonctionnements du système. Les hôtels meublés sont devenus, à certains égards, une excroissance pathologique du parc social. Ce n'est pas une raison pour jeter l'opprobre sur un secteur doté d'une véritable fonction sociale, qui mériterait même d'être élargie.

Quelles populations vivent à l'hôtel ?

Une minorité, en augmentation, sont des familles avec enfants. Pour elles, l'accueil à l'hôtel est un contresens absolu. Mais 70 % sont des hommes, la plupart travailleurs, chômeurs ou retraités isolés, on l'oublie souvent. Pour eux, l'hôtel peut être tout à fait adapté, de même que pour les personnes en rupture momentanée, par exemple les sortants de prison.

Les hôtels sont-ils encore un tremplin vers un logement durable ?

Dans les années 1920, à Paris, 11 % de la population vivait à l'hôtel. Pour la plupart, venus de province, il s'agissait simplement d'une étape vers une installation dans leurs meubles. Mais le système s'est grippé, faute de logements pour les classes populaires. De tremplin, l'hôtel est devenu une nasse, car il est très difficile d'en sortir. L'hôtel est un lieu de relégation pour certains, notamment les familles africaines qui ont beaucoup de mal à se loger.

Quelles pourraient être les solutions pour régler cette situation qui a un coût financier et social élevé ?

Il faut reloger ces familles, mais en les écoutant, leur trouver un habitat qui convienne réellement à leurs conditions de vie (travail de nuit, famille nombreuse...). Il faut aussi rénover, voire augmenter le parc de foyers existants, où vivent encore de nombreux travailleurs isolés et vieillissants, offrir des places en maison de retraite à des prix abordables, ouvrir de nouvelles places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, et cesser de fermer des lits de long séjour dans les hôpitaux.

Quel regard portez-vous sur l'action menée par les familles mal logées ?

Le droit au logement opposable est entré dans les textes mais, dans la réalité, des gens sont privés de logement. Le DAL, par ses actions, brise l'illusion selon laquelle il suffirait de prendre place dans la file d'attente des demandeurs de logement social pour obtenir satisfaction. Cette action peut apparaître comme une volonté de couper la file d'attente et risquer le discrédit dans l'opinion. Mais l'idée est de gagner la bataille en sortant de l'invisibilité. Puisque la file d'attente ne fonctionne pas, et que le bricolage au cas par cas est aléatoire, le DAL prend le parti de sortir ces familles de l'ombre. D'autres mouvements menés sur des espaces publics (un gymnase à Cachan ou le canal Saint-Martin) relèvent de cette même logique.

 

publié dans : PRÉCARITÉ par alain laurent-faucon
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Selon les chiffres officiels, il y aurait en France
2,5 millions de "travailleurs pauvres" et 2 millions d’enfants de moins de 18 ans vivant sous le seuil de pauvreté. C'est dire combien la précarité est devenue un problème humain, social, économique et politique important. D'où les projets et consultations sur le RSA, le Revenu de Solidarité Active, et l'ambition du président de la République de réduire d'un tiers la pauvreté d'ici à 2012.

 

 





Le revenu de solidarité active


http://www.premier-ministre.gouv.fr/



Un livre vert pour s’exprimer sur le RSA



 

Martin Hirsch ouvre une phase de consultation publique de dix semaines sur le Revenu de solidarité active (RSA) à partir d’un livre vert, rendu public le 2 mars, sur le site www.livrevert-rsa.gouv.fr. Cette procédure permet au Gouvernement de soumettre au débat public plusieurs options sur une réforme.

 

Le livre vert rappelle les objectifs et les modalités de la réforme en présentant les principaux scénarios. Libre à chacun de faire valoir sa position sur les quinze questions mises en débat en déposant sa contribution d’ici au début du mois de mai. Les réponses à ces questions peuvent avoir une influence sur le périmètre même des publics concernés et sur certains équilibres :

 

-  entre les droits et les devoirs des bénéficiaires ;
-  entre la solidarité nationale et les politiques sociales territoriales ;
-  entre divers services publics concernés par une prestation nouvelle et par l’accompagnement des publics.

 


A l’issue de cette consultation, les différentes options de la réforme seront tranchées et le Gouvernement devrait présenter un projet de loi à l’automne 2008 devant le Parlement. Selon les options retenues, l’impact budgétaire est évalué entre 2 et 3 milliards d’euros.

Le RSA, clé de voûte de la réforme sur les minima sociaux, vise à valoriser les revenus du travail plutôt que ceux de l’assistance. Le dispositif devrait bénéficier à 5 millions de personnes en 2009, dont un million se situent actuellement sous le seuil de pauvreté. Objectif : réduire immédiatement de 15 % le taux de pauvreté.

Testé actuellement dans 29 départements, le RSA devrait se substituer d’ici à la fin 2008, au Revenu minimum d’insertion (RMI), à l’Allocation parent isolé (API) et, peut-être, à l’Allocation spécifique de solidarité (ASS, chômeurs en fin de droits). En revanche, il ne se substituera pas à l’Allocation adulte handicapé (AAH) très spécifique.

Saisi, le 27 février, par la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, Christine Lagarde et le haut commissaire, le Conseil d’orientation pour l’emploi rendra, d’ici à mai, son avis sur la création du RSA.


 


Tableau présentant le barème du RSA expérimenté dans 18 départements avec un taux de cumul de 70 % entre les revenus du travail et de la solidarité


 

Situation familiale et Quotité d’activité

Quart-temps 250 € de revenus

Mi-temps 500 € de revenus

Temps plein 1 000 € de revenus

Célibataire sans enfant

313 €

237 €

87 €

Personne isolée avec un enfant de moins de trois ans

311 €

236 €

85 €

Couple monoactif sans enfant

480 €

405 €

254 €

Couple bi-actif sans enfant

179 €

103 €

0 €

Couple monoactif avec deux enfants

480 €

405 €

254 €

Couple biactif avec deux enfants

179 €

103 €

0 €

 

Avec ce barème, un salarié au SMIC à mi-temps perçoit un salaire de 500 euros en plus de 237 euros de RSA, soit un revenu de 737 euros.


Source : haut commissariat aux Solidarités actives

 




RSA : consultation ouverte sur un livre vert


Le livre vert rendu public le 2 mars 2008, est un livre ouvert, qui ne préjuge pas des décisions retenues, mais permet d’envisager plusieurs scénarios. Il décrit la portée, les objectifs et les modalités de la réforme du rSa proposée en présentant les principales options. Celles-ci sont ouvertes au débat public pour que les enjeux soient compris qu’elles soient tranchées sur le fondement de ces consultations. Cette consultation est destinée largement à tous ceux qui souhaitent faire valoir leur position sur le processus de réforme en cours.

Le livre vert met en évidence qu’outre la réforme des minima sociaux, le revenu de solidarité active peut améliorer la situation de nombreux travailleurs pauvres ou personnes à bas salaires. Avec le rSa, toute reprise ou augmentation d’activité doit se traduire par une augmentation de revenu en mettant fin au caractère inique des trappes à inactivité.

L’un des enjeux fondamentaux de la phase de consultation sera de définir des mécanismes faisant du rSa un levier pour réduire la précarité au travail et une dynamique pour les personnes ayant un très bas niveau de salaire ou qui subissent un emploi à temps partiel.

15 grandes questions sont ainsi soumises à consultation.

 

 

 




RAPPEL CHRONOLOGIQUE



Solidarité - 27-09-2007


Favoriser l’insertion des personnes vulnérables


Le Gouvernement entend mener une politique volontariste en faveur des personnes fragiles parmi lesquelles les personnes handicapées. La mise en œuvre de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées se poursuit avec comme priorités l’accessibilité, l’insertion professionnelle, et la scolarisation en milieu ordinaire.

Le Gouvernement s’investit également dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes, notamment celles atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Troisième axe, la lutte contre l’exclusion et la pauvreté, avec l’engagement national contre la pauvreté.

 



Un engagement national contre la pauvreté


17-10-07


A l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, Martin Hirsch a présenté, le 17 octobre, l’engagement national qui vise à atteindre l’objectif fixé par le président de la République de réduire d’un tiers la pauvreté d’ici à 2012.

Cet engagement national contre la pauvreté concernera pendant 5 ans les politiques publiques économique et sociale, fiscale, familiale, de l’emploi, de la santé, de l’éducation et du logement. La mise en œuvre du RSA, la réforme des minima sociaux et de la prime pour l’emploi s’inscrivent dans cette volonté.

L’Etat, les collectivités territoriales et tous les organes du corps social sont mobilisés. Après une phase de concertation, les grands axes du projet ont été fixés. Sept leviers sont mobilisés pour réduire la pauvreté :
 

 

-  porter pendant la Présidence française de l’Union européenne, au second semestre 2008, la lutte contre la pauvreté à l’échelon européen ;
-  élaborer indicateurs de pauvreté complétant l’indicateur monétaire, afin de mieux prendre en compte les conditions de vie des personnes à faibles revenus ;
-  organiser un Grenelle de l’insertion d’ici à avril 2008 ;
-  mettre en œuvre le RSA et réformer les minima sociaux ;
-  prendre en compte, avec accord des partenaires sociaux, la question de la pauvreté dans les sujets de négociations qui peuvent avoir une influence sur l’évolution de son taux ;
-  étudier impact des principales mesures législatives et réglementaires prises dans le domaine social, fiscal et environnemental sur la pauvreté ;
-  réaliser un suivi régulier de l’évolution de la pauvreté avec l’ensemble des acteurs concernés. Un rendez-vous annuel sera programmé à l’occasion de la publication des statistiques de l’Insee, et deux rendez-vous intermédiaires prendront en compte les données provenant des différents observatoires.

 

Une concertation a été engagée avec les partenaires sociaux et les associations de lutte contre la pauvreté sur l’engagement national contre la pauvreté. Ces échanges seront le point de départ des travaux futurs.

Cet engagement national contre la pauvreté complète le plan national d’action pour l’inclusion porté par la ministre du Logement et le haut commissaire.

 




GLOSSAIRE


Pauvreté monétaire

Un individu (ou un ménage) est considéré comme pauvre lorsqu’il vit dans un ménage dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. L’Insee, comme Eurostat et les autres pays européens, mesure la pauvreté monétaire de manière relative. Dans cette approche, le seuil est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population. Eurostat et les pays européens utilisent en général un seuil à 60 % de la médiane des niveaux de vie. La France privilégie également ce seuil, mais utilise aussi très largement un seuil à 50 %, seuil de référence jusque récemment.

Source : Insee


Evolution du taux de pauvreté - 159.8 ko

 




Le revenu de solidarité active


06-11-07


Inclus dans la loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat (Tepa), le RSA est destiné aux bénéficiaires de minima sociaux - revenu minimum d’insertion (RMI) et allocation de parent isolé (API) - reprenant une activité professionnelle et, parfois aussi les titulaires de contrats aidés.

Il répond à trois objectifs :

 

- suppression des effets de seuil qui font qu’aujourd’hui les allocataires de minima sociaux ne voient pas systématiquement augmenter leurs revenus lorsqu’ils reprennent une activité professionnelle ;
-  amélioration de la situation des travailleurs pauvres ;
- simplification des dispositifs pour parvenir à une meilleure lisibilité des prestations.

 

La mise en œuvre expérimentale du RSA, véritable innovation institutionnelle, doit permettre une étroite collaboration entre tous les acteurs des territoires (partenaires sociaux, élus locaux, associations...). Le choix de l’expérimentation, avant la généralisation éventuelle du dispositif, permet d’ajuster et d’évaluer son impact réel sur le retour à l’emploi, sur l’augmentation du nombre d’heures travaillées et sur l’évolution des revenus.

Un comité national, composé des présidents de conseils généraux, de chercheurs, de représentants de l’Etat et des organismes concernés, sera chargé d’évaluer les programmes expérimentaux. L’évaluation s’appuie sur une comparaison dans chaque département entre le territoire d’expérimentation et un territoire "témoin" où le RSA ne s’applique pas. Plusieurs enquêtes seront réalisées en 2008. Les résultats de l’évaluation seront transmis au Parlement et rendus publics.

Sur 40 départements candidats à l’expérimentation, 34 sont déjà éligibles et 26 ont déjà démarré le dispositif au 1er février.

A terme, le RSA concernera 90 000 personnes et coûtera 1 000 à 2 000 euros par personne. Dans le cadre des expérimentations pour les allocataires du RMI, le surcoût du RSA est partagé également entre le conseil général et l’Etat. L’Etat prend en charge la totalité du surcoût pour les bénéficiaires de l’API.

 




EN SAVOIR PLUS


Législation

-  Loi du 21 août 2007 en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat, sur le site de Légifrance
-  Décret du 5 octobre 2007 relatif à l’expérimentation du revenu de solidarité active mise en oeuvre en faveur des bénéficiaires de l’allocation de parent isolé et du revenu minimum d’insertion, sur le site de Légifrance

 


Télécharger le livre vert

-  Le communiqué de presse (format pdf)
-  La version intégrale du livre vert (format pdf)
-  L’avant-propos du livre vert (format pdf)
-  Rapport de l’IGF sur la mise en place du rSa (format pdf)

 


Liens utiles

-  Le site du Grenelle de l’insertion


 

 

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« Le revenu de solidarité active (RSA) est présenté comme la mesure phare du gouvernement en matière de lutte contre la pauvreté et pour l'insertion professionnelle. S'il offre plusieurs avantages par rapport au RMI, le RSA ne permet pas cependant de s'attaquer au problème de fond : la multiplication des emplois précaires sur le marché du travail », note à juste titre et avec beaucoup de pertinence Wojtek Kalinowski dans</