En mai 2002, paraît aux éditions Arléa, un très court texte d'Edgar Morin intitulé « Pour une politique de civilisation ». Dès l'introduction, le brillant penseur de la « complexité » déclare que « ce texte constitue un chapitre extrait d'un livre publié en 1997 sous le titre :
Une politique de civilisation. » Sami Naïr et lui-même en étaient les auteurs, et ils s'étaient partagés la rédaction des chapitres.

Je me permets de reproduire, ci-après, quelques passages de l'introduction faite par ce grand sociologue, parce que je trouve absolument affligeant que n'importe qui – fût-il président de la République – cite n'importe quel concept, n'importe quelle phrase, sans même vérifier et citer ses sources, sans même aller voir le texte d'où est tiré le bout de phrase, sans même se renseigner sur la pensée exacte de l'auteur auquel il est fait référence de manière implicite.

Tout, mais vraiment tout ce que je demande aux étudiant(e)s de faire pour respecter les principes de base de la pratique intellectuelle – sans même parler de la plus élémentaire des probités intellectuelles – tout cela est sans cesse bafoué, ridiculisé, par le pouvoir en place – qui est bling-bling jusque dans sa façon de faire croire qu'il pense ou qu'il sait penser. Et, encore une fois, je songe avec nostalgie à Diogène, ce philosophe cynique qui osait déclarer à Alexandre le Grand : « ôte-toi de mon soleil ! ». Quelle classe ! Quel panache ! Aujourd'hui, tout le monde dirait, totalement courbé et sans aucune fierté : « protège-moi de ton ombre ! »




Introduction d'Edgar Morin



Pour une politique de civilisation, éd. Arléa, Paris, 2002

extraits choisis et mis en ligne par mes soins


« Ce texte est séparable des autres chapitres parce qu'il correspond à un noyau de problèmes déjà envisagés isolément dans un article.

« Il traite de problèmes dont nous faisons l'expérience quotidienne, qui concernent notre vécu concret. Il s'agit des déficiences et des carences de notre civilisation, et par-là même, il s'agit de nos besoins et de nos aspirations, qui ne sont pas seulement monétaires.

« Il s'agit en somme de régénérer complétement la vie sociale, la vie politique et la vie individuelle.

[...]

« D'où le teste ci-dessous, qui indique non un programme, ni un projet de société, mais une voie.

« Ce texte séparé est en même temps inséparable, pour prendre sens, d'une réforme intellectuelle et d'une refondation politique.

« Réforme intellectuelle : nos esprits sont formés selon une conception qui sépare les connaissances, les isole les unes des autres en les compartimentant, privilégie la connaissance fondée sur le calcul – qui ignore le non calculable, c'est-à-dire la vie, la souffrance, l'amour, le bonheur, le malheur – et met la politique à la remorque du calcul économique. On vit dans la fragmentation des problèmes et dans l'au jour le jour, en sorte qu'il est impossible de concevoir les problèmes fondamentaux et les problèmes globaux.

« Refondation politique : il s'agit de fonder une anthropolitique et une politique planétaire ; je me suis souvent exprimé là-dessus, notamment dans mon Introduction à une politique de l'homme, Terre Patrie, et dans le premier chapitre du livre Une politique de civilisation [...] »





VERBATIM



Les vœux de Nicolas Sarkozy


AFP - LIBÉRATION.FR : lundi 31 décembre 2007

"Mes chers compatriotes,

"En ce 31 décembre, au terme d'une année si pleine pour notre pays, c'est avec reconnaissance pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des devoirs qu'elle m'impose que je m'adresse à vous.

"Ce soir, j'ai une pensée pour chacun d'entre vous.

"Je pense à vous qui vous préparez à fêter la nouvelle année avec votre famille, avec vos amis, en oubliant les soucis de la vie quotidienne.

"Je pense à vous qui êtes obligés de travailler cette nuit au service des autres et à vous, soldats français en opérations loin de vos foyers et qui risquez votre vie pour défendre nos valeurs.

"Je pense aussi à vous qui êtes seuls et pour qui cette soirée sans personne à qui parler sera une soirée de solitude semblable à toutes les autres.

"Je pense à vous, que la vie a éprouvés, et que la tristesse ou la douleur tiennent à l'écart de la fête.

"A chacun de vous je veux adresser un message d'espérance, un message de foi dans la vie et dans l'avenir. Je voudrais convaincre même celui qui en doute qu'il n'y a pas de fatalité du malheur.

"Au milieu des joies et des peines que l'existence réserve à chacun d'entre nous, nous pouvons, par l'effort de tous, bâtir une société où la vie sera plus facile, où l'avenir pourra être regardé avec davantage de confiance.

"C'est la tâche que vous m'avez confiée en m'élisant Président de la République au mois de mai dernier. Tâche immense tant la France a pris de retard sur la marche du monde.

"Je sais combien est grande votre attente d'un changement profond après des années d'efforts et de sacrifices que la plupart d'entre vous a le sentiment d'avoir consentis en vain.

"Je sais les craintes que beaucoup d'entre vous éprouvent pour l'avenir de leurs enfants. Je sais l'angoisse qui vous étreint quand vous avez peur de perdre votre emploi ou quand vous craignez que l'augmentation du coût de la vie ne vous permette plus, même en travaillant dur, de faire vivre décemment votre famille.

"Je sais votre exaspération quand vous voulez entreprendre ou quand vous voulez travailler davantage et que vous avez le sentiment que tout est fait pour vous en empêcher.

"Alors, tout ne peut être résolu en un jour ! Mais, croyez-le bien, ma détermination est sans faille. Malgré les obstacles, malgré les difficultés, ce que j'ai dit, je le ferai. Je le ferai tout simplement parce que c'est l'intérêt de la France.

"Depuis que vous m'avez choisi pour présider aux destinées de notre pays, j'ai voulu tout mettre en oeuvre pour tenir la promesse que je vous avais faite de vous rendre la fierté d'être Français, de vous donner le sentiment que dans notre vieux pays tout pourrait devenir possible.

"J'ai, avec François Fillon et tout le gouvernement, engagé depuis 8 mois beaucoup de changements profonds.

"A ceux qui trouvent que cela n'est pas allé assez vite, je veux dire que j'ai fait tout ce que je pensais possible de faire en tenant compte de l'exigence du dialogue social et de la négociation. Je ne crois pas à la brutalité comme méthode de gouvernement. Je crois que mon rôle est de convaincre et de rassembler non de heurter et de diviser. C'est ce à quoi je me suis efforcé dans le respect de tous.

"A ceux qui pensent que le changement a été trop rapide, je veux dire qu'il ne faut pas perdre de vue que notre pays a trop attendu et que le temps presse si nous voulons rester maîtres de notre destin.

"J'ai voulu mettre chacun face à ses responsabilités. J'ai pris les miennes. J'ai pu commettre des erreurs. Mais depuis 8 mois, je n'ai agi qu'avec le souci de défendre les intérêts de la France et pas un jour ne s'est passé où je ne me sois répété l'engagement que j'ai pris envers chacun de vous : "Je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas ". Je vous dois la vérité. Je vous la dirai toujours. Je ne m'autoriserai aucune hypocrisie.

J'ai mis tout mon coeur, et toute mon énergie à être le Président de tous les français et pas seulement de ceux qui ont toujours partagé mes convictions. C'est pourquoi j'ai voulu l'ouverture, c'est pourquoi je l'ai faite avec des hommes et des femmes de valeur. Je ne leur ai pas demandé de se renier. Je leur ai simplement proposé de servir leur pays. Ils l'ont accepté. Je leur en suis reconnaissant.

"C'est avec le même esprit d'ouverture, avec la même volonté de tenir mes engagements que j'aborde cette nouvelle année où, malgré une conjoncture internationale freinée par la crise financière, les premiers résultats de l'action entreprise devraient se faire sentir.

"Beaucoup reste à faire, j'en suis bien conscient, pour que les mesures mises en oeuvre se traduisent par des améliorations visibles dans votre vie quotidienne, pour répondre à toutes les attentes que vous avez exprimées ou pour que la France retrouve son rang et son rôle dans le monde.

"En cette fin d'année 2007 une première étape s'achève sur la voie du changement. Ce fut celle de l'urgence : urgence à dépasser les vieux clivages partisans. Urgence du choc fiscal et social pour rétablir la confiance et soutenir l'activité et qui a permis à notre économie de mieux résister que d'autres au ralentissement de la conjoncture. Urgence du pouvoir d'achat. Urgence de l'autonomie des universités. Urgence de réformer les régimes spéciaux, de libérer et de réhabiliter le travail. Urgence du service minimum. Urgence de la modernisation de l'État qui commence enfin, urgence des réformes qui attendent depuis 20 ans ou 30 ans. Urgence que la France devienne exemplaire en matière d'environnement, de qualité de la vie, de développement durable. Urgence du traité simplifié pour débloquer l'Europe, l'Europe dont je n'ai jamais cessé de penser qu'elle était indispensable. Urgence que la France se remette à parler avec tout le monde pour qu'elle puisse jouer le rôle qui doit être le sien au service de la paix et de l'équilibre du monde, au service de ceux qui souffrent, des enfants et des femmes martyrisés, des persécutés, de ceux qui attendent au fond de leurs prisons que la France parle et agisse pour eux.

"Avec 2008, une deuxième étape s'ouvre : celle d'une politique qui touche davantage encore à l'essentiel, à notre façon d'être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c'est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation.

"Depuis trop longtemps la politique se réduit à la gestion restant à l'écart des causes réelles de nos maux qui sont souvent plus profondes. J'ai la conviction que dans l'époque où nous sommes, nous avons besoin de ce que j'appelle une politique de civilisation.

"Nous ne résoudrons rien si nous ne bâtissons pas l'école et la ville du XXIème siècle, si nous ne mettons pas au coeur de la politique le souci de l'intégration, de la diversité, de la justice, des droits de l'Homme, de l'environnement, si nous ne retrouvons pas le goût de l'aventure et du risque, le sens de la responsabilité en même temps que celui du respect et de la solidarité, ou si nous n'entreprenons pas de moraliser le capitalisme financier. Il ne s'agit pas de faire des discours - on en a tant fait - il s'agit d'agir pour obtenir des résultats.

"Alors, que la France montre la voie ! C'est ce que depuis toujours tous les peuples du monde attendent d'elle.

"C'est ce que nous ferons quand la France présidera, à partir du 1er juillet, l'Union Européenne. C'est ce que nous voulons faire avec l'Union pour la Méditerranée qui est un grand rêve de civilisation. C'est ce que nous voulons faire partout dans le monde pour redonner de l'espoir à ceux qui n'en n'ont plus. C'est ce que, bien sûr, surmontant nos doutes et nos angoisses, nous devons faire d'abord pour la France elle-même.

"Notre vieux monde a besoin d'une nouvelle Renaissance. Eh bien, que la France soit l'âme de cette Renaissance ! Voici mon voeu le plus cher pour cette année qui vient.

"Je souhaite du fond du coeur qu'elle soit pour la France, pour chacun d'entre vous, pour tous ceux qui vous sont chers une année de bonheur et de réussite.

Mes chers compatriotes,

Vive la République

Vive la France !"

 

Remarque : c'est moi qui me suis permis de souligner les pronoms personnels pour montrer à quel point le Président personnalise le pouvoir et joue sur le « je » - nous aurons l'occasion de revenir sur cette Com' politique qui s'inspire fortement des exemples anglo-saxons, ceux de Blair et de Bush.


REVUE DE PRESSE

 

 

Mantra


François SERGENT – Éditorial - LIBÉRATION : mardi 1 janvier 2008

Entre l’Alka-Seltzer, le foie gras et le sapin à descendre, les vœux du Président appartiennent aux rituels de fin d’année. Mais qui peut se souvenir d’une allocution des présidents de la République ? Vaguement peut-être, les lunettes de Chirac apparues en 2005 après son accident vasculaire, Anne-Aymone Giscard d’Estaing mise en scène en 1976 et remisée ensuite, Mitterrand visiblement perclus d’ennui regardant ses mains plutôt que la caméra. Ce genre passionne néanmoins linguistes et lexicographes qui, belle surprise, découvrent un abus du « je » présidentiel, avec sa variation majestueuse du « nous ». Enflures aussi du « devons », « voulons », de « France » bien sûr, et de « Français » en passant. On oubliera la griserie des promesses fantastiques : vote des étrangers, fin de l’exclusion et de la fracture sociale, baisse du chômage ou réforme des retraites.

Mais Sarkozy, plus qu’un Mitterrand malade ou un Chirac qui depuis longtemps avait renoncé à décider et présider, est attendu au tournant.

La chance et le danger de ce président qui a fait de l’« action » son mantra est d’être écouté lorsqu’il parle. Il a déjà payé cher ses promesses non tenues sur une diplomatie morale et des droits de l’homme avec la visite de Kadhafi.

Il risque de payer encore plus lourdement sa promesse d’être « le président du pouvoir d’achat ». C’est sur ce thème et pas un autre que se jouera son année 2008. Les cadeaux fiscaux, les réformes du temps de travail n’ont pas trompé ses « chers compatriotes ». Les Français savent faire la différence entre vœux pieux et têtues réalités de la vie quotidienne.



Sarkozy, premiers voeux, déjà creux

Lors de ses premiers vœux de président, finalement très classiques, Nicolas Sarkozy s’est félicité des réformes déjà engagées et a promis une «deuxième étape» baptisée «politique de civilisation».

ANTOINE GUIRAL - LIBÉRATION : mardi 1 janvier 2008

Foin de mesquines histoires de pouvoir d’achat ou de petits problèmes de chômage. Nicolas Sarkozy voit l’avenir en grand et veut ni plus ni moins porter une « politique de civilisation » pour la France. En direct, certes, mais les yeux rivés sur un prompteur lui faisant trop accélérer son débit de parole, il l’a dit hier soir aux Français lors de ses premiers vœux télévisés de Président. Après 2007, année de « l’urgence » qui a, selon lui, permis de mettre le pays « sur la voie du changement », il a évoqué une « deuxième étape » en 2008. « Celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation ». Cela passe en vrac par la nécessité de bâtir « l’école du XXIe siècle », de retrouver « le goût de l’aventure et du risque » ou encore d’avoir « le souci de l’intégration, de la diversité, de la justice » tout en « surmontant nos doutes et nos angoisses ». Et d’appeler notre « vieux monde » à une « nouvelle Renaissance » dont la « France soit l’âme ». Ressorti hier soir, ce thème pompé à Pompidou de la « Renaissance » avait déjà été testé dans plusieurs salles de meeting durant sa campagne présidentielle.

Recyclage. Produit toujours en vogue dans les sondages malgré quelques alertes, le sarkozysme va-t-il se renouveler en 2008 ? A entendre le chef de l’État hier, les marketeurs et autres plumes présidentielles n’en sont pas là. Ils préfèrent surfer sur les acquis, recycler recettes et formules qui font l’identité de Nicolas Sarkozy et ont conduit au succès électoral du printemps. Mettant donc en avant son « énergie », sa « détermination sans faille » ou sa capacité à « agir pour obtenir des résultats », le président de la République est allé jusqu’à marteler ses vieux tubes (« Ce que j’ai dit, je le ferai », « Je vous dois la vérité. Je vous la dirai toujours »…) Dans ce rituel télévisé de fin d’année qu’il n’a finalement pas su renouveler, Nicolas Sarkozy n’a fait aucune annonce. Très classique, il a décrit les impatiences des Français et promis d’y répondre. Comme le faisait son prédécesseur Jacques Chirac, un maître en la matière… « Tout ne peut pas être résolu en un jour », a lancé Nicolas Sarkozy en concédant - ce qui n’est pas son style - qu’il avait « pu commettre des erreurs ». Prudent aussi sur les effets de sa politique depuis huit mois, il a indiqué (au conditionnel) que les « premiers résultats de l’action entreprise devraient se faire sentir » en 2008.

Satisfecits. Pour le reste, Nicolas Sarkozy s’est décerné des satisfecits pour sa politique sociale et les « changements profonds » déjà engagés et a cité François Fillon, pourtant absent au pot qui précédait les vœux à l’Elysée. Le chef de l’État s’est surtout félicité d’avoir « voulu l’ouverture » avec « des hommes et des femmes de valeur ». Persuadé qu’elle reste sa meilleure arme pour les municipales de mars, il a laissé entendre qu’elle serait poursuivie en 2008.



La « politique de civilisation » de Nicolas Sarkozy

déconcerte


La Croix - 01/01/2008

L'appel du chef de l'État à une nouvelle étape en 2008 sème la perplexité dans les rangs de l'opposition


Dans la version papier des vœux présidentiels, disponible sur le site Internet de l’Élysée une expression, une seule, est soulignée : « politique de civilisation ». S’adressant lundi 31 décembre aux Français, en direct du palais présidentiel, Nicolas Sarkozy a souhaité qu’après une année 2007 placée sous le signe de l’« urgence » à réformer, s’ouvre une nouvelle étape en 2008 : « celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation ».

Faisant référence au livre du sociologue Edgar Morin, qui proposait de remettre l’homme au cœur de la politique, Nicolas Sarkozy a déploré que « la politique se réduise à la gestion » et « reste à l’écart des causes réelles de nos maux ». « Nous avons besoin de ce que j’appelle une politique de civilisation », a-t-il ajouté, évoquant pêle-mêle le souci de l’intégration, les droits de l’homme, l’environnement, « le goût de l’aventure et du risque », le « sens de la responsabilité » ou encore la moralisation du capitalisme financier.

La formule, aussitôt reprise par le premier ministre, François Fillon – « le gouvernement est prêt à des réformes de civilisation », a-t-il déclaré –, a suscité ironie et perplexité à gauche. Le député socialiste Arnaud Montebourg a dénoncé ces « concepts nouveaux qui ne veulent rien dire » tandis que le porte-parole du PS, Julien Dray, critiquait « un concept fumeux visant à faire couler un peu d’encre » et « masquer le fait qu’il n’y a pas de résultats ».


Des voeux classiques dans la forme

Pour le reste, les vœux télévisés du chef de l’État se sont avérés classiques dans la forme, contrairement à ce qu’avait laissé entendre son entourage, et sans surprise sur le fond. Classique, comme est en passe de devenir la communication élyséenne, précédant chaque communication présidentielle : un suspense savamment entretenu, des bribes d’information distillées pour susciter appétit et curiosité, et un message en filigrane : mo-der-ni-té.

Et même si la réalité n’est pas toujours à la hauteur des attentes, le message est souvent si bien relayé en amont qu’il en reste toujours quelque chose. Le secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, continuait d’ailleurs de soigner la communication présidentielle, lundi, estimant que le chef de l’État avait présenté ses vœux « dans un style nouveau » qui correspondait à « sa manière moderne de gouverner ».

Assis à son bureau, lisant un prompteur, Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas détaché de son texte, s’est adressé, comme le faisaient ses prédécesseurs, à ses chers « compatriotes ». Mains croisées devant lui, deux drapeaux dans son dos, le chef de l’État a indiqué vouloir poursuivre une politique de « changement profond » pour combler le « retard » important pris par la France dans le monde.Reconnaissant que "tout ne pouvait être résolu en un jour"

Mais à ceux qui lui reprochent de ne pas réformer assez vite, il a répondu qu’il ne croyait pas à la « brutalité comme méthode de gouvernement ». Évoquant « l’angoisse » et « l’exaspération » des Français en matière d’emploi et de pouvoir d’achat notamment, Nicolas Sarkozy a toutefois reconnu que « tout ne pouvait être résolu en un jour ». Et ajouté, prudent, que « les premiers résultats de (son) action devraient se faire sentir », en dépit d’une conjoncture internationale freinée par la crise financière. « Je ne vous tromperai pas, je ne vous trahirai pas », a-t-il enfin martelé, comme aux beaux jours de sa campagne présidentielle.

Une campagne que Nicolas Sarkozy avait commencée il y a un an, Porte de Versailles, avec une promesse : « J’ai changé. » Alors qu’il était souvent décrit comme le candidat des beaux quartiers, ami des grands patrons et des stars du show-biz, Nicolas Sarkozy avait cherché ainsi à se montrer sous un jour différent, plus dense et plus profond.

À l’Élysée, il joue sur plusieurs tableaux, passant sans transition de l’un à l’autre : à l’issue de vacances luxueuses et ultra-médiatisées en Égypte, le chef de l’État a profité de ses vœux télévisés pour tenter de redonner sens et profondeur à son action et à sa fonction, n’hésitant pas à emprunter au registre spirituel. Adressant aux Français un « message de foi (dans la vie et dans l’avenir) et d’espérance », référence, volontaire ou non, à deux des trois vertus théologales, piliers de la religion chrétienne.

« Malgré quelques notes compassionnelles, Nicolas Sarkozy aura beaucoup de mal à faire oublier sa présidence jet-set », a relevé le député PS Jean-Christophe Cambadélis. De son côté, Ségolène Royal [...] a dénoncé « la juxtaposition entre des comportements ostentatoires d’un côté et tant de précarité pour le plus grand nombre de l’autre ». « La France mérite mieux », a conclu l’ex-candidate socialiste à l’élection présidentielle.

Solenn DE ROYER

 


 
La "politique de civilisation"

un concept emprunté à un essai du sociologue Edgar Morin


La Croix - 01/01/2008


Raillée par la gauche, la « politique de civilisation » de Nicolas Sarkozy est le titre d'un ouvrage publié en 1997 par le sociologue Edgar Morin et le politologue Sami Naïr

La gauche n’a pas hésité à dénoncer un « concept nouveau » qui « ne veut absolument rien dire ». Nicolas Sarkozy n’a pourtant pas inventé l’expression « politique de civilisation ». Il n’a fait que l’emprunter à Edgar Morin. « Il faut restaurer maintenant une politique de portée historique, un grand New Deal, que j’appelle, moi, une politique de civilisation », écrivait Edgar Morin dès décembre 1995, dans le contexte du mouvement social contre la réforme Juppé.

Pour le sociologue, tout l’enjeu consistait alors à concilier le « double impératif d’intégration européenne et de maintien de la spécificité française », à réformer le « service public à la française » sans qu’il soit « dilué dans un libéralisme économique européen généralisé ».

Ce n’est pas un hasard si ce thème trouvait alors écho chez les promoteurs d’une « autre politique » contre la « pensée unique » sous entendu « néolibérale et monétariste » (politique du franc fort). En 1997, Edgar Morin publiait ainsi un livre avec le politologue chevènementiste Sami Naïr, justement titré Une politique de civilisation (Éditions Arléa).

« Ce qu’il nous faut, c’est une politique de civilisation et pas seulement une politique économique ou sociale », reprenait en écho en 2002 l’économiste Henri Guaino, interrogé par le club séguiniste Appel d’R, rallié à la candidature de Jean-Pierre Chevènement.


Reste à savoir ce que pense Edgar Morin ...

Durant ces années, Nicolas Sarkozy appartenait, lui, plutôt au « cercle de la raison » qu’Alain Minc opposait aux tenants de l’« autre politique ». Durant la précampagne électorale de 2007, il n’était ainsi pas question pour Nicolas Sarkozy de maintenir la « spécificité française », mais, au contraire, de « rompre avec un modèle social français dépassé ». Mais c’était avant qu’Henri Guaino ne devienne la plume du candidat puis le conseiller du nouveau président de la République…

Reste à savoir ce que pense Edgar Morin de cette appropriation par Nicolas Sarkozy du concept de « politique de civilisation ». En mai-juin 2007, le réseau « Intelligence de la complexité » a publié, sous le titre Pour une politique de la civilisation, les choix d’Edgar Morin s’il était à l’Élysée. Pas sûr, pour le moins, que le président de la République soit prêt à reprendre toutes les idées développées par le sociologue, plus keynésiennes que libérales.

« Je constituerai deux comités permanents visant à réduire les ruptures sociales », écrivait notamment Edgar Morin avant de proposer une « politique des grands travaux » en France et une ambition écologique planétaire. Concluant : « Cette voie nous pouvons nous y avancer en France, et par là espérer la faire adopter en Europe, et faisant de nouveau de la France un exemple, elle nous permettra d’indiquer la voie du salut planétaire. » Une conclusion reprise en substance et sans complexe, lundi soir, par Nicolas Sarkozy : « Alors, que la France montre la voie ! C’est ce que depuis toujours tous les peuples du monde attendent d’elle. »

Laurent DE BOISSIE


 

publié dans : CIVILISATION par alain laurent-faucon
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« Que connaissent de mes thèses Nicolas Sarkozy ou Henri Guaino ? se demande Edgar Morin, avant d'ajouter : « Est-ce une expression reprise au vol ou une référence à mes idées ? Rien dans le contexte dans lequel il l'emploie ne l'indique. » Puis, le célèbre sociologue poursuit, répondant à la journaliste du journal le Monde qui lui demande comment il réagit « à cette appropriation » :

« Lorsque j'ai parlé de "politique de civilisation", je partais du constat que si notre civilisation occidentale avait produit des bienfaits, elle avait aussi généré des maux qui sont de plus en plus importants. Par exemple, le bien-être matériel produit un mal être moral, physique et humain. Ou encore, sur le plan écologique, le développement des sciences et techniques a engendré une dégradation de la biosphère et une pollution que l'on sent sur le plan de la vie quotidienne. Même constat quand on étudie l'urbanisation des mégapoles ou la dévitalisation des campagnes avec l'extension de l'agriculture industrielle. On peut encore illustrer cette thématique avec la notion d'individu, qui est une conquête dans la mesure où elle donne de l'autonomie et l'essence de responsabilité. Mais qui s'est accompagnée d'une dégradation des solidarités précédentes. C'est en fonction de ce diagnostic que je faisais un certain nombre de propositions. Je m'attachais à voir dans quelle mesure on peut remédier à ces maux sans perdre les bienfaits de notre civilisation. »

« Je me suis essayé, dans l'article "Si j'avais été candidat…" (Le Monde du 25 avril 2007), à faire des propositions concrètes, notamment sur le terrain du rétablissement des solidarités, de la création de maisons de solidarité ou d'un service civil ad hoc.

« Je ne peux exclure que M. Sarkozy réoriente sa politique dans ce sens, mais il ne l'a pas montré jusqu'à présent et n'en donne aucun signe. Si sa reprise du thème de la "politique de civilisation" pouvait éveiller l'intérêt, notamment de la gauche, non pour l'expression mais pour le fond, ce ne serait que souhaitable.

 

Remarque : Propos d'Edgar Morin, recueillis par Sylvia Zappi, pour le Monde du 2 janvier 2008 – et qui répondaient à la question de la journaliste : « En parlant de "politique de civilisation", lors de ses vœux du 31 décembre 2007, Nicolas Sarkozy a repris un concept que vous aviez défendu dans votre livre, Pour une politique de civilisation (éd. Arléa, 2002). Comment réagissez-vous à cette appropriation ? »



REVUE DE PRESSE

 

 

La république des livres

 

Le Blog de Pierre Assouline - 02 janvier 2008

Quand Henri Guaino “plagie” Edgar Morin

Y a-t-il dans la salle quelqu’un qui ait suivi à la télévision la cérémonie des voeux du président de la République et qui soit capable de nous expliquer ce qu’il a bien pu entendre par “politique de civilisation” ? Même en s’aidant du contexte exaltant de la perspective d’une “nouvelle (R)renaissance” (ça se lit avec un “R” majuscule mais ça s’entend avec un “r” minuscule, ce qui est déjà ambigu car le sens n’est pas le même), on ne voit pas, sauf à y entendre l’écho subliminal du verbe gaullien, à y débusquer un petit supplément d’âme destiné à compenser les récentes escapades bling-bling, à y dénoncer le chevau-léger d’une dérive atlantiste, à y craindre une instrumentalisation dangereuse du choc des civilisations, ou à dauber sur une idée étonnamment fumeuse pour la première journée sans tabac. Il est urgent que le chef de l’État nous en dise davantage, ce qu’il fera peut-être en puisant dans les réserves idéologiques du chanoine du Latran, si l’on relit bien son discours au Vatican dont l’importance n’a pas été suffisamment soulignée, ni le contenu véritablement décrypté.

En attendant, on ne voit pas, même s’il a précisé qu’il comptait remettre la ville et l’école au centre de son projet. En revanche, on voit bien où sa plume Henri Guaino a piqué ce concept qu’il a ensuite tenté de mettre à sa sauce, mais maladroitement. Chez un intellectuel vraiment pas enclin à considérer le sarkozysme comme un humanisme, c’est même une litote de le dire ainsi : le sociologue Edgar Morin, co-auteur avec le politologue Sami Naïr de Une politique de civilisation (250 pages, Arléa) publié en 1997. Comme il s’en expliquait alors, elle ne consistait pas seulement en une réforme de la pensée à l’école même : La politique de civilisation vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être. Elle devrait reposer sur deux axes essentiels, valables pour la France, mais aussi pour l’Europe : humaniser les villes, ce qui nécessiterait d’énormes investissements, et lutter contre la désertification des campagnes.” L’école, la ville… Plus troublant encore, dans une interview résumant les propositions de son livre, Edgar Morin insistait sur ce point : Nous devons aujourd’hui chercher une nouvelle renaissance en puisant aux sources multiples de l’univers.”

C’était il y a dix ans. Manifestement, le nègre du président a la mémoire longue.



Entretien avec Edgar Morin - Label France n° 28 - 1997

Pour une politique de civilisation

 

 


 Label France - http://www.diplomatie.gouv.fr/

 

Dans son dernier ouvrage, Une politique de civilisation [1], Edgar Morin approfondit ses analyses sur l’état du monde, déjà développées dans Terre-Patrie, et propose une réforme de la politique et de la pensée, capables de nous faire dépasser la crise multiforme et planétaire que nous traversons.

 

Label France : Depuis des années, on s’accorde à reconnaître que nos sociétés traversent une crise économique, sociale et politique. Pourquoi la jugez-vous fondamentale ?

Edgar Morin : Tout ce qui a constitué le visage lumineux de la civilisation occidentale présente aujourd’hui un envers de plus en plus sombre. Ainsi, l’individualisme, qui est l’une des grandes conquêtes de la civilisation occidentale, s’accompagne de plus en plus de phénomènes d’atomisation, de solitude, d’égocentrisme, de dégradation des solidarités. Autre produit ambivalent de notre civilisation, la technique, qui a libéré l’homme d’énormes dépenses énergétiques pour les confier aux machines, a dans le même temps asservi la société à la logique quantitative de ces machines.

L’industrie, qui satisfait les besoins d’un large nombre de personnes, est à l’origine des pollutions et des dégradations qui menacent notre biosphère. La voiture apparaît, à cet égard, au carrefour des vertus et des vices de notre civilisation. La science elle-même, dont on pensait qu’elle répandait uniquement des bienfaits, a révélé un aspect inquiétant avec la menace atomique ou celle de manipulations génétiques.

Ainsi, on peut dire que le mythe du progrès, qui est au fondement de notre civilisation, qui voulait que, nécessairement, demain serait meilleur qu’aujourd’hui, et qui était commun au monde de l’Ouest et au monde de l’Est, puisque le communisme promettait un avenir radieux, s’est effondré en tant que mythe. Cela ne signifie pas que tout progrès soit impossible, mais qu’il ne peut plus être considéré comme automatique et qu’il renferme des régressions de tous ordres. Il nous faut reconnaître aujourd’hui que la civilisation industrielle, technique et scientifique crée autant de problèmes qu’elle en résout.

LF : Cette crise ne concerne-t-elle que les sociétés occidentales ?

Cette situation est celle du monde dans la mesure où la civilisation occidentale s’est mondialisée ainsi que son idéal, qu’elle avait appelé le « développement ». Ce dernier a été conçu comme une sorte de machine, dont la locomotive serait technique et économique et qui conduirait par elle-même les wagons, c’est-à-dire le développement social et humain.

Or, nous nous rendons compte que le développement, envisagé uniquement sous un angle économique, n’interdit pas, au contraire, un sous-développement humain et moral. D’abord dans nos sociétés riches et développées, et ensuite dans des sociétés traditionnelles.

L’ensemble de nos anciennes solutions sont aujourd’hui, ainsi, remises en question, ce qui provoque des défis gigantesques pour nous et la planète notamment face à la menace venant de l’économie dite mondialisée, dont on ignore encore si les bienfaits qu’elle promet sous la forme d’élévation du niveau de vie ne vont pas être payés par des dégradations de la qualité même de la vie.

Cette dégradation de la qualité par rapport à la quantité est la marque de notre crise de civilisation car nous vivons dans un monde dominé par une logique technique, économique et scientifique. N’est réel que ce qui est quantifiable, tout ce qui ne l’est pas est évacué, de la pensée politique en particulier. Or, malheureusement, ni l’amour, ni la souffrance, ni le plaisir, ni l’enthousiasme, ni la poésie n’entrent dans la quantification.

Je crains que la voie de la compétition économique accélérée et amplifiée ne nous conduise qu’à un accroissement du chômage. La tragédie, c’est que nous n’avons pas de clé pour en sortir. Nos outils de pensée, nos idéologies, comme le marxisme, qui pensait malheureusement à tort qu’en supprimant la classe dirigeante on supprimerait l’exploitation de l’homme par l’homme, ont fait la preuve de leur échec. Nous sommes donc un peu perdus.

LF : Est-ce qu’une situation limite comparable à la nôtre a déjà existé par le passé ?

Ce développement technique, économique et scientifique, avec ses effets propres, est un phénomène unique dans l’histoire. Mais des situations limites se sont déjà produites. Lorsqu’un système donné se trouve saturé par des problèmes qu’il ne peut plus résoudre, il y a deux possibilités : soit la régression générale, soit un changement de système.

Le cas de la régression est illustré par celui de l’Empire romain. Comme on le sait aujourd’hui, ce ne sont pas les barbares qui ont provoqué sa chute, mais le fait qu’il a été incapable de se transformer et de résoudre ses problèmes économiques. A l’inverse, la naissance des sociétés historiques, il y a dix mille ans au Moyen-Orient, avec le passage de petits groupes nomades de chasseurs-ramasseurs à l’agriculture et leur sédentarisation dans le cadre de villages..., constitue un exemple réussi de dépassement d’un système d’organisation trop compartimenté ou dispersé pour résoudre les problèmes posés par une grande concentration de population.

LF : Lors de ces mutations, on franchit un cap et on change d’échelle en réalité. Est-il dans la logique du devenir des sociétés humaines d’accéder à l’étape de la mondialisation, que vous appelez aussi « l’ère planétaire », et qui est surtout perçue comme un danger aujourd’hui ?

En effet, parce qu’incontrôlée elle s’accompagne de régressions multiples. Mais, c’est une possibilité qui pourrait être souhaitable. La mondialisation a évidemment un aspect très destructeur, d’anonymisation, de ratissage des cultures, d’homogénéisation des identités. Mais, elle représente aussi une chance unique de faire communiquer et se comprendre les hommes des différentes cultures de la planète, et de favoriser les métissages.

Cette étape nouvelle ne pourra venir que si nous enracinons dans notre conscience le fait que nous sommes des citoyens de la Terre tout en étant Européens, Français, Africains, Américains..., qu’elle est notre patrie, ce qui ne nie pas les autres patries. Cette prise de conscience de la communauté de destin terrestre est la condition nécessaire de ce changement qui nous permettrait de copiloter la planète, dont les problèmes sont devenus inextricablement mêlés. Faute de quoi, on connaîtra l’essor des phénomènes de « balkanisation », de repli défensif et violent sur des identités particulières, ethniques, religieuses, qui est le négatif de ce processus d’unification et de solidarisation de la planète.

LF : Ces problèmes planétaires, qui dépassent la compétence des Etats-nations, nécessiteraient des réponses politiques planétaires. Est-ce à dire qu’il faudrait instaurer un gouvernement mondial avec les risques totalitaires que cela comporte ?

Pas du tout. Ce que je crois, c’est qu’il faut incontestablement espérer que se mette en place une confédération mondiale, qui serait elle-même une confédération de confédérations à l’échelle des continents, dont l’Europe pourrait être un modèle et un exemple. Il faudrait créer des instances mondiales pour réguler des problèmes vitaux comme l’écologie, le nucléaire, et le développement économique, qui, en raison de ses conséquences socio-culturelles, ne devrait pas échapper au contrôle politique.

LF : Mais l’essentiel de la politique de civilisation devrait être mis en oeuvre au niveau de chaque pays. Quelles en sont les finalités et les grandes lignes ?

S’il y a une crise de civilisation, c’est parce que les problèmes fondamentaux sont considérés en général par la politique comme des problèmes individuels et privés. Cette dernière ne perçoit pas leur interdépendance avec les problèmes collectifs et généraux. La politique de civilisation vise à remettre l’homme au centre de la politique, en tant que fin et moyen, et à promouvoir le bien-vivre au lieu du bien-être. Elle devrait reposer sur deux axes essentiels, valables pour la France, mais aussi pour l’Europe : humaniser les villes, ce qui nécessiterait d’énormes investissements, et lutter contre la désertification des campagnes.

LF : On vous opposera alors le problème du financement de ces grands projets en temps de crise...

Bien sûr, mais parce que l’on réfléchit à partir de budgets séparés. Il serait urgent de créer un système comptable qui chiffre les conséquences écologiques et sanitaires de nos maux de civilisation.

LF : Des millions d’années après son apparition, l’homo sapiens vous paraît en être encore au stade de la préhistoire sur le plan de l’esprit et du comportement. En quoi notre mode de pensée et d’appréhension de la réalité est-il un handicap au dépassement de nos problèmes actuels ?

Il n’y a de connaissance pertinente que si on est capable de contextualiser son information, de la globaliser et de la situer dans un ensemble. Or, notre système de pensée, qui imprègne l’enseignement de l’école primaire à l’université, est un système qui morcelle la réalité et rend les esprits incapables de relier les savoirs compartimentés en disciplines. Cette hyperspécialisation des connaissances, qui mène à découper dans la réalité un seul aspect, peut avoir des conséquences humaines et pratiques considérables dans le cas, par exemple, des politiques d’infrastructures, qui négligent trop souvent l’environnement social et humain. Elle contribue également à déposséder les citoyens des décisions politiques au profit des experts.

La réforme de la pensée enseigne à affronter la complexité à l’aide de concepts capables de relier les différents savoirs qui sont à notre disposition en cette fin de XXe siècle. Elle est vitale à l’heure de l’ère planétaire, où il est devenu impossible, et artificiel, d’isoler au niveau national un problème important. Cette réforme de pensée, qui elle-même nécessite une réforme de l’éducation, n’est en marche nulle part alors qu’elle est partout nécessaire.

Au XVIIe siècle, Pascal avait déjà compris combien tout est lié, reconnaissant que « toute chose est aidée et aidante, causée et causante » - il avait même le sens de la rétroaction, ce qui était admirable à son époque -, « et tout étant lié par un lien insensible qui relie les parties les plus éloignées les unes des autres, je tiens pour impossible de connaître les parties si je ne connais le tout comme de connaître le tout si je ne connais les parties ». Voilà la phrase clé. C’est à cet apprentissage que devrait tendre l’éducation.

Mais, malheureusement, nous avons suivi le modèle de Descartes, son contemporain, qui prônait lui le découpage de la réalité et des problèmes. Or, un tout produit des qualités qui n’existent pas dans les parties séparées. Le tout n’est jamais seulement l’addition des parties. C’est quelque chose de plus.

LF : Vous proposez de dépasser l’antagonisme traditionnel entre le particulier et l’universel. Pourquoi n’est-il pas contradictoire de « vouloir sauvegarder la diversité des cultures et développer l’unité culturelle de l’humanité » ?

Il est indispensable de pouvoir penser l’unité du multiple et la multiplicité de l’un. On a trop tendance à ignorer l’unité du genre humain lorsque l’on voit la diversité des cultures et des coutumes et à gommer la diversité lorsque l’on perçoit l’unité. Le vrai problème est d’être capable de voir l’un dans l’autre puisque le propre de l’humain réside précisément dans ce potentiel de diversité, laquelle ne saurait remettre en cause l’unité humaine tout à la fois anatomique, génétique, cérébrale, intellectuelle et affective.

Ainsi, on comprend que le général et le particulier ne sont pas ennemis puisque le général lui-même est singulier. L’espèce humaine est singulière par rapport aux autres espèces, et elle produit des singularités multiples. Notre univers lui-même est singulier, mais il produit de la diversité. Il faut toujours être capable de penser l’un et le multiple, car les esprits incapables de concevoir l’unité du multiple et la multiplicité de l’un ne peuvent que promouvoir l’unité qui homogénéise ou les multiplicités qui se referment en elles-mêmes.

LF : Pour régénérer la démocratie, vous prônez de se ressourcer aux valeurs de la trinité républicaine « liberté, égalité, fraternité ». En quel sens doit-on repenser leurs rapports ?

Ce qui est intéressant, c’est que cette formule est complexe, les trois termes sont à la fois complémentaires et antagonistes. La liberté toute seule tue l’égalité et même la fraternité. Imposée, l’égalité détruit la liberté sans réaliser la fraternité. Quant à la fraternité, qui ne peut être instituée par décret, elle doit réguler la liberté et réduire l’inégalité. C’est une valeur qui relève en fait de la liaison de soi-même avec l’intérêt général, c’est-à-dire profondément du civisme. Là où dépérit l’esprit citoyen, là où l’on cesse de se sentir responsable et solidaire d’autrui, la fraternité disparaît. Ces trois notions sont donc très importantes. Il y a des moments historiques où le problème crucial est celui de la liberté, surtout dans des conditions d’oppression, comme sous l’Occupation en France, et il y en a où le problème majeur est celui de la solidarité, ce qui est le cas aujourd’hui.

LF : Au niveau européen, vous êtes favorable à un modèle de fédération des Etats. Quel pourrait être le rôle de la France ?

La France pourrait jouer un rôle pionnier parce que sa culture possède un héritage d’universalisme, de foi civique, républicaine et patriotique, mais aussi parce que la France est le seul pays européen qui, depuis le XIXe siècle, est un pays d’immigration, alors que tous les autres sont des pays d’émigration. Elle a hérité d’une tradition d’intégration des étrangers, par l’école et la naturalisation, automatique pour les enfants nés en France depuis la Troisième République [1870]. Jamais euphorique au départ, cette intégration, qui continue à fonctionner malgré des difficultés particulières en temps de crise, explique qu’un quart de la population française actuelle ait des ascendants étrangers. Enfin, du fait de son ex-empire colonial, la France a pu reconnaître comme Français des Martiniquais ou des Vietnamiens, c’est-à-dire des personnes d’une autre couleur de peau. Dans le modèle français, l’identité nationale a toujours été transmise par l’école républicaine et l’enseignement de l’histoire de France. Les enfants assimilaient Vercingétorix, Rome, Clovis, c’est-à-dire une histoire très riche, et du reste très intéressante, car la mythologie française exalte à la fois un héros de l’indépendance, Vercingétorix, mais ne traite pas de collaborateurs les Gaulois, qui eux-mêmes ont été romanisés. Ainsi, la France, dès son origine, accepte le métissage avec les Romains, puis avec les Germains. Constituée à partir d’un tout petit royaume, l’Ile-de-France, qu’elle a élargi en intégrant au fil des siècles des régions hétérogènes, la France se caractérise en fait par un processus de francisation permanente.

LF : Votre diagnostic conclut à une situation « logiquement désespérée ». Qu’est-ce qui, pourtant, vous porte à l’espoir ?

Je pense que nous devons nous ouvrir aux échanges. De même que l’Asie s’est ouverte à la technique occidentale, nous devons nous ouvrir à l’apport des civilisations asiatiques, bouddhiste et hindouiste notamment, pour la part qu’elles ont faites au rapport entre soi et soi, entre son esprit, son âme et son corps, que notre civilisation productiviste et activiste a totalement négligé. Nous avons beaucoup à apprendre des autres cultures. De même que la Renaissance s’est produite parce que l’Europe médiévale est revenue à la source grecque, nous devons aujourd’hui chercher une nouvelle renaissance en puisant aux sources multiples de l’univers.

Les raisons de l’espoir viennent aussi du fait que nous sommes dans la préhistoire de l’esprit humain, ce qui signifie que les capacités mentales humaines sont encore sous-exploitées, notamment sur le plan des relations avec autrui. Nous sommes des barbares dans nos relations avec autrui, pas seulement dans les rapports entre religions et peuples différents mais au sein même d’une famille, entre parents, où la compréhension fait défaut.

D’autre part, l’histoire nous enseigne qu’il faut miser sur l’improbable. J’ai vécu historiquement deux fois la victoire de l’improbable. D’abord, avec la défaite du nazisme en 1945, alors que la victoire allemande était probable en Europe en 1941, et puis avec l’effondrement du système communiste en 1989-90. Le pire n’est jamais certain et « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve », comme le dit Hölderlin qui nous rappelle que le danger va nous aider peut-être à nous en sortir, à condition d’en prendre conscience.

 

Propos recueillis par Anne Rapin

 

NOTE :

[1] Dans lequel il expose ses analyses aux côtés de celles du politologue et philosophe Sami Naïr.


publié dans : CIVILISATION par alain laurent-faucon
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« L'expression
politique de civilisation s'est imposée à moi au début des années 80 », rappelle Edgar Morin dans le texte de 2002 qui constitue l'un des chapitres d'un ouvrage publié en 1997 sous le titre : Une politique de civilisation, ouvrage co-écrit avec Sami Naïr. « Elle se veut, poursuit Edgar Morin, une politique multidimensionnelle, car tous les problèmes humains ont aujourd'hui une dimension politique. »

« [...] on isole les problèmes du chômage, de l'emploi, de l'exclusion hors de leur contexte et on prétend les traiter à partir d'une logique économique close. Il faut au contraire les considérer au sein d'une problématique de société et partir des besoins de civilisation qui, d'eux-mêmes, exigent de nouveaux emplois. Il ne suffit pas de partir d'un social qui mettrait entre parenthèse le civilisationnel.

« Bien entendu, il ne s'agit pas, à l'inverse, de réduire ni de dissoudre toute politique dans la politique de civilisation ; les problèmes classiques de gouvernement demeurent, mais ils y sont désormais liés.

« Bien entendu également, une politique de civilisation doit développer et utiliser tous les aspects positifs des sciences, des techniques, de l'Etat, du capitalisme, de l'individualisme, etc. Il s'agit d'investir sur la recherche et sur la mise en action des énergies douces (solaires, éoliennes), de promouvoir les voitures électriques ou semi-électriques, de miser ur de nouvelles méthodes bioécologiques ou biogénétiques pour assainir les cultures, de miser sur les nouvelles générations d'ordinateurs intelligents, capables de modifier leurs logiciels ; en bref,



 

 

nous devons envisager et encourager un nouvel âge de la technique, où celle-ci dépasserait son âge barbare actuel (mécanique, déterministe, chronométré), qui, en permettant son humanisation, permettrait, via la réhumanisation des administrations et des entreprises, la réhumanisation de la vie quotidienne. »

 



« Nous pouvons maintenant formuler les impératifs d'une politique de civilisation pour éviter que « le mal-être parasite le bien-être » :



1°) solidariser (contre l'atomisation et la compartimentation) ;

2°) ressourcer (contre l'anonymisation) ;

3°) convivialiser (contre la dégradation de la qualité de vie) ;

4°) moraliser (contre l'irresponsabilité et l'égocentrisme).



Il s'agit-là, nous dit Edgar Morin d'un New Deal civilisationnel qui doit tenir ensemble une réforme intellectuelle et une refondation politique.

« Réforme intellectuelle : nos esprits sont formés selon une conception qui sépare les connaissances, les isole les unes des autres en les compartimentant, privilégie la connaissance fondée sur le calcul – qui ignore le non calculable, c'est-à-dire la vie, la souffrance, l'amour, le bonheur, le malheur – et met la politique à la remorque du calcul économique. On vit dans la fragmentation des problèmes et dans l'au jour le jour, en sorte qu'il est impossible de concevoir les problèmes fondamentaux et les problèmes globaux. » (Intro). Plus loin, dans le texte de 2002 : « Le progrès admirable des connaissances s'accompagne d'une régression de la connaissance par la domination de la pensée parcellaire et compartimentée au détriment de toute vision d'ensemble. » (page 25).

« Refondation politique : il s'agit de fonder une anthropolitique et une politique planétaire [...] ». (Intro). En effet, l'épanouissement démocratique s'accompagne de « régressions démocratiques : « dépossession des citoyens par les experts et les techniciens, crise des idéologies – en fait des idéaux et des projets -, dégradation du civisme sous l'effet des dégradations de la solidarité et de la responsabilité. » (pages 25-26).

« Le problème de notre civilisation est d'une extrême complexité, d'une part parce que cette civilisation comporte en même temps des traits exceptionnellement positifs et des traits exceptionnellement négatifs, dont on ne peut prédire lesquels deviendront dominants, d'autre part parce qu'elle constitue un ensemble inter(relationné en boucle, où chaque élément est à la fois produit et producteur, cause et effet, et où l'on ne peut isoler un déterminant en dernière instance, qui permettrait à un maître-mot de tout expliquer et, par-là, de trouver aisément une solution simple.

« Ainsi ce qui est en cause est beaucoup plus que notre idée de modernité : c'est à la fois notre idée de civilisation et notre idée de développement. » (pages 26-27).

« Il est très difficile de prendre conscience du problème de civilisation, et plus encore de le poser en termes politiques.

« Tout d'abord, il est très pénible de remettre en question les évidences reçues, comme la certitude du caractère positif de notre civilisation, et la certitude du progrès irréversible inhérent à son développement. Il n'est guère aisé d'effectuer un diagnostic pertinent ; il risque d'être soit trop alarmiste, soit indûment euphorique. » (page 29).

« Il est quasi impossible, quand on obéit à la pensée compartimentée et parcellaire, de voir la figure d'ensemble, c'est-à-dire civilisationnelle, de problèmes qu'on conçoit disjoints et qu'au mieux on juxtapose en patchwork : chômage, exclusion, économie, fiscalité, drogue, etc., et, bien entendu, tout problème de politique de civilisation se dissout dans la conception qui réduit la politique à l'économique.

« Il est quasi impossible, quand on ne considère que la performance quantitative, de percevoir que le privilèges accordé au rendement détruit les paysages, dégrade les territoires et les sols, dénature la campagne et dégrade la vie urbaine.

« Il est quasi impossible, quand on a subi l'imprinting des structures de pensée simplifiantes/mutilantes qu'on croit rationnelles, de concevoir la complexité, c'est-à-dire les ambivalences de la science, de la technique, de l'industrie, de l'urbanisation, du marché, du capitalisme, de l'Etat, comme de concevoir les inter-rétroactions, le caractère à la fois un, multiple et contradictoire de la nouvelle réalité. [...] » (pages 29-30).

« Nos comportements subissent en même temps une dispersion qui empêche toute réflexion approfondie : nous nous agitons plus que nous agissons. Et nous n'arrivons pas à prendre conscience du présent. Nous souffrons ce problème du retard inévitable de la conscience sur le vécu, accentué par la vitesse et la complexité. De plus, les processus de décomposition au sein de notre civilisation ne permettent pas de percevoir les éventuels processus de recomposition. » (page 31)



 

 

« Les sociétés complexes évoluent selon un processus de décomposition/recomposition. » (page 31).

 

 


Remarque :
Je me suis autorisé à mettre en ligne quelques passages du livre d'Edgar Morin intitulé Pour une politique de civilisation, paru aux éditions Arléa en 2002. Il est bien évident que toute lecture est déjà une re-lecture et peut-être une dé-lecture pour mieux lire et relire, et que, de ce fait, les choix ici établis ne concernent aucunement Edgar Morin lui-même.

J'espère, je pense, ne point avoir trop trahi sa foisonnante réflexion et sa pensée de la complexité, même si je n'ai pu citer d'autres passages qui me paraissaient tout aussi essentiels. Mais je me dois de respecter les droits d'auteur et d'éditeur ! Aussi, je vous invite vivement à commander ce petit texte de 79 pages, dont le prix est modique : 5 € - du moins quand je l'ai acheté en 2002, il valait ce prix-là !

La lecture de ce texte vous sera très profitable pour penser, à votre tour, les problèmes de société qui traversent le monde actuel, l'Europe, la France, et elle vous familiarisera avec cette façon de questionner si particulière à Edgar Morin, celle qui permet de tenir ensemble l'un et le multiple, et de penser la complexité.

Une approche conceptuelle qui, en bousculant les cadres préétablis et en rejetant les chemins déjà tracés ou tout tracés, rappelle la réflexion de Rabbi Nahman de Braslav - « Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît car tu ne pourras pas t'égarer ... »

Une méthode d'analyse qui réconcilie les deux grands philosophes du premier matin grec, Héraclite et Parménide, et renvoie à l'herméneutique juive de l'un-relation et aux réflexions actuelles sur l'ordre qui ne serait qu'échec ou que phase transitoire, obligée, entre deux dés-ordres, deux mouvements, deux dés-équilibres, etc. Nous y reviendrons car ces approches-là sont des clés possibles pour entrevoir ce qui se passe dans nos sociétés de plus en plus complexes – et proches parfois de la thermodynamique des ensembles flous.

 



Edgar Morin :

"la politique de civilisation ne doit pas être hypnotisée par la croissance"

Chat - LEMONDE.FR | Mis à jour le 03.01.08 | 17h16

Dans un chat sur Le Monde.fr jeudi, le sociologue est revenu sur la "politique de civilisation", un concept qu'il a inventé et qui a été repris par Nicolas Sarkozy, lors de ses voeux du 31 décembre 2007.

 

Edgar Morin, au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées à Paris, le 29 septembre 2003. | AFP/MARTIN BUREAU


AFP/MARTIN BUREAU

Edgar Morin, au Théâtre du Rond-Point des Champs-Elysées à Paris, le 29 septembre 2003.


 

QUESTION - Qu'est-ce que vous entendez par "civilisation" ?
 

Edgar Morin : Il faut distinguer culture et civilisation. La culture est l'ensemble des croyances, des valeurs propres à une communauté particulière.  

La civilisation, c'est ce qui peut être transmis d'une communauté à une autre : les techniques, les savoirs, la science, etc. Par exemple la civilisation occidentale dont je parle, qui s'est du reste mondialisée, est une civilisation qui se définit par l'ensemble des développements de la science, de la technique, de l'économie.  

Et c'est cette civilisation, qui aujourd'hui apporte beaucoup plus d'effets négatifs que d'effets positifs, qui nécessite une réforme, donc une politique de civilisation. 
 

QUESTION - L'utilisation du mot "civilisation" ne risque-t-elle pas de nous faire jouer le jeu du néo-conservatisme? 
 

Edgar Morin : Je ne vois pas en quoi. Si je dis qu'il faut réformer la civilisation, cela fait plutôt le jeu de ceux qui voudraient changer les choses, et pas des conservateurs. 
 

QUESTION - M. Sarkozy veut-il nous préparer à un affrontement entre l'Occident et l'Islam en employant l'expression "politique de civilisation" ?
 

Edgar Morin : Je ne suis pas dans l'esprit de M. Sarkozy. Je ne peux pas vous répondre. Moi, je ne l'entends pas ainsi. J'ai même développé dans des écrits l'idée d'une politique de l'humanité qui serait une politique de symbiose des civilisations, c'est-à-dire où entrerait le meilleur de chaque civilisation.