« Les représentations ne sont pas de simples images, véridiques ou trompeuses, d'une réalité qui leur serait extérieure. Elles possèdent une énergie propre qui convainc que le monde, ou le passé, est bien ce qu'elles disent qu'il est », rappelle l'historien Roger Chartier, lors de sa leçon inaugurale au Collège de France.



L'écrit et l'écran,

une r
évolution en marche


par Roger Chartier

LE MONDE | Article paru dans l'édition du 13.10.07.

L'historien Roger Chartier a prononcé, jeudi 11 octobre, sa leçon inaugurale au Collège de France. Le journal le Monde en a publié de larges extraits, ici reproduits.

« Écouter les morts avec les yeux. » « Escuchar a los muertos con los ojos. » Ce vers de Quevedo me vient à l'esprit au moment d'inaugurer un enseignement consacré aux rôles de l'écrit dans les cultures qui, depuis la fin du Moyen Age et jusqu'à notre présent, ont caractérisé les sociétés européennes. Pour la première fois dans l'histoire du Collège de France, une chaire est vouée à l'étude des pratiques de l'écrit, non pas dans les mondes anciens ou médiévaux, mais dans le temps long d'une modernité qui, peut-être, se défait sous nos yeux.

La tâche est sans doute urgente aujourd'hui, en un temps où se trouvent profondément transformées les pratiques de l'écrit. Les mutations de notre présent bouleversent, tout à la fois, les supports de l'écriture, la technique de sa reproduction et de sa dissémination, et les façons de lire. Une telle simultanéité est inédite dans l'histoire de l'humanité.

L'invention de l'imprimerie n'a pas modifié les structures fondamentales du livre, composé, après comme avant Gutenberg, de cahiers, de feuillets et de pages, réunis dans un même objet. Aux premiers siècles de l'ère chrétienne, cette forme nouvelle du livre, celle du codex, s'imposa aux dépens du rouleau, mais elle ne fut pas accompagnée par une transformation de la technique de reproduction des textes, toujours assurée par la copie manuscrite. Et si la lecture connut plusieurs révolutions, repérées ou discutées par les historiens, elles advinrent durant la longue durée du codex.

En brisant le lien ancien noué entre les discours et leur matérialité, la révolution numérique oblige à une radicale révision des gestes et des notions que nous associons à l'écrit. Malgré les inerties du vocabulaire qui tentent d'apprivoiser la nouveauté en la désignant avec des mots familiers, les fragments de textes qui apparaissent sur l'écran ne sont pas des pages, mais des compositions singulières et éphémères.

Le livre électronique ne donne plus à voir par sa forme matérielle sa différence avec les autres productions écrites. La lecture face à l'écran est une lecture discontinue, segmentée, attachée au fragment plus qu'à la totalité. N'est-elle pas, de ce fait, l'héritière directe des pratiques permises et suggérées par le codex ? Celui-ci invite, en effet, à feuilleter les textes, en prenant appui sur leurs index ou bien à "sauts et gambades" comme disait Montaigne, à comparer des passages, comme le voulait la lecture typologique de la Bible, ou à extraire et copier citations et sentences, ainsi que l'exigeait la technique humaniste des lieux communs.

Toutefois, la similitude morphologique ne doit pas faire illusion. Comment maintenir le concept de propriété littéraire, défini depuis le XVIIIe siècle à partir d'une identité perpétuée des oeuvres, reconnaissable quelle que soit la forme de leur transmission, dans un monde où les textes sont mobiles, malléables, ouverts, et où chacun peut, comme le désirait Michel Foucault au moment de commencer, "enchaîner, poursuivre la phrase, se loger, sans qu'on y prenne bien garde, dans ses interstices" ?

Comment reconnaître un ordre des discours, qui fut toujours un ordre des livres ou, pour mieux dire, un ordre de l'écrit qui associe étroitement autorité de savoir et forme de publication, lorsque les possibilités techniques permettent, sans contrôles ni délais, la mise en circulation universelle et indiscriminée des opinions et des connaissances ? Comment préserver des manières de lire qui construisent la signification à partir de la coexistence de textes dans un même objet (un livre, une revue, un journal) alors que le nouveau mode de conservation et de transmission des écrits impose à la lecture une logique analytique et encyclopédique où chaque texte n'a d'autre contexte que celui qui lui vient de son appartenance à une même rubrique ?

Le rêve de la bibliothèque universelle paraît aujourd'hui plus proche de devenir réalité qu'il ne le fut jamais, même dans l'Alexandrie des Ptolémées. La conversion électronique des collections existantes promet la constitution d'une bibliothèque sans murs, où pourraient être accessibles tous les ouvrages qui furent un jour publiés, tous les écrits qui constituent le patrimoine de l'humanité. L'ambition est magnifique, et, comme écrit Borges, "quand on proclama que la Bibliothèque comprenait tous les livres, la première réaction fut un bonheur extravagant". Mais la seconde est, sans doute, une interrogation sur ce qu'implique cette violence faite aux textes, donnés à lire dans des formes qui ne sont plus celles où les rencontrèrent les lecteurs du passé.

Le "bonheur extravagant" suscité par la bibliothèque universelle pourrait devenir une impuissante amertume s'il devait se traduire par la relégation ou, pire, la destruction des objets imprimés qui ont nourri au fil du temps les pensées et les rêves de ceux et de celles qui les ont lus. La menace n'est pas universelle, et si les incunables n'ont rien à redouter, il n'en va pas de même pour de plus humbles et plus récentes publications, périodiques ou non.

Ces questions ont déjà été battues et rebattues par les innombrables discours qui tentent de conjurer, par leur abondance même, la disparition annoncée du livre et de l'écrit. Le constat a de quoi décourager et conduit les uns à l'émerveillement devant les promesses inouïes des navigations textuelles, et les autres à la nostalgie pour un monde de l'écrit que nous aurions déjà perdu. Mais avant de renoncer, peut-être est-il utile de convoquer la seule compétence dont peuvent se targuer les historiens. Ils ont toujours été de pitoyables prophètes, mais, parfois, en rappelant que le présent est constitué de passés sédimentés ou enchevêtrés, ils ont contribué à un diagnostic plus lucide sur les transformations qui enthousiasmaient ou inquiétaient leurs contemporains. [...]

L'autorité affirmée ou contestée de l'écrit, la mobilité de la signification, la production collective du texte : telles sont les trames sur lesquelles j'aimerais inscrire les motifs plus particuliers qui feront l'objet de mes cours. Ils mettront en oeuvre plusieurs principes d'analyse. Le premier situe la construction différenciée du sens des textes entre contraintes transgressées et libertés bridées. Toujours, les formes matérielles de l'écrit ou les compétences culturelles de ses lecteurs bornent les limites de la compréhension. Mais toujours l'appropriation est créatrice, production d'une différence, proposition d'un sens possiblement inattendu.

Le croisement inédit de disciplines longtemps étrangères les unes aux autres (la critique textuelle, l'histoire du livre, la sociologie culturelle) a ainsi un enjeu fondamental : comprendre comment les appropriations particulières et inventives des lecteurs, des auditeurs ou des spectateurs dépendent, tout ensemble, des effets de sens visés par les textes, des usages et des significations imposés par les formes de leur publication, et des compétences et des attentes qui commandent la relation que chaque communauté de lecteurs entretient avec la culture écrite.

Une seconde exigence de méthode, nécessaire pour un travail qui est fondamentalement, mais pas exclusivement, étude de textes, conduit à faire retour au concept de représentation dans la double dimension que lui a reconnue Louis Marin : "Dimension "transitive" ou transparence de l'énoncé, toute représentation représente quelque chose ; dimension "réflexive" ou opacité énonciative, toute représentation se présente représentant quelque chose."

Au fil des années et des travaux, la notion de représentation en est presque venue à désigner par elle-même la démarche d'histoire culturelle qui porte ce programme d'enseignement. Le constat est pertinent, mais il doit éviter les malentendus. Telle que nous l'entendons, la notion n'éloigne ni du réel ni du social. Elle aide les historiens à se défaire de la "bien maigre idée du réel", comme écrivait Foucault, qui a été longtemps la leur, en portant l'accent sur la force des représentations qu'elles soient intériorisées ou objectivées.

Les représentations ne sont pas de simples images, véridiques ou trompeuses, d'une réalité qui leur serait extérieure. Elles possèdent une énergie propre qui convainc que le monde, ou le passé, est bien ce qu'elles disent qu'il est. Produites par les écarts qui fracturent les sociétés, les représentations elles aussi les produisent. Mener l'histoire de la culture écrite en lui donnant pour pierre angulaire l'histoire des représentations est, donc, lier la puissance des écrits qui les donnent à lire, ou à entendre, avec les catégories mentales, socialement différenciées, qui sont les matrices des classements et des jugements.

Un troisième principe d'analyse consiste à placer les oeuvres singulières ou les corpus de textes qui sont l'objet de mon travail au croisement des deux axes qui doivent organiser toute démarche d'histoire ou de sociologie culturelle. D'une part, un axe synchronique, qui permet de situer chaque production écrite dans son temps, ou son champ, et la met en relation avec d'autres, qui lui sont contemporaines et appartiennent à d'autres registres culturels ou politiques. D'autre part, un axe diachronique qui l'inscrit dans le passé du genre ou de la discipline.

Dans les sciences les plus exactes ou en économie, cette présence du passé renvoie généralement à des durées brèves, parfois très brèves. Il n'en va pas de même de la littérature ou des sciences humaines pour lesquelles les passés les plus anciens sont toujours, d'une certaine façon, des présents encore vivants dont les créations nouvelles s'inspirent ou se détachent. Quel romancier contemporain pourrait ignorer Don Quichotte ? Et quel historien pourrait commencer un cours dans cette maison sans citer au moins une fois la grande ombre Michelet ? Ni Febvre ni Braudel n'y ont manqué. Ni Daniel Roche. A mon tour de le faire.

Pierre Bourdieu voyait dans cette contemporanéité de passés successifs l'une des caractéristiques propres des espaces de la production et de la consommation culturelle : "Toute l'histoire du champ est immanente au fonctionnement du champ et pour être à la hauteur de ses exigences objectives, en tant que producteur mais aussi en tant que consommateur, il faut posséder une maîtrise pratique ou théorique de cette histoire." Cette possession ou son absence distingue les savants des naïfs et elle porte les diverses relations que chaque oeuvre nouvelle entretient avec le passé : l'imitation académique, la restauration kitsch, le retour aux anciens, l'ironie satirique, la rupture esthétique. En désignant comme cibles de ses parodies les livres de chevalerie, les romans pastoraux (lorsque don Quichotte se transforme en pasteur Quijotiz) et les autobiographies picaresques (avec les allusions au récit de vie rédigé par le galérien Ginés de Pasamonte), Cervantès installe dans le présent de son écriture trois genres aux temporalités fort diverses contre lesquels il invente une manière inédite d'écrire la fiction, en la concevant, comme a écrit Francisco Rico, "non pas dans le style artificiel de la littérature, mais dans la prose domestique de la vie". Il montre ainsi, lui l'"ingenio lego", le génie ignorant, que les doctes ne font pas toujours bon usage de leur maîtrise de l'histoire des genres et des formes.

Une crainte contradictoire a habité l'Europe moderne - et elle nous tourmente encore. D'un côté, l'effroi devant la prolifération incontrôlée de l'écrit, l'amas des livres inutiles, le désordre du discours. D'un autre, la peur de la perte, du manque, de l'oubli. C'est à cette seconde inquiétude que je voudrais consacrer le premier cours que je donnerai ici. Porté par un projet quelque peu borgésien, il s'attachera à une oeuvre disparue dont ne subsiste ni manuscrit ni édition imprimée.

Elle fut deux fois représentée à la cour d'Angleterre au début de l'année 1613. Les ordres de paiement établis pour la compagnie qui la joua, les King's Men, indiquent son titre, Cardenio, et rien de plus. Quarante ans plus tard, en 1653, Humphrey Moseley, un libraire londonien qui voulait donner à lire les oeuvres dramatiques interdites de représentation dans les temps révolutionnaires de la fermeture des théâtres, fit enregistrer son droit sur cette même pièce. Il indiqua au secrétaire de la communauté des libraires et imprimeurs les noms de ses deux auteurs : "The History of Cardenio, by Mr. Fletcher & Mr. Shakespeare." La pièce ne fut jamais imprimée et, comme un fantôme, dès le XVIIIe, elle commença à hanter les passions et les imaginations shakespeariennes.

Deux ordres de paiement, une entrée dans un registre de libraires, une pièce disparue : voilà, dira-t-on, un bien mince commencement. Et, pourtant, il peut permettre de formuler quelques-unes des interrogations les plus fondamentales d'une histoire de l'écrit. Tout d'abord, en plaçant l'attention sur la mobilité des oeuvres, d'une langue à l'autre, d'un genre à l'autre, d'un lieu à l'autre. C'est, en effet, un an avant les représentations de Cardenio que fut imprimée la traduction anglaise de Don Quichotte, due à Thomas Shelton et publiée par Edouard Blount qui fut aussi l'éditeur de la traduction des Essais par Florio.

Par ailleurs, Fletcher et Shakespeare ne furent ni les premiers ni les derniers à transformer l'histoire de Cervantès en une pièce de théâtre. En Espagne, le Valencien Guillén de Castro les avait précédés avec sa "comedia" Don Quijote de la Mancha ; à Paris les suivirent Pichou, auteur des Folies de Cardenio, et Guérin de Bouscal, qui fit représenter trois pièces inspirées par l'histoire de Cervantès.

Second enjeu : la tension entre la perpétuation de modes traditionnels de la composition littéraire, qui font large place à la collaboration, l'adaptation, la révision, et l'émergence autour de quelques auteurs - ainsi Cervantès et Shakespeare, unis par Cardenio - de la figure de l'écrivain singulier en son génie et unique en sa création. Enfin, la quête du Cardenio, perdu entre la Sierra Morena et les théâtres londoniens, est aussi une histoire des appropriations textuelles, des manières dont ont été lus et mobilisés dans différents contextes culturels et sociaux les mêmes textes qui, du coup, n'étaient plus les mêmes.

Il en va ainsi de Don Quichotte dont les protagonistes apparaissent dans les fêtes aristocratiques ou carnavalesques du XVIIe siècle, tant dans la métropole que dans les colonies espagnoles, et de Shakespeare, traité si différemment par les éditeurs et les dramaturges (les deux pratiques n'étant pas forcément séparées) dans l'Angleterre de la Restauration et du XVIIIe siècle. "Le coup de Cardenio est un grand classique du monde littéraire - the bread and butter for literary lowlife", déclare l'un des personnages du roman de Jasper Fforde, Lost in a Good Book. J'espère que l'on me pardonnera de lui donner pour nouvelle scène cette institution habituée à de plus sévères et de plus nobles études.

Ecouter les morts avec les yeux. Plusieurs ombres ont passé dans mes mots, rappelant par cette présence la tristesse que nous donne leur absence. Sans elles, ni d'autres qui n'ont rien écrit, je ne serais pas à cette place ce soir.

Mais au moment de conclure, je me souviens des mises en garde de Pierre Bourdieu contre l'illusion qui fait énoncer au singulier des trajectoires partagées. Le "je" que j'ai quelquefois imprudemment utilisé, aujourd'hui, et contre mon habitude, doit s'entendre comme un "nous" - le nous de tous ceux et celles, collègues et étudiants, avec qui, au fil des années, j'ai partagé enseignements et recherches, à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, à l'Université de Pennsylvanie, ou dans de nombreuses institutions de notre République des lettres.

C'est avec eux, et avec vous, qui me faites l'honneur de m'accueillir ici, que je voudrais poursuivre maintenant un travail qui entend étayer sur une histoire de longue durée de la culture écrite la lucidité critique qu'exigent nos inquiétudes et nos incertitudes.

Roger Chartier

 

publié dans : L'ÉCRIT, L'ÉCRAN, INTERNET par alain laurent-faucon
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« Déjà, rappelle ConstantinoplE, l'auteur du blog La Petite Passerelle, Internet et le web, c'est pareil. 'Web', c'est la toile en anglais, donc une expression imagée pour désigner le 'network', c'est-à-dire le réseau, (autre mot anglais), d'où on a tiré 'net' pour créer le mot-phare 'Internet'. Internet signifie donc, par définition, des réseaux interconnectés, des toiles reliées entre elles. On emploie aussi parfois l'expression 'réseau des réseaux' pour parler d'Internet (par exemple dans un article de presse, histoire de changer, de faire plus smart). »



Le Web du début, le 1.0

 

« Il y a donc eu, poursuit l'auteur, l'arrivée de l'internet, du web. Le web niveau 1.0. C'est-à-dire qu'on pouvait :



- aller sur un site,

- lire des documents,

- rédiger et envoyer des mails,

- recevoir des mails.



« La communication était assez sommaire. Il n'y avait pas d'interaction.



Le Web d'aujourd'hui, le 2.0

 

« La nouveauté qui est apparue sur Internet depuis, disons, quelques années (les gens se chamaillent pour donner une date de départ ... eh puis, au fond, ce n'est pas ça qui importe vraiment) se situe justement autour des multiples améliorations qui se sont produites au niveau de la communicabilité, de l'interaction. L'internaute est, à présent, un acteur incontestable du web, il en est même devenu l'auteur majeur, en tant que fournisseur de contenu. Aujourd'hui l'on peut :



- communiquer en "live" par "tchat" c'est-à-dire par messagerie instantanée (msn par exemple),

- créer un blog (ou tout autre forme de site qu'internet peut héberger, comme les wikis, ou encore son espace YouTube),

- donner son avis partout en laissant des commentaires ou en "indexant" un article lu par un mot-clé que l'on appelle "tag" (cf. l'article d'Olivier Le Deuff "Folksonomies. Les Usagers indexent le Web"),

- s'inventer des personnalités multiples sur des sites de rencontre professionnelle ou plus privée ...



« Bref, on communique beaucoup, souvent trop, on crée des millions de blogs, on publie des milliards de photos, l'usager est partout et baigne dans une foultitude informationnelle, créée par lui et pour lui. Et le web 2.0, ce web de la nouvelle génération, c'est précisément cela. »


Et le Web de demain, le 3.0


« Je parlerai du 3.0, le web en devenir, une autre fois ... mais je vous invite à lire l'entretien que Vinton Cerf, l'un des premiers concepteurs d'internet, a accordé au quotidien le Monde [1] à propos du 3.0, l'internet des objets selon son expression. »

 

Sans oublier un petit clin d'oeil !


« Les signes de ponctuation - par exemple le point-virgule si cher aux grammairiens et aux amoureux de la langue, ce point virgule qui « sert à ranger les membres d'une même phrase que l'on veut comparer ou opposer »  [2] - ont commencé une nouvelle et amusante carrière en entrant dans la composition des smileys, ces mini-visages souriants que l'on trouve sur les blogs et dans les e-mails.


le classique : deux points, tiret, parenthèse

:-)


le clin d'oeil : point-virgule, tiret, parenthèse

;-)


le "haha jme marre" : deux points, tiret, D majuscule

:-D


le "oups désolé" : deux points, tiret, s minuscule

:-s


le pas content : deux points, tiret, parenthèse inversée

: -(

 


Auteur : ConstantinoplE – La Petite Passerelle


Remarque : je remercie l'auteur de la Petite Passerelle pour toutes ces précisions qu'il est toujours bon de rappeler, et je le remercie également d'avoir accepté que je fasse une revue de ses billets susceptibles d'intéresser tous les étudiant(e)s et candidat(e)s au concours de la fonction publique.

  

NOTES :

[1] Cf. entretien paru dans le Monde du dimanche 6 / lundi 7 avril 2008, intitulé : « Vinton Cerf : vous avez aimé le www, vous adorerez Web 3.0 ».

[2] Deux correcteurs, Olivier Houdart pour le Monde.fr et Sylvie Prioul son homologue au Nouvel Observateur, viennent de rééditer en édition de poche La Ponctuation ou l'art d'accommoder les textes, paru en 2006.

 




LA PETITE PASSERELLE



http://petitepasserelle.canalblog.com/

 







EXTRAITS TIRÉS DU BLOG



 

Rechercher sur le Web


Testez vos connaissances en matière de recherche sur le web avec ce quizz proposé par le Journal du Net "Savez-vous faire une recherche efficace sur le web?" : Internet, véritable mine d'informations ? Oui, à condition de savoir comment rechercher efficacement sur les moteurs de recherche. Connaissez-vous toutes les ficelles ? Testez-vous !




Social Bookmarking :

Peut-il améliorer la recherche sur le Web


C'est le titre de cet article scientifique de 11 pages réalisé par Paul Heymann, Georgia Koutrika et Hector Garcia-Molina, du Département des Sciences de l'Informatique (Computer Science) de l'université de Stanford : "Can Social Bookmarking Improve Web Search?".

L'article, de février 2008, tente de comprendre dans quelle mesure les systèmes de tagging collaboratif (attribution de mots-clés aux pages web par les utilisateurs eux-mêmes = système de l'indexation sociale, encore appelées folksonomies ; pour ceux dont le terme ne serait pas familier, ci-lié un article d'Olivier Le Deuff pour le BBF en 2006 intitulé "Folksonomies. Les Usagers indexent le Web") peuvent permettre d'améliorer les recherches sur Internet.

L'étude porte plus particulièrement sur Del.icio.us, un des sites les plus connus où le social bookmarking est appliqué. La conclusion générale des auteurs est que l'organisation de l'interface utilisateur pourrait avoir un impact majeur sur l'amélioration de la qualité des tags pour une recherche.

Au cours de cette étude, les chercheurs démontrent en effet qu'une certaine part des tags produits par les utilisateurs pèche par son manque de pertinence et d'objectivité, et démontre un manque de compréhension, par l'utilisateur, de l'utilité des tags qu'il a produits.

Une fois de plus, une étude scientifique prouve le réel besoin de formation des internautes au web 2.0, aux sciences de l'information et de la communication, et ce dès leur plus jeune âge afin de leur faire acquérir les bons réflexes pour choisir les tags pour indexer/les mots-clés pour rechercher, parallèle proposé en l'occurrence par nos trois chercheurs.



Le programme information pour tous de l'Unesco


C'est dans le cadre du "Programme Information Pour Tous" que l'Unesco vient de publier un rapport intitulé "Introduction à la maîtrise de l'information". L'auteur Forest Woody Horton Jr, expert international en gestion de l’information, résume son point de vue [c'est moi qui souligne]: "A l'ère numérique [...] la compréhension des technologies ne suffit pas. Ce que tout un chacun doit aussi faire, c’est apprendre à utiliser effectivement et efficacement ces technologies incroyablement diverses et puissantes pour rechercher, extraire, organiser, analyser et évaluer, puis utiliser à des fins concrètes de prise des décisions et de solution des problèmes." Rappelant l'importance potentielle de cette publication (en ceci qu'elle s'adresse notamment à des responsables ministériels), Educnet présente dans son article les 9 recommandations du programme d'action :


  1. Établir une stratégie prospective nationale unifiée pour la maîtrise de l’information et l’apprentissage tout au long de la vie. (p. 46-48)

  2. Rattraper le niveau d’évolution de la maîtrise de l’information au niveau mondial (p. 49)

  3. Inclure la maîtrise de l’information et l’apprentissage tout au long de la vie aux autres politiques et cyberprogrammes appropriés tels que le cyberapprentissage, l’enseignement à distance et le perfectionnement de la main d’oeuvre. (p. 49-51)

  4. Élaborer et mettre en place des cadres institutionnels et organisationnels durables pour l’IL / maîtrise de l'information (p. 52)

  5. Mettre sur pied des initiatives de promotion dynamiques et imaginatives (p. 53)

  6. Intégrer les initiatives d’enseignement de l’IL aux réformes en cours (p. 54-56)

  7. Rehausser et renforcer le rôle des bibliothèques, des musées, des archives et autres institutions publiques et privées constituant

  8. l’infrastructure nationale de l’information (p. 56-57)

  9. Élaborer et mettre en place des mécanismes de mesure et d’évaluation des politiques, programmes et autres initiatives en matière

  10. de maîtrise de l’information et d’apprentissage tout au long de la vie (p. 57-58)

  11. Envisager la création d’une nouvelle profession, celle de conseiller en maîtrise de l’information (p. 59)


ainsi que (ici dans sa sélection d'extraits) les Onze étapes de la maîtrise de l'information :


  1. constater l’existence d’un besoin ou d’un problème dont le règlement satisfaisant nécessite de l’information

  2. savoir comment identifier et définir avec précision l’information nécessaire pour satisfaire le besoin, régler le problème ou prendre la décision.

  3. savoir comment déterminer si l’information nécessaire existe ou n’existe pas et, dans le second cas, 

  4. savoir comment trouver l’information nécessaire lorsqu’on s’est assuré qu’elle existe.

  5. savoir comment créer, ou faire créer, l’information dont on a besoin mais qui n’est pas disponible...

  6. savoir comment bien comprendre l’information que l’on a trouvée, ou savoir où s’adresser pour obtenir de l’aide à cet effet si nécessaire.

  7. savoir comment organiser, analyser, interpréter et évaluer l’information, y compris la fiabilité des sources.

  8. savoir comment communiquer et présenter l’information à autrui dans des formats et sur des supports appropriés et utilisables.

  9. savoir comment utiliser l’information pour résoudre un problème, prendre une décision ou satisfaire un besoin.

  10. savoir préserver, stocker, réutiliser, enregistrer et archiver l’information en vue de son utilisation future.

  11. savoir comment se défaire de l’information dont on n’a plus besoin et sauvegarder celle qui doit être protégée.


Rappelons que ce rapport, sorte de "manuel du débutant dans le domaine du numérique", paraît 6 semaines après la Conférence internationale "Moving Young Minds", sur les standards de compétences TIC, qui a eu lieu à Londres le 8 janvier.


télécharger "Introduction à la Maîtrise de l'Information" de Forest Woody Horton Jr



L'eau et les espaces naturels en ligne


Deux sites vraiment intéressants, à proposer aux élèves pour l'éducation à l'environnement et au développement durable : l'Agence de l'Eau - Rhône Méditerranée et Corse met à disposition un grand nombre de documents et rapports grâce à son centre de documentation (une base bibliographique rassemblant près de 35 500 références bibliographiques d'ouvrages, d’études, de thèses, de colloques, d’articles de périodiques…) qui nous propose deux bases de données : la base Fontaine, développée en partenariat avec l’Office International de l’Eau, rassemblant les études et rapports publiés par les Agences de l’Eau et la Direction de l’Eau du Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable. Et les études inter-Agences, documents de valorisation des programmes d’études et de recherches effectuées au niveau national sur l’ensemble des thématiques liées à l’eau. Pour les collégiens, un "Site des Juniors" particulièrement intéressant leur est dédié.

Deuxième site à faire connaître, celui de l'ATEN (Atelier Technique des Espaces Naturels) réseau des professionnels de la nature. Cet organisme possède également une base de donnée riche en informations sur la gestion de l'espace, le droit de la protection de la nature et de l'urbanisme, la biologie de la conservation, la valorisation des espaces protégés dans une perspective de développement durable, les métiers des espaces naturels et l'ingénierie de formation. Soit ils ont fait l'objet d'une édition commerciale et on peut les trouver auprès d'éditeurs, de librairies, de bibliothèques etc. Soit il s'agit d'études dites de "littérature grise", fournies essentiellement par les membres de l'ATEN, et elles peuvent être consultées sur place ou auprès des centres documentaires des membres. De nombreux documents (dont des diaporamas très clairs) sont téléchargeables. Le prêt de bibliothèque à bibliothèque est autorisé. Et j'ajoute pour finir le dépliant (illustré par Jacques Lucchino) du centre de documentation, car le texte me plaît beaucoup : il fait l'éloge de la documentation en quelques lignes :

« Savoir rechercher et exploiter la documentation est une compétence indispensable dans l'actualisation de sa formation, la vie professionnelle et personnelle. La fiabilité de ses sources, leur ouverture, leur actualisation, sont des bases nécessaires à l'acquisition d'une véritable compétence professionnelle. Apprendre à repérer l'information, à y accéder de façon efficace et efficiente, à l'évaluer de façon critique, à l'assimiler de manière rapide, progressive et complète, est une clé de réussite pour développer son domaine d'activité et faire des choix appropriés."

La description du "documentaliste dans un espace naturel" est tout aussi sympathique : « Le documentaliste d’un espace naturel est chargé de la recherche, du traitement et de la mise à disposition de ressources documentaires à l’usage des collaborateurs, des partenaires ou des publics de la structure gestionnaire d’espace naturel. Ce métier comporte une dimension technique (mise en œuvre de méthodes documentaires et utilisation d’outils informatiques spécifiques), d’analyse (traitement de l’information, synthèse) et relationnelle (accueil des visiteurs du centre de documentation, analyse de demandes d’informations, travail en réseau…). Enfin, le documentaliste s’efforce de favoriser la complémentarité avec ses collègues d’autres structures gestionnaires d’espaces naturels dans la recherche et la diffusion d’informations. » (télécharger la fiche)



L'Inria fête ses quarante ans !


L'INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique) fête en 2008 ses quarante ans d'existence. C'est l'occasion de se promener sur son site pour connaître l'histoire de cet organisme de référence scientifique, baptisé tout d'abord IRIA puis INRIA, aujourd'hui en pleine expansion, doté de missions claires en faveur du développement des sciences de l'information et de la communication.

Dans la partie "forum" du portail du site, une série de conférences extrêmement intéressantes, en version vidéo, audio, ou retranscrites au format .pdf, est mise à la disposition des visiteurs ; ces conférences ont eu lieu lors du Forum Informatique et Société des 10-11 décembre 2007.

Quelques titres, et leurs auteurs : "le réseau numérique, à l'origine d'un nouveau modèle industriel" par Bernard Stiegler ; "technologies de l'information et de la communication : changement d'échelle et nouveaux défis" par Roberto di Cosmo ; "les nouvelles technologies : révolution culturelle et cognitive" par Michel Serres.



Du calame à l'enluminure : le patrimoine numérisé


CALAME est un répertoire de bases de données en Sciences Humaines et Sociales regroupant 180 bases, au sein desquelles on peut effectuer une recherche par disciplines, période, zone géographique, type de contenu, titre, champ ou encore au hasard ! 13 bases retiendront tout particulièrement notre attention dans la rubrique "Sciences de l'information et de la communication" : on y retrouve ArchivSIC, Canal-U, ou encore CERIMES, mais aussi le SUDOC, les ressources en histoire du livre sur le web, l'encyclopédie sonore, et Patrimoine numérique, base scontenant une magnifique base d'enluminures. En ce qui concerne les enluminures, trois bases de données iconographiques en ligne recensent, décrivent et diffusent le décor des manuscrits enluminés conservés dans les bibliothèques publiques de France (150.000 notices accompagnées de reproductions d'enluminures).   



Études sur les moteurs de recherche


A lire via le blog d'Abondance, référence dans le domaine, deux études sérieuses sur les moteurs de recherche : l'étude réalisée par comScore, professionnel de l'étude de marché et du référencement sur Internet, porte sur les le marché des moteurs de recherche vidéos, un mode de recherche de plus en plus attractif ; dans cette branche, l'étude montre que Google détient la palme avec YouTube. D'autre part, l'étude de l'Université de Californie du Sud (2008 Digital Future Projekt) tend à prouver que les utilisateurs eux-mêmes ressentent une baisse de pertinence dans les réponses à leurs requêtes sur les moteurs de recherche. Mais d'autres réponses sont tout aussi intéressantes à propos de la vision des adultes sur l'utilisation et l'impact de l'Internet qui est fait par les enfants (traduction personnelle) :



  • " le pourcentage d'adultes ayant déclaré que les enfants de leur foyer passent trop de temps à utiliser Internet a atteint les 25% d'interrogés : une hausse pour la troisième année consécutive, et le chiffre est le plus haut depuis sept années d'études.

  • un pourcentage restreint d'adultes (13%) a déclaré que les enfants de leur foyer passaient désormais moins de temps "physiquement" avec leurs amis : là aussi, une hausse pour la troisième année consécutive [...]

  • le nombre d'adultes ayant déclaré que le niveau scolaire des enfants de leur foyer avait baissé depuis l'arrivé de l'Internet à la maison a augmenté pour la deuxième année consécutive.

  • à cette nouvelle question introduite pour l'étude de 2008, plus de la moitié des adultes (53%) ont déclaré que les dangers de l'Internet ("online predators") sont une réelle menace pour les enfants de leur foyer. Seuls 24% des adultes vivant avec des enfants ne rejoignent pas ce point de vue."


D'autres informations sont toujours intéressantes à connaître comme : le nombre d'heures passée en moyenne sur Internet (15,3 heures par semaine), les achats le plus couramment réalisés en ligne (les livres!!!), la page que les utilisateurs consultent en premier (leur boîte mail) etc.




Lire ... une question de regard



Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dnas un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmortnate est que la pmeirère et la drenèire soient à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puovez tujoruos lrie snas porlbème. C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.

 

LA PETITE PASSERELLE -  Auteur : ConstantinoplE

 
Encore en mutation mais déjà à votre disposition, une "extension" de la petite passerelle propose de nouvelles déambulations : Bienvenue dans mon univers Netvibes !

A noter également la passionnante rubrique de l'auteur de la petite passerelle sur le blog d'Olivier Le Deuff - Cactus acide - consacrée à la « cartographie de l’information et au Mindmapping » :

 


publié dans : L'ÉCRIT, L'ÉCRAN, INTERNET par alain laurent-faucon
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La Petite Passerelle et son exploration des systèmes d'information et de communication, ses visites guidées des bibliothèques réelles et/ou virtuelles du monde entier, ses mises au point concernant l'internet et le web, nous a déjà permis d'entrer dans l'univers de toutes ces nouvelles technologies (encore un anglicisme pour dire : techniques) qui sont en train de modifier nos accès au savoir et à la culture, nos modes d'être et d'agir. Car ne l'oublions pas, des philosophes comme Martin Heidegger et Kostas Axelos l'ont noté : les sciences et les techniques deviennent un « habiter ».

« La technique tend dorénavant à prendre en charge tout ce qui est. Nous parlons en général d'elle, constate Axelos, en termes d'extériorité, sans oser comprendre qu'elle est le ressort intime de tout ce qui se fait, qu'elle informe jusqu'à, et y compris, notre intériorité chérie. On parle beaucoup de la technique, sans pour autant saisir son mode d'être saisissant le tout de l'être, et, avant qu'elle ne se soit suffisamment réalisée, on voudrait déjà la dépasser. C'est la technique qui prend dans son engrenage mythes et religions, poésie et littérature, art et politique, science et pensée ; sa rotation relie production et consommation. » - Kostas Axelos, Vers la pensée planétaire, éditions de Minuit, Paris, 1964.

Mais, à propos du développement des « nouvelles technologies » (sic), le philosophe Michel Serres avance d'autres analyses qui permettent de contrebalancer les propos pessimistes des auteurs précédents. C'est grâce à l'auteur de la Petite Passerelle que j'ai découvert le passionnant site de L'INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), un site qui vous permettra d'avoir différentes approches et réflexions sur les orientations et les mutations de la Toile. Et qui vous permettra d'éviter de rabâcher les poncifs habituels, sans pour autant être mal perçus dans la mesure où vous citerez les grands penseurs et chercheurs actuels !

Concernant plus particulièrement les propos de Michel Serres que la Petite Passerelle a mis en avant quand il a été question de l'INRIA, je vous invite à écouter sa conférence tant elle explicite ce que doit être un vrai questionnement, tant ses « pas de côté », sa « puissance d'écart » autorisent un regard différent, intéressant, pertinent sur ces « nouvelles technologies » (mais le sont-elles vraiment ? et que signifient les mots employés ?), sur les notions de réseaux, d'espaces, d'adresses, etc.





CONFÉRENCES EN LIGNE




Les nouvelles technologies, que nous apportent-elles ?


http://interstices.info/expose-serres


Cette conférence de Michel Serres, enregistrée à l'École Polytechnique le 1er décembre 2005, fait partie du cycle Culture Web, coordonné par Serge Abiteboul, dans le cadre des Thématiques de L'INRIA. Elle a été organisée par Serge Abiteboul et Gilles Dowek.

Le philosophe Michel Serres aborde les nouvelles technologies sous un angle original, en questionnant ce qu'elles apportent de nouveau. Il passe tout d'abord en revue ce qui ne lui paraît pas vraiment nouveau, avant de détailler les aspects où selon lui réside la nouveauté : le rapport à l'espace, la question du droit, l'externalisation des fonctions cognitives.

Ces réflexions le conduisent à définir un exo-darwinisme, et à montrer que dans le développement humain, chaque perte a permis de gagner une nouvelle fonction. À la fin de son exposé, d'une durée d'une heure environ, Michel Serres répond pendant une quarantaine de minutes aux questions de l'auditoire.

Voir la présentation de 1 h 38 mn en XML/SMIL. Pour visionner le document, utiliser RealPlayer.

Voir la vidéo non chapitrée au format Real (utiliser RealPlayer).

Écouter la conférence en MP3.




Les nouvelles technologies :

révolution culturelle et cognitive


http://interstices.info/m-serres-lille


« Les nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents ! »

C'est ce que postule Michel Serres...


Le 11 décembre 2007, à l'occasion des 40 ans de L'INRIA, Michel Serres a donné une conférence sur la révolution culturelle et cognitive engendrée par les nouvelles technologies. Le célèbre académicien y explicite comment la révolution informatique change notre rapport au monde. Tout comme avant elle, l'écriture, puis l'imprimerie, ont profondément transformé nos modes de vie. Une conséquence inévitable de toute révolution.

Le philosophe donne rapidement le ton et invite son auditoire à prendre conscience de la révolution cognitive générée par la révolution de l'information. Pour lui, les nouvelles technologies ont poussé l'homme à externaliser sa mémoire. Il nous faudra donc être inventifs, intelligents, transparents pour être des acteurs de cette nouvelle période de l'Histoire.

Voir la conférence en vidéo (Vidéo Real : utiliser RealPlayer). Durée : 1 h 04 min.

Écouter la conférence en MP3.




WEB 3.0 – L'INTERNET DES OBJETS




Vinton Cerf, pionnier du Web et expert chez Google



Vers l'Internet à tout faire


LE MONDE | Article paru dans l'édition du 06.04.08.



Entretien. Vinton Cerf a été l'un des premiers concepteurs d'Internet. Expert chez Google, il observe sans relâche l'évolution de la Toile. Dans un entretien au Monde, il la compare à une « fourmilière » : « Chaque jour, une ou deux fourmis font une découverte » ; puis la collectivité entière en profite. Les « fourmis » sont près de 1,3 milliard. L'avenir ? L'Internet des objets, le Web 3.0, qui permettra de « déléguer la gestion des objets à des tiers ». Le réseau mondial prendra en charge maints aspects de la vie quotidienne.



Vous avez fait partie des premiers concepteurs d'Internet. Quel regard portez-vous sur l'évolution du Réseau mondial ?

Vinton Cerf : Beaucoup plus de personnes tentent aujourd'hui d'innover sur Internet. Pour décrire son mode d'évolution actuel, j'utilise souvent le modèle de la fourmilière. Si vous observez deux ou trois fourmis pendant toute une journée, il est probable que peu de choses intéressantes se produiront. Mais il y en a des millions. Et, chaque jour, une ou deux fourmis font une découverte dont profite la fourmilière. Internet fonctionne ainsi. Avec près de 1,3 milliard d'utilisateurs, soit seulement 20 % de la population mondiale, de nouvelles expériences sont tentées quotidiennement. Je suis toujours un peu fébrile lorsque je lis les pages business de la presse, car j'y découvre souvent que quelqu'un a inventé un nouvel usage d'Internet, et qu'il va falloir encore nous adapter...

Qu'apporte le Web 2.0 en matière de nouvelles utilisations du Réseau (blogs, chats, échanges de fichiers) ?

A mes yeux, le terme Web 2.0 relève largement du slogan marketing. Il laisse entendre qu'une nouvelle génération du Web apparaît. Je pense plutôt qu'Internet se transforme selon un phénomène de coévolution : il interagit avec tout ce qui l'entoure, et s'adapte. Les nouvelles applications poussent le Réseau jusqu'à ses limites et contraignent à créer de nouvelles solutions techniques. Cela dit, je dois reconnaître que certaines innovations associées au Web 2.0 sont, elles, tout à fait réelles. Dans le passé, les premiers systèmes d'échanges d'informations entre les entreprises n'ont pas bien fonctionné par manque de standardisation : c'est justement ce qu'apporte le Web 2.0. Et cette avancée arrive au bon moment. Aux Etats-Unis, les gros investissements réalisés lors du passage à l'an 2000 ont permis d'automatiser l'activité interne des sociétés. Reste à effectuer l'étape suivante : l'automatisation des échanges entre les entreprises. Et quel meilleur outil pour le faire qu'Internet ?

Les internautes bénéficieront-ils aussi de ces échanges ?

Les consommateurs interagissent déjà avec les entreprises via le Web. Cela se passe plutôt bien pour effectuer des transactions, avec des confirmations par mail. Mais les entreprises doivent souvent retranscrire les ordres des internautes à la main pour les communiquer à leurs partenaires. C'est cela qu'il faut automatiser. C'est notamment possible grâce à des applications comme Google Earth ou Google Maps, qui ont été conçues de façon à permettre à d'autres entités de les intégrer à leurs propres services sur le Web. Ainsi, les scientifiques localisent sur Google Earth leurs réseaux de capteurs, sismiques par exemple. Pour accéder aux données, il suffit de cliquer sur l'icône qui les représente. De plus en plus, les chercheurs pourront ainsi travailler ensemble en agglomérant différents réseaux de capteurs indépendants et en corrélant ces informations avec la géographie ou la climatologie.

Et en matière de commerce électronique ?

Prenez, par exemple, une entreprise qui dispose de la liste des appartements disponibles à Dallas, au Texas. Elle peut injecter ces informations dans Google Maps. Lorsqu'une personne cherche à se loger, la base de données de l'agence présente la carte localisant l'ensemble des appartements répondant aux critères demandés. Une telle agence utilise ainsi les ressources sous-jacentes du Web pour augmenter la valeur de son information.

Peut-on attendre des applications du même type sur téléphone mobile ?

Bien sûr. Cet objet, vous le portez sur vous où que vous alliez. Vous pouvez donc poser des questions qui n'ont de sens que si le système d'information associé sait où vous êtes. Trouver le cinéma le plus proche, par exemple.

Le mobile ouvre la voie à l'obtention d'informations géographiquement indexées de grande valeur. Il existe déjà 3 milliards de mobiles dans le monde, dont 15 % peuvent accéder à Internet, soit près d'un demi-milliard d'appareils... Demain, le premier contact avec Internet d'une fraction significative de la population mondiale sera réalisé via un téléphone mobile et non via un ordinateur.

Avoir recours au mobile dégrade le confort d'utilisation du Web...

A première vue, oui. L'écran n'a pas du tout la même taille. Quant au clavier, il est parfait si vous ne mesurez pas plus de 10 cm... Mais la plupart d'entre nous sont plus grands !

Il faut donc imaginer de nouvelles pratiques. Le mobile pouvant détecter la présence d'un écran d'ordinateur dans la pièce, il n'y a aucune raison pour qu'il ne puisse pas le piloter. Idem avec un clavier sans fil. Les gens sont tellement habitués à utiliser Internet avec un seul outil à la fois qu'ils ne pensent pas que le téléphone mobile peut devenir le coeur d'un petit réseau.

Quel impact cela aura-t-il sur la vie quotidienne ?

Imaginez une telle utilisation du téléphone mobile dans les voitures. Celles-ci disposent souvent d'un récepteur GPS et d'une instrumentation indiquant, par exemple, combien il reste d'essence. L'important, c'est que le téléphone mobile puisse relier la voiture à Internet. Et cela marche dans les deux sens. La voiture obtiendra des informations du Web, et lui en fournira. Sa vitesse, par exemple : cette donnée pourra rester anonyme tout en étant accessible aux opérateurs de réseaux routiers, qui l'exploiteront pour détecter des encombrements, et informer en retour les autres conducteurs.

Ce que vous décrivez ne s'inscrit-il pas déjà dans le Web 3.0, l'Internet des objets ?

Tout à fait. De façon générale, l'Internet des objets permettra de déléguer la gestion des objets à des tiers. Il sera ainsi possible d'adresser à des sites de services des demandes telles que : "Enregistrer tel film", sans avoir à se plonger dans la liste des chaînes ni dans les programmes de diffusion. Les machines s'en chargeront. Elles communiqueront entre elles pour déterminer le prochain passage de ce film et l'enregistrer pour nous.

Des milliards d'objets seront ainsi dotés de capacités de communication entre eux. Ce qui permettra de masquer la complexité des technologies à l'oeuvre. Tout se passera dans les coulisses.

Michel Alberganti


La Toile de 1 à 3


WWW : World Wide Web. Toile (d'araignée) mondiale. Application d'Internet, fondée sur la navigation entre les pages de sites à l'aide de liens hypertextes, créée en 1989 par Tim Berners-Lee.

WEB 1.0 : Désignation de la première version du Web d'Internet.

WEB 1.5 : Evolution du Web utilisant des pages dynamiques avec remises à jour.

WEB 2.0 : Terme inventé par Dale Dougherty et popularisé en 2004 pour désigner les applications interactives et la possibilité pour un site d'exploiter des informations provenant d'un autre site.

WEB 3.0 : Internet des objets. Evolution du Web permettant d'attribuer une adresse Internet à des objets munis d'une puce électronique leur permettant de communiquer entre eux et avec des sites sur la Toile.




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