Un récent sondage IFOP sur le bien-être psychologique des salariés illustre la complexité de la prévention des risques psychosociaux. « Si 57 % des directeurs des ressources humaines (DRH) interrogés déclarent que le suicide pour raison professionnelle peut toucher toutes les entreprises, seuls 22 % considèrent que la leur peut être concernée ! 58 % reconnaissent ne pas avoir mis en place de mesures concrètes pour prévenir les situations de mal-être et, pour 63 % d'entre eux, les obstacles à la prévention tiennent à la difficulté de faire un diagnostic » - écrit la journaliste Nathalie Quéruel, dans le supplément « Économie » du Monde (édition du 13.11.07).

Voici déjà deux ans, l'économiste Philippe Askenazy avait réalisé, pour le compte du journal le Monde, un état des lieux concernant le mal être au travail : stress, harcèlement, violence, manque de reconnaissance, péniblité, etc. Deux plus tard, ses analyses sont toujours d'actualité et au coeur des débats. Pour mémoire, je vous rappelle qu'il est l'auteur d'un ouvrage que je vous ai recommandé de lire - Les désordres du travail, éd. La République des Idées / Seuil, Paris, 2004 - et dans lequel il explique que la dégradation des conditions de travail serait liée aux nouvelles formes de productivisme qui, depuis une vingtaine d'années, suivent la mondialisation et président à la réorganisation des entreprises et à la désorganistion du travail.



 

Remarque : Je me permets de vous rappeler que dans LES ESSENTIELS [2] et LES ESSENTIELS [3] du blog ont été reproduits deux entretiens avec Christophe Dejours, psychiatre et professeur de psychologie du travail au Cnam, auteur de Souffrance en France, Seuil, Paris, 2000.





DOSSIER DE PRESSE

 

L'impact des nouvelles formes de pénibilité au travail

 

par Philippe Askenazy

 
LE MONDE | Article paru dans l'édition du 20.12.05

 

« L'homme n'a plus besoin d'être lui-même un automate à la Charlie Chaplin, puisqu'il crée des automates artificiels." En 1995, le rapport Boissonnat dressait ainsi une esquisse du "travail dans vingt ans" : disparition des métiers pénibles, effacement des contraintes physiques, montée du travail intellectuel, nouvelle charge mentale. Nous sommes désormais à mi-chemin de la prévision : où en est le travail ?

L'imaginaire relayé par les médias conforte la vision de Jean Boissonnat. Non sans quelque nostalgie de circonstance, on semble célébrer chaque jour l'éloignement de la vie à la mine et des "gueules noires". Parallèlement, dans le sillage d'ouvrages au succès retentissant, un marché de consultants, d'experts, d'associations, de coaches et de psys a porté une nouvelle grille de lecture de "son" travail autour de concepts comme le harcèlement moral. A peine délivré des affres du labeur physique, le travailleur serait assailli par la souffrance psychologique, sous l'impulsion d'une population croissante de petits chefs vicieux, eux-mêmes victimes de leurs supérieurs. Selon une autre analyse, complémentaire de la précédente, lorsque ce ne sont pas les chefs, ce sont les clients, devenus plus exigeants, voire plus violents, qui augmenteraient la pénibilité du travail. En clair, les difficultés tiendraient à des relations interindividuelles de type harceleurs-harcelés.

La force de ce système "moral-psychologique" est que chaque travailleur connaissant des difficultés peut s'identifier peu ou prou à cette figure de la victime harcelée. Mais ces représentations traduisent-elles la réalité du travail en 2005 ? Le harcèlement moral ne toucherait au plus — ce qui est tout de même significatif — que 5 % des travailleurs français. Les sources principales des difficultés sont donc ailleurs.

Un vaste dispositif d'enquêtes et de nombreuses monographies permettent de dresser un tableau plus complet. Épidémiologistes, médecins, ergonomes, économistes ou sociologues aboutissent, avec des méthodologies diverses, au même constat : le mouvement global d'amélioration progressive des conditions de travail qui avait caractérisé le XXe siècle s'est inversé au tournant des années 1990.

Premièrement, les métiers traditionnellement pénibles et utiles n'ont pas tous disparu. Le bâtiment et les travaux publics cumulent exposition à des produits toxiques, risques d'accidents, températures extrêmes ou pression sonore élevée. Le travail à la chaîne ou sous contrainte automatique ne régresse pas : il concerne encore 10 % des travailleurs.

En outre, de nouveaux métiers particulièrement pénibles apparaissent dans l'invisible back office (arrière-cour) de notre société. Est-on conscient, par exemple, que le souci écologique du tri sélectif et du recyclage implique que des hommes et des femmes traquent et corrigent manuellement nos erreurs de tri sur un flot continu de déchets ménagers ?

Deuxièmement, l'exposition des salariés à la plupart des risques et la pénibilité du travail ont eu tendance à augmenter sur la dernière décennie. L'enquête Sumer réalisée par les médecins du travail fournit des indicateurs précis. Désormais, les deux tiers des ouvriers sont concernés.

La proportion de salariés du privé exposés à des produits chimiques a augmenté de 34 % à 37 % de 1994 à 2003. En 2003, au moins 2,4 millions de travailleurs étaient en contact avec des produits cancérigènes. Les contraintes physiques comme la manutention de charge ou le piétinement vingt heures par semaine déclinent en moyenne, mais augmentent pour les ouvriers.

Les contraintes organisationnelles, notamment de rythmes et de délais, se généralisent. L'"incertitude au travail", comme le fait de devoir effectuer des tâches non prévues, augmente pour toutes les catégories de salariés, accroissant la charge mentale. Le contrôle par la hiérarchie décline au profit d'un quasi-doublement du contrôle informatique, concernant désormais plus du quart des salariés.

Même si la réduction du temps de travail a limité la fréquence des semaines longues, les temps sont de plus en plus éclatés. Le travail de nuit (surtout des femmes) se développe. Les horaires atypiques ou imprévisibles deviennent la norme, induisant des difficultés pour conjuguer vies privée (dont l'éducation des enfants) et professionnelle.

Ces évolutions tiennent en partie à la diffusion, dans les secteurs des services, des méthodes d'optimisation des phases de travail issues du monde industriel. Dans l'ensemble, les inégalités se creusent, risques et pénibilité augmentant davantage pour les ouvriers et les employés que pour les autres catégories.

Le Charlot des Temps modernes pouvait certes s'ennuyer sur sa chaîne répétitive, mais seuls son corps et ses réflexes étaient mobilisés. Aujourd'hui, l'ouvrier d'une usine de découpe de canard qui se concentre en permanence pour préparer et dénerver des magrets naturellement tous différents, doit mobiliser l'ensemble de ses capacités cognitives et physiques. De même, la caissière de votre hypermarché doit non seulement manipuler quotidiennement 2 tonnes de marchandises, mais aussi trouver l'emplacement de milliers de codes-barres, les scanner, répondre à vos sollicitations, anticiper vos modes de paiement ou encore éviter la "démarque inconnue" (le vol).

De fait, contrairement aux représentations les plus répandues, les formes de pénibilité traditionnelles et nouvelles ne se substituent pas : elles se cumulent. Et ce cumul peut se traduire par des pathologies d'hypersollicitation, en particulier les troubles musculo-squelettiques (TMS). 11 % des hommes et 15 % des femmes en souffrent, d'après l'étude pilote menée dans les Pays de la Loire en 2003 (Le Monde du 15 novembre).

Ces difficultés au travail résultent principalement des choix organisationnels et technologiques des entreprises : elles sont fondamentalement collectives. L'entreprise connaît en effet une profonde remise en cause de l'organisation du travail, liée au fait que la capacité à arriver la première sur un marché et à réagir aussi rapidement que possible aux évolutions de la demande est progressivement devenue la clé de la compétitivité.

Un productivisme réactif s'impose donc, basé sur des pratiques d'organisation flexibles et innovantes, comme les équipes autonomes, la rotation de postes, le "juste à temps", pratiques associées à une sous-traitance accrue, à la réduction des lignes hiérarchiques, à la montée en puissance des normes de qualité.

Ces pratiques se diffusent rapidement dans le secteur privé, mais aussi dans le secteur public. En 2005, un tiers des établissements français de plus de 20 salariés sont sous normalisation ISO. Parallèlement, bien que leur efficacité ne soit pas démontrée, les progiciels de gestion intégrés, ou ERP, peu présents il y a encore dix ans, sont maintenant là aussi utilisés dans un tiers des établissements.

Ces changements organisationnels sont de fait inséparables des technologies de l'information et de la communication, dont le développement permet la mise en place de nouvelles configurations, et inversement. C'est de la conjonction des deux que les entreprises attendent des gains de performance. Ce mouvement est global et s'auto-entretient en modifiant en permanence les conditions de concurrence entre entreprises et en stimulant l'innovation. Le travail est au centre de cette dynamique.

Ces transformations de l'économie et leurs conséquences ne sont naturellement pas un monopole français. La montée des TMS ou l'intensification du travail ont été observées dans la plupart des pays développés à partir du milieu ou de la fin des années 1980. Cette évolution n'est cependant pas inéluctable. En témoigne le fait que les difficultés au travail sont inégalement distribuées.

Deux entreprises aussi réactives et compétitives l'une que l'autre peuvent traiter de manière très différente leurs salariés. Les plus délétères sont celles qui associent à l'innovation organisationnelle des formes de désorganisation du travail, comme le fait de recevoir des ordres contradictoires ou de supprimer les phases d'échanges collectifs nécessaires à l'équilibre des équipes de travail ou à la passation des consignes. Une meilleure formation des salariés ou des démarches de qualité de vie au travail et de prévention permettent au contraire aux organisations de devenir matures.

Dans la plupart des pays européens comme en Amérique du Nord, des entreprises se sont efforcées de réduire l'usure au travail et d'améliorer les organisations. Dès le début des années 1990, leurs agences sanitaires ont soulevé la question des TMS. Les élites managériales formées aux questions de santé et de sécurité au travail et à leur gestion ont été alertées par le coût croissant de l'absentéisme et des maladies professionnelles, sous la pression, notamment dans les pays anglo-saxons, des assureurs santé.

Dans les pays nordiques, le nécessaire allongement de la vie au travail a en outre induit chez les partenaires sociaux et l'Etat une attention particulière aux conditions de travail des seniors, mais aussi à celles des travailleurs plus jeunes, pour leur éviter une usure prématurée. Ces réflexions sont entrées en résonance avec la mode de la responsabilité sociale des entreprises (RSE).

Concomitamment, on assiste à une stabilisation, voire à un reflux, des effets délétères des nouvelles organisations, la plupart des indicateurs de santé au travail s'améliorant. Les enquêtes européennes suggèrent une pause dans la montée des contraintes organisationnelles depuis le milieu des années 1990, alors que les fréquences d'accidents du travail décroissent significativement.

Les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, qui ont été les premiers à connaître une nette dégradation, voient une réduction progressive de l'ordre de 4 % par an des fréquences de TMS depuis une décennie, sans avoir pour autant renoncé au productivisme réactif. En Allemagne, cela fait également dix ans que le nombre de cas de TMS s'est stabilisé et que, dans le même temps, l'absentéisme a reculé d'un tiers, alors même que la coalition des sociaux-démocrates et des Verts avait réintroduit, en 1999, une indemnisation à 100 % dès le premier jour d'arrêt-maladie.

In fine, seules les maladies professionnelles psychologiques, encore marginales, continuent de s'étendre chez ces partenaires, concentrant désormais les efforts des acteurs de l'entreprise et relançant le débat, comme aujourd'hui outre-Rhin, sur le harcèlement moral. Mais, au total, l'amélioration des indicateurs de santé ou d'absentéisme s'est traduite dans ces pays par des gains de l'ordre de 1 % du PIB pour les comptes sociaux ou des entreprises.

La France semble à la marge de cette tendance favorable. L'écart de fréquence d'accidents entre la France et la moyenne européenne se creuse. Le mouvement d'intensification n'y a pas décéléré significativement. Le nombre de cas de TMS déclarés à la Sécurité sociale progresse toujours annuellement de 20 %. Depuis 2000, elle est même le seul grand pays à voir progresser nettement les accidents du travail impliquant un handicap permanent (même si la fréquence des accidents mortels continue heureusement de régresser) : + 15 %, contre, par exemple, une baisse de 10 % en Allemagne. L'absentéisme a crû dans la même proportion.

Même en retirant de la facture les conséquences de trente ans de retard dans des dossiers comme l'amiante, le coût des atteintes à la santé dues au travail s'envole et participe au creusement du déficit du régime général qui assume la plupart des maladies d'origine professionnelle, ainsi qu'aux déséquilibres de la branche travail.

Contrastant avec l'attention portée au harcèlement moral, la prise de conscience de l'impact délétère de nouvelles organisations non matures sur la santé des travailleurs est tardive et encore balbutiante dans la plupart des entreprises françaises. Et c'est seulement cette année que l'Etat a reconnu les TMS comme une question de santé publique avec le Plan santé travail.

Ainsi, le "problème français" est moins lié à la mondialisation des modes de production ou au développement d'un capitalisme cynique qu'aux défaillances d'un compromis collectif caractérisé par l'inadaptation de ses régulations et l'impréparation de ses élites.



Chat - LEMONDE.FR | Mis à jour le 22.12.05 | 11h44

 
L'intégralité du débat avec Philippe Askenazy, économiste au CNRS et auteur à La République des Idées, jeudi 22 décembre 2005.

 

QUESTION : N'est -il pas indécent de parler de pénibilité au travail en France en 2005 ? Alors que les conditions dans lesquelles nous travaillons aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec celles des travailleurs du siècle dernier et n'ont rien à voir non plus avec celles que subissent le plus grand nombre de travailleurs des pays d'Afrique ou d'Asie.

Philippe Askenazy : Indécence, je ne pense pas. Effectivement, nos conditions de travail sont bien meilleures que celles d'il y a un siècle, bien meilleures que celles des pays du Sud. Il n'en demeure pas moins qu'on doit se préoccuper de cette question en France, puisque nos voisins font bien mieux que nous en la matière.

QUESTION : Vous ne parlez pas d'une des formes nouvelles d'organisation du travail : l'open space. N'est-ce pas pourtant une cause du mal-être au travail ? L'open space instaure une sorte de surveillance non-stop qui entretient le système du salarié 100 % productif, qui ne lève pas la tête de son écran... Qu'en pensez-vous ?

Philippe Askenazy : Tout à fait. C'est un peu le jeu d'un article dans un journal : on ne peut être exhaustif, je me suis donc concentré sur les pénibilités les plus fréquentes. Mais effectivement, des "cols blancs" font face à des lieux de travail, comme l'"open space", qui augmentent nettement la pression mentale sur les salariés. Néanmoins, à nouveau, ce n'est qu'une faible proportion du salariat qui est concernée.

La nouveauté depuis une vingtaine d'années est en fait la multiplication de ces nouvelles formes de pénibilité : je peux parler par exemple de l'organisation matricielle des entreprises. Une organisation matricielle, c'est abandonner une hiérarchie standard pour créer des hiérarchies selon les projets, qui font que les salariés font souvent face à plusieurs chefs, des chefs qui changent régulièrement selon les projets, et qui empêchent de pouvoir construire une véritable relation hiérarchique dans l'entreprise.

"SENTIMENT DE DÉSORGANISATION"

Il y a des études monographiques faites principalement par des sociologues, il y a également des spécialistes de gestion qui eux regardent plus les aspects "performance" en termes de productivité de ces organisations. Ce que montrent les monographies, c'est que ces organisations induisent des pertes de repères importantes pour les salariés, et finalement, un sentiment de désorganisation qui se ressent sur leur motivation dans l'entreprise et même sur leur santé, voire leur équilibre mental.

QUESTION : En Europe, quelles sont les limites de la notion de "pénibilité du travail" ?

Philippe Askenazy : Il n'y a pas de définition européenne de la pénibilité du travail. Au niveau français, les partenaires sociaux négocient actuellement pour définir les pénibilités majeures. Ce sont des négociations en cours. On a des pénibilités objectives comme le travail de nuit, le travail dans un environnement de température extrême, mais toute la difficulté est d'inclure les pénibilités que l'on peut qualifier d'organisationnelles ou de psycho-sociales. Typiquement, les facteurs de stress au travail. Doit-on par exemple considérer que travailler en centre d'appels est un métier pénible ou pas ?

QUESTION : La précarité augmente-t-elle la pénibilité au travail ?

Philippe Askenazy : C'est une question complexe. Disons que ce qui est certain, c'est que les précaires sont mis sur les métiers les plus pénibles et les plus dangereux. Mais s'il n'y avait pas de précarité, on peut penser que ce sont des salariés en CDI qui, de toute manière, subiraient ces pénibilités. C'est donc plutôt un effet de sélection. Lorsqu'on regarde la précarité, il y a à la fois celle du contrat de travail et celle de métiers qui demandent de plus en plus de flexibilité aux salariés, en particulier sur les horaires.

A côté du discours "la France travaille peu, 35 heures", on est un pays où se développent très rapidement des horaires éclatés et une imprévisibilité des horaires, même des salariés à temps partiel se retrouvent parfois devoir rester sur leur lieu de travail des journées très longues; avec des pauses de 4-5 heures au milieu. Donc des situations où mener une vie professionnelle et en même temps une vie privée, notamment familiale, devient de plus en plus difficile. Ce n'est pas une forme de précarité de contrat de travail qui est le principal obstacle en France, mais cette forme de précarité de flexibilité horaire demandée au salarié.

QUESTION : On dit souvent que la pénibilité "morale", sur le modèle du harcèlement, tend à remplacer la pénibilité physique. Est-ce vrai ? N'est-ce pas une vision psychologisante qui se focalise sur une minorité ?

Philippe Askenazy : C'est justement ce que je développe dans mon article. Ce que l'on observe en fait, c'est un cumul des pénibilités psychologiques et des anciennes pénibilités physiques. On peut le voir chacun dans son travail : il est de plus en plus demandé que l'on ait à la fois un travail intellectuel et à côté un travail physique, avec : porter des charges, rester longtemps debout. Il y a une volonté d'utiliser le travail comme le capital, c'est-à-dire à son taux d'utilisation maximale, et un humain, c'est à la fois des capacités physiques et des capacités cognitives. Donc le vrai enjeu est de comprendre l'impact sur la santé des travailleurs de cette utilisation totale de l'humain.

QUESTION : Comment "facturer" (sur le bulletin de salaire) la pénibilité d'une tâche ? Quels critères objectifs peuvent être utilisés ?

Philippe Askenazy : Là aussi, les partenaires sociaux réfléchissent à cette question. Au niveau des branches, souvent, les grilles minimales de salaires tiennent compte de la pénibilité du travail. Et actuellement, les négociations en cours entre le Medef et les syndicats portent non seulement sur la définition de la pénibilité, mais aussi sur une bonification retraite qu'obtiendraient les salariés exposés à ces formes de pénibilité ? Donc on tend non pas à améliorer la feuille de salaire, mais à améliorer les conditions de départ en retraite.

Toute la difficulté, à nouveau, est qu'on connaît certains facteurs qui objectivement induisent des atteintes à la santé, réduisent l'espérance de vie des salariés. Ces facteurs-là, clairement identifiés, sont faciles à traiter par les négociateurs et donneront lieu à bonification. La difficulté est sur des facteurs sur lesquels la médecine, par exemple, ne donne que des éléments partiels. Comment prendre en compte ces facteurs principalement psycho-sociaux ?

QUESTION : Quelles sont les positions des différents syndicats sur la pénibilité ?

Philippe Askenazy : Actuellement, les négociations piétinent, elles révèlent des fractures au sein des syndicats de salariés, et des fractures au sein même du Medef. En gros, le Medef est composé d'entreprises qui impliquent de forts niveaux de pénibilité et qui ne souhaitent pas ou peu donner de bonification, et d'entreprises qui, elles, n'impliquent pas ou peu d'atteintes à la santé, et qui ne veulent pas payer indirectement, par exemple par le chômage des salariés âgés, pour les entreprises qui provoquent des atteintes à la santé.

Côté syndical, la question est : si on commence à donner des avantages à certaines pénibilités, le risque est que les salariés eux-mêmes ne souhaitent pas une réduction de ces pénibilités pour ne pas perdre leurs avantages de départ à la retraite. Donc un syndicat comme la CFDT, par exemple, veut plutôt que ces avantages soient uniquement transitoires, l'objectif final étant une réduction des pénibilités les plus flagrantes.

QUESTION : Le travail "non-pénible", est-ce réaliste ?

Philippe Askenazy : Le mot "travail" a comme étymologie en français "trepalium", c'est-à-dire "instrument de torture". Cette origine n'est pas anodine. On a une vision, en France, que travailler, c'est avant tout travailler dur. Il y aura toujours des métiers pénibles, mais on peut rechercher, comme chez nos voisins scandinaves et même des pays comme les Etats-Unis, à réduire un certain nombre de niveaux de pénibilités pour qu'ils ne soient pas délétères pour les salariés. La question n'est pas tant la suppression totale des pénibilités que de les mettre à un niveau raisonnable.

Chat modéré par Constance Baudry et Raphaelle Besse Desmoulière



Souffrance au travail - Pour en savoir plus

 

Dans les livres

Michel Gollac et Serge Wolkoff, Les conditions de travail, éditions La Découverte, coll. « Repères », Paris, 2000. Croisant les apports de la sociologie, de la médecine, de la psychologie, de l’ergonomie, les auteurs analysent les mutations du travail.

Christophe Dejours, Souffrance en France, Seuil, Paris, 2000. L’un des premiers ouvrages à souligner l’ampleur de la souffrance au travail souvent liée à la perte de reconnaissance, à la mise au placard, à la torture morale.

Yves Clot, Le travail sans l’homme, éditions La Découverte, Paris, 1998. Les méthodes de management et leurs conséquences sur les relations de travail, à partir d’exemples concrets.

Dorothée Ramaut, Journal d’un médecin du travail - Témoignage : la souffrance au travail, le cherche midi éditeur, Paris, 2006. Il s’agit du journal tenu par le docteur Dorothée Ramaut, de juin 2000 à mars 2006. Il décrit les souffrances subies par les salariés d’une grande surface au nom d’un mode de gestion impitoyable, qui les détruit sous prétexte d’ascension sociale puis les rejette, lorsque, épuisés ou révoltés, ils ne peuvent plus supporter de telles tensions. Jadis, les entreprises licenciaient, aujourd’hui, elles torturent moralement les indésirables pour les pousser à la démission – en réalité, à la maladie. C’est le premier médecin du travail à rompre la loi du silence. A LIRE. Prix : 10 €.


Sur Internet

Organisation de coopération et de développement économiques - OCDE - Comparaisons internationales.

Organisation internationale du travail  - OIT - Organisme des Nations unies travaillant sur les conventions et les normes.

Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques - Dares - Études et statistiques sur le travail et le chômage.

Institut de recherches économiques et sociales - IRES - Centre de recherche géré par six des principaux syndicats français. Mène de nombreuses études internationales comparatives.


Sur les écrans

Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil, documentaire Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Bodega Films, Paris, 2006. Un documentaire sur la souffrance au travail.

Fabienne Godet, Sauf le respect que je vous dois, Haut et Court, Paris, 2006. Film de fiction sur la révolte d’un cadre après le suicide d’un de ses collègues.

Pierre Carles, Christophe Coello et Stéphane Goxe, documentaire Volem rien foutre al païs, France-Catalogne, sortie 2006. Documentaire sur la façon de sortir d’une société du travail.

Stéphane Mercurio, Hôpital au bord de la crise, ISKRA, Paris, 2003, DVD, Documentaire sur la dégradation des conditions de travail dans les hôpitaux.


publié dans : TRAVAIL - SOUFFRANCE par alain laurent-faucon
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Un rapport sur le stress au travail a été remis le 12 mars 2008 au ministre du Travail, Xavier Bertrand. En formulant huit propositions d’action, le document pointe la nécessité de prendre en compte les conditions de travail des salariés mais aussi leur santé psychologique. Le ministre entend reprendre l’ensemble des mesures et a annoncé le lancement d’une enquête nationale dont les résultats seront connus en 2009.


Rappel historique


La conférence sociale, présidée par Xavier Bertrand le 4 octobre 2007, avait porté sur la prévention des maladies professionnelles. A l’issue des débats, Xavier Bertrand et Gérard Larcher, rapporteur général, avaient annoncé l’ouverture de négociations sur trois thèmes : les conditions de travail dans les petites entreprises, le renforcement des Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, et le droit d’alerte des salariés. Xavier Bertrand et l’ensemble des participants avaient également reconnu la nécessité d’établir des indicateurs fiables et partagés pour évaluer les risques psychosociaux (stress, dépressions, suicides) auxquels peuvent être exposés les salariés.


Pour en savoir plus


Je vous invite à consulter le dossier déjà mis en ligne - LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL [1] - dans lequel vous trouverez les analyses de l'économiste Philippe Askenazy, auteur d'un ouvrage dont je vous ai recommandé la lecture : Les désordres du travail, éd. La République des Idées / Seuil, Paris, 2004. Dans ce dossier sont également proposées différentes pistes de recherche pour obtenir des compléments d'information : livres, internet, écrans.

Voir LES ESSENTIELS [2] et LES ESSENTIELS [3] dans lesquels sont reproduits deux entretiens accordés par Christophe Dejours, psychiatre et professeur de psychologie du travail au Cnam, auteur de Souffrance en France, Seuil, Paris, 2000.

 






DOCUMENTS OFFICIELS



La conférence sociale sur les conditions de travail


http://www.premier-ministre.gouv.fr/

Prévenir la souffrance au travail : une priorité du Gouvernement

Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail. Par Philippe Nasse et Patrick Légeron


12 mars 2008
Ministère du travail, des relations sociales et de la solidarité

http://www.travail-solidarite.gouv.fr/


Les risques psychosociaux posent un ensemble de problèmes divers, complexes et importants du fait du poids de leurs conséquences. Parce qu'ils se développent à la frontière entre la sphère privée (le psychisme individuel) et la sphère sociale (les collectifs d'individus au travail), ils sont au cœur de beaucoup de conflits. Les oppositions d'intérêts qui les traversent entraînent une multiplication des points de vue et des approches et, finalement, une certaine confusion dans les concepts, leurs modes d'analyse et le repérage de leurs causes ou de leurs effets.

C'est pourquoi nous avons d'abord cherché à fixer clairement les concepts utilisés, puis à tracer une voie d'observation des faits couverts par ces concepts qui soit aussi dégagée que possible des contingences conflictuelles qui les entourent. Le rapport fixe l'objet principal de l'étude : le couple formé par la santé psychique de l'individu et ses conditions sociales de travail ; il détaille ensuite les méthodes d'observation de ce couple scientifiquement neutres et fiables.

A cette fin, nous avons tenu le plus grand compte des méthodes utilisées par d'autres pays connaissant des problèmes de risques psychosociaux analogues aux nôtres, mais plus avancés que nous ne le sommes dans leur détection, leur mesure et leur traitement. La méthode repose toujours sur la mise en œuvre d'enquêtes psychosociales, dont la fiabilité statistique est éprouvée, et sur des questionnaires validés et rodés par de multiples expériences. Il n'existe, de par le monde, qu'un nombre limité de ces questionnaires : nous recommandons que le choix final en soit fait au terme d'une procédure d' « expertise collective » validée par le respect des normes correspondant à l'état de l'art en l'espèce, et tenant compte de la démarche européenne dans ce domaine : nous obtiendrons ainsi l'indicateur global qui, aujourd'hui, fait défaut.

En définitive, nous pensons que privilégier l'observation des faits relatifs à des concepts précis et selon des méthodes scientifiquement éprouvées est la meilleure façon d'établir, dans notre pays, un consensus minimum sur la reconnaissance des risques psychosociaux ramenés à des faits et sur leur mesure objective, permettant à la puissance publique, aux entreprises et aux partenaires sociaux d'envisager, ensuite, d'agir ensemble. Nous pensons qu'il faut observer avant d'expliquer, car à rechercher d'abord les causes des risques psychosociaux sans avoir convenu de leur observation, on entre de front dans les débats sur les responsabilités de ces causes, ce qui empêche tout dialogue constructif.

Au total, le rapport aboutit aux neuf propositions d'action suivantes :

 

  1- Construire un indicateur global tiré d'une enquête psychosociale évaluant simultanément les conditions sociales de travail et l'état psychologique du sujet ;

  2- Utiliser comme indicateurs spécifiques les enquêtes nationales existantes et développer des indicateurs spécifiques supplémentaires à partir des mouvements de main d'œuvre, des arrêts maladie de courte durée et en exploitant les rapports de la médecine du travail et des inspecteurs du travail ;

  3- Lancer des expériences pilotes dans la fonction publique ;

  4- Analyser le rôle des incitations dans le fonctionnement de la branche Accidents du travail et maladies professionnelles de la CNAM-TS ;

  5- Recenser les suicides de salariés au travail et procéder à une analyse psychosociale de ces suicides (« autopsie psychologique ») ;

  6- Lancer une campagne publique d'information sur le stress au travail ;

  7- Former les acteurs au sein de l'entreprise et renforcer leur rôle ;

  8- Créer un portail Internet pour l'information des entreprises et des salariés ;

  9- Charger le futur Conseil d'orientation des conditions de travail de suivre la mise en œuvre de ces actions.

 



Introduction générale


Les risques psychosociaux posent des problèmes difficiles car ils prennent naissance là où les comportements psychiques individuels les plus intimes entrent en symbiose avec les comportements sociaux les plus complexes : ceux des hommes au travail. Ce n'est pas là questions dont on puisse faire promptement le tour ! Ces questions mobilisent, au contraire, les théories, les connaissances, les réflexions des chercheurs qui travaillent dans les champs de la médecine, de la sociologie, de l'ergonomie, voire de cette partie de l'anthropologie qui s'attache à décrypter les tensions qui naissent du heurt de la liberté individuelle et des contraintes sociales. Mais elles mobilisent, aussi la vaste somme des expériences de terrain accumulées par les partenaires sociaux qui se heurtent, sur le lieu du travail à l'apparition de ces risques. Elles mobilisent, enfin, les savoirs- faire de tous les praticiens - publics ou privés - qui tentent de lier, dans les réalités du quotidien, l'amont des chercheurs et l'aval des acteurs pour tenter concrètement de prévenir ces risques et de guérir ou réparer leurs conséquences.

Nous avons donc écouté chercheurs, partenaires sociaux et praticiens qui, avec disponibilité, ouverture, franchise et bonne volonté remarquables nous ont consacré de leur temps. Cette écoute nous a très vite conduit à un constat : la conscience de l'existence d'un problème est quasi unanimement partagée ; la sincérité des interrogations quant à la meilleure façon de le résoudre ne fait aucun doute ; la volonté d'avancer concrètement vers des solutions est présente. Mais il n'y a aucun consensus sur l'identification des causes des risques psychosociaux, sur la mesure de leur occurrence, et, a fortiori, sur le sens des actions qui pourraient être entreprises pour les prévenir, guérir ou réparer.

C'est pourquoi, avec le minimum d'a priori et le maximum de modestie, nous avons cherché quelles dispositions concrètes à portée de la puissance publique et des partenaires sociaux étaient les plus à même de faciliter une amorce de consensus. En regardant autour de nous, il nous est apparu que d'autres pays, comparables au nôtre par leur niveau de développement mais comparables ou différents de par leurs modèles sociaux, avaient su créer un consensus suffisant pour s'engager dans des actions convergentes de prévention de ces risques, malgré les conflits sociaux inhérents à toute organisation du travail.

Dans ces pays, ce consensus est bâti, à la base, sur la constitution d'une information statistique scientifiquement organisée et expérimentalement éprouvée de sorte qu'elle soit aussi peu que possible contestable et, par sa neutralité, puisse servir d'appui à la reconnaissance, par tous les acteurs intéressés, de la nature, de l'étendue et de l'intensité des risques évoqués. Dans un second temps, la recherche des causes de ces risques, leur explication, les actions de prévention à mettre en œuvre peuvent donner lieu à des interprétations différentes. Mais ces divergences naturelles restent contenues par le caractère commun de l'identification initiale de sorte qu'une convergence relative mais suffisante peut s'observer dans la mise en œuvre de la prévention.

Cette observation des pratiques étrangères est pleine d'enseignements. En effet, au-delà de la seule information statistique, il est fréquent que les autorités publiques développent des méthodes de repérage des risques psychosociaux et des techniques de prévention qu'elles mettent à la disposition du grand public, des partenaires sociaux et des entreprises, surtout les petites.

Nous avons donc conduit notre mission en nous inspirant de ces démarches et en cherchant ce qui pourrait conduire à inverser la pratique qui nous semble, en France, conduire au blocage qui paralyse l'action. Le plus souvent, la pratique française privilégie la recherche des causes des risques psychosociaux avant de s'intéresser à l'existence de ces risques eux-mêmes. On explique d'abord ; on observe après. Dès lors, l'accent mis sur les causes se transpose à la recherche de la responsabilité des fauteurs de ces causes et toute possibilité de consensus disparaît dès l'origine. C'est pourquoi nous proposons d'expliquer ensuite mais d'observer d'abord, et ce de la façon la plus neutre possible au regard des causes de ce que l'on observe, comme de multiples exemples étrangers nous le suggèrent. Sur cette base, nous proposons ensuite diverses actions à la portée de la puissance publique, qui puissent être entreprises en coopération avec les partenaires sociaux, et qui soient de nature à aider concrètement à la prévention de ces risques.


Un rapport en trois parties

La première explore les concepts utilisés, de façon à dissiper la confusion qui les entoure : les concepts mélangent et recouvrent, sous des vocables communs, les causes, les risques et leurs effets. Cette partie justifie de dépasser l'opposition artificielle entre l'approche des risques psychosociaux mettant l'accent sur les aspects individuels et médicaux de ces risques, et l'approche collective se centrant sur les conditions sociales de travail où naissent ces risques, pour préconiser une approche simplifiée mais simultanée des aspects médicaux et sociaux entourant ces risques.

La deuxième examine l'ensemble des indicateurs actuels de risques qui nous ont été proposés, qu'ils soient disponibles, rapidement améliorables ou perfectibles au prix d'investissements plus importants. Cet examen permet de constater qu'aucun indicateur existant ne vérifie les conditions requises pour une approche simultanée des aspects médicaux et sociaux des risques, et conduit à dresser la méthodologie que devrait suivre un tel indicateur global.

La troisième regroupe les huit propositions d'actions publiques concrètes à entreprendre, en commençant par la constitution de cet indicateur global, puis en détaillant les actions particulières relevant de la responsabilité de l'Etat (ou, plus généralement, des trois Fonctions publiques) et celles relatives à la formation et à l'information des acteurs concernés par ces risques. En conclusion, une neuvième proposition suggère de demander au Conseil d'orientation des conditions de travail de faire rapport périodiquement au Gouvernement et aux partenaires sociaux sur l'état d'avancement des travaux issus des propositions précédentes.

 


Consultation en ligne


Annexes au Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques sociaux au travail - 402.2 ko
RAPPORT FINAL 12 mars 2008 - 160.9 ko

 





REVUE DE PRESSE



Quand le travail devient une souffrance


LA CROIX -11/03/2008

Le gouvernement doit recevoir mercredi 12 mars un rapport sur le stress au travail. Dans sa consultation spécialisée, à Nanterre, la psychologue Marie Pezé a vu le phénomène s'aggraver depuis dix ans

Elle a les bras croisés, les dents serrées et des larmes ravalées au fond de la gorge. Pour Léa, 35 ans, rien ne va plus au travail. D’ailleurs, rien ne va plus tout court. Elle a pris 24 kilos. Elle ne dort plus. Ses crises d’asthme se multiplient. Sa tension a grimpé à 18. Elle a même, un temps, envisagé le suicide mais, raconte-t-elle à Marie Pezé, psychologue spécialiste de la souffrance au travail qui la reçoit ce matin-là en consultation, la pensée de ses deux enfants l’a retenue.

Embauchée dans une mairie, d’abord en contrat aidé puis comme titulaire, Léa aime pourtant son travail. Quand elle arrive dans son service, elle potasse les textes de loi entre midi et deux, pour «essayer d’être au top». Quand elle ouvre un nouveau dossier pour un usager, elle a à cœur de ne pas attendre la fin de la semaine pour l’envoyer. Elle propose son aide à un autre service en sous-effectif à l’occasion d’une mission ponctuelle.

Face au nouveau logiciel qui donne tant de fil à retordre aux autres attachées territoriales, elle s’en sort « royalement ». Bref, depuis son arrivée, certaines de ses collègues l’ont prise en grippe. L’une d’elles lui donne de mauvaises informations, lui dit qu’elle est incompétente. L’accuse de simuler des malaises ou même de jeter des sorts !

Quand, dans ce service entièrement féminin, où il est malvenu de se syndiquer, ses alliées, chefs ou collègues, partent, elle se retrouve seule en butte à l’hostilité. On ne lui adresse plus la parole dans les couloirs. Il y a quelques jours, sa hiérarchie l’a convoquée pour lui dire que son attitude lui vaudra d’être sanctionnée. Alors elle a craqué.


Marie Pezé reçoit 900 personnes par an


D’une voix douce, Marie Pezé passe du baume sur les plaies. « Vous n’êtes pas à votre place dans ce travail. Il y a une différence de culture trop grande entre vos collègues qui se protègent des difficultés en évitant de faire des vagues et vous, qui montez au créneau sans cesse. Ce n’est pas votre faute, ce n’est pas la leur. Mais il faut maintenant vous sortir de là. » Pour Léa, Marie Pezé demandera au médecin du travail de prononcer une inaptitude temporaire au travail, le temps d’obtenir une mutation pour raison médicale.

« Quand quelqu’un est en pleine détresse dans son travail, parfois, la seule chose à faire, c’est de le retirer de cet environnement professionnel, explique la psychologue. C’est difficile parce que beaucoup vivent cela comme une injustice mais, en restant, ces salariés mettraient leur santé en danger. »

Soigner les salariés en détresse, c’est désormais le métier de Marie Pezé, 56 ans, également psychanalyste depuis trente ans. Elle le fait avec peu de moyens, dans un petit bureau tout nu, éclairé d’une lumière jaune, à l’aide d’un téléphone et d’un énorme carnet d’adresses nourri d’années d’expérience.

En 1995, c’est elle qui a fondé la première consultation « souffrance et travail » à l’hôpital Max- Fourestier de Nanterre. « Au départ, je travaillais comme psychologue dans un service spécialisé dans les douleurs de la main. On s’est aperçu que malgré les opérations, les douleurs revenaient et qu’elles apparaissaient aussi sur des postes où il n’y avait pas de charge physique. On s’est alors interrogé sur l’origine de cette usure et on a découvert tout l’univers du stress au travail, dont on ne parlait pas du tout à l’époque. »

Désormais, Marie Pezé reçoit 900 personnes par an, principalement des femmes « parce que ce sont encore elles qui sont les plus représentées sur les postes déqualifiés ». À l’instar de ce qui se passe dans la vingtaine de consultations spécialisées dans la souffrance au travail qui existent désormais en France, sa salle d’attente ne désemplit pas.

« Depuis 1995, les pathologies s’aggravent, estime-t-elle. Auparavant, les affections dermatologiques étaient la première cause de maladies professionnelles. Maintenant, ce sont les troubles musculo-squelettiques, (NDLR : des atteintes des articulations des membres supérieurs et lombaires), qui peuvent être très invalidants et même conduire à des paralysies. »


« Ce sont souvent les gens les plus investis dans leur métier que l’on retrouve en souffrance"

Lorsqu’en 1998 paraît l’ouvrage de Marie-France Hirigoyen, Le Harcèlement moral, une nouvelle génération de patients, qui mettent enfin un nom sur leur souffrance, arrivent dans son cabinet. «Nous étions un peu dubitatifs au début, commente Marie Pezé. Mais on a vu arriver des névroses traumatiques graves chez des personnes qui n’avaient manifestement fait qu’aller au travail. Nous nous sommes alors rendu compte que le travail avait changé.»

Culte du résultat plutôt que reconnaissance des efforts mis en œuvre. Apparition des notations. Raréfaction des espaces collectifs où les collègues peuvent échanger autour d’un problème. Isolement des individus face aux difficultés…

Laure pourrait sans doute témoigner de cette solitude. Sous le regard compatissant mais silencieux de ses collègues, cette jolie jeune femme de 32 ans, embauchée en contrat nouvelles embauches (CNE) comme hôtesse standardiste dans une étude notariale, a enduré pendant des mois toutes les brimades.

Les monceaux de courrier à affranchir cinq minutes avant la fermeture de la poste ; la sonnette d’entrée que son patron actionne pour la faire revenir rapidement quand elle est aux toilettes ; les consignes contradictoires ; les colères pour une plante trop arrosée…

Jusqu’à ce que son employeur lui envoie la police chez elle pendant son arrêt maladie, la jeune femme avait cru qu’elle devait « faire ses preuves » et que « cela allait s’arranger ». Désormais, elle ne veut plus remettre les pieds à son travail. Elle veut en finir avec la peur au ventre le matin au lever, avec les nuits sans sommeil, avec les anxiolytiques.

Revenir à sa vie d’avant, où tout allait bien, où elle était appréciée dans son travail. « Ce sont souvent les gens les plus investis dans leur métier que l’on retrouve en souffrance quand leur vie professionnelle ne va plus, conclut Marie Pezé. C’est quand même un signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans le monde du travail. »

Nathalie BIRCHEM




Le stress au travail

Xavier Bertrand annonce le lancement d'une enquête nationale sur le stress au travail

LEMONDE.FR avec AFP | 12.03.08

Le ministre du travail Xavier Bertrand a annoncé, mercredi 12 mars, le lancement d'une enquête nationale pour mesurer le stress au travail et identifier les secteurs touchés. L'enquête, dont la conception sera confiée à l'Insee, sera annuelle et basée sur des questionnaires "auto-administrés", croisant les conditions de travail du salarié et son état psychologique. Les premiers résultats seront connus en 2009. Elle donnera lieu, dans les branches les plus exposées au stress, à des "négociations obligatoires", a proposé le ministre.

"Le stress au travail a un coût social et humain, mais aussi économique", a souligné Xavier Bertrand : il est "évalué" par le Bureau international du travail à "3 à 4 % du PIB" et un quart des arrêts de travail de 2 à 4 mois sont dus à des problèmes psycho-sociaux.


Combler le retard de la France

S'appuyant sur un rapport sur les conditions de travail commandé à deux experts, Philippe Nasse, statisticien et économiste, et Patrick Légeron, médecin psychiatre, et qui lui a été remis mercredi, le ministre a fixé comme objectif que "d'ici deux ou trois ans la France soit au niveau des pays européens qui apportent les meilleures réponses" en matière de lutte contre le stress.

Le rapport fait au total huit propositions, que le ministre va "soumettre à la prochaine conférence" sur les conditions de travail, prévue au printemps. Il propose notamment de lancer des expériences pilotes sur le stress dans la fonction publique, car l'Etat, "premier employeur de France", doit "réhabiliter ce thème émergent, encore pas suffisamment affirmé comme un risque majeur", selon M. Légeron.


« Veille épidémiologique » sur les suicides au travail

Pour les auteurs du rapport, la mise en place d'un "indicateur global" est un préalable à toute recherche des causes du stress et des actions à mener dans les entreprises. "En France, on commence par chercher les causes, avant toute cartographie du problème", indique Philippe Nasse. Jusqu'alors, expliquent les chercheurs, deux visions s'opposaient : l'une collective, souvent défendue par les syndicats, qui fait de l'environnement et de l'organisation du travail la cause principale du mal-être des salariés, et l'autre plus individuelle, qui a les faveurs des chefs d'entreprise, et prône une approche plus médicale et psychologique des causes du stress. Patrick Légeron et Philippe Nasse, pour qui "cette controverse est dépassée", invitent quant à eux à combiner ces deux approches.

Xavier Bertrand a par ailleurs annoncé le lancement en 2009 d'une "veille épidémiologique" sur les suicides au travail, un phénomène récemment illustré par une série de suicides au Technocentre de Renault à Guyancourt dans les Yvelines. Le constructeur automobile a d'ailleurs confirmé, mercredi, une information de La Tribune selon laquelle un quatrième salarié de ce centre s'est suicidé fin février. Cette veille serait confiée à l'Institut de veille sanitaire (InVS), en liaison avec les services de santé au travail et la CNAM (assurance maladie).




Nouveau suicide au Technocentre de Renault

LEMONDE.FR avec AFP | 12.03.08

Un salarié employé par un prestataire de services travaillant au Technocentre de Renault à Guyancourt, dans les Yvelines – déjà le théâtre de trois suicides entre fin 2006 et début 2007 –, s'est suicidé le mois dernier à son domicile, a-t-on appris, mercredi 12 mars, auprès du constructeur automobile.

Ce salarié s'est donné la mort fin février, a indiqué une porte-parole de Renault, confirmant une information de La Tribune dans son édition de mercredi. Il était employé depuis juillet à la conception de systèmes informatiques pour la société de prestations techniques Assystem et avait travaillé, auparavant, au Technocentre pour d'autres sociétés. Selon La Tribune, qui cite une source syndicale, le salarié était "surmené".


Renault se dit sur « la bonne voie »

L'annonce de ce suicide intervient le jour où le directeur des ressources humaines du groupe Renault, Gérard Leclercq, a estimé, lors d'une conférence de presse, que l'entreprise était sur "la bonne voie" concernant les conditions de travail à Guyancourt. Le constructeur a notamment restructuré, à Guyancourt et sur l'ensemble de ses sites, sa gestion des ressources humaines.

Le cas du salarié d'Assystem n'a pas été évoqué lors de cette rencontre avec les journalistes. "Il ne revient pas à Renault de commenter le décès d'une personne qui n'était pas salariée de l'entreprise", s'est défendue la porte-parole du constructeur, évoquant le respect de la vie privée de la famille et rappelant que le suicide avait eu lieu à son domicile.



Les négociations sur la prise en compte de la pénibilité du travail restent enlisées trois ans après avoir débuté


LE MONDE |
Article paru dans l'édition du 13.02.08.

Trois ans, presque jour pour jour, après avoir ouvert des négociations sur la prise en compte de la pénibilité de certaines professions, les partenaires sociaux donnent le sentiment d'avancer à pas de tortue. Le 6 février, ils ont, de nouveau, constaté leurs divergences à l'issue d'une 16e rencontre qui s'est tenue dans les locaux du Medef. La délégation patronale a défendu l'idée d'un allégement de la charge de travail pour les salariés usés par leur métier. Une proposition insuffisante aux yeux des syndicats : pour eux, les personnes exerçant un métier difficile doivent pouvoir partir à la retraite plus tôt que les autres.

Dès le départ, les négociations sur la pénibilité se sont révélées laborieuses. Prévues par la loi du 21 août 2003 "portant réforme des retraites", elles ont débuté en février 2005. Ce retard à l'allumage tient sans doute à la très grande souplesse du texte : les organisations patronales et syndicales étaient, en effet, seulement "invitées à engager une négociation interprofessionnelle sur la définition et la prise en compte de la pénibilité" dans les trois années suivant la parution de la loi. Au bout de quelques réunions, les motifs de désaccords ont émergé : critères à retenir pour définir la pénibilité, participation financière des employeurs, etc.

Suspendues début 2006, les discussions ont repris un an après. Elles ont connu un nouvel arrêt lorsque le chef de file de la délégation patronale, Denis Gautier-Sauvagnac, a dû abandonner son rôle de négociateur en octobre 2007, suite à l'affaire des comptes cachés de l'UIMM. C'est François-Xavier Clédat, président du groupe de BTP Spie Batignolles, qui lui a succédé.


Commission médicale

Depuis, trois réunions se sont tenues, sans progrès notable. Celle du 23 janvier a même tourné à l'aigre, puisque M. Clédat aurait, selon les syndicats, remis en cause le lien entre pénibilité et espérance de vie. Le PDG de Spie Batignolles a rétorqué que ses propos avaient été déformés. Quoi qu'il en soit, le ministre du travail, Xavier Bertrand, est intervenu dans le débat, le 30 janvier, en se disant "choqué" par les déclarations du "négociateur patronal".

Lors de la dernière réunion des partenaires sociaux, le 6 février, les représentants des employeurs ont proposé un dispositif "expérimental" qui permettrait de faire passer à temps partiel les personnes ayant accompli des tâches usantes. Cette solution serait réservée "aux ouvriers et employés d'exécution" âgés d'au moins 58 ans, qui ont travaillé 40 ans - dont 30 dans des conditions difficiles. Elle nécessiterait le feu vert d'une commission médicale, chargée "d'apprécier l'existence de traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé des salariés".

Les syndicats ont vu dans cette offre une "provocation" et la preuve que "le patronat ne veut rien faire". Pour eux, l'idée d'un examen au cas par cas marque un "recul" par rapport aux discussions de la fin septembre 2007 : à cette époque, rappellent-ils, les représentants des employeurs se disaient prêts à étudier l'hypothèse d'une "cessation anticipée d'activité".

Officiellement, tous les protagonistes veulent que les négociations aboutissent durant les deux dernières rencontres programmées en mars. Mais un tel dénouement est de plus en plus incertain. M. Bertrand a d'ores et déjà envisagé l'éventualité d'un échec : "Si les partenaires sociaux ne trouvent pas d'accord, nous reprendrons ce dossier dans le cadre du rendez-vous retraites 2008", a-t-il indiqué le 30 janvier.

Bertrand Bissuel

  

publié dans : TRAVAIL - SOUFFRANCE par alain laurent-faucon
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Il s'agit de définir la notion de « pénibilité », et, dès qu'on s'y essaye, l'on s'aperçoit combien l'entreprise est délicate. Cette notion dépend de multiples facteurs. Il est des travaux intellectuels ou conceptuels qui exigent tellement de concentration et sont source de tellement de tensions, que leur pénibilité psychique et morale est très grande. Il est des travaux tellement déprimants, voire humiliants, qu'ils en deviennent si difficilement supportables que l'on tombe malade ou que l'on fait une grosse « déprime ». Et il est des travaux qui, physiquement, sont tellement durs, éprouvants, ou tellement dangereux, que leur pénibilité est extrême. Alors, selon quels critères définir cette notion de « pénibilité » ?

Une notion qui est apparue dès qu'il a fallu négocier des départs à la retraite plus précoce pour « les personnes en situation de pénibilité », c'est-à-dire pour des personnes dont les conditions de travail furent telles que « leur espérance de vie en retraite » risque d'être écourtée ou d'être fortement perturbée par un état de santé défectueux.

Toutefois rien n'est simple. On peut effectuer un travail peu fatigant et être soumis à des produits cancérigènes ou très toxiques qui auront de graves conséquences sur l'existence. On peut également exercer un travail de nuit qui, à long terme, aura « des effets sur la santé, sur la qualité du sommeil, sur l'état cardio-vasculaire, sur l'état du système digestif ».

 




Physiques ou psychologiques,

les formes de pénibilité au travail

ont changé depuis une vingtaine d'années


Chat |
LEMONDE.FR | 26.09.07


L'intégralité du débat avec Michel Gollac, sociologue et auteur de l'ouvrage Les Conditions de travail, qui souligne qu'« il y a un problème de définition de ce qu'on entend par pénibilité ». Le seul critère objectif reste, selon lui, l'espérance de vie du travailleur.

QUESTION - Qu'entendez-vous par "pénibilité"  ? Et pensez-vous qu'il existe de "nouvelles" pénibilités dues au changement des conditions de travail ?

Michel Gollac : Le terme pénibilité, ce n'est pas moi qui l'ai inventé. C'est un terme qui est utilisé à la fois dans la vie courante et plus spécifiquement depuis 2003, dans les négociations liées à des possibilités de retraite plus précoce pour les personnes en situation de pénibilité. L'emploi de ce terme complique d'ailleurs un peu l'approche, car de fait, les négociations portent essentiellement sur la question suivante : les conditions de travail vécues par les personnes ont-elles réduit leur espérance de vie en retraite, ou la durée pendant laquelle elles peuvent espérer vivre avec un état de santé acceptable ?

C'est assez différent de la pénibilité au sens courant, car par exemple être exposé à des produits cancérogènes, cela réduit l'espérance de vie, mais ce n'est pas forcément pénible, puisque souvent on ne se rend pas compte de leur présence. Il y a d'autres conditions de travail qui peuvent réduire l'espérance de vie et qui sont dans certains cas vécues comme pénibles, c'est le cas du travail de nuit, qui parfois est demandé par certaines personnes, à cause des primes qu'il rapporte, mais aussi parce qu'elles peuvent trouver les conditions de travail plus agréables, ou encore parce qu'elles apprécient, pour raisons familiales ou personnelles, d'avoir leur journée libre.

Ce travail de nuit va néanmoins avoir des effets à long terme sur la santé, sur la qualité du sommeil, sur l'état cardio-vasculaire, sur l'état du système digestif. Il y a de nouvelles pénibilités, bien sûr. D'abord au sens de conditions de travail pouvant restreindre l'espérance de vie, lorsque par exemple de nouvelles molécules sont utilisées dans les procédés de travail, certaines pouvant être dangereuses.

Il y a aussi de nouvelles pénibilités au sens classique de conditions de travail désagréables, difficiles à supporter, engendrant une fatigue dont on a du mal à récupérer, et qui peuvent être liées par exemple à de nouvelles formes d'organisation du travail, notamment la généralisation des activités de services, en raison de la pression qu'elles engendrent.

QUESTION - Les critères de la pénibilité du travail, définis avant la guerre si je ne me trompe pas, ne sont-ils pas devenus obsolètes aujourd'hui ?

Michel Gollac : Ces questions de pénibilité en lien avec l'âge de départ en retraite existaient déjà du temps de la retraite à 65 ans. Mais la négociation repart sur une base complètement nouvelle. Par ailleurs, il existe des entreprises ou des métiers où les conditions de travail sont considérées comme pénibles parfois de très longue date, et selon les cas, elles le sont restées ou non.

QUESTION - Doit-on redéfinir le mot pénibilité par rapport au nouveau critère de tolérance ?

Michel Gollac : Je pense qu'il y a effectivement un problème de définition de ce qu'on entend par pénibilité. Même si l'on se place du point de vue restreint de diminution de l'espérance de vie, il reste la question des seuils, à partir de combien de diminution on considère qu'il y a pénibilité. Mais la question du seuil de tolérance se pose clairement pour les pénibilités au sens classique, ce qui, dans le travail, est difficile à supporter.

Et effectivement, la tolérance évolue, en particulier dans la mesure où la vie hors travail est devenue plus confortable, et d'autre part, aussi, en fonction du changement des caractéristiques des personnes qui travaillent, et en particulier du vieillissement de la population active.

QUESTION - La pénibilité n'est-elle pas différente, pour un même emploi, selon l'âge ou le sexe de la personne qui y est exposée ?

Michel Gollac : Tout à fait. Je viens de dire que cela pouvait dépendre de l'âge. La plupart des travaux sont plus pénibles pour les travailleurs âgés, du moins quand on ne prend pas les mesures d'adaption nécessaires. Il y a aussi des différences selon le sexe, et selon toute une série de caractéristiques : la taille, l'aménagement de l'espace de travail, par exemple. Même des travaux plus intellectuels peuvent être pénibles si l'on ne laisse pas aux personnes la liberté et le temps de s'organiser d'une façon qui convient à chacun. Chacun a une façon de travailler qui n'est pas la même que celle de ses collègues, et si l'on ne peut pas la choisir, par exemple parce qu'on est dans l'urgence, le travail devient pénible.

QUESTION - Comment va-t-on définir ces fameuses pénibilités lors des négociations ?

Michel Gollac : Ce qui est fort possible, c'est qu'on se limite à la pénibilité qui restreint l'espérance de vie. Dans ce cas, pour beaucoup de facteurs de risque, on dispose dans la littérature scientifique internationale d'études qui permettent un chiffrage au moins grossier de la restriction d'espérance de vie dans une profession. La difficulté, c'est surtout que d'une entreprise à l'autre, dans une même profession, les conditions de travail peuvent être assez différentes.

Si l'on s'intéresse à l'ensemble des conditions de travail qu'on peut considérer comme pénibles, alors là, effectivement, la question de la définition se po